3o
BIBLIOTHEQUE FRANÇAISE
MOYEN AGE
IV
-^ u
u
9'
-t.;
ALEXANDRE LE GRAND
DANS
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DU MOYEN AGE
TOME PREMIER
TEXTES
I OvJ
ALEXANDRE LE GRAND
DANS LA
LITTÉRATURE FRANÇAISE
DU
MOYEN AGE
PAR
PAUL MEYER
MBMBRK DE l'iNSTITUT
TOME PREMIER
TEXTES
PARIS
F. ViEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR v
67, Rue de Richelieu, 67
1886
AVANT-PROPOS
['ouvrage en tête duquel parait cet avant-
I propos a été commencé en 1806. Le premier
volume, contenant les textes, était imprimé,
moins le glossaire, en septembre 1870, lorsque Paris
fut séparé, pour cinq mois et demi, du reste du monde.
Le second volume, consacré à l'histoire de la légende,
fut mis sous presse en 1 877 et l'impression n'en a été
terminée que cette année.
Si je fais pan au lecteur de ces circonstances, c'est
moins pour excuser que pour expliquer certaines in-
conséquences qu'il eût été facile d'éviter dans un ou-
vrage composé et imprimé sans interruption. C'est
aussi pour qu'on ne soit pas surpris de voir cités dans
les dernières pages de l'Histoire de la légende
d'Alexandre tels livres récents dont je n'aurais pas
manqué de faire usage dès le commencement, s'ils
i- a
Il ALEXANDRE LE GRAND.
avaient été publiés lorsque les premiers chapitres de
mon livre ont été imprimés.
Les motifs du retard insolite qu'a subi ma publi-
cation sont de nature privée et n'intéressent pas le
lecteur. Toutefois, parvenu enfin au terme d'un la-
beur qui a été pénible autant que prolongé, je ne
puis me dispenser de faire connaître le but que je me
proposais à l'origine, et d'expliquer comment je me
suis vu peu à peu obligé de modifier mon plan pri-
mitif, l'étendant d'abord, puis le restreignant à la me-
sure de mes forces.
Lorsque je me mis à l'œuvre, en 1 866, les seuls
monuments de la légende d'Alexandre en France qui
fussent publiés étaient le fragment du roman pro-
vençal ou plutôt dauphinois mis au jour en 1856
d'après un manuscrit de Florence par M. P. Heyse,
et le roman français en vers de douze syllabes édité
en 1846 par M. H. Michelant. Mon intention était de
faire connaître en entier ou par extraits quelques mo-
numents français de cette même légende qui, jusque-
là, étaient demeurés inédits ou même inconnus. C'est
l'œuvre à laquelle est consacré mon premier volume.
Et si ce tome premier commence par un texte qui
n'était point inédit, le fragment de Florence, c'est
parce que le poème en vers décasyllabiques qui vient
AVANT-PROPOS. tll
ensuite est en partie le développement du texte con-
servé par le ms. de Florence ; de sorte que le second
des documents publiés appelait presque nécessairement
le premier. En tète de cette série de textes je comptais
placer une introduction d'étendue moyenne, dans
laquelle j'aurais étudié chacun des morceaux du recueil
et essayé d'indiquer la place qu'il occupait dans l'en-
semble de la vaste littérature qui s'est formée au
moyen âge autour de la figure du grand conquérant
macédonien. Le tout aurait formé un juste volume.
Mais, dès le principe, je reconnus qu'il était impos-
sible d'apprécier la valeur et surtout le degré d'origi-
nalité des poèmes romans sur Alexandre, sans d'abord
s'être rendu compte de ce que la tradition (tradition
écrite bien entendu, et n'ayant rien de populaire),
avait fourni aux auteurs de ces romans. Et de là dé-
coulait l'obligation d'étudier les récits latins relatifs à
Alexandre qui ont eu cours au moyen âge.
Ce n'est pas tout : les morceaux dont se compose
mon recueil se rattachent par des liens variés à di-
verses compositions que je n'avais point d'abord l'in-
tention d'étudier à fond. Mais je ne tardai pas à me
convaincre que, pour assigner sa vraie place dans
l'ensemble de la légende a chacun des textes que je
publiais, il était indispensable d'entreprendre le même
IV ALEXANDRE LE GRAND.
travail sur ceux que je ne publiais pas. Et tout d'abord
je dus chercher à me former une opinion sur la ma-
nière dont s'était fait le grand roman d'Alexandre en
vers de douze syllabes. Trois auteurs au moins
(Lambert le Tort, Alexandre de Paris, Pierre de
Saint-Cloud) y étaient nommés : qu'avait fait chacun
d'eux .'* Dans quel ordre s'étaient-ils succédé ? A quelle
époque avaient-ils vécu .? A quelles sources avaient-ils
puisé t Ce vaste roman, pour avoir été publié dès 1 846,
n'avait pas encore été l'objet de recherches critiques.
Tout restait à faire, et l'édition même que nous en pos-
sédons était loin d'offrir aux recherches une base suf-
fisante. Il m'a donc fallu écrire deux longs chapitres,
les plus longs de tout l'ouvrage ', sur un poème qui
ne faisait pas partie de ma collection. Par suite, j'ai
été amené à traiter aussi, bien que sommairement, des
continuations qui ont été ajoutées à ce même poème
depuis la fin du xii^ siècle jusque vers le milieu du
XIV®. Puis il a fallu parler des romans en prose qui se
rattachent, les uns aux vies latines d'Alexandre, les
autres au grand roman en alexandrins, besogne fasti-
dieuse mais nécessaire. Enfin il n'était guère possible
de passer sous silence les ouvrages variés, latins et
I. Chap. vil et vm, pp. 1J2-25J.
AVANT-PROPOS. V
français, romanesques et historiques, dans lesquels la
légende d'Alexandre tient une place plus ou moins
importante.
C'est ainsi qu'au lieu d'une simple introduction, je
me suis vu entraîné à écrire tout un livre dont le sujet
est Phistoire de la légende d'Alexandre dans la littéra-
ture latine du moyen âge et dans la littérature vulgaire
de la France. Je dois même avouer que lorsque les
premiers chapitres ont été mis sous presse, mon am-
bition était d'embrasser dans mes recherches l'en-
semble des littératures romanes'. L'Italie et l'Espagne
auraient fourni la 'matière de deux chapitres assez
courts, qui se seraient reliés par de nombreux points
d'attache aux chapitres précédents. Toutefois, mon
but principal étant atteint et ne voulant plus retarder
une publication depuis si longtemps annoncée, je me
suis arrêté après avoir suivi en France la légende
d'Alexandre jusqu'au moment où elle s'évanouit au
contact de la Renaissance.
Ainsi limité, le sujet était encore assez vaste pour
qui voulait le traiter à fond en toutes ses parties, et
je ne me flatte pas de l'avoir épuisé. Il est des ques-
I . C'est ce qu'indique le titre de départ : Histoire de la légende
d'Alexandre dans les pays romans.
VI ALEXANDRE LE GRAND.
lions qui ne se laissent point aborder sans que, par un
long travail préliminaire, on en ait préparé la solution.
Ce travail, on n'a pas toujours le loisir de le faire.
Lorsque j'ai voulu me rendre compte de la compo-
sition du roman en alexandrins, je me suis aperçu que
l'édition unique de ce poème, étant faite d'après un
manuscrit médiocre et ne tenant aucun compte des
autres copies, ne me fournissait pas les éléments dont
j'avais besoin. Il m'a donc fallu passer en revue tous
les manuscrits du poème, rechercher les particularités
de chacun d'eux, en un mot faire une très longue
étude préparatoire pour assurer des résultats qui sont
dans mon livre indiqués en quelques pages'. Une
compilation historique, qui s'étend du commencement
du monde au temps de César, contient une vie assez
légendaire d'Alexandre. Une autre compilation, connue
sous le nom de Fait des Romains ou de Livre de
César, nous offre une version fort intéressante de Vlter
Alexandri Magni ad Paradisum. On ne savait rien de
ces deux compilations. Force m'a donc été, pour être
en état d'en parler avec quelque compétence dans
mon livre, de les étudier en un mémoire spécial - qui
1 . Mon examen des mss. du roman d'Alexandre occupe les pages
21} à 3J2 du t. XI de la Romania, et il y aura un supplément.
2. Publié cette année même dans la Romania.
AVANX-PROPOS. VU
m'a coûté plusieurs mois de travail. Voilà donc deux
points sur lesquels il m'était impossible d'exprimer
une opinion sans entreprendre au préalable des re-
cherches tout à fait hors de proportion avec le but à
atleind;*e.
Les critiques reconnaîtront sans peine que ces deux
points n'étaient pas les seuls qui eussent besoin d'être
préparés par de longs travaux préliminaires. Mais s'il
m'avait fallu faire tous ces travaux, le présent livre
n'aurait jamais paru.
Ce n'est pas à dire que le sujet dont j'ai essayé de
traiter aussi complètement que possible une partie bien
circonscrite soit entièrement nouveau. Bien au con-
traire : plusieurs érudits s'y sont appliqués avant moi,
parmi lesquels plus d'un a su faire preuve d'érudition
et de critique, mais peut-être est-ii permis de penser
qu'en général, trop exclusivement préoccupés d'ana-
lyser et d'apprécier les documents de la légende
connus de leur temps., ils ne se sont pas aperçus que
ces documents demeuraient en quelque sorte isolés
les uns des autres, et que, pour les relier entre eux, il
fallait d'abord en étudier la constitution et en re-
trouver les sources.
Le premier qui se soit proposé d'étudier dans son
ensemble la légende d'Alexandre . est le genevois
Vm ALEXANDRE LE GRAND.
Guillaume Favre ', qui, en 1818, publia dans la Bi-
bliothèque universelle de Genève un article remarquable
sur l'édition de Julius Valerius par Mai. Plus tard et
à diverses reprises il remania et étendit son premier
travail qui fut publié après sa mort ^ dans l'état encore
imparfait où il l'avait laissé. Les Recherches sur les
histoires fabuleuses d'Alexandre le Grand (tel est le titre
du travail de Favre dans cette édition posthume) sont
encore l'œuvre la plus complète et la plus sage que
nous possédions sur ce sujet, bien que certaines par-
ties, n'ayant pas reçu leur rédaction définitive, soient
représentées par de simples notes mises bout à bout.
Mais le plan même suivi par l'auteur indique qu'il ne
s'est pas rendu un compte exact du développement
historique de la légende. Passant en revue les di-
verses littératures dans lesquels il existe des romans
d'Alexandre, il commence par les Persans et les
Turcs, tandis que les Grecs, chez qui se trouve le
point de départ de la légende , ne viennent qu'en
troisième lieu. Des Grecs il passe aux Moldaves, aux
Arméniens et aux Arabes, qui se trouvent assez mal-
I . Favre naquit à Marseille, mais d'une famille genevoise, et il
revint à vingt-deux ans s'établir à Genève.
i. Dans le tome II des Mélanges d'histoire littèrnitc. publiés par
J, Adert. 1856, deux vol. in-8.
AVANT-PROPOS. IX
heureusement séparés des Persans, et il arrive enfin
aux Latins. Ses recherches sur Julius Valerius et sur-
tout sur VHistoria deprdliis sont maintenant bien arrié-
rées. Il passe ensuite aux Hébreux et aux Samaritains
pour arriver aux Provençaux , sur lesquels naturelle-
mei\J il n'a que peu de chose à dire , puisque de son
temps on ne connaissait pas le fragment découvert à
Florence en 1856, qui paraît appartenir au domaine
provençal. Le chapitre qui vient ensuite est consacré
à la légende d'Alexandre dans la littérature française.
C'est un mélange d'hypot4ièses et d'erreurs, et ce ne
pouvait être autre chose, puisque Favre ne connaissait
guère que les titres des ouvrages dont il avait à trai-
ter. Les chapitres suivants sont consacrés aux romans
espagnols, italiens, allemands, anglais et Scandinaves.
Il y a du moins chez Favre un louable effort en
vue de faire connaître les récits fabuleux en toutes
langues qui ont été consacrés à Alexandre, et il serait
excessif de lui reprocher de n'avoir connu que de se-
conde main et par des indications souvent erronées
des ouvrages qui de son temps étaient inédits plusieurs
le sont encore maintenant ' et qui de toute façon étaient
inaccessibles à un homme qui n'était pas paléographe.
Il est permis d'être plus sévère pour]; Graesse qui.
dans la partie de son histoire littéraire universelle in-
X ALEXANDRE LE GRAND.
titulée Die grœssen Sagenkreise des Mittelalters (Dresde
et Leipzig, 1842), a consacré à l'histoire fabuleuse
d'Alexandre une vingtaine de pages (pp. 435-456) où
Pon peut recueillir beaucoup de titres de livres, mais
non point la notion de ce que contiennent ces livres,
et beaucoup moins encore une idée tant soit peu nette
du développement de la légende.
La matière de tous les romans venant originairement
du Pseudo-Callisthènes grec, et n'ayant été portée en
Occident que par des versions latines, on conçoit que
toute étude sur la légende d'Alexandre dans les litté-
ratures occidentales doit être précédée de recherches
sur le texte grec et sur les versions latines du Pseudo-
Callisthènes. Cette idée, assez élémentaire, paraît
s'être présentée à l'esprit de Berger de Xivrey, auteur
d'une « Notice sur la plupart des manuscrits grecs,
« latins, français, contenant l'histoire fabuleuse
« d'Alexandre le Grand connue sous le nom de
« Pseudo-Callisthene », qui parut en 1836 dans le
tome XIII des Notices et extraits des manuscrits publiés
par l'Académie des Inscriptions. Ceux qui ont connu
Berger de Xivrey lui-même, ou parcouru quelqu'un
des nombreux travaux de cet érudit laborieux, mais
peu éclairé, apprendront sans étonnement qu'il n'y a
aucun profit à tirer de la lecture de cette notice. La
AVANT-PROPOS. Xf
prétention qu'exprime l'auteur de faire connaître « la
« plupart des manuscrits grecs, latins et en vieux
« français contenant l'histoire fabuleuse d'Alexandre »,
n'est rien moins que justifiée. En fait de manuscrits
français il n'a cité que des rédactions en prose (dont
il n'a du reste pas su reconnaître les sources) ; quant
aux rédactions en vers, qui sont plus anciennes, il ne
paraît pas en soupçonner l'existence. Pour les ver-
sions latines, il n'est pas même parvenu à les caracté-
riser d'une façon tant soit peu précise. Les textes
grecs, latins et français qu'il cite, étant choisis sans
méthode, ne peuvent conduire à aucune conclusion.
Le mémoire de Frocheur, publié en 1847 dans le
Messager de Gand sous le titre de Histoire romanesque
d^ Alexandre le Grand, ou recherches sur les différentes
versions du Pseudo-Callisîhène, à propos d'un manuscrit
de la Bibliothèque royale de Belgique, ne contient rien
d'original, sinon la description d'un ms. richement
enluminé renfermant la version française de VHistoria
de prdliis ■ . Le reste n'est guère qu'un résumé des
recherches antérieures sur la légende d'Alexandre.
Le premier travail vraiment critique qui ait été con-
sacré aux plus anciens monuments de la légende
I. Voy. le présent ouvrage, II, joj, note 2.
Xn ALEXANDRE LE GRAND.
d'Alexandre, est celui que M. Zacher a publié en 1867
sous le titre de Pseudo-CalUsthenes : Forschungen zur
Kritik und Geschichte der sltesten Aufzeichnung der
Alexandersage (Halle, 1867, in-8^. Je me suis assez
servi de cet ouvrage dans les premiers chapitres de
mon livre pour pouvoir me dispenser d'en parler lon-
guement ici '. Je me borne à rappeler que M. Zacher,
mettant à profit les travaux de Ch. Mûller sur le texte
grec du Pseudo-Callisthènes, a augmenté et précisé les
notions acquises sur les manuscrits de cet ouvrage ;
qu'il a fixé, par une observation ingénieuse, sinon
d'une manière absolument certaine, la date de la ver-
sion latine de Julius Valerius^, qu'il a étudié avec cri-
tique les autres versions anciennes du Pseudo-Callis-
thènes, nous fournissant le moyen de reconstituer avec
vraisemblance la forme la plus ancienne du roman
grec original, et enfin donné de cet ouvrage une ana-
lyse critique très bien faite, où il est tenu compte des
variantes souvent considérables qu'offrent les diffé-
rentes versions. Quelques erreurs et quelques lacunes,
tout excusées par la difficulté d'obtenir sur chaque
point des renseignements exacts, n'empêchent pas le
K Voyez d'ailleurs le compte-rendu que j'en ai publié dans la
Revue critique du 5 février 1867.
2. Voy. Histoire de la légende d'Alexandre, p. lo.
AVANT-PROPOS. XIll
travail de M. Zacher de tenir facilement le premier
rang entre les ouvrages que nous possédons sur le
même sujet. Qu'il me soit permis de regretter que
d'autres occupations et une santé chancelante empê-
chent M. Zacher de terminer et de mettre au jour les
résultats de recherches sur l'ensemble de la légende
d'Alexandre qui ont été commencées il y a plus de
quarante ans.
Le plus récent des travaux dont la légende
d'Alexandre prise en son ensemble a été l'objet est celui
que M. Grion, professeur à Padoue, a publié en 1872
comme introduction à une édition de l'ancienne tra-
duction italienne de VHistoria de prdiis ' . Contrai-
rement aux vraisemblances, ce travail,, s'il est le plus
récent, est aussi le plus mauvais. Je n'hésite pas à
dire qu'il est, non pas relativement, mais absolument
mauvais. C'est un tissu d'erreurs et d'absurdités qui
commencent dès le titre, où le texte édité est donné
comme traduit du français, tandis qu'il est évidem-
ment traduit directement de VHistoria de l'archi-
I. / nobili fatti di Atessandro magno, Tomdmzo storico tradotto
dal francese nel buon secolo, ora per la prima volta pubblicato
sopradue codici Magliabechiani per cura di Giusto Grion. Bologna,
1872, cLXXi-295 pages (fait partie de la ColUzione di opère inédite
0 rare. . . pubblicata per cura délia R. commissione p^ testi di lingua
nelle provincie dtW Emilia),
XIV ALEXANDRE LE GRAND.
prêtre Léon. Un exemple montrera à quelles rêveries
se laisse entraîner l'auteur de cet ouvrage. L'archi-
prêtre Léon, qui rapporta de Byzance et traduisit un
manuscrit du Pseudo-Callisthènes grec, aurait été, à
en croire M. Grion, l'objet de bien étranges méta-
morphoses. C'est lui qu'il faudrait reconnaître dans
l'Alberic de Besançon [von Bisenzun) que le poète alle-
mand Lamprecht a imité. Bisenzun, c'est Byzance !
Lambert le Tort, l'un des auteurs du poème français,
n'est autre, sous un nouveau déguisement, que l'ar-
chiprêtre Léon, Car Léon était de Naples, ou du
moins de l'Italie méridionale ', et Lambert aussi. La
preuve, M. Grion la trouve dans les vers même où
Lambert est nommé. En effet, dans le poème fran-
çais, Lambert est qualifié de « clerc de Casteldun » et
Casteldun pour M. Grion, c'est Casîel dell^uovo, cette
forteresse bâtie sur une presqu'île qui est comme la
sentinelle avancée de Naples ! N'insistons pas plus
longuement sur ces faiblesses.
On peut voir par ce rapide aperçu des travaux de
mes devanciers que l'histoire de la légende d'Alexandre
était encore à faire. Obligé par les conditions dans
I. Voy. ci-après, II, 36.
AVANT-PROPOS. XV
lesquelles se présentait le sujet d'attribuer plus d'es-
pace aux recherches critiques qu'à l'appréciation des
ouvrages passés en revue, je crains de n'avoir pas
mis suffisamment en lumière les tendances de la lé-
gende à ses différentes époques. Aussi me paraît-il
utile d'indiquer brièvement ici certaines idées géné-
rales qui ne rassortent pas assez de mon exposition
surchargée de détails.
Dans sa première forme, à Alexandrie, la légende
telle que nous pouvons nous la représenter, à l'aide du
plus ancien texte grec et des premières versions, a
pour objet évident de rattacher Alexandre à l'Egypte
et d'en faire un héros proprement égyptien, en lui
donnant pour père un roi d'Egypte. On peut douter
que l'idée essentielle du roman grec soit véritablement
populaire: ici, comme en beaucoup de cas, la légende
peut bien n'être qu'une invention personnelle tombée
peu à peu dans le domaine commun. Plus tard, à
Constantinople et bientôt en Orient et en Occident, le
roman égyptien est accepté et goûté, non pas à cause
de son idée première, l'origine égyptienne du héros,
mais simplement parce qu'il offrait en abondance ces
récits merveilleux auxquels se plaisaient des lecteurs
chez qui le sentiment littéraire et le jugement allaient
toujours en s'afïaiblissam. Introduites en Occident par
XVI ALEXAND LERE GRAND.
la version deJuIius Valerius, par la Lettre latine à Aris-
tote, plus tard par VHisîoria depr^Uisde Léon, les fables
du Pseudo-Caliisthènes obtinrent dans tout le monde
latin un succès qu'on peut dire sans précédent. Je n'ai
pas fait le relevé des manuscrits de VEpiîome de Va-
lerius et de la Lettre à Aristote qui nous sont par-
venus, mais je suis porté à croire qu'on en pourrait
compter plus de cent. Et quant à VHisîoria de pmliis,
des recherches pourtant très incomplètes m'ont permis
d'en énumérer plus de soixante exemplaires. Ce n'est
pas seulement par l'amour du merveilleux qu'on peut
expliquer un succès aussi extraordinaire : il n'y a pas
de doute qu'en Occident les fables du Pseudo-Callis-
thènes ont été prises pour de l'histoire réelle. S'il en
était autrement, on ne s'expliquerait pas qu'elles aient
pris place au xii^ siècle et au xiii^ dans des compi-
lations véritablement historiques. Non qu'il ne se soit
élevé quelques protestations tacites : j'ai consacré un
chapitre à l'élude d'une histoire d'Alexandre (la com-
pilation dite de Saint-Alban) faite presque uniquement
à l'aide de morceaux empruntés aux historiens de
l'antiquité. Mais cet ouvrage a été peu répandu : il
n'a point fait obstacle à la diffusion des récits fabu-
leux. Et si VAlexandreis de Gautier de Châtillon a eu
plus de succès, elle le doit moins à son caractère pu-
AVANT- PROPOS. XVU
tement historique qu'au mérite de sa versiftcation, qui
lui assura l'accès des écoles. Certes le succès si dif-
férent de la fable et de la vérité est un fait à noter
pour rbisioire de la critique au moyen âge.
L^histoire fabuleuse d'Alexandre était donc lar-
gement répandue dans le monde des clercs lorsque
les romanciers s'en emparèrent et entreprirent de la
mettre à la portée de la classe nombreuse de ceux, qui
n'entendaient pas le latin. Cest vers le milieu^ peut-
être même dans la première moitié du xu^ siècle qu^un
poète roman, qui paraît avoir été originaire du sud-est
de la France, introduisit avec éclat la légende d'A-
lexandre dans la littérature vulgaire. Le nom de ce
poète, transmis d'une façon probablement peu cor-
recte par un rimeur allemand du moyen âge, nous est
a peine connu ' , et de son œuvre même nous ne pos -
sédons que les 105 premiers vers transcrits sur les
dernières pages d'un Quinte-Curce de la Laurentienne,
à Florence, mais sur ce court fragment nous pouvons
apprécier l'importance de l'oeuvre. Et cette impor-
tance est considérable. Le poème d'Alberic est un vé-
I . Alberich ou Elberkh von Bisemuriy dit Lamprccht, d'où le
nom Alberic de Besançon généralement adopté, au lieu de Besan-
çon, qui est inadmissible, j'ai proposé (p. 93) Briançon. On pour-
rait aussi proposer Pisançon (Drômc et Hautes- Alpes).
I. b
XVIIl ALEXANDRE LE GRAND.
ritable événement dans l'histoire littéraire des nations
romanes, d'abord parce que c'est, selon toutes les
apparences, le premier poème roman dont le sujet ait
été emprunté à l'antiquité païenne, ensuite à cause de
la manière dont le sujet a été traité. Avant Alberic, la
France du Nord possédait de nombreuses poésies,
dont les sujets étaient empruntés soit à l'histoire na-
tionale, soit à l'histoire sacrée, soit à des légendes
pieuses, mais nous n'avons aucune raison de supposer
qne ni Alexandre ni aucun autre héros antique eût été
dès lors chanté en langue vulgaire. Le poème d'Al-
beric est donc le premier d'une série considérable où
viendront prendre place, adaptés plus ou moins habi-
lement aux goûts et aux idées du moyen âge, une longue
suite de récits sur la guerre de Troie, sur celle de
Thèbes, sur Enée, sur maints personnages de la my-
thologie antique. On ne saurait douter que l'œuvre d'Al-
beric ait été favorablement accueillie, puisque nous la
voyons bientôt imitée en Allemagne par Lamprecht,
et renouvelée en France sous la forme d'un poème en
vers décasyllabiques. Il n'est pas téméraire de lui attri-
buer une certaine influence sur le développement ulté-
rieur de cette partie de la littérature romane que Jean
Bodel, résumant dans un seul nom tous les sujets
antiques, appelait « la matière de Rome la grande ».
AVANT-PROPOS. XIX
Voyons comment le poète a compris un sujet alors
entièrement nouveau. Notons d'abord que dans les
classes illettrées, à qui s'adressaient les chansons de
geste, tout souvenir d'Alexandre et de ses exploits
devait s'être oblitéré. C'est tout au plus si quelques-
uns, pour avoir entendu exposer en chaire le début
des Macchabées, pouvaient savoir qu'un roi grec de ce
nom avait vaincu un certain Darius, roi des Perses et
des Mèdes. C'est à ce public qu'un romancier pos-
sédant une certaine connaissance du latin, pouvant
lire Justin ou Orose tout aussi bien que le fabuleux
récit du Pseudo-Callisthènes traduit par Julius Va-
lerius, avait à présenter un héros païen dont l'histoire
fabuleuse, telle qu'on la lisait en latin, ne présentait
guère que des traits inintelligibles ou répugnants pour
un auditoire du xir" siècle. Le procédé qu'Alberic
d'abord, et bien d'autres après lui, ont employé pour
exciter l'intérêt dans des conditions aussi peu favo-
rables, consiste simplement à modifier profondément
le personnage, de façon à le rendre acceptable et pour
ainsi dire familier aux auditeurs. Alexandre, selon le
Pseudo-Callisthènes, était le fils, non de Philippe de
Macédoine, mais d'un roi égyptien versé dans les arts
magiques et presque divin. Cette fiction qui, dans la
pensée de l'auteur grec ou égyptien, ne pouvait que
XX ALEXANDRE LE GRAND.
rehausser Tillustration de celui qui en était l'objet,
était au contraire déshonorante aux yeux des gens du
moyen âge. On n'eût pas compris qu'un héros recom-
mandé à l'admiration de tous fût bâtard. Aussi Alberic
s'empresse-t-il de démentir ceux qui font d'Alexandre
le fils d'un enchanteur, pour lui restituer sa naissance
légitime. Il n'emprunte aux auteurs latins, véridiques ou
non, qu'un petit nombre de traits; il dépouille
Alexandre de toute apparence exotique, il le trans-
forme et le présente comme le type du roi chevalier
du moyen âge, type idéal plutôt que réel, car, s'il
nous le montre habile aux exercices corporels comme
tout jeune bachelier de franche origine, il a soin en
même temps de lui prêter l'instruction d'un clerc.
Le même procédé d'adaptation s'observe à chaque
page du poème en vers décasyllabiques qui, "en cer-
taines parties, n'est qu'un libre remaniement de
l'œuvre d'Alberic , mais qui en d'autres semble offrir
des développements indépendants. Le récit de l'adou-
bement d'Alexandre, par exemple, est purement une
scène féodale, et la guerre avec Nicolas pourrait, les
noms étant changés, figurer dans une chanson de geste
du cycle carolingien. .
Le roman en alexandrins, dans lequel on reconnaît
plusieurs mains que j'ai tenté de distinguer, refait et
AVANT-PROPOS. JCXl
continue le poème en vers décasyllabiques. Mais il
innove en certains points. Il accumule les histoires
merveilleuses qu'il emprunte, tout en les traitant avec
libené, aux textes latins dérivés du Pseudo-Callis-
thènes, surtout à Vépitome de Julius Valerius et à la
Lettre à Aristote. Il est moins héroïque que les deux
poèmes précédents, mais il vise davantage à exciter
la curiosité, il offre aussi un trait nouveau: dans les
parties que je suppose être l'œuvre d'Alexandre de
Paris ou de Bernai, le héros grec est représenté comme
le type de la libéralité, et pendant une partie du moyen
âge la largesse d'Alexandre sera proverbiale '.
Avec le roman en alexandrins et quelques-unes de
ses suites se clôt l'épopée d'Alexandre. Le Roman de
toute chevalerie d'Eustache (ou Thomas) de Kent et les
romans en prose, ne sont plus que des remaniements
plus ou moins serviles des poèmes antérieurs ou des
récits latins. Le but de ces œuvres sans originalité est
de satisfaire une curiosité qu'on peut appeler histo-
rique, parce que les auditeurs ou lecteurs croyaient
en une certaine mesure à la réalité des événements
merveilleux qu'on leur contait , et les narrateurs , du
moins ceux qui puisaient à des sources latines, parta-
!. Vey. Hist. de la légende, p. n?-^-
XXII ALEXANDRE LE GRAND.
geaient peut-être cette croyance. Il a fallu pour dissi-
per .toutes ces fables le réveil du bon sens et de la cri-
tique, à la Renaissance.
On voit maintenant en quoi consiste l'originalité de
ce qu*on peut appeler l'épopée d'Alexandre au moyen
âge. Il ne faut pas, comme on la fait longtemps, la
chercher dans ces merveilleuses aventures à travers
lesquelles se déroule l'histoire. Entre ces aventures il
en est bien peu dont nous n'ayons trouvé l'origine
dans le Pseudo-Callisthènes ou dans Vlter ad Para-
disum. Nos romanciers ont modifié, dénaturé si l'on
veut, les éléments antérieurs : ils n'ont guère inventé.
Si, pour trois ou quatre récits français, la source latine
n'a pas été découverte, il n'en faut rien conclure,
sinon que le vaste champ de la littérature du moyen
âge n'a pas encore été totalement exploré. L'origina-
lité de nos romans est tout entière dans la transfor-
mation qu'a subie le héros et qui d'un roi grec en a fait
un roi féodal. C'est à cette transformation que le vain-
queur de la Grèce et de l'Asie a dû de revivre, pen-
dant les siècles du moyen âge, dans la mémoire des
hommes. C'est la condition malheureuse et inévitable
de la célébrité d'être incompatible avec la vérité. Les
masses populaires qui font les grandes renommées
sont impuissantes à concevoir la variété des éléments
AVANT-PROPOS. XXIII
qui constituent la grandeur. Elles ne peuvent avoir
plus d'un idéal à la fois et elles en changent souvent.
De sorte que les héros ne peuvent occuper l'imagi-
nation des peuples qu'à la condition de changer per-
pétuellement d'aspect.
oaobre 1885.
ALBÉRIC
DE BESANCON
»it Salomon al primier pas,
^Quant de son libre mot lo clas
]Est vanitatum vaniias,
Et universa vanitas.
Poyst l'omne fraynt enfirmitas
Toyl H sen otiositas;
Solaz nos fay antiquitas
Que tôt non sie vanitas.
1. Salomon dit au premier pas, — quand il fit résonner la
voix de son livre : — Est vanitatum vanitas — et universa
vanitas. — Quand la maladie brise l'homme — l'oisiveté lui
enlève le sens ; — l'antiquité nous procure des jouissances —
pour que tout ne soit pas vanité.
ALBÉRIC DE BESANÇON.
En pargamen nol vid escrit,
Ne per parabla non fu dit
Del temps novel ne del antic
Nuls hom vidist un rey tan rie,
Chi per batalle et per estrit
Tant r£y fesist mat ne mendie
1 5 Ne tanta terra cunquesist
Ne tant duc nobli occisist,
Cum Alexander Magnus fist
Qui fud de Grecia natiz.
r;
m.
ey furent fort et mul podent
20 rV^Et de pecunia manent;
Rey furent sapi et prudent
Et exaltât sur tota gent,
Mais non i ab un plus valent
II. Je ne l'ai pas vu écrit en parchemin — ni par parole il ne
fut dit — que dans les temps nouveaux ni anciens — on ait
vu un roi si puissant, — qui par bataille et par estrif — ait
fait mats et mendiants tant de rois, — ait conquis tant de
terres, — ait tué tant de nobles ducs, — comme fil
Alexandre le Grand — qui fut natif de Grèce.
III. Il y eut des rois forts et très puissants — et riches d'avoir ;
— il y eut des rois sages et prudents — et élevés au-dessus
de tous, — mais il n'y en eut pas un plus vaillant — que
ALBÉRIC DE BESANÇON,
De chest dun faz l'alevament.
2 5 Contar vos ey pleneyrament
Del Alexandre mandament.
IV.
d;
icunt alquant estrobatour
Quel reys fud filz d'encantatour
Mentent fellon losengetour;
^o Mal en credreyz nec un de lour,
Qu'anz fud de ling d'emperatour
Et filz al rey Macedonor.
Philippus ab ses pare non ;
Meyllor vasal non vid ainz hom.
î 5 Chel ten Gretia la région
Els porz de mar en aveyron.
celui que j'exalte (?). — Je vous conterai à plein — du gouver-
nement d'Alexandre.
IV. Certains conteurs disent — que ce roi fut fils d'enchan-
teur : — ils mentent, les félons losengiers. — A tort vous en
croirez aucun d'eux, — car au contraire il fut de race d'empe-
reur — et fils du roi des Macédoniens.
V. Son père eut nom Philippe ; — avant lui on ne vit meilleur
vassal. — Il tint la région de Grèce — et les ports de mer à
ALBÉRIC DE BESANÇON.
Fils fud Amint al rie baron
Qui al rey Xersen ab tal tenzon ;
VI,
Et prist moylier, dun vos say dir,
^„ Quai pot sub cel genzor causir,
Sor Alexandre al rey d'Epir
Qui hanc no degnet d'estor fugir
Ne ad envperadur servir :
Olimpias, donna gentil,
45 Dun Alexandre genuit.
VII.
r;
eys Alexander quant fud naz
-Per granz ensignes fud mostraz
Crollet la terra de toz laz,
Toneyres fud et tenpestaz,
l'entour. — Il fut fils d'Amintas, le riche baron, — qui avec le
roi Xerxès eut une telle lutte;
VI. Et prit femme, je puis vous en porter témoignage, — la
plus belle qu'il put trouver sous le ciel , — la sœur d'Alexan-
dre, le roi d'Epire — qui oncques ne daigna fuirdu combat —
ni servir à empereur : — Olympias, dame gentille, — en qui
il engendra Alexandre.
VII. Quand le roi Alexandre naquit, — il fut annoncé par
des signes éclatants : — la terre trembla de toutes parts, — il
ALBÉRIC DE BESANÇON.
50 Lo sol perdet sas claritaz,
Per pauc no fud toz obscuraz,
Canget lo cels sas qualitaz,
Que reys est forz en terra naz.
VIII.
En tal forma fud naz lo reys
^ ^ Non i fud naz emfes anceys ;
Mays ab virtud de dies treys
Que altre emfes de quatro meys.
Si! toca res chi michal peys
Tal regard fay cum leu qui est preys.
IX.
60 çaur ab lo peyl cun de peysson,
»3Tot cresp cun coma de leon ;
L'un uyl ab glauc cun de dracon,
y eut tonnerre et tempête, — le soleil perdit ses clartés, —
peu s'en fallut qu'il ne s'obscurcît entièrement, — le ciel se
bouleversa, — car un roi fort est né en terre,
VIII. Le roi naquit avec une apparence — que jusqu'alors
aucun enfant n'avait eue à sa naissance ; — il eut plus de
force à trois jours, — qu'un autre enfant à quatre mois; —
si rien le touche qui lui pèse un brin, — il lait des yeux comme
un lion captif.
IX. Il eut le poil blond comme [l'écaillé d' 3 un poisson, —et
tout crépu comme la crinière d'un lion ; — il eut un œil glau-
) ALBÉRIC DE BESANÇON.
Et Taltre neyr cun de falcon.
De la figura en aviron
65 Beyn resemplet fil de baron.
Clar ab lo vult, beyn figurad,
Saur lo cabeyl, recercelad,
Plen lo collet et colorad,
Ample lo peys et aformad,
70 Lo bu subtil, non trob delcad,
Lo corps d'aval beyn enforcad,
Lo poyn el braz avigurad,
Fer lo talent etapensad.
XI.
Mels vay et cort del an primeyr
, , Que altre emfes del seyteneyr ;
que comme [un œil] de dragon, — et l'autre noir comme
[un œil] de faucon. — Par l'ensemble de sa personne, — il
semblait bien un fils de baron.
X. Il eut le visage clair, bien formé, — blonds les cheveux [et]
bouclés, — le cou plein et coloré, — la poitrine ample et
formée, — le buste fin, non pas trop grêle, — le bas du corps
bien fourché, — le poing et le bras vigoureux, — la volonté
fière et réfléchie.
XI. Il va et court mieux delà première année — qu'un autre
enfant de la septième; — et là où il voit franc chevalier —
ALBÉRIC DE BESANÇON.
E lay 0 vey franc cavalleyr
Son corps présente volunteyr.
A fol omen ne ad escueyr
No deyne fayr regart semgleyr.
80 Aysis conten en magesteyr
Cun trestot teyne ja l'empeyr.
M
XII.
agestres ab beyn affactaz,
De totas arz beyn enseynaz,
Quil duystrunt beyn de dignitaz
85 Et de conseyl et de bontaz,
De sapientia et d'onestaz,
De fayr estor et prodeltaz.
XIII.
L'uns Tenseyned beyn parv mischin
De grec sermon et de latin
il se présente volontiers. — A fol homme ni à écuyer, — il ne
daigne jeter un seul regard. — Ainsi il se maintient en son temps
d'école — comme [si] déjà il tenait tout l'empire.
XII. Il eut des maîtres bien dressés, — versés dans tous les
arts, — qui l'instruisirent bien de sentiments élevés, — de bon
conseil, de bonté, — de sagesse, d'honnêteté, — de faire bataille
et prouesse.
xiii. L'un lui enseigna encore petit enfant — le grec et le latin
8 ALBÉRIC DE BESANÇON,
90 Et lettra fayr en pargamin
Et en ebrey et en ermin,
Et fayr à seyr et à matin
Agayt encuntre son vicin.
XIV.
95
Et l'altrel duyst d'escud cubrir
Et de s'espaa grant ferir
Et de sa lanci en loyn causir,
Et senz faillenti altet ferir ;
Li terz ley leyre et playt cabir,
El dreyt del tort a discernir.
XV.
100 t' i quarz lo duyst corda toccar,
i— ' Et rotta et leyra clar sonar,
Et en toz tons corda temprar,
Per semedips cant ad levar ;
— et à tracer des lettres sur parchemin — et en hébreu et en armé-
nien, — et à faire au soir et au matin — le guet contre son voisin.
XIV. L'autre lui apprit à se couvrir de son écu, — et à frap-
per de grands coups de son épée, — et à viser au loin avec sa
lance, — et à frapper haut sans manquer [le but] ; — le troisième
à lire la loi et à tenir un plaid, — et à discerner le droit du tort.
XV. Le quatrième lui apprit à toucher les cordes, — à faire
résonner clairement la rote et la lyre, — à monter la corde à
tous les tons, — et à chanter seul ; — le cinquième [lui apprit]
ALBERIC DE BESANÇON.
Li quinz des terra misurar
105 Cum ad de cel entro lamar.
mesurer de la terre — combien il y a du ciel à la mer.
NOTES,
V. 5. Ms. Poyst hume fay mmfirmitas, vers évidemment
corrompu, et pour lequel malheureusement la version de
Lamprecht n'est d'aucun secours. M. Heyse propose dubi-
tativement Poys l'oum chay in (ou en) enfirmitas, leçon
inadmissible pour diverses raisons dont l'une est que oume
étant évidemment régime, et enfirmitas sujet, il n'est pas légi-
time d'intervertir les rôles de ces deux mots. Pour la même
raison doit être repoussée la correction de M. Rochat,
d'ailleurs peu satisfaisante pour le sens : Pauc l'oum fay en
enfirmitas. M. C. Hofmann propose (Germ.ania, II, 95 ) : Poyst
l'oume esmaya enfirmitas, correction qui laisse à oume et à
enfirmitas leurs qualités respectives de régime et de sujet,
mais qui cause au texte un trop grand changement. En outre
le prov. esmagar comme le fr. csmaicr, ne paraît pas avoir
été employé autrement qu'en la forme réfléchie. M. Bartsch
enfin propose : Poyst l'oume fay ni' enfirmitas (Chrest. de
l'anc. fr. 25^ 9), et explique, au Glossaire, faynier par
« faner. » Mais, à cette correction qui, du reste, a l'avan-
tage de n'apporter au texte qu'une insignifiante modification,
s'opposent le sens et l'étymologie. Le sens d'abord, parce
que l'emploi métaphorique de faner à une époque aussi
ancienne et avec le sens actif est fort douteux ; l'étymologie
surtout parce que faynier (et en tout cas il faudrait /^y/jcr)
correspondrait, d'après les lois phoniques de notre texte, à
un franc, fagner, et à un prov. fanhar, formes qui n'existent
ni l'une ni l'autre. Il est bien vrai que Raynouard enregistre
ALBÉRIC DE BESANÇON. II
(Lex. rom. III, 261 ) un verbe fanhar^ mais cette forme n'a
aucune authenticité. Le seul exemple cité est ce vers de
Marcabrun :
El (/. Bel) m'es quan la fuelha fana *.
Mais fana, rimant dans cette pièce avec afana, lugana, sana,
rana, chavana^ etc., a nécessairement pour infinitif fanar et
non fanhar. La correction fraynt que je propose ne fait pas
une grande violence au texte et me semble convenir assez
bien au sens. — Oume^ qui paraît n'avoir choqué personne,
est cependant inadmissible : 0 en position {hom'nem) ne
devient ou ni en français * ni en provençal ; omnc est à peine
une correction, puisque ce sont les mêmes traits divisés
autrement '. Cette forme peut s'autoriser de Bo'ècCj v. i :
Nos jove omne ; on pourrait aussi rétablir omm que notre
texte présente au v. 78.
V. 6. Ms. To'jl le sen, — li est une correction de M. C.
Hofmann adoptée par M. Bartsch. Si on suppléait l'article
devant sen ( toyl li lo sen ) le sens serait plus satisfaisant, mais
il n'est guère possible de réduire otiositas à quatre syllabes.
V. 7. Ms. faz; — ce mot ne peut être que la y pers. sing.
du subjonctif présent, la finale s'élidant sur la voyelle qui
suit (faz' antiqultas). On traduirait donc alors avec
M. Bartsch (Germania, II, 462). « Que l'antiquité nous
fasse... ») mais cette tournure ne semble guère dans
le style du temps. Je corrige fay (facit).
V. 9. M. Rochat et M. Bartsch considèrent vid comme la
3* pers. sing. du prétérit; mais alors ce verbe manque de
1 . Cette pièce ne se trouve que dans deux mss. : Bibl. imp. fr.
856 f. 170 by et 1749 f. 152 b.
2. On le rencontre en picard, mais cela ne prouve rien pour le
cas précédent.
3. Dans le ms. les traits ne paraissent pas être très- nettement
divisés, car il y a v. 62 lunnyl pour lunuyl^ et v. 93 incin^ourvicin.
12 ^ALBÉRIC DE BESANÇON.
sujet. M. Rcjchat se tire d'affaire en proposant, d'après
M. Mahn, de corriger non fud ou nul vid, « il ne fut pas »
ou « personne ne vit, » et M. Bartsch, en sous-entendant
horriy ce qui n'est guère légitime. Il est beaucoup plus simple
de considérer vid comme étant à la i" pers. « je ne vis pas. »
Il est vrai que le même mot, au v. 34, est évidemment à la
}• pers., mais vid répond également bien à vidi et à vidit.
V. 13. M. Heyse avait d'abord lu estricj mais la leçon du
ms. est bien estrit comme l'a constaté M. Tobler (Berner-
kungen, p. 37).
V. 3 5. Ms. E chel ten Grecia la regio; — Je supprime e qui a été
sans doute attiré par le e initial du vers suivant, et qui fausse
la mesure *. En effet Grecia compte pour trois syllabes comme
on le voit par le v. 18 {Qui fud de Grecia natiz), et par le
v. 20 ou pecunia compte pour quatre syllabes. Regio ne
forme que deux syllabes, comme roion en français et comme
reio dans tous les anciens textes provençaux (voir Bartsch,
Chrest. prov. 2, 2y, 31, 26; 81, 1). C'est plus tard seule-
ment que s'est produite la forme savante à trois syllabes
(regio en prov., région en franc. ).
V. 37. Ms. rey baron; — .l'admets la correction rie baron
proposée par M. Bartsch (Germania, II, 463). En écrivant
rey, le copiste a anticipé sur le vers suivant où ce mot est
à sa vraie place.
V. 38. M. Bartsch a proposé en 1857 ^^ retrancher de ce
vers tal qui lui semblait troubler le sens (Germania, II, 463).
Dans sa Chrestomathie il l'a laissé subsister, et avec raison.
V. 40. Ici et au v. 96 M, Heyse avait d'abord lu jausir; mais
il s'est assuré par un nouvel examen du ms. que la leçon
est dans les deux cas causir, comme au v. ^2 canget et non
janget (Tobler, Bemerkungen, p. 57).
1 . D'ailleurs e est une forme insolite dans notre texte qui porte
constamment et.
ALBÉRIC DE BESANÇON. I^
V. 41. Ms. far; — la leçon sor est une correction excellente
de M. C. Hofmann {Germania, II, 95).
V. 56. Ms. de ches treys; — dies au lieu de ches est encore
une correction de M. Hofmann.
V. j8. M. Heyse et M. Rochat lisaient tocares (toucherez),
mais en ce cas il y aurait la conjonction que et non le relatif
chi. — Michal est une bonne correction de M. Hofmann;
ms. micha.
V. ^9. Malgré Lamprecht qui traduit aise der wolfy on ne
peut admettre que leu signifie loup. D'abord il est très dou-
teux que û accentué se soit affaibli en eu dès le XII* siècle
et ailleurs que dans le nord de la France. Ensuite il faudrait
leus, au cas sujet. J'adopte donc l'interprétation de M. Tobler
{Germania, II, 447, et Bemcrkungerij 41 ), selon laquelle leu
représente le nomin. lat. leo^ prononcé, en vertu de son
accentuation, d'une seule émission de voix, comme, par ex.
Deo dans Sainte Eulalie, v. 3.
V. 62. Ms. lunnyt.
V. 71. enforcad; — le sens que j'ai adopté dans la traduction
a été très-bien justifié par M. Tobler (Germania, II, 446;
Bemerkungeny p. 42). Il faut donc rejeter l'interprétation
toute différente que M. Bartsch donne de ce mot dans le
glossaire de sa Chrestomathie.
V. 74. M. Heyse avait d'abord lu primyer, que M. Bartsch a
corrigé en primeyr à cause de la rime. Mais dans le ms. le
y est écrit au-dessus de l'e, de sorte que ce n'est point faire
une correction que d'écrire primeyr (voir Tobler, Bemer-
kungen, p. 37.
V. 75. Ms. soyientreyr. Leçon évidemment corrompue pour
laquelle différentes restitutions ont été proposées par
MM. Rochat, C. Hofmann, G. Paris * et par moi-même*.
1 . Etude sur le rôle de l'accent latin dans la langue française, p. 60.
2. Correspondance littéraire, VII, 117 ''186?).
14 ALBÉRIC DE BESANÇON.
Le texte de Lamprecht porte : « à un an il était plus grand
qu'un autre à trois » (v. 178-80); et c'est le sens auquel
visent les corrections proposées par M. Rochat et
par M. G. Paris. M. Rochat propose : Que altre emfes,
s'oy, del an tyer, (qu'un autre enfant, à ce que j'entends dire,
de la troisième année), ou encore nel say l'an tycr. C'est
dans un cas comme dans l'autre faire une grande violence
au texte pour arriver à un résultat bien peu satisfaisant.
M. G. Paris lit soyien tieyr, considérant soyien comme une
forme de suen (sien), ce qui est difficilement admissible,
parce que, dans ce texte, // se conserve généralement et,
loin de céder sa place à Vo, la lui enlève en bien des
cas. En outre tieyr ne saurait venir de terdus ; il faudrait,
au cas régime comme au cas sujet, terz (cf. v. 98).
Pour moi je regardais soyientreyr comme un dérivé de
soantre^ signifiant « suivant. » Cette dérivation ne peut
guère se justifier. J'ai adopté comme la plus probable la
correction de M. Hofmann, seulement j'écris seyteneyr et
non seytenieyr^ la désinence arius {septenarms)j donnant dans
ce texte eyr et non ieyr. La version en vers de dix syllabes
a énormément exagéré la donnée d'Albéric :
Li enfes crut d'ahé et d'escient
Plus en .VII. anz qu'autra ne fist en cent.
Cependant les vu anz contiennent peut-être un souvenir du
seyteneyr d'Albéric.
V. 76. Ms. Ey lay oirey.
V. 93. Ms. incin.
V. 94. Ms. altre; — j'ajoute / parce qu'il faut un régime à
duyst. C'est de même qu'on a restitué michal, v. 58.
V. 95. Ms. des sesspaa. — Au même vers M. Hofmann pro-
pose de corriger grant en gent, mais MM. Tobler {Ger ma-
nia, II, 443 ), et Bartsch (ibid, 465 ), repoussent avec toute
raison cette correction.
ALBÉRIC DE BESANÇON. I 5
V. 96. Caasir, — cf. la note du v. 40.
V. 97. La correction de altet en altrc, proposée par M. Hof-
mann est très-soutenable, cependantellen'est pas nécessaire.
Altet n'a du diminutif que la forme, comme au v. 68 collet.
V. loyMs. entra bemar, — M. Hofmann, suivi par M.Bartsch
corrige entro quc^ ce qui n'est pas admissible, car entro est
suivi de que seulement quand il précède un verbe (voy. Lex.
roniy V, 427). La correction la (au lieu de bc), a déjà été
faite par M. Heyse.
MANUSCRIT
DE L'ARSENAL
SOMMAIRE
DE LA PARTIE EN VERS DÉCASYLLABIQUES (785 Y.)-
I. L'auteur veut faire une chanson rimée d'Alexandre, le
fils de Philippe de Macédoine. — II. Signes qui se manifes-
tèrent lors de la naissance d'Alexandre et présagèrent sa
gloire future. — III. Trente fils de comtes naquirent le même
jour que lui et devinrent par la suite ses compagnons fidèles.
— IV. Le roi Philippe lui donna pour père nourricier l'un de
ses privés. Le petit enfant avait le cœur si fier qu'il refusait
de se laisser allaiter. Il fallut qu'une pucelle, fille d'un cheva-
lier, le nourrît avec une cuiller d'or. — V. Progrès rapides
d'Alexandre; il méprisait les flatteurs, aimait et honorait les
chevaliers et les comblait de présents. — VI. Le roi Philippe
lui donne les sept meilleurs maîtres de la Grèce qui lui ensei-
gnent le cours des étoiles, les révolutions célestes, les jeux des
l8 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
échecs et des tables ; ils lui apprennent aussi à parler courtoi-
sement d'amour avec les dames, à juger mieux que les juges,
à tendre des embûches pour prendre les voleurs. — VII. L'un
de ces docteurs, le plus savant de tous et le plus versé dans
la science des enchantements, était Neptanebus ; plusieurs pré-
tendirent qu'il était le père d'Alexandre, mais il n'en fut rien.
Par suite, Alexandre le jeta du haut d'un mur. Il le regretta,
mais en vain. — VIII. Portrait d'Alexandre à quinze ans. —
IX. Un jour qu'il s'était allé promener en un pré, il entendit
hennir un cheval qu'on tenait captif. Il demanda ce que ce
pouvait être. — X. « C'est un cheval qui dévore le monde, »
répondit Ptolémée, « il court plus vite que le vent ; il dédaigne
« l'avoine, l'orge et le froment, mange du pain et boit du vin
« et du piment. — XI. Quand le roi Philippe prend un larron,
« il le livre au cheval qui a plus tôt fait de l'avaler que douze
(( loups de happer un mouton. — XII. C'est un fier cheval et
« tel qu'on n'en vit jamais. Aucun maréchal n'ose l'approcher :
M il les mange tous. Cinq cents hommes n'en viendraient pas
« à bout. » Alexandre part comme un faucon, désireux de
montrer sa prouesse. — XIII. Arrivé à la prison, il n'y trouve
personne pour lui ouvrir la porte. Il fait sauter les gonds à
coups de maillet. A la vue d'Alexandre, Bucéphale baisse la
tète. — XIV. Le jeune prince lui met un frein, lui saute sur
le dos et se rend droit au palais. Effroi des ducs et des vavas-
seurs qui viennent à sa rencontre. Le plus hardi eût voulu
être en un fort. — XV. Alexandre monte par les degrés, et
Bucéphale sous lui. Fier fut le sire et fier le vassal. Bucéphale
renverse les tables et brise les bancs. Tout le monde s'enfuit.
— XVI. Alexandre descend et remet le cheval à Ephestion,
puis il s'approche de son père. — XVII. Il lui demande de
l'adouber chevalier. — XVIII. La reine entre dans la salle et
embrasse son fils. — XIX. « Beau fils, dit-elle, vous saurez
i( dompter ce cheval ; il doit être à vous. Vous saurez bien
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. I9
<t gouverner le royaume. Vous avez quinze ans et quatre mois ;
« il est bien droit que vous soyez adoubé. » — XX. Le roi
Philippe dit à la reine : « Dame, fournissez les vêtements, je
« fournirai le reste. Faites baigner votre fils et ses damoiseaux.
« Pour l'amour de lui j'adouberai cent d'entre eux. » —
XXI. La reine fait préparer les vêtements et dit aux damoi-
seaux de s'aller baigner dans la mer. Pendant ce temps le roi
fait amener les chevaux et apporter les armes. — XXIL Si
vous vous étiez trouvé alors sur le rivage, vous en auriez vu
des pelisses d'hermine, de riches bliauts, des peaux de martre I
Là auprès se tenait la reine sous une courtine qui brillait plus
que le cristal. — XXIII. Si vous aviez été là sur le rivage,
vous en auriez vu des destriers sellés, des hauberts, des écus,
et des harnois de tout genre qu'on avait assemblés pour les
damoiseaux ! — XXIV. Sortis de la mer, les damoiseaux reçoi-
vent des chambellans les vêtements qui leur étaient réservés,
et la reine ordonne de préparer la quintaine.. — XXV. Pen-
dant qu'Alexandre s'habillait, Ptolémée vient le presser de se
rendre à la quintaine. — XXVI. Appel de l'auteur à ses audi-
teurs. — XXVII. Alexandre demande sa chemise. Sa mère la
lui passe. C'était une chemise sans couture ni reprise; elle
avait été faite sur les bords de la Tamise et portée par mer
en Frise au roi Philippe. Celui qui la porte est protégé contre
les blessures, et sa chair ne sera point trop enflammée des
ardeurs de la luxure. — XXVIII. Alexandre revêt ensuite un
bliaut fait par des fées dans une forêt voisine de Babylonne.
— XXIX. Par dessus, il vêtit une pelisse d'hermine. La bor-
dure en était faite de la peau d'une bête marine qu'on appelle
panthère. Elle a la gorge et la poitrine rouges, et, quand il la
voit, le lion s'incline devant elle. Qui porte cette pelisse est
sûr de n'avoir jamais de cheveux blancs. — XXX. Puis il
agrafa un manteau de martre enlevé par le roi Philippe à un
roi sarrazin. Il valait bien cent livres de fin or poitevin.
20 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
L'homme qui le porte pourra boire autant de vin qu'il voudra
sans en être incommodé. — XXXI. Olympias ceignit à son
fils un baudrier et lui mit au doigt un anneau, pourvus aussi
l'un et l'autre de vertus particulières. — XXXII. Alexandre,
monté sur un blanc palefroi, se dirige vers le palais du roi.
Tout le barnage vient à sa rencontre en criant : « Royal!
notre roi est venu. » Alexandre s'en irrite. — XXXIII. Sei-
« gneurs barons, » dit-il, « pourquoi m'appelez-vous roi
« quand je n'ai pas en terre le travers de mon doigt? mais
« j'espère bien en avoir, si Dieu conserve les damoiseaux que
« je vois ici. » Puis il vient s'asseoir auprès du roi. —
XXXIV. « Souviens-toi, » dit Philippe, « qu'il te faut mar-
« cher contre Darius le félon. » Alexandre s'engage à lui tran-
cher la tête. — XXXV. « Ceux qui lui ont payé tribut, »
s'écrie-t-il, « furent des lâches. Dorénavant, il n'en recevra la
« valeur d'un fétu, et, ce qu'il en a eu, il le paiera de sa
« tête. » — XXXVI. Les barons demandent à grands cris
que le jeune prince soit aussitôt armé chevalier, sinon, ils
abandonneront Philippe, le jetteront dans une prison et ser-
viront Alexandre. — XXXVII. Philippe se lève et ceint à son
fils une épée enchantée que la reine Pantalée lui avait fait por-
ter par une fée. — XXXVIII. Il lui donne un haubert dont la
ventaille était d'or d'Arabie, et un heaume de Cornouailles que
le roi Arthur avait porté en mainte bataille. — XXXIX. Il
lui donne un écu en côte de poisson dont la boucle était bor-
dée d'orfroi, et au milieu duquel était figuré un lion. Il avait
appartenu à Sanson , qui le donna au sage Salomon , et celui-
ci l'envoya au fort roi Philippe. — XL. Philippe lui donne
ensuite un épieu. Le forgeron du roi Xerxès en forgea le fer.
Ne plaise à Dieu qu'il forge jamais, car il n'y a sous le ciel
homme qui, frappé de ce fer, ne meure avant d'avoir pu se
confesser. Le roi Philippe prit cette épée au roi Xerxès dans
la bataille qui eut lieu sous la cité de Roais. — XLI. Quand
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 21
Alexandre fut armé, il était le plus beau chevalier qu'on pût
voir. Il monta sur Bucéphale et se rendit, suivi de tout le ba-
ronnage, au lieu de la quintaine. — XLII. Il éperonne son cheval
et, se précipitant, lance baissée, sur les écus, il les brise et
renverse les pieux qui les supportaient. Les barons s'écrient :
« Darius est en mauvaise passe ! voilà celui qui nous acquittera
« du tribut. » — XLIII. Sentiments que les dames éprouvent
à la vue d'Alexandre. — XLIV. Le damoiseau descend au
pied de l'escalier du palais ; il remet son cheval à Ephestion et,
tenant par la main Ptolémée, il monte en la salle où le man-
ger était apprêté. — XLV. Les crieurs appellent à table les
chevaliers ; ceux-ci ne se font pas prier. Philippe place Alexandre
en face de sa mère qui ne pouvait se lasser de regarder son
fils. — XLVI. Après manger, comme on enlevait les nappes,
voici qu'arrive, de la part de Nicolas, allié de Darius, un
messager porteur d'une déclaration de guerre. Alexandre
réclame le commandement de l'expédition. — XLVII. Le roi
Philippe répond à l'envoyé qu'il enverra son fils et ses che-
valiers au roi Nicolas. « S'ils ne me vengent, qu'ils n'aient
«< jamais l'audace de reparaître devant moi! » — XL VIII.
Philippe encourage son fils à bien faire. — XLIX. Alexandre
saute sur le dais (la table) et dit à ses chevaliers de se préparer.
Ils obéissent avec joie. — L. Tumulte qui précède le départ;
l'armée s'élève à plus de deux cent mille hommes. Les trom-
pettes sonnent; Philippe leur dit : « Francs chevaliers, allez! »
— LI. L'armée se met en marche. A la nuit on fit halte sous
Montarin; l'avant-garde fut confiée à Ephestion. — LU. Le
lendemain, à l'aube, on se remit en marche. Ce jour-là on fit
la rencontre d'un pèlerin de bonne mine. Alexandre le tire à
part et l'interroge. — LIII-LIV. Le pèlerin était deTyr, il se
nommait Sanson ; d'abord lié d'amitié avec Darius, il lui était
arrivé de tuer l'un des amis de ce roi, un félon par qui son père
avait été trahi ; obligéde s'enfuir, il se rendait auprès de Philippe,
22 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
l'ennemi de Darius. — LV. Il avait passé la nuit en la cité de
Nicolas et, au chant du coq , il avait entendu seller les che-
vaux et des troupes se rassembler. — LVI. « Ont-ils beau-
« coup de monde.? » lui demande Alexandre. Il n'est point en
état de répondre, mais si on veut lui donner un cheval et des
armes, il ira volontiers explorer les forces ennemies. — LVII.
Alexandre lui fait donner un cheval et des armes et, l'ayant
fait son messager, veut, en témoignage de confiance, le baiser.
« Que d'abord je vous connaisse! » répond Sanson. —
LVIII. Alexandre se fait connaître; il le charge de proposera
Nicolas un combat singulier. — LIX. Joie de Sanson. Il des-
cend de cheval pour embrasser Alexandre qui met aussi pied
à terre. — LX. Sanson, accompagné d'Ephestion, se met en
route. Ils arrivent à la cité de Nicolas. — LXI. L'écu devant
la poitrine et l'épieu baissé, ils parviennent jusqu'à la tente du
roi. Le sénéchal reconnaît son hôte. — LXII. « Voilà, » dit-
il, « un pèlerin qui but hier en ma coupe d'or fin. Je le recon-
« nais bien à son manteau et à ses cheveux blonds, mais
« depuis hier il a changé son bâton de pommier pour cet
« épieu de frêne. » — LXIII. Sanson reconnaît à son tour le
sénéchal et dit comment il a eu ses armes et son cheval. —
LXIV. Interrogé par Nicolas, il déclare son nom et accomplit
son message. — LXV. Nicolas l'engage à quitter Alexandre,
ce fils d'un enchanteur. — LXVI. Fière réponse de Sanson.
Nicolas, de son côté, est prêt à bien recevoir son adversaire.
— LXVII. Il accepte le combat singulier qui aura lieu sur la
colline, en présence des deux armées. — LXVIII. Sanson se
retire en prononçant des paroles menaçantes. — LXIX. Il
revient à Alexandre et lui rend compte de son message. —
LXX. « Nicolas prétend, » dit-il, « que vous êtes sorti trop
« jeune de votre pays, et que le jour du combat vous semblera
« durer trois mois. » — « Voilà un vilain, » reprend
Alexandre, « par Dieu! de tels rois, j'en conquerrais qua-
MANUSCRIT DE L^ARSENAL. 2}
* rante! — LXXI. Le lendemain, l'armée se met en route.
Bientôt elle arrive en vue de Césarée. L'armée était rangée
hors de la ville, et le roi, sur la colline, était revêtu de ses
armes et prêt au combat. Alexandre se fait aussitôt armer. —
LXXIL Description de son armement. Il ceint une épée qui
avait appartenu à Raimbautde Frise. — LXXIIL On lui pend
au cou un fort écu à boucle couvert de la peau d'un dauphin;
c'est un poisson qui n'est jamais plus heureux que quand la
mer est agitée. Un enchanteur en avait uni les ais avec de l'or
d'Arabie. — LXXIV. On lui amène Bucéphale, un cheval qui
était né en l'île de Miçaine d'un éléphant et d'une dromadaire.
— LXXV. Nicolas recommande à ses hommes de se bien
garder de prendre part au combat. La lutte s'engage. —
LXXVL Nicolas porte le premier coup, mais sa lance se brise
sans entamer I? haubert de son adversaire. Alexandre, frappant
à son tour, démonte Nicolas; puis, mettant l'épée à la main,
il lui coupe la tête avec la ventaille. Il envoie à son père, à
titre de tribut, le heaume de son ennemi. Il prend la ville et
en distribue les richesses à ses barons. — LXXVII. Il reçoit
le serment des habitants et, en échange de leur hommage, il
leur rend leurs terres et leurs fiefs.
MANUSCRIT
DE L'ARSENAL
lançon voil faire par rime e par lioine
)Del fil Felip lo rei de Macédoine,
[Qui tint Espagne deci qu'en Babiloine,
ÎAise e Afrique e Tire e Sidoine,
E tôt lo mont mist en si grant aigoine
Qui ne le volt servir par son espoine
Nel pot garir ne l'escuz ne la broine,
Morir l'estut, que n'i quist autr'essoine.
I . Ici et presque toujours par est abrégé. Dans Us cas , tous indi-
qués en note, où ce mot est en toutes lettres, il y a tantôt par et tantôt
pcr, formes qui se rencontrent l'une et l'autre dans les chartes du
Poitou. — }. A cet endroit l'écriture est tellement usée par le frotte-
ment que le dernier mot du vers est seul clairement lisible. Je restitue
le commencement d'après /< v. 25}. — 7. Les deux derniers mots sont
douteux : on distingue quelque chose comme lidroine.
26 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
II.
Quant Alix, li filz Felip fu nez
Par molt granz signes fu li jors demostrez :
Li ceuz mua totes ses calitez,
Soleil e luna perdirent lor clartez,
Par poi ne fu li jors toz oscurez_,
Crolla la terre e se mut de toz lez,
1 5 En plusors los fu granz la tempestez ;
Li reis Felis fu molt espaventez
De cel enfant qui si fu demostrez. (y°)
Ce signifie qu'il sera molt senez
E que li enfes conquerra mainc régnez.
m.
20 >r>. uant Alix, nasqui en icel jor
V^Ot lui nasquirent .xxx. fil de contor
De Macédoine,, del fé l'empereor;
Cil enfant furent de l'ahé lor segnor.
En manctes terres li conquistrent honor;
2 5 Tuit lo servirent de gré e par amor ;
Por lui sofrirent fain e sei e dolor
Em Babiloine, en Inde la major,
En l'aspre terre^ en la superior.
0 li serpent li firent la paor.
9. Alix., toujours abrégé dans le ms., d'où il suit qu'on ne peut
savoir si le copiste entendait donner à ce mot l's du sujet. — Ibid. Felips.
— 14. Tôt. — 26. Por est figuré par un p barré; de même w. 57,
200, 22 1,230, 23 $,248, 260, 263, 3 18,343,35 5, $20,642. — /b/</.fai.
MANUSCRIT DE L'ARSENAL. 27
IV.
^o ¥ i reis Felis ot cel enfant molt ger ;
i— < D^un de ses druz li a fait norricer.
Oiimpias em preia, sa moller.
Que laida fenne ne l'osas atocher.
Li petiz enfes aveit lo cur si fer
3 5 Que lait de fenne ne voleit alaiter
Ne la vianda de sur son dei coster.
Une pucele, filla d'un chivaler,
L'estoveit paistra à un orin coller.
V.
Li enfes crut d'ahé e d'escient
^_ Plus en .vil. anz qu'autra ne fist en cent;
Quant que il veit e quant que ot aprent.
Losengeor ne prisa il nient
Ne sa parola plus que trespas de vent ; (f. 2)
Chivalers aime e honore forment,
45 Quant que il a tôt lor met em présent.
Tant par es larges ne prisa or ne argent ;
Les chivalers teneit toz à talent.
VI.
i reis Felips quist à son fil doctors :
De tote Grèce eslist les .vu. mellors.
50 Cil li aprenent des esteles les cors,
l:
j2. pia. — j6. coster ne convient pas à la rime. P.-ê. faut-il
menger (— » mengier).
28 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
Del firmament les soveirains trestors,
Les .VII. planètes e les signes auçors,
E les .VII. arz e toz les granz autors,
D^eschas, de tables, d'espervers e d'ostors,
j 5 Parler ot dames corteisament d'amors,
De jugement surmonter jugeors,
Bastir agait por prendre robeors.
Q!
VII.
uant li .VII. maistre l'orent apris forment,
Un en i ot de plus grant escient :
60 Sur toz les autres sot cil d'enchantement,
Neptanebus ot nom, men escient.
Par lo reaume 0 desient la gent
Que Alix, ert sis filz veirement;
Plusor 0 distrent, mas il ne fu nient :
6 5 Li reis Felis l'engendra veirement ;
Pois l'enpeinst Alix, d'un mur au fundament.
Pois l'en pesa, si'n ot lo cur dolent;
Forment lo regreta, mas ne valut nient. (v^)
VIII.
Tant crut li enfes qu'il ot .xv. anz passez,
, _ Molt par fu proz e molt de grant beuté :
Vars ot les oilz cume faucons muez.
Tant par est fers de nul n'est regardez.
Gent ot lo cors e les flans ben mollez.
De totes genz esteit forment amez.
62. reaime, — 66. H.-ê. il au lieu rf'Alix.? — 70. beutez.
f- c^tmttrVdttîjttm'ttaftîmdttrniflrtr-.
-V MfotrlefoLVcumcfnutonrmu^;^
rV totxCgpt^eftaŒ-fiwmt-Atn^
I VL/ôttir'biftriltuifleWutuettc:
I
'/-%•-
&-.^'-
f vTAa u fùm^ruoToimettr-.
VW)nr>iA- 0^ «Tcolninututûa-
"^ «mort c^ul p^ oir tofoa.
] laeliFtur AUtnCbfofvittotv
9 AraudTtudllàbenaaliuretfbf^-
"J tlayUirtsft<9zt:ven&n^tiT>a.
^ iftt'lof twuuTuncuntcuJtmi-
^û uilîaatam itlf mrfinfcxmtniûJti
^ V«»c moeft- fcçVncfuutfM^ tmuf-
e ttuu^4>art<3t U)a^tet*tl^^:^eticLili^•
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 2^
75 Pris li corages d'aler esbaneier;
Ben fu vestuz de dos pailes roez,
Pois afiibla un mantel de cendé,
Ben val mil livres de deners moneez.
Ot lui esteit de jovne gent asez,
80 De filz de contes e de filz d'amirez
Qui tuit lo servent volenters e de gré
Chivaus lor dona e muiez sojomez.
U
IX.
n jor s'alot desdurre par un pré
Soz lo palais de la reial cité.
85 Ot lui esteient .v.c. danceus josté.
A sei apele Festivon, Tolomé,
Cil dui esteient si dru e si privé.
Frémir oit un chival engertré,
Cuda oir lion enchaené ;
90 Ses druz apele, si lor a demandé
Ce que pot estra, ne li sia celé.
d;
X.
anz Tholomés parla premeramentj
« Sire, » dist il, « nel cèlerai nient,
<i Feus sia ja siunques vos en ment : (f- 0
95 « C'est uns chivaus qui manjoe la gent,
« De mareschaus a mangé plus de cent,
« E cort plus tost qu'acesmée de vent.
7J. csbaneicz. — 77. cendez, — 80. fil. -— 81. grez. — 84. solz,
— 89. lihon e. — 97. qua (abrégé par un a suscrit) ces mée.
30 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
« N^a sonc d'aveine, d'orge ne de froment,
« Pain cuit manjoe e beit vin e piment. »
100 Ot le Alix., desrenge e destent;
Enqui fera mostrer son hardiment.
d:
XI.
,ist Tolomés. « Escolta ma raison :
D'un tel chival poez oïr le son
« Qui plus est fers que tigres ne lion.
105 « Grant a la gole, de denz sembla dragon.
« Li reis Felis, quant pot prendre larron,
« Il ne li fait autra dampnation,
« Mas au chival lo dona a livreison ;
« Il l'a plus tost geté en son goitron
1 10 « Que .XII. lof n'aureient un moton.
« Quil dontera reis ert sens contençon.
XII.
Per ma fei, sire, molt est fers li chivaus,
« Hune en cest segle ne fii veûz itaus.
« En une chartra lo tent tis pères enclaus,
115 « Vers lui nen ose abiter mareschaus :
« Toz les menjoe, e les bons e les maus.
« Se .v.c. homes i aveit ot tinaus (v")
« Nel destreidrient plus que fereit un chaus. »
Ot le Alix., desrenge come faus,
1 20 Demostrer volt com il sera vasaus.
En la chartra est ben enclos li chivaus
102. sire d. T — 112. Per en toutes lettres. — 118. N. d. il.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
Qui plus est fers que nulla rens charnaus.
En une tor le tent li reis enclaus;
En tôt lo monde ne fu veùz si maus,
1 2 5 Alix, lo chetera de maus ;
Jusqu'à petit le verra li chivaus.
q:
XIII.
uant à la chartra pot anceis avenir,
Il ne trova qui Pus osast ovrir;
Fert à un mal, les gons en fait sallir.
MO Li fers chivaus vit son segnor venir,
Les pez devant comença à flatir.
Baisa lo chef, semblant fait de servir.
Quant Bucifal vit son segnor venir
Ce sachez ben paor ot de morir.
1 3 5 D'ore en avant li covendra servir;
Li reis l'a fait molt richement norrir.
XIV.
q:
uant Bucifal vit venir sun segnor,
Baisa la testa, grant semblant fait d'amor.
E Alix, lo prist par grant vigor,
140 Au gef li mist le frent fait à Monflor;
Saut sur lo dos, si s'en eist de la tor,
Dreit au palais en vint à l'aumacor,
Desfublez fu, si ot gente color; (f. 4)
Contra lui vindrent e duc e vavasor.
145 De Bucifal lor vent si grant freor
140. 1. f. qui fu faiz.
?2 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
N'en i ot nul qui n'oùst grant paor.
Li plus ardiz vosistestra en um fort.
XV.
Par les degrez s'en monta li vasaus,
De desoz lui monta danz Bucifaus.
1 50 Fers fu li sires e fers fu li vasaus,
Par mé la sale tresvola corne faus,
Despecce tables e brisa eschamaus ;
Tuit li plusor fuient à lor ostaus,
Ce lor est vis cent anz dura ciz maus.
1 5 $ Li reis Felis dit à ses seneschaus
Qu'il lo défendent ot fiiz e ot tinaus.
XVI.
Q
uant Alix, vit lo rei Felipon
En tel paor e en tel suspiçon,
E de la sala fueient li baron,
160 Nus d'eus nen osa ester en la maison,
Del fer chival desent sur un perron ;
Par un fren d'or lo rent à Festivon.
Cil lo tent plus que tigre ne leon^
N'ert pas mervelle quar il sembla dragon.
16$ Li filz lo père en a mis à raison,
Ne laisera ne li demant un don.
147. for. — 148. Par en toutes lettres. — »Ji. très vola.
v;
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 5^
XVII.
■int Alix, dreit à son père au deis ,
Il li a dit : « Saus siés, sire reis;
« Asez soi forz e soi jovnes e freis, (y°)
1 70 « Volet que sie chivalers o borgeis l
« Adobet mei à quise de Greceis,
te Vostra reaume vol metra en defeis ;
« Si vos nel faites tornera à sordeis. «
Respont li pères : <c Dit avez que corteis. )>
XVIII.
175 >^uant la novele en vint à la reine ,
v^Ele seeit de devant sa cortine,
Ensemble lei une bêle meschine,
Qui d'un fil d'or aveit lie sa crine,
El' afubla un bon mantel hermine,
1 80 El* est venue en la sala perrine ;
Quant veit son fil corteisement Pencline,
Après li fu molt protchana veisine ,
Ele l'embrace par desoz la peitrine,
De lui baiser en la boche ne fine.
XIX.
85 •-^yuant Pot baisé e acolé assez :
n
V^^Beus filz, » dist ele, « bon 'ora fussez nez.
« Par vos ert ben li fers chivaus dontez;
167. Alix, en vint d. — 171. adob et un signe d'abréviation qui
parait signifier plutôt et que ez. — 17). f. o t. — 186. bona f.
3
54 MANUSCRIT DE L*ARSENAL.
(( Vostra deit estra, sire, si vos volez.
<( Par vos ert ben li règnes governez ;
190 « .XV. ans avez et quatra meis passez,
« Il est ben dreiz que siez adobez.
« Désormais deivent pareistra voz bontez. »
Respont 11 enfes : « Mère, merciz e grez. »
XX.
Li reis Felis qui ne fu mie lent
. ^ , A la reïna parla premerament :
« De vos, reine, vengent li vestiment,
(( De mei vendrunt li autra garniment. (fol. 5)
« Vostra fil faites bagner astivement,
« E sei doncel se bagnent epsament ;
200 « Por soa amor en adoberai cent. »
Quant l'ot li enfes, motes merciz l'en rent.
Il li encline del chef hastivement.
p^uai
XXI.
uant la reine oit lo rei parler.
Fors de la chambre fait les dras aporter ;
20^ PoisTi a fait aus donceus comander
Que bagner s'augent là jus au port de mer.
Li reis a fait les chivaus amener,
Totes les armes lor a fait aporter.
E la reine a fait ses chivalers mander,
2 1 G Lor vestiment lor a fait aporter.
Li doncel sallent qu'ans e anz en la mer.
209. Peut-être faut-il : La r. a f. s. donceus m.? — 211. P.-ê.
qui anz anz (= qui ains ains)? locution fréquente en ancien français.
S:
MANUSCRIT DE L*ARSENAL. 5 5
XXII.
li la fusez el pré, soz la marine,
'Soz les degrez de la salle perrine,
La veissez tanta pellice hermine,
2 1 5 Tant bel bliaut e tanta pel martrine,
Tant jovencel, tanta bêle meschine!
Olimpias i esteit la reine
D'un vert samiz vestue e eschevie,
Environ lei tendu[e] une cortine
220 Qui plus reluist que cristaus ne verine.
Ce esteit fait por oster la chaline.
S'
XXIII.
i lai fiisez soz la marine el pré,
Desoz la sale, très au pé del degré, (yo)
Lai veïsez tant destrer enselé ,
225 Tant bon hauberc e tant escu cloé,
Tant bone espée e tant brant acéré,
Tant bel pitral e tant estré doré,
Tant esperon à fin or nielé.
Tôt cist herneis esteient asemblé
230 Por les donceus qui'n serunt adobé.
XXIV.
uant li donceil issirent de la mer
Les dras lor fait la reine aporter,
Aus chamberllens les a fait despleier.
Cil les lor portent sens nesun demander ;
2 ] 5 Chascuns em prist por son cors conreer.
^6 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
E la reine vait son fil atorner ;
De chères armes le fist ben afaiter.
Son conestable a fait après crier
Que la quintaine ne volt pas oblier,
240 Que Alix, i fferra corne ber.
XXV.
Quant Alix, fu bagnez e sis druz,
A une part s*en est alez toz nuz.
Uns"chamberllens i est corranz venuz;
Braies li porta e chauçons ben cosuz,
245 Chauces de paile e solerez aguz.
E Tolomés li est devant venuz
E Festivons, sis amis e sis druz,
« Sire, » dist il, « porquei n'estes vestuz ? (f. 6)
« De la quintaine sunt cha li pel feruz;
250 « Men escient cha firunt es escuz. »
o;
XXVI.
ez, seignor, l'estoire par rime et par leoine
D'Alix, lo rei qui conquis Garsedoine
E tote Espagne deci qu'en Babiloine.
Molt par fu proz, plus fist que Charlemaine ;
2 $ 5 Hune tant ne fist li forz reis d'Alemaine.
Molt fu proz Alix, e sa gent fu grifaine,
Par unt que ele aut tôt derumpeit e fraine,
Des vergers et des blez fu perdu la gahaine.
Dant Tolomés l'apele qui forment lo laideine
242. Eu. — 2p-6j. Vers manifestement interpolés.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 37
260 « Porquei n'estes vestuz, gémis reis de Miceine ?
« Cil vostra compagnon ferent en la quintaine.
« Je vos di veir, beus sire, fé que je dei Eleine,
<( Je ne vos mentireie por tôt l'or de Miceine. )>
Di
XXVII.
anz Alix, demanda sa chamise
265 i-^E la reine la li a el dos mise.
Unques ne fu cosue ne reprise;
Ovrée fut sur l'aiqua de Tamise,
Par haute mer en fu portée en Frise
Au rei Felipe cui ele fu promise.
270 Or l'a li enfes cui ele fu tramise,
Ne poeit estra en nul lo meuz asise.
Qui l'a vestue cha sa char n'ert malmise,
Ne de luxure ne sera trop esprise.
XXVIII.
Sus sa chamisa a vestu un bliaut ; (v°)
-, , Ben pot hom dire que .c. livres d'or vaut,
Quar quatra fées le firent en un gaut
Sur Babiloine, el poi de Monribaut ;
Sos cel n'a home si hardi cha i aut.
Uns enchanteres qui ot [à] nom Rainbaut
280 Par grant enging fist aveir cel bliaut,
Par un oisel c'um apele girfaut.
Qui l'a vestu n'a trop freit ne trop chaut.
XXIX.
Desus vesti un pelliçon hermine :
Les goles furent d'une beista marine
^8 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
28$ Qui fu trovée el lac Sainte Cristine ;
Panter a nom e luist plus que verine,
La gole ot roge e tota la peilrine j
E quant lions la veit, si li encline.
Qui Ta sur sei, si a tal médecine
290 Que cha n'aura pel chanu en la crine.
XXX.
Pois afubla un bon mantel martrin
Qui fu cuverz d'um paila costantin.
Li reis Felis l'ot d'un rei sarrazin
Que il ocit au poi de Montarbin ;
295 Ben vaut .c. livres de fm or peitevin.
La reine le traist de son escrin ;
Son fil lo dona, au nobile meschin ;
Hom qui lo porta n'aura cha mal de vin ,
Tant n'en set beivre au seir ni au matin, (f. 7)
XXXI.
300 x-^v limpias li a cent un baldrei.
vy cha chivalers qui l'a environ sei
N'ert abatuz ne honiz en tornei.
Pois li a mis un tel anel au dei ,
Si com reconte cil cui ge ben en crei,
305 Hom qui lo porte cha n'aura trop grant sei.
Monta li enfes sur un blanc palafrei,
E la reine lo conduist jusqu'au rei.
296. [E] la r.? — joo. cente.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. J9
XXXII.
uant au palais fu li enfes venuz
Del palafrei est à pé decenduz.
^ I o Tozli barnages est encontra venuz ;
Plus de .v.c. en i ot de chanuz
E autre tanz de jovenceus crenuz.
N'i a celui ne li renda saluz
« Reau! » s'escrient, « nostra reis est venus. »
515 Et Alix, s'en est molt irascuz ;
Les deus en jura e les soes vertuz
Qui rei Papele cha ne sera sis druz.
XXXIII.
Segnor baron, porqué m'apelez rei
« Quant ge de terre nen ai travers mon dei ?
320 « Mas g'en aurai encor, si cum ge crei,
« Si Deus garist les donceus que ci vei.
« Il me serunt, ce cuit, de bone fei,
« Je lor serai tés cum estra lor dei. »
Quant ot ce dit, si s'aproisma dei rei,
325 E il lo baisa, si l'asist joste sei; (v")
Remant la noise par la sala e l'esfrei.
XXXIV.
Quant par la sale se turent li baron
Li reis Felis mist son fil à raison :
« Beus filz, » dist il, « molt as gente faiçon;
}2o. gc naurai.
40 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
330 « Ben te convent cil hermins pelliçon.
(( Remembre tei de la succecion
(( Que t'estot faire vers Daire lo félon. »
' Dist Alix. : « A nul en sa prison.
« Ja ne port je lance ne confanon
3 3 $ « Si ne li tranche lo chef soz le manton. »
Dist li barnages : « Ciz a cur de baron. »
p^uai
XXXV.
uant par la sala se furent tuit teù
Dans Alix, a au rei respondu :
a Père, » fait il, « ne parlez del treû ;
340 <( Recréant furent tuit cil qui l'unt rendu.
« Ja ne por ge ne lance ne escu
<c Si gemais n'a vallissant un festu.
<( Por sol itant cum il en a où
« Li trancherai le chef desor le bu. «
345 Dist li barnaches : « Deus t'em prest la vertu! «
xxxvi.
Forment s'escrient li petit et li grant :
« Dreiz empereres, porquei demorestant?
« Dona à ton fil armes à son talant. (f. 8)
(( Si tu nel fais devendrons sei cornant;
350 « De lui ferons e segnor e garant;
<( Te gurpirons corne rei recréant.
(( En une chartra te geterons devant. )>
Quant Pot li reis si se dreiça en estant.
3J0. convint. — 334. Ja ne porte je mais 1.; cf. le v. 341.
MANUSCRIT DE lVrSENAL. 4I
XXXVII.
Quant vit li reis sa maisnée privée
Por Alix, [e] marie e troblée
De s^rmaûre qui fut tant demorée,
Passa avant, vait li cendre l'espée
Qui fu forgée ultra la mer bethée.
Une reine qui ot nom Pantalée,
560 Qui em batalla en soit estra armée,
La li tramist par une soe fée.
Sos cel n'a home, si en receit colée,
Que gemais sie par nul home sanée.
A
XXXVIII.
uberc li done o entérine malla
565 -rV-De l'or d'Araiba fu tote la ventalle ;
Contra lui sunt tuit tuit li autra coralle ;
Hune ne fu hom par cui il face falle.
Pois li présente l'elme de Cornualle ;
Li reis Artus Tôt man jor en batalle.
570 Pois que il la lace par dessus la ventalle
Ne pot chaler qui fere Jie qui malle.
Cuverz esteit d'une riche toalle ; (v^)
Li gentis reis à son ger fil lo balle.
XXXIX.
Escu li done de coste de peison ;
,, j La bocle fu à orfreis environ.
} 5 5 . tropblée ; It copiste de ce ms. a une propension à écrire p pour b,
insi V. 2 j8 // avait écrit despblez, mais il a pointé lej». — } jy. passe.
42 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
Très en men lo ot escri un lion :
Ce signifie la ferté del baron.
Il fu chadis au fortisme Sanson
Qui lo dona au saive Salemon ;
380 Cil lo tramist au fort rei Felipon.
Hune en cest segle ne fu veùz si bon,
Quant arme i ffert resort corne bozon.
E
XL.
spé li done li reis Felis enprès;
Uns febles hom i oiist tôt son fès ;
385 La lance fu d'un quarter de ciprès,
Le fer en fist li fevre au rei Sercès.
Cha Deus ne place que il forge gemès :
Sos cel n'a home, si'n es feruz d'eslès,
Sempres ne moire ainz que sia confès.
390 Li reis Felis e li Macedonès
Lo tolirent par force au rei Sercès
En la batalla soz la cit de Roès.
XLI.
><>w uant Alix, fu del tôt adobez
V,A^s espérons a en ses pez fermez ;
395 Li reis sis pères les li aveit donez ;
De fin or furent à esmal niellez.
Hune chivalers ne fu plus bel armez;
Poez saver qu'il fu ben conreez.
Bucifal fu devant lui amenez : (f. 9)
391. Tolirent lo? — 399 eî ss. Le fol. 9 est tout entierd'une main
italienne, et y à ce qu'il semblej du XI V siècle.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 4)
400 Chère ot benfate/oregles e costéSy
Cropa reonde e fu bene enselez,
Li stref furent de fin or adobez
E li pitraus fu d*un paila envolsez ,
Fors solame[n]t les rennes tôt li frens fu dorez.
405 Per grant vertu est li donceus montez;
Ponc par les rues cumme faus abrivez ;
Grant aleiire en est venuç aus prez;
Tôt le bernages est aprèf lui alez.
XLII.
Jouant de la citfu le enfes issuz,
4 1 0 \Jpe la quintaine furent li pelferuz.
Bucifal ponz chi li saut fait menuz
Quant il lo broche des espérons aguz;
Basa la lança, fert per mé les escuz,
Trestot les a peçoiez e fendus,
4 1 5 Brisent les perche et li pels et li fuz.
Per grant vertu s* en est oltra coruz.
Dist le bernages : « Daires est maus venuz,
« Per cestui ert aquitez le trauz. »
XLIII.
Quando Alix, fu oltra trapasez,
Ponç Bucival e broche per les prez;
Fait un eslais qui mulî perfu loez,
405 et 438. Per tn toutes lettres ; c'est la forme que j'adopte comme
la plus probable pour tous les cas où, dans les deux feuillets écrits par
un Italien, ce mot est abrégé. — 41 J . Brisesent. On sait que briser est
en ancien français aussi bien intransitif que transitif.
44 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
Pois desendi suz la sala aus degrez. (y°)
De mantes dames (u le jor esgardez ;
Dit l'una à l'a[u]tra : « Mult e[st] bene acismez.
42 5 « Si in un lit estions asemblez
« Que a plait mis cors s'il U est veezî »
Le donceus est desenduz aus degrez
De îot[es] partes est bene evironez.
XLIV.
*
Quant Alix, desendi au degré
A Festion a son caval livré;
De chères armes a son cors désarmé,
Su\s] ses spales a un ma[n]tel geté,
Per la ma prende un so dru Tolomé,
Suso en la sala sont ambidu moln^té.
435 Le rés lor a le manger apresté;
Poez saver quHl i oî à pla[n]té ;
Li baner crient l'ev[e] par la cité.
p;
XLV.
^er la cité vont criant li baner
Aus cavalers que il aient manger.
440 // / vo[n]t tutiy ne se funt pax preger.
Quant lavé ont, lors mans vont essuer.
Li res Felips asist sum fil premer
Dentro les dos, très davant sa moler :
Ço ert sa mère qui sur tôt Pavoit cher;
445 Tant fort l'esgarde ne pot de l'oil cegner. (f. 1 0)
425. e. à lui a, — 426. On peut corriger: Mal ait m. c. si il. — 443.
Sic. On pourrait corriger lo deis ; cf. v. 476.
MANUSCRIT DE L ARSENAL. 45
XLVI.
Quant mangé orent li reis fait napes traire.
Ec vos un mes de la cit de Cesaire,
De Nicolas qui s'acorde à rei Daire;
E si li manda guerre li voldra faire.
450 Quant Alix, a oit lo contraire,
Molt ferement en regarda sun paire,
E en après li a dit son viaire :
« Père, » dist il, « done mei cest afaire ;
« Cha Dés ne place que me veez mais maire
455 « Si ne l'oci o pendo corne laire. »
l;
XLVII.
i reis Felis est levez del menger,
Corteisement a dit au mesager :
« Amis, » dist il, « pensez de l'espleiter;
« Par tei voldrai à Nicolas nuncer
460 « Que ors li vol Alix, envier;
« Une ne reçut si corteis mesager.
« Ensemble lui irunt mi chivaler.
« Se il de lui ne me poent venger,
« Jemais vers mei nenn ost uns repairer. »
XLVIII.
46 $ y i reis Felipes a oit le mesage :
i-«« Beus filz, » dist il, « vos oez quel ultrage
« De Nicolas qui tant est plens de rage.
« Molt prisa poi e tei et ton lignage ;
46 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
u Tu iras à lui e raenras mon bamage
470 <( E mostreras iloc ton vasalage. » (y°)
Et Alix, l'en a dit son corage :
« Par icel Deu qui me fist à s'image,
« Ne io garra ne l'escuz ne la targe
« Que de son cors ne li face damage. » •
XLIX.
475 r-xanz Alix, fu de cel ost baners;
L'Saut sur lo deis cum hom qui fut litgers, -
Neguns lions ne fu unques plus fers ;
Corteisement somont ses chivalers :
« Segnors, » fait il, « dites aus escuers
480 « Que tost vos augent amener les destrers.
(c Or i parra qui ert bons chivalers. »
Tuit li respondent : « Nos irons volenters. »
L.
Si lai fusez à l'esir des degrez ,
Molt oûsez debrisez les costez :
485 L'uns empenc l'autra come hom forsenez;
Plus de quaranta en i ot de crevez ;
L'uns voleit estra devant l'autra aprestez.
A dos cenz mila les a li reis esmez ;
A son ger fil les a li reis livrez.
490 Les grailes sonent, de fin or adobez ;
Pois lor a dit : « Franc chivalers, alez. »
469. Prononcez T'iras; cf. dans Huon de Bordeaux t'as 740, t'ase-
ûras 1279, t'es Ç012, etc.
L
MANUSCRIT DE l'aRSBNAL. 47
LI.
i escuer se metent en l^estrée ;
N'i a celui qui n'ait lance parée.
De bones armes luist tote la contrée ;
495 Des escuers i ot grant asenblée.
Alix, chivauge desoz une valée, (f. 1 1)
Environ lui sa maisnée privée.
Quant vint la nuit, qu'orent fait lor jornée,
Soz NTonterin herbergent en la prée.
500 A Festivon fu Tengarde livrée;
Il la fist ben jusqu'à la matinée
Que li soleiz abati la rosée.
L
LU.
a nuit herbergent es prez soz Montarin,
A Taube clere se metent el chemin.
505 Lo jor encontrent un corteis pèlerin;
Ben resenblot à nobile meschin :
Bliaut aveit d'un paile costantin,
Sur ses espalles geseient si bloi crin,
En sa main porte un baston pomerin.
510 Quant Alix, lo veit lo chef enclin,
A une part lo trait fors del chemin.
LUI.
D
ist Alix. : « D'un estes vos, amis ?
Par ma fei, sire, de la cité de Tyrs.
5 1 ). Pour obtenir une rime exacte il faudrait Tris, forme qui existe;
par ex. dans Aye d'Avignon, v. 3489 : Apolines de Tris.
48 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
a Nés soi rei Daire, molt fui cha sis amis,
515 « Mes avint mei d'un sen dru que ocis,
(( Se ne fuïsa, ne fuse ore pas vis.
« Querant aloe un de ses enemis,
« En penser ai à gaster son pais,
« Men escient, ce est li reis Felis,
520 « Por un treù que tos tens li a quis.
« Si lai pois traire meudre en ert li estris. »
D"
LIV.
jst Alix. : « Amis, cum avez non ? (v°)
Par ma fei, sire, hom m'apela Sanson;
« Nés soi rei Daire, del meuz de sa maison,
525 « Mes avint mei que ocis un félon
« Qui de mon père aveit fait trahison.
« Fuiant m'en vois dreit au rei Felipon.
« Il a un fil qui Alix, a non.
(( Se me pois metra en sa succeccion
530 (( Vers lo rei Daire movrai grant contençon. »
LV.
Dist Alix. : « Molt est proz e vassaus,
« Mas en quel lo fo enuit tis ostaus ?
— Par ma fei, sire, en la cit Nicolaus;
« Me herbercha uns de ses mareschaus.
535 « Quant vint au jor, que il chanta li chaus,
(( Par la citté ohi les mareschaus
$ 1 7-8. La suite des idées serait plus claire si on intervertissait l'ordre
de ces deux vers.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 49
« Qui comandoent enseler les chivaus.
« Tota la genz i veneit des chasteus ;
« Fors de la vila en vi toz pleins les vaus;
540 « Men escient vos alez encontr^eus. »
D'
LVI.
ist Alix : « Amis, hunt il grant gent ?
Par ma fei, sire, il Punt grant, verement;
« Je no 'n sai pas lo nombre à escient,
« Mas ballez mei un bon chival corrent
$45 « E unes armes qui sient à talent,
« Jes esmerai, quar jo n'en sai nient.
« Si lai m'enveies ge irai veirement. (f. 1 2)
« Une Nicolas ne garda sairement :
« Il est trahitra, fei mentie epsament,
550 « Vers lui vodrai mostrer mon hardiment. »
Di
Lvn.
anz Alix, li dona bon destrer :
Fors Bucifal nen aveit nul tant cher,
Totes les armes qui sunt à chivaler.
Il geta jus lo baston de pomer,
5 5 j Saisist les armes e saut sur lo destrer.
Quant il fu sus ben sembla chivaler :
Gent ot lo cors e lo viaire fer.
Dist Alix. : « De vos faz mesager,
Mas ors te vol par créance baiser. »
5 J2. // semble au premier abord qu'il y ait une lacune après ce vers;
cependant on trouve de même, v. 693-6, une énumération dont les
diverses parties ne sont point réunies par la conjonction e. — ^9* volt.
50 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
560 Ce dist Sansons : « Conoistrai vos premer. »
LVIII.
Dist Alix. : « Molt es corteis, Sanson,
« Jemais vers tei ne cèlerai mon non :
« C'est Alix., fil le rei Felipon.
« A Nicolas vol rendra gueherdon
565 « Deu rei mon père que gurpist sa rraison.
« A lui irez e vos e Festivon ;
(( Desores vol que siez compagnon.
« Ce me diras à Nicolas, Sanson,
« Que n'est pas ben que moirent tant baron.
570 « Par nos dos cors sia la contencon. »
l;
LIX.
i pro[s] Sanson, quant il l'oit parler,
! Une ne se pot à tenir de plorer : (v^)
« Deus, » dist Sansons, « te poscha aorer,
« De mon segnor que m'as doné trover ! »
575 Desent à terre del correor destrer,
Qu'el lo voleit baiser et acoler,
Et Alix, qui lo volt honorer
Desent à pé e fait que corteis ber.
Qui les veïst baiser e acoler
$80 De frans donceus li poùst remembrer.
LX.
Q
uant Pot baisé e acolé asez,
Pois joi[n]st ses mains, à lui s'est commandez.
MANUSCRIT DE L*ARSENAL. 5I
Poist apela Festivon son privé :
« Alez, » fait-il, « en la garda de Dé;
585 « Au Creator siez vos commandé. »
Ambedui sunt en lor chival monté,
Tant chivaucherent qu'il virent la cité.
LXI.
uant à la cit sunt li doncel venu
^'ost Nicolas virent de fors issu,
$90 E Sun gran tref desus un poi tendu.
Devant son piz met chascuns son escu.
Les espez baisent e pognent de vertu.
Parme tôt Tost en sunt au rei venu ;
Devant son tref o esteient si dru
595 Li mesager sunt à pé decendu.
Sanson parole, Festivons s'est teû;
Li seneschaus son oste a coneù.
LXII.
L
i seneschaus reconut lo meschin (f. 1 3)
E dist au rei sempres en son latin :
00 « Par ma fei, sire, ça vei un pèlerin,
« Il but er ser à ma copa d'or fin ;
« Se li donai e pain e char e vin;
« De mon ostal se leva oi matin.
« Sel conois ben el paila costantin
05 « E à la teste 0 pendent si bloi crin.
604. Il faudrait al de mime qu'il y a k lu au v. suivant.
52 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
« Il a changé son baston pomerin,
« Men escientre, por cel espé fraisnin.
« Qui que il seit ben sembla de franc lin. »
LXIII.
Li proz Sanson conut lo seneschal :
(( Sire, )) dist-il, « Deus te porgart de mal.
« 0 tei manchai er ser à ton ostal,
« E oi matin m'en tornai tôt un val
« Ultra cel bois, enz el chemin reial.
« Lai encontrai un nobila vasal,
615 « C'est Alix, qui dona cest chival;
« Il n'a mellor fors lo sen Bocifal.
« Se Nicolas li vol tenir estai
« Batalla'n ert une ne veïstes tal. »
LXIV.
Quant Nicolas a oï la raison :
« Amis, dunt es, e cornent avez non ?
— Par ma fei, sire, hom m'apela Sanson.
« Nés soi rei Daire, del meuz de sa meison,
« Qui m'a chaicé par malvaisa achaison.-
« Or me soi pris à un noble baron, (vo)
62$ « C'est Alix, filz lo rei Felipon;
« Par mai te manda e par mon compagnon
« De la batalla seit en t'eslicion :
. « Cent contra gent 0 ton cors contrel son. »
Respont li reis : « Or oi ardi guiton.
615. Peut-être qui[m] d?
I
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 55
LXV.
630 Y^er Deu, Sansons, molt par es enuiere :
1 « Par ma citté passas er corne leire,
V .XXX. citez vi tenir à ton père.
« Il est mis uncles, je sui filz de son frère :
« Mis cosins es, ben deis estra ajuere;
635 « E Alix, fu filz d'un enchantere.
« Gurpis lo fil de la pute de mère;
« Pois te menrai à Daire l'enperere. »
Respont Sansons : « Reis, tro[p] par es parlere.
LXVI.
Par Dé, dan reis, molt avez dit grant falle,
__,_ t( Vostra consel ne pris une mealle.
« Nen est pas dreiz que à mon segnor falle ;
« Por dreit nient querez la desevralle.
« Mas faites sus traire ceste rencalle :
« Il esttoz prez que vostra cors asalle. »
645 Respont li reis: « N'est pas ben que l'en falle.
« Se Alix, vent vers mei en batalle,
« Nel défendra ni escuz ne^ventalle
« Que tôt nel fenda enlros qu'en la coralle.
LXVII.
L'oz Alix, seit lai oltra passée (f. 14)
. ,_ « E li men seient de deçai en la prée;
6}o. Per en toutes lettres. — 634. // faudrait bem. — 6J9. Par
en toutes lettres.
54 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
« Soz le pin seit la bataille fermée,
« Quar Alix, meine trop grant potnée.
« S^al premer cop eschape de m'espée
(c Ne pris ma force une pome parée,
655 « Ben porra dira ne val une tostée.
« Trop par es jovne issuz de sa contrée. »
Quant l'ot Sansons par poi ne traist s'espée.
LXVIII.
f:
lous reis, » fait-il, « molt poez menacer,
« Vostra menace ne pris mie un dener ;
660 « Quant vos verrez Alix, au vis fer
« Plus lo crendrez que aloe esparver.
« Or vent li jors qu'il se voldra venger,
« Qu'il vos toldra la corona d'ormer. »
A icest mot si sunt pris li destrer,
66^ Par les estrés montent li chivaler.
Tant chivaugerent li corteis mesager
Que à lor gent vindrent à l'arberger.
Qïï'
LXIX.
uant li mesage sunt venu à lor gent
Li proz Sansons del bon destrer desent,
670 E Festivons sis companz epsament.
A une part, auques secreement,
0 Alix, firent lor parlement ;
Que dux que contes i ot ben plus de cent.
E dist au rei molt afaiteament : (v°)
65). Se il del p. — 664. Corr. as destrers ?
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 55
« Par ma fei, sire, Nicolas vos atent;
« De la batalla n'eschiva il nient,
« Par voz dos cors sera, men escient. »
LXX.
Li proz Sansons reparla en greceis :
« Par ma fei, sire, encors dist il sordeis :
« Que trop es jovnes issus de ton paeis
« E estes fous e fera vos ce peis.
« S'a lui jostez par vos dos el chaumeis,
« Cha de son cop n'eschaperez anceis
i< Tros que li jors vos semblera treis meis. »
Dist Alix. : « Or ci vilain corteis.
« Par icel Deu de cui ge tenc mes leis
a J'en conquerreie de tés quaranta e treis. » "
a;
LXXI.
icest mot hunt lor consel fine ;
•La nuit herbergent li baron par lo pré
690 Jusqu'au matin que parut la clarté.
Sonent li graisla, au gemin sunt entré.
Tant chivaugerent li chivaler prové
Que de Cesaire virent la fort cité,
L'ost Nicolas defors tôt' asemblé,
695 Le rei meisme suz lo pin adobé,
Prest de batalle e de son ost sevré.
Quant Alix, vit lo rei adobé
Fremist e jure à guise de desvé.
698. // manque certainement un vers entre les w. 698 et 699, omission
56 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
E Festivon cui il l'ot commandé. (f. 1 5)
700 D'un vert samit son bon aubère foré
0 un cisel menuement ovré
Danz Alix, l'a en son dos geté,
E la ventalle li lacent si privé ;
Pois lacce l'eume qui vaut une cité ;
70$ Sol li jargonce del cercle d'or listé
Relusent plus que chasteus enbrasé.
LXXII.
L'espée prent, si la cenc à sa guise g^
Desoz l'auberc sur la pellice grise,
Quant plus l'estrenc sis ardime[n]z aguise;
710 Ela fu cha au fort Rei[m]baut de Frise ;
Molt a duré, unques ne fu malmise;
Cent anz e plus fu en un sarco mise.
Reis Nicolas vit mal la guerre enprise,
Morz ert e pris, fuient en la devise ;
7 1 5 Nel défendra ni escuz ni chemise,
Elme ne brogne qui sur lui seit assise
Que tôt nel fende deci qu'en la peitrise.
LXXIII.
u col li pendent un fort escu bocler,
Desus ert volt d'un grant peison de mer,
720 Daufm lo claiment cil qui[l] sevent nommer,
A'
qui s'explique d'autant mieux qu'au vers 699 commence un nouveau
feuillet. On pourrait proposer : S'a son aubercmaintenant demandé.
— 708. Desor. — 714. // serait plus naturel de lire: Pris ert e morz.
— 716. asissç.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 57
Grant joie meine quant veit Taiqua trobler.
Li enchanteres qui fist les es joster,
Ot l'or d'Araibe sarcir e treschiter,
Par nigromance les i fist acobler. (v«)
725 E cil lo prent, qui cuda surmonter
Totes les genz o il pensa abiter.
LXXIV.
Antigonus Bucifal li ameine,
Un bon destrer, une ne mancha d'aveine.
Engendrez fu en Tisle de Miceine
7J0 D'un olifant e d'une dromedaine.
.XX. anz e plus lo fist norrir en laine ;
Li reis Felis l'en traist à molt grant peine.
La sele fu de l'os d'une batleine,
E cel i monta quil tint en son domeine.
735 Quant il fu sus un saut fist par l'areine;
Plus esnist cler que ne ne chanta sereine.
Nicolas est entrez en molt mala setmaine,
Or est li jors venuz qu'il en aura estreine.
LXXV.
Quant Nicolas vit adobé lo rei
A ses homes parole, si lor dit en segrei
Que cha nus d'eus mal ir^ après sei,
Oniz sereit, si emfrandreit sa lei.
7J7-8. Cts vers paraissent interpolis. — 7Î9- lo re» adobei. —
740. P.-i. parle à ses homes. — 741- La première leçon était mal
les aut apresser et a été corrigée en interligne et en marge.
58 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
Baisa la lance, met l'escu devant sei;
E Alix, vint vers lui à desrei,
745 Lance baissée, le confanon desplei,
De grant vertu se ferent li dui rei.
Di
LXXVI.
^anz Nicolas l'a premeiran féru
Desoz la bocle, très en mi sun escu ;
Ne l'entama vallisant un fesîu, (f. 1 6)
7$o Sa hasta brixa, le confanun perdu.
Quant Alix, le vit si irascu
Sum bom corage nen a mie perdu;
Baisa la lance, fert per mé sum escu
Que tôt li a dépecé et fendu,
755 Lo blanco ubergo desmalé e rompu.
Vasta fu fort, il l'empe[in]t de vertu,
Rompet les ceingles, le arçom sunt fendu,
Petral ne reine ne li a rein valu,
Plena Vasta l'a a campo abatu;
760 Bucifal broca, sur li est coru;
Se Deus ne pensa ça sera malvenu.
Del for 0 trait les bom brando amolu,
Le qués che set i aura ça perdu,
Asavement l'a el costé féru.
76 5 Le chevo 0 tota la ventayle li a sevré del bu,
Una grant tesa si chi îuti l'ont veii;
749. Ce feuillet est, comme le fol. 9, d'une main italienne. — 754.
Ici et aux vers -jj-j, 778 et 794^ et est en toutes lettres ; partout ail-
leurs il y a t ou un signe abréviaîif qui peut être rendu indifféremment
par e ou par et.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 59
Prende le nasal, Aristé l'a rendu;
Per Festivon son ami e son dru
L*a à son père envié per îrehu;
770 N'a pas falli, del tôt l'en a chalu,
La citté prisî e tôt que mantenu
Sum blanc argent e toi son or moluy
Tôt lo dona e tôt l'a dispendu
A sum bar nage qui emprès l'a seii. (v®)
LXXVII.
775 va citté prist e tôt lo mandement,
L-i Sales e tors e tôt qui ço apent,
P ailes d'Aufriqua, lo vin et lo piment,
Destrers et muls e tôt l'or e l'argent ;
A son barnage dona tôt e despent.
780 Ceus de la vile a pris per sairement,
Per homenage e per aliement
Qu'il liferunt tôt son commandement;
Totes lor terres e tôt lor feu lor rent.
Apres orrez tôt atiréement
785 De ses proeises, de son conquerement.
d:
e Daire lo persant si cum il l'oi conquis '
E del rei Porus dinde ^ qu'il chaiça e ocis
E des bones Artus que il trova e quis,
E de la fort cité î Babiloine qu'asis.
I. Ce vers et les i{ suivants correspondent à M. 249, 2 j -2 50, 4.
- ?. Prons doindc. — j. citre.
6o MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
E de la voit de l'arbre qui de sa mort li dis,
Issi cum ' Apeles Vimage contrefis^
De Got e de Magot que il inclaust e pris
Que gemais rCenn istrunt tros venquege Anîichrisy
Del duc de Palatine qu'il pendi et ocis,
E si cum Aristoîes l'entroduist e apris,
La virîé de Vestoire si cum li reis le fis ^^
Un clers de Chasteldum, Lamherz li ton, Vescris î,
De latin o il ère qui en romanz la mis.
Ce fu el mei de mai que hom dit roveisons
Qu'Alix, repare 4 de desduit de faucons
A son maistre vient e à ses compagnons.
Fol. 17. La moitié supérieure de la page est grattée. On
distingue encore la lettre initiale de chaque vers, les deux pre-
miers exceptés : q, c {?), s, l, h, d, s, c, c, t. Le texte pour-
suit ainsi :
Per brés e par mesages quant Daires ot apris
Que Alix, s'est de la guerre antramis,
Par trestotes ses terres enveie ses corlis
E manda à toz ses homes que ben seit chascuns fis
5 Cil qui no ert à lui entros qu'à ,xv. dis
Qu'il em perdra les menbres; ne l'en sereit aidis
Li ors ne 11 argenz que ot Semiramis.
E quant ot asemblé la gent devers Tigris
I. E sacu. — 2. r. l'escris. — 3. t. la fis, — 4. reparent.
I et suiv. M. 254,7. "~- Per en toutes lettres. — j. M. desi à .xv.
MANUSCRIT DE L^ARSENAL. 6l
Si ot .XXX. itant genz qu'Alix. n*ot Gris;
10 Mas par ço fu oniz e à la mort aquis
Qu'aus filz de ses garçons aveit son consel mis,
Donées gentis fennes e es onors asis.
Cil li unt si son règne afolé e malmis , (v°)
Les vilains cunfunduz e les borgeis enquis,
1 5 Ceus qui ne se rehement enmenoent toz pris ;
A lor mollers en ont molt grant aveir tramis.
Les povres chivalers ceus par teneit si vis
Qu'asez sunt plus dolent que se il fusant pris ;
E huntes et contraires hunt tant fait aus gentis
20 N^a home en sa contrée ne li seit enemis.
E quant vent au besong, sur l'aiqua de Gangis,
A dit li uns à l'autra : « Cha n'ait sanc paradis
« Qui por malvais segnor se lait nafrer el vis,
« Ne qui'n receit colée desur son escu bis !
2 5 « Combatent sei li serf dunt il a fait marquis,
<f Qui noz avers nos tolent e tenent por chaitis !
« Cha cil n'aura la terre qui nos en face pis. »
Or s'entorna chascuns tôt dreit en son pais ;
Daires remest el champ come hom ses aidis,
30 Veit en aler les sens, si s'en torna fuidis;
E a dit à ses homes : « Cest mal m'avez vos quis :
« Tant lor avez fait tort e desur eus enquis
« N'a baron en ma terre ne me seit enemis,
« Asez lo me mostrerent, hune dreit ne lor en fis;
14. M. h. ocis; 789 aquis. — 16. Manque dans Af., mais se trouve
ailleurs. — 2j. por par un p barré; de même w. 51, 70, 74, 92, —
2j. li fers. — 29. Af. com li h. sans amis; 789 corn om amateïs.
— }i. Af. à ses sers.
62 MANUSCRIT DE L^ARSENAL.
3 5 « Or m'en peisa forment,tart est li repenti(r]s; (f. 1 8)
« De vos me vencherai si'n poi estordre vis. »
Di
^aires fait sa besogna; quant il [I'] ot ordenée
Molt par i ot grant masse de la gent desfaée.
Quant il furent ensens e l'ost fu asemblée,
40 Ensi cum li reis l'ot somose e ordenée,
Molt en i ot petit que son cors ne agrée.
E Deus ! tant bêle lance i fu lo jor mostrée !
Clers fu li jors e beus e gente l'avesprée ,
Des riches armes luist trestote la contrée,
45 Tant bon destrer esnis par icele contrée,
Tant bon hauberc, tante sele dorée.
De la gent Daire i ot grant asemblée,
Aus povres chivalers a tolut lor soldée.
Ce fu el meis d^avril, un poi devant l'essue,
, - Qu'Alix, li reis a sa gent esmoùe,
Por aler desur Daire à la teste chanue.
Grant fu la gent qui lo jor fu moue ;
Morz sera reis Daire sens nulla retenue.
Sur l'aiqua de Gangis la r[i]vere unt tenue.
5 5 Alix, chivaucha sur la mule crenue,
Molt ot gent cors, fere l'esgardeure, (v°)
Grant paor a cil qui veit sa figure.
Li chivaler chivaugent la petite amblaùre.
37-48. Cette laisse manque dans M. — 40, cume. — 49. le m. —
49 et suiv. Cette laisse et la suivante sont placées dans les autres mss.
avant les deux précédentes, M. 2J2, 34 et suiv. — 52-59. Manquent
dans M., excepté le v. 54 qui revient plus loin (v. 62) et naturellement
ne se trouve qu'une fois dans M. — 53, Corr. M. ert. — 58. âbblaure.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 6^
La terre Daire ert tote confondue,
60 Portent li chivaler falcon de terce mue
E girfaus ben muez et faucs de quinte mue.
Sur l'aiqua de Gangis la rivere hunt tenue ;
Ne remant sur la rive cigne ne bone grue
Que ne seit des faucons e prisa e retenue.
65 Alix, chivaucha, qui molt fort s'esvertue,
Totes les terres depece e fondue,
Perdue est la bleve e la grant semeùre.
Les vignes sunt gastées e totes derompues,
Totes les genz des vignes à la cité s'en fue
70 Por la paor de l'ost qui si fere est moue.
60-1. Pour ces deux vers il y a dans M : Portent girfaus, fau-
cons, oisiaus de mainte mue, et dans 789 : P. faucons mués, gir-
faus de quinte m., vers qui prend place après le v. 62. — 64. Qi de-
scit. — 6J-85. Ces vers sont un remaniement de M. 2J3, 5-17. Voici
ce dernier texte^ corrigé à l'aide de 375 et de 789 :
Li rois est à sejor, ne vaut sa gent menue
Lasser ne anuier, car tost l'aroit perdue
Tant les maine souef que l'ost s'est enbatue
En la tiere roi Daire por cui ele est mcûe ;
10 Et puis que ele fu en la tiere enbatue
Ceurent par la contrée k'il trouvèrent vestue.
Peçoient hors et viles, castiaus sans retenue;
.11. cités i ont arses et la tiere fondue;
Prendent vin et forment et ferine molue,
1 5 Et pain et car salée et de la quite et crue,
Or et argens et dras et monnoie batue ;
Riens qu'il voellent avoir ne lor est desfendue.
Plusieurs de ces vers se sont conservés dans Ars.: 71-4 -=■ 6-9;
76-8 rappellent lo-ii; 80-3 correspondent à 14-7; 84= 13. Restent
donc les w. 6J-70, 7$ et -jç)^ qui doivent être laissés au compte de
l'auteur du remaniement et pour lesquels, par conséquent, il n'y a pas
lieu à correction. Les w. 66 et j s se répètent et semblent inspirés des
w. j 9 ou 84; le V. 79 répète à peu près le v. J9 qui est également
interpolé.
64 MANUSCRIT DE L^ARSENAL.
Li reis vait à sejor, ne vol la gent menue
Travaller ne lasser, quar tosl l'oùsl perdue.
Tant la mena soef qu'ele s'est embatue
En la terre au rei por qu'ela ert moue
75 Totes les viles arses e la gent confondue.
E poises que l'ost fu en la terre férue,
Gasterent la contrée qui molt esteit remplue
De tôt lo ben del mont e garnie e vestue. (f. 1 9)
Alix, chivauge tôt sa grant amblaûre,
80 Prenent pain e froment e farine molue,
Or e argent e dras e monée batue.
Vin veil e char salée 0 seit 0 cuite 0 crue,
Ren qu'il voilent aveir ne lor est contendue.
Dos cittez li unt arses e la terce fundue,
8j Par unt que que il augent la terre est confondue.
Daires ot la novele^ quant il l'ot entendue
Fremist e devint ners e toz li sans li mue.
De mautalant a si la parole perdue
Que il ne pot parler plus c'une beste mue,
90 Anz art d'ire e esprent e la chars li tressue.
E quant l'ardors li fu un poi recorreiie.
Si se dreice em pez por la mesavenue.
Il tire e depeile sa grant barba crenue
Molt par a grant dolor de la descovenue.
95 Entros qu'à quatre jors aura tel avencture
Une tés ne vi[n]t à home par sa mesavencture.
75. viles, le copiste avait d'abord écrit vignes. — 77. remplue,
le copiste avait d'abord écrit pleure. — 83. Rren. — 92-6. Les
vers qui se trouvent dans M. à l'endroit correspondant, sont tout
différents.
D
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 6$
aires tramet ses hommes au fort roi Alix.,
Et cil i sunt aie qui ne l'osent ofendre.
Après cette laisse reparaît, cette fois à sa vraie place, celle
qui a été transcrite plus haut :
Per brés et par mesages quant Daires ot apris
Mais elle n'est pas donnée complète : il n'y en a que les
dix premiers vers; au 6* on lit plaidis au lieu de ûiW/;, au lo',
fu vcncuz e sis règnes conquis au lieu de fu oniz c à la mort
aquis '. Suit immédiatement :
Dès que Daires sot bien que ce fu veritez» (f. 20)
Que la nois'e li cris de la guerre est levés,
Il a î mandé en Inde par ses briés saielés
Que ses hom Al. s'est vers lui révélés.
Porus viegne en s'aïe ab [m]il de ses privés,
Ja uns non i venra qui no seit bien loés :
Il aura à son os, si'n iert aseùrés,
Quatre .cm. sols de deniers moneés.
Le ms. de l'Arsenal continue à marcher d'accord avec M.
jusqu'au châtiment infligé par Alexandre aux meurtriers de
, Darius, c'est-à-dire pendant cent et quelques vers. Puis vien-
nent ces deux laisses qui dans les autres mss., excepté 789*,
97. M. 25}, )j. — i. Ces deux var. sont aussi la leçon ordinaire
des autres mss.; c/. Af. 2J4, 12 et 16 [dans le premier cas la leçon
de M. [ms. 786] est fautive^ mais voy. la var.). — 2. Af. 2j j, 7- —
). Ula. — 4. Dans le ms. 789 l'épisode de la descente d'Alexandre
au fond de la mer est placé au commencement du poème, dans ce
qu'on peut appeler les Enfances Alexandre, et présenté tout autre-
ment. Ce ms. n'a pas la première des deux laisses qui suivent.
66 MANUSCRIT DE L^ARSENAL.
sont séparées par l'épisode de la descente d'Alexandre au fond
de la mer ;
Quant ensi ot li reis destruiz les traïtors ' (f . 2 2)
E tormentés à forches e fait tels deshonors,
De par totes las terres a mandé les doctors.
« Seignor, » fait Al., « or me rendez les tors,
(( Les chastels e les viles, les cités e les hors,
« E ja vos recrestrai à trestoz vos honors. »
Cil le funt volentiers, qui orent grans paors,
E il comanda estre cel[s] que lui plaist segnors ^.
Ce fu el mes de mai qu'il se sunt combatu î,
Alixandres li rois ot Daire en champ vencu.
Quant ot en son domeine lo règne retenu,
Ses privez ordeiné tés com ses plaisirs fu
Qui par tôt Oriant li cuillent sen treù.
Set jors unt sojorné, à l'huime sunt meù. (v)
A l'issir del junois 4 sunt en Inde venu,
Porus en estoit rois, uns hom de grant vertu,
E ot [ot] soi mandé toz cels de Galeru ,
De ci qu'en Ethiope n'ot home remasu;
Garimandois i vinrent qui por le chaut vont nu.
Quatorze lies grant 5 en sunt li champ vestu ;
Ja ne remanra mais si aura colp féru.
pvorus ot une fille qu'il aveit molt gardée
I. M. 259, 18. — 2. segurs. — ^ M. 266, 34. — 4. deluinois:
M. Si com issi yviers., var. jugnet. — 5. Grant q. 1.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. ($7
Dans l'épisode de la lutte de l'armée d'Alexandre contre les
bêtes sauvages, une petite différence se manifeste entre les deux
leçons. Ces trois laisses du ms. de l'Arsenal ont dans M. un
ordre différent :
Cil rebevent de l'eve o volsissent o non ». (f . 3 j v°)
Devant la mée nuit la vermine est » meùe J,
Unques en nuille terre si grans ne fu veùe ,
Del chalt e de le soi lassaee e confundue.
Par mi le fou se metent por le soi quis argiie.
Li grans en va bien oltre, li fus les art e mue ;
E arrière s'en vont quant de l'eve unt beùe.
Contra la mée nuit vindrent chauves soriz4;
Si viennent es herberges, greignorsuntdegopiz,
Ne mordent rien, sens 5 home, sempresne soit^ feniz,
Mais li om en est tost respassés 1 e gariz.
Des chivals e des bestes les ont si ^ degarniz;
Molt en geterent mort, si cum dist li escriz.
Des cros e des crevaces eissent serpent coé 9 , (f . 3 6)
Greignor sunt que colump qui se sunt dévalé.
Après la mie nuit vindrent serpent cresté,
De dous chiés u «o de trois sunt li plusor armé,
De blanc e de vermeil sunt li alquant bendé;
I. M. 289,12. — 2. e. la V. — j. M. 290,15. — 4. Af. 290,6.
— j . Af . fors — 6. foiz àonX la dernière lettre a été corrigée en t. —
7. trespassés. — 8. Af mult. — 9. Af. 289,15. — 10. un.
68 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
Li oil lor reflamboient qui sunt enveriné;
Par mi le fu se metent, si l'ont tôt esbrasé.
Quant cil de l'ostle voient, si unt le hu levé ';
Od espiés et ot lances lor sunt encontre aie.
Qu'en diroie je plus ? trente en i sunt dampné
Qui tuit sunt des serpens ocis e afolé.
>^ontra quatre loées devant l'auba aparant*.
Puis deux laisses comme dans M. Ensuite manque la laisse
Es vous caus d'Etiopc sor h rive arestés (M. 292,16, à 293,3).
Après la laisse :
Devant Tauba aparant vindrent niticorace ?, (f. 36v°)
manquent les laisses Des poisçons de l'estanc ont assis dévoré, et
Ains qat les os sefuscent de l'estanc remuées {M. 293 ,17a 294, 1 6)*.
— Dans l'épisode où Alexandre se rend, sous un déguisement,
au marché octroyé par Porus, et se donne le plaisir de
gaber le roi indien, plusieurs des parties comiques font défaut,
ainsi la description de la jument que monte Alexandre (M.
296,1 1-20) et la laisse entière oîi, à son retour, il raconte aux
siens son aventure (M. 298,8 à 299,2 ^ ) ^ — Dans le récit de la
bataille d'Alexandre et de Porus, manquent les laisses Quant
furent ambes Àj. jostées les batalles, et Quant Alixandres voit la
batalle en la prée (M. 303,26 a 304,23). — Quelques vers plus
loin, toujours dans le même récit, l'ordre des laisses diffère. Le
voici d'après les deux textes. Les vers cités appartiennent au
ms. de l'Arsenal ; les chiffres en marge indiquent l'ordre de M. :
I. hunt leu. — 2. M. 291,1. — j. M. 293,4. — 4. Les mêmes
laisses manquent aussi dans 789. — i. De même dans 789, voy.
fol. 5 $ a et h.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 6ç)
I I i cons Aristes meine la compagne reial ' . (f.41)
M oit fu proz e hardiz Aminadab li reis », (v^)
Duiz de chevalerie e satges e corteis,
E dist à Tholomé : « Mal entras el chalmeis ! »
Pent Tescu à sun col par la guige d'orfreis,
Irez plus que lions vait les sauz agrieis 3.
Tel li dona sur l'eume qui fu plus blans que neis
S'el ponc ne li tornast ses bons branz vianeis
Ja oust del vasal aquitées les leis.
E Tholomés fert lui, qui ne fu pas galeis;
Il li monstrara senpres un des cous bretoneis *.
Antre lui e l'escu décent li acers freis,
La guiga li trencha de l'escu lioneis ;
S'il ne ganchis sur destre, mort Paùst demaneis.
Aicest cop i pognent plus de .v.c. Indeis,
Par force li rendirent sun hauferrant moreis.
Li dotze copaignon i sunt venu pognant, [(f.42)
Ja hi aura féru, qui qu'en plor 0 qu'en chant.
Filades part des rencs, si vint esperonant,
Ne laissara n'asalla î un amiral persant.
Tel li done en l'escu à or resplandisant
Que deci el menton le va tôt porfendant.
Il a estors sun colp, si l'abat mort atant,
E escrie s'ensegne : « Baron, ferez avant! »
E il se fièrent tuit manct e comunalmant 6;
I. M. }oj,i. — 2. Cette laisse et la suivante ne se retrouvent pas
dans M., qui en revanche offre (309,6-33) deux laisses consécutives
(10 et II) que le ms. de l'Ars. n'a point. — 3. ageis avec un i sus-
crit au-dessus du g. —4. bretroneis. — N 1. qu'il n'a. — 6. manetre c.
70 MANUSCRIT DE l'ÂRSENAL.
Ot lor bones espées les vont fort démanchant';
A Tholomé rendirent sun bon chival corrant
E li vasaus i monta tant acesmaeement ^
Qu'il n'i balla estref ni arçon nen i prant.
7 Porus vait par lo champ, qui sa grant gent enorte J,
8 Quant Porus ot rescos lo rei Salatiel 4.
9 Licanorz saut en pez cum hom de grant vertu. 5 (v©)
2 Eminedus broche lo bon chival liart. ^
3 Eminedus en va astez par la bataille.? (f.43)
4 Pilotes s'est armez desur un chival neir. ^
5 Pilotes sist armez el chival espaneis9 (v^)
6 Desur un chival neir Perdicas sist armez '°
1 2 Porus vait parlo chanp, des Grésfaitgrantmagrace. ' «
Plusieurs épisodes des Merveilles du désert manquent au
ms. de l'Arsenal. La première lacune comprend 362 vers de
M. Elle se place entre les deux laisses :
I. Corr. detranchant. — 2. La fin du mot est surchargée. —
3. M. 307, 34. — 4. M. 308,7. — 5. M. 308,30. — 6. M. 305,17.
— 7. M. 305,30. — 8. M. 306-6. — 9, M. 306,23. — 10. M. 307,6.
— \\, M. 309,34.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. Jt
Quant il furent tuit oltra, sers e bas vespres fu '.
[(f-49v°)
et
A l'auba aparisant sunt monté li baron *. (f. 50)
La seconde, de 172 vers, est entre ces deux-ci :
Quatra s'en sunt torné qui au rei sunt venu î.(f. jov^)
Alix, chivauge lo poi de Falicost.4
Après cette tirade il en manque encore une (M. 336,10-21);
puis l'accord entre ces deux textes se maintient jusqu'à l'épi-
sode des pucelles où l'ordre des laisses varie encore' :
I Molt fu beus 11 vergers e gente la praele^. (f. 54)
4 Devant la forest ot un poncel torneïz?.
5 Quant li reis vit les dos qui se vont défendant s. (v»)
6 Li viellarz li a dit que il fera laiser 9. (f- $ j)
7 Près de l'enchantement s'est cil ag[i]noillez. '^
8 Après lo rei si vont tuit li per essaier. " (v^)
I. 319,14- — 2. W- 329,3$. — 3. M- )ÎO,26. — 4. Af. 336,1.
— s. Les chiffres placés à gauche indiquent l'ordre des laisses dans
M. Après la laisse 2 M. (342,22 à 343,4) en contient une (3) qui man-
que dans Ars. — 6. M. 341,22. — 7. M. 343, J. — 8. M. 34î,2i.
— 9. Af. 344,1. — 10. M. 544,10. — II. Af. 344)28.
72 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
2 Alix, comanda l'osl mener en avant. '
9 En la forest s'est Poz cele nuit ostelée. * (f. 56)
A cette dernière laisse manquent dans Ars. les derniers
vers (M. 346,919). Puis vient dans les deux textes la laisse
Alix, apele les veillarz, sis conjure, î (v»)
après laquelle manque dans Ars. tout l'épisode de la fontaine
de Jouvence. Le texte reprend à la laisse :
Al quint jor mut li reis, n'i vol plus demorer4.(f. 57)
et continue, d'accord avec M., jusqu'au combat singulier
d'Alexandre et de Porus. Cet épisode est raccourci dans
Ars. par la suppression des cinq laisses qui dans M, prennent
place après celle-ci :
Ferement a Porus lo rrei araisoné. J (f. 63 \°)
Dans ces cinq laisses est racontée la mort de Porus. Comme
c'était là un événement essentiel qui ne pouvait être omis, le
ms. de l'Ars. le raconte brièvement en quelques vers qu'il
ajoute à la fm de la tirade dont le premier vers vient d'être
rapporté. Voici cette fm, et le premier vers de la laisse sui-
vante :
Porus ot lunge lance, lo rei a enversé ;
Anceis qu'il fust à terre l'unt cil d'Inde uhé.
I. M. 342,9. — 2. M. 344,35- — h ■W- 346,20. — 4. M.
3îi,ii. — s- M. 365,$.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 7?
Alix, salli à pé en mi lo pré, (v«)
E vit que Porus ot le pennil esnué.
0 does mains lo fert de l'espé nielé
Qu'anbedui li coltel li sunt el cors colé ■;
Tote pleine sa lance l'a mort acravanté.
L'arme s'en est alée, li oil li sunt torné.
E cil d'Inde e de Baustres sunt au cors asemblé.
Meismes Alix, l'a forment recreté
E de chivalerie e preisé e loé.
L
cors gist à la terre, li reis pas nel gurpi. *
q:
Un peu plus loin, la laisse où le poète annonce qu'Alexandre
sera empoisonné (M. 370,26 à 371,7), est très-abrégée dans
Ars. :
[(f.65vo)
uant sevent li dui serf que pas ne remandrunt,
Oez cum grant mervelle ? e quel péché i funl :
Lo venin apparellent de que il l'ocirunt,
L'endeman sunt meù, em Babiloine en vont.
Et la laisse suivante de M. (371,8-16) fait défaut*. — Dans
l'épisode de la reine Candace, manque la laisse i4/n/5, dist Tho-
lomés, savoir dois et entendre (M. 378,32 a 379,2), qui du reste
I. La mime laisse se termine ainsi dans M. (36^,35 ss.) ;
Porrus ot longe hanste, si l'ot ains enversé
Que puist à li ataindre ne qu'il l'ait adesé.
Cil de Bastres cuidierent que l'eûst atieré :
Tout hurtercnt ensanle et ont .1. cri levé.
De joie c'ot Porrus s'eslaise en mi le pré.
Alixandres saut sus, n'i a pas demoré,
Ja comparra Porru se il l'a encontre.
i.il, 368,23. — j.ucrmelle. — 4. >lmj/4«e</<ïrtj 789 (vo/r/o/. 68c.).
76 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
« Li chef de zai de soz qui funt tel envahie,
(( Ce est des .xii. pers tota la compagnie:
3 5 « Li uns voidra aveir tota la segnorie
(c Si coma li Huns à la chère hardie ;
« L'autra, qui est leuparz, lune lui ne cosent mie ;
« Li terz si est li ors qui contre cels grongdie;
(( Li quarz est li dragons qui contr'aus treisfoudrie,
40 « E li quinz, qui lops est, la rapine polplie.
« Si tost com seras morz e ta vie ert fenie
<c La guerre ert commencé[e] e ta terra sasie.
« Faiz lo meuz que tu pois, mult est curte ta vie. »
— Deus ! » ce dist Alix. , « com faite desverie ! (f. 87)
45 <( N'est fez encontra aver, la letre lo nos crie;
« Trahisons est amée e lehautez hahie,
« Avarice est montée e largece faille ,
(( Lausenge est en cort, vertez en est partie ;
« Encors sera el mont si granz la félonie
50 « Que ja hom n'aura cure ne d'ami ne d'amie. »
Quant Alix, ot de sa mort la rumor,
Se a dit à ses homes : « Ja n'en menrai dolor,
« Que ben sai de verte chascuns mort à son jor.
« Se sunt mort devant nos tuit nostre ancessor.
5 5 « Laisom cest dul ester, menons joie e baudor,
« Quar en dul démener a hom poc de retor. »
L'endemain par matin n'i ot plus de sojor :
Tant tost cum il perçurent del sollel la lujor,
Dreit au temple Jovis [ejnmeinent l'aumancor
41. E si. — 41-3. Ces trois derniers vers, qui terminent le v du fol.
86, sont de la même main que les derniers vers du fol. 8j. — 56. n'a h.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 77
60 Vestu e conreé à lei d'enpereor.
D'ilué l'en unt mené sus el palais auzor,
Tumbent y Acopart e chantent jogleor.
Lai poùsez veer maint maistre enchanteor,
E furent plus de mil, que duc que vavasor;
65 Lai porta Thol. lo cepdre e Toriflor,
E Ariste l'espée qui fu de ner color ;
Dan Clins porta la hache qui covint à onor.
Por tota la merveille c'ont veù 11 devin,
Ne qu'il hunt purparlé del rei e de sa fin,
70 Ne porta il lo jor de ren lo chef enclin.
Trestuit li .xii. per se lèvent par matin, (v°)
Avoc eus sunt li duc, li comte palazin;
Lo rei vont coroner de corone d'or fin,
A grant joie l'enmeinent jusqu'au temple Apollin ,
75 Dreit desoz lo lorer qui fu josta lo pin.
La terre fu cuverte de polpra e d'ostorin ;
Li riche drap de seie furent mis par trahin.
Sur lo rei Alix., poroster lo chalin,
Firent un conopé de peile alexandrin.
80 Tuit l'en unt mené sus el grant palais marbrin;
Il n'i aveit celui n'ait pelliçon hermin.
Lo jor servirent tuit à la table del vin.
Le reste du verso est blanc, comme aussi le recto du fol.
88; le verso de ce dernier feuillet commence par une fin de
laisse qui se rapporte à Ptolémée blessé devant Babylone. Ces
60. Vcstue. — 68. Ou per, la panse du P couvre la seconde lettre.
78 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
vers se représentent plus loin (fol. 93) à leur vraie place.
Suit immédiatement un morceau qui appartient en réalité aux
dernières pages du poème, le passage dans lequel le poète
s'adressant à ses auditeurs, leur recommande l'histoire
d'Alexandre. Il commence par une lettre initiale très-ornée.
Voici tout ce feuillet et le suivant :
Il li donnent à bevre por la chalor lascher;
Lo chahaleit lo rei li funt apareller;
En la cipté l'enportent li gentil chivaler.
Alix, lo vit, rens nel pot corrocer ;
5 E aveit dit al mire que pens de l'espleiter.
Plus li donra or fm que ne voldra bailler.
— Sire, ce dist li mires, yze laisez ester :
« Tôt sain lo vos rendrai jusqu'à un meis enter. »
ez, franc chivaler, del mont la desvarie :
[Avarice est montée par molt grant estoltie,
Servizes est perduz e largece enhahie;
Or m'escoltez, baron, que Deus vos benehie!
Cui Deus dona lo sen ne lo deit celer mie,
Mas ben se deit garder que à tel gent lo die
1 5 Qui digne seit d'oir, quar zo est granz folie
Se nuils à son porcel ge[te] sa margerie,
0 qui vol por froment semer la jargerie.
Teus se tent a corteis plens est de vilenie,
Bontez est avilée e levé tricherie,
1 . 1 7, 2 }, 70, 72 . por par un p barré. — Au lieu ^'ester, qui ne convient
point à la rime, il y a au fol. 93 plaider (M. 412, 6, plaidier). —
12. Ce vers et les suivants, jusqu'à la fin du présent extrait, cor-
respondent à M. $48,26 à jjo,4.
78 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
vers se représentent plus loin (fol. 93) à leur vraie place.
Suit immédiatement un morceau qui appartient en réalité aux
dernières pages du poème, le passage dans lequel le poète
s'adressant à ses auditeurs, leur recommande l'histoire
d'Alexandre. Il commence par une lettre initiale très-ornée.
Voici tout ce feuillet et le suivant :
Il 11 donnent à bevre por la chalor lascher;
Lo chahaleit lo rei li funt apareller;
En la cipté l'enportent li gentil chivaler.
Alix, lo vit, rens nel pot corrocer ;
$ E aveit dit al mire que pens de l'espleiter,
Plus li donra or fin que ne voldra bailler.
— Sire, ce dist li mires, yze laisez ester :
« Tôt sain lo vos rendrai jusqu'à un meis enter. »
ez, franc chivaler, del mont la desvarie :
'Avarice est montée par molt grant estoltie,
Servizes est perduz e largece enhahie;
Or m'escoltez, baron, que Deus vos benehie!
Cui Deus dona lo sen ne lo deit celer mie,
Mas ben se deit garder que à tel gent lo die
1 5 Qui digne seit d'oïr, quar zo est granz folie
Se nuils à son porcel ge[te] sa margerie,
0 qui vol por froment semer la jargerie.
Teus se tent a corteis plens est de vilenie,
Bontez est avilée e levé tricherie,
1 . 1 7, 2 î , 70, 72 . por /J^r un p barré. — Au lieu d'ester ^ qui ne convient
point à la rime, il y a au fol. 93 plaider (M. 412, 6, plaidier). —
12. Ce vers et les suivants, jusqu'à la fin du présent extrait, cor-
respondent à M. $48,26 à jjo,4.
-^Itf^ {«ttiûif ^èeuf mrlxnar.
4 uiij ^iiwiKiwii'fMi Tniiiil rpiff" ^1»"
I IL •«rttnltlH>mtmlu4iCvTlfen?ntfe-4var:
1> 4{|no«Kce.nUcR!cefuncWuwtetflr'
cnCnr caikr «umr.ncm it'Mxrb'Ur.
cfeonc t»*iwW ttutttr 6w*C)Mtg»mr«ir-
fti(i>cjp>tfwr<mi<ir<gitiègr n^jeur.
;^q| «Ôeir tbotiec cparar.
Àr^etMl S L.F iSa .
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 79
20 E cil si est honiz qui sert de janglerie ;
Honors est déclinée, s'est procze faillie,
N'ert ja mais recovrée si hom ne li haïe;
Por zo lo die, segnors, si Deus me beneïe,
Que voil que ma chançons seit de tel gent oïe (f. 89)
2 5 Qui ben sache entendre que ele signifie.
Qui chanta au cul del bof, sa rraizons est perie_,
Qui vilan volt aprendre faire chivalerie,
Ne de buzat hostor se peine e estudie,
Cil est toz fous provez, la letre lo nos crie.
30 Salemons fu mult sages qui ce dit e otrie
Que costuma ensegne home e très ben lo chastie,
Mas au lonc a nature tote la segnorie.
Segnor, cesta chançon devreient cil oïr
Qui d'aut parage sunt e terre hum à bailir.
3 5 Li gentils hom malvais, cil fait molt à haïr,
Qui volt aver servise e donc nel set merir,
Mas proecze e lagerce funt ben terre tenir ;
Ice fist Alix, essaucer e thehir,
Quant il conquis lo monda trestot à son plaisir.
40 Cil qui se desmesure si pot molt tost geïr.
Ardiz fu Alix, hune ne degna fuir;
E fu tant larges reis, que qui lo vole servir
Unques de sun servise ne se pot repentir,
Ben sot cui det amer e cui il dut haïr,
45 Coment il dut doner très ben lo sot veïr.
Ne hune ne vole en cort faus jutgement oïr;
Ben sot prodome amer e garder e theïr,
40-52. Cette fin de tirade est remaniée, cf. M. $49,16-23.
80 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
Segont zo qu'il esteit e doner e partir.
E quant venc en besong, ben se sot esbaudir,
50 E sot ben en estor premerement ferir,
Ne hune ne volsist d'orne la malvasté covrir. (y°)
Li gentil chivaler e li clerc sage e bon,
Les dames, les pulceles ot la gente faiçon,
Qui sevent de servise rendre lo gueherdon,
55 Cil devent d'Alix, escolter la chançon.
Or s'en trahent en sus li aver, li félon,
Quar ja ne lor fareit li oyrs si mal non ;
Li curs lor durcireit encontra lo sermon.
Fous est qui d^esbriver cuida faire falcon,
60 Ne de roncin destrer, ne lebrer de gagnon.
Nature e norreture demeinent grant tençon
Mas au lonc veing nature, ce dist en la liçon,
E si'n trai à garent lo satge Salemon.
Alix, le dist e mostra par raison :
6 5 Fous est qui conseil creit de serf ne de garzon,
E qui en fait de nuil sergant en sa maison,
S'il gahain i pot faire, ne dotta trahison.
Ci devent prendra essemple li prince e li baron.
Ardiz fu Alix, e plus fers d'un lion^
70 E satges por parler, larges por doner don.
Del dreit sot e del tort faire devision ,
Por zo ot il lo munde en sa suggecion.
Cil qui tôt volt tenir lo tôt pert à bandon,
E s'est hom tost honiz par malvais compagnon.
58. Manque dans M. — 66-7. Manquent dans M. — 70. Manque
dans M. — 74. M. Souvent pert on grant cose par malvese ocoison.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 8|
Cette page contenait encore trois vers qui ont été grattés
avec beaucoup de soin, mais dont néanmoins la trace est
encore visible. Le premier avait une initiale bleue et, par
conséquent, commençait une nouvelle laisse. La comparaison
avec M. indique que ce devait être la laisse : Li rois qui son
roiaume viut par droit gonrner qui dans M. (550, 5) termine
le poëme.
A partir du fol. 90 qui suit, l'encre devient'plus pâle, quoi-
que l'écriture ne paraisse pas changer. A cet endroit reprend
le récit de la guerre contre l'amiral de Babylone, brusquement
interrompu après le fol. 8$, mais il reprend à un point plus
avancé que celui où nous l'avions quitté, et selon une version
qui diffère notablement de M.
Or s^en vait l'amirant, tôt i lait son herneis; (f. 90)
De cel[s] de Babiloine s'en vait li plus corteis,
E li Gré les enchaucent aus chivaus qu'il hunt freis.
Ot ceus de Babiloine se mêlent li Greceis,
5 Par les rues les chaicent e ferent demaneis.
Très devant le palais s'est arestez li reis ,
Par tota la cité a fait crier ses leis
Que cha mal se movra chivalers ne borgeis
Ne mal i destendrunt ne pailes ne orfreis,
10 Que tôt que il perdrunt il lor rendra à peis.
i-io. Cette laisse qui manque à M. se retrouve dans 789 (f. 74 a),
mais à une tout autre place : entre les w. 203 et 206 du présent
morceau. — 2. 789 en vont 11 p. — 3. 789 qui sont f. Après ce
vers 789 ajoute Ains ne (/. nés) pot retenir ne bare ne destrols. —
4. 789 0 eus en B. — 6. Pour ce vers, 789 : Et l'amir. s'en fuit,
0 luî mena .111. rois, g Ens u plus haut estalge du palais maglnois. || Es
rues de la vile aresta 11 bons rois. — 8. 789 ne vilains ne b. —
9. 789 Ne mar destorneront. — 10. 789 Qyar quant que.
6
82 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
Alix, li reis a prisa la cité.
Quant Tamirant le veit grant dol en a mené;
Sa blange barba tire, molt fort a sospiré,
Ben seit que li Greceis l'unt tôt deserité;
I $ Pognant vait par lo champ, ben semble home desvé,
La lance sur lo feltre a lo vair galopé;
Enmé sa vie encontra Clincon enz en un pré,
Grant cop li vait doner sur son escu listé.
Si que tôt li a frait e son hauberc fausé;
20 Tant cum hanste li dure à terre l'a versé.
Cil gehi del chival tôt dreit lez un arbre.
Damideus lo gari qu'en char ne l'a toché.
•-X uant Cliz se sent à terre, n'i ot que corrocer.
V^^Au plus tost que il pot est salliz au destrer,
2$ Pois a traite l'espée aus bruns costeus d'acer;
Vait ferir l'amirant à lei de chivaler.
Li reis lo vit venir, sot qu'il se volt venger,
Membra li del grant cop qu'il li dona l'autrer
Parme les denz devant d'un tronçon de pomer.
30 Fuiant s'en est tornez, que ne l'osa aprotcher.
E dans Clins ponct après des espérons d'ormer,
Tel cop li a doné jus le fait trébucher.
Pois a traite l'espée dont li pons reluist cler,
Le chef li pez sur lo grever.
3 5 Nabuzardan le veit, n'i ot que corrocer, (v°)
E ponct lo bon chival por son segnor venger;
J4. Les mots manquant ici ont été grattés, et on a écrit au-dessus
quelque chose qui est également effacé.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 8%
Grant cop li vait doner sur Pescu de quarter.
E dant Clins ferit lui, qui nel volt esparner,
Amont desus le heume qui molt fait à preiser;
40 Trestot Taporfendu entros que au braier;
Li cors get à la terre, l'arma enporta avarser.
D'iloc s'en est tornez, n'i volt plus demorer,
E entre en la cité sens negun encombrer;
E vent dreit au palais lo chemin plus plener.
45 Hoc trova le rei soz l'ombra d'un lorer;
Entor lui sunt si home que il aime e tent ger.
« Sire, )) ce dit dan Clins, « ne vos deit enuier
« Si ge faz par mon brant dunt hom me deit preiser.
« Je ai mort l'amirant qui fu filz Futifer. )>
50 E respont Alix, qui lo corage ot fer :
« Amis, de cest servise vos vol molt mercier,
(c Ja n'aurai contra vos lo vallant d'un dener. »
Antra ses braz lo prent, sil comence à baiser.
Li reis monta el palais e o lui si princer,
5 $ E si duc e si conte e si gonfanoner.
Par son sens, par lor force, ot il à justiser
Lo mont desoz lo cel, ja celer nel vos quer.
Quant la morz enviosa li fist tal encombrer,
Quar venin li dona à beivre por plaier,
60 Quar tolir li voleient ço que il ot plus cher :
Ce esteit sa corone e son ceptre d'ormer.
Or oez s'avencture à trait e sens danger :
Nus hom qui sages seit ne s'en deit enoier.
j6. por par un p barri, de même 40 (porfendu), 81, 99 {la seconde
fois, la première en toutes lettres), 188 {les deux fois), 214. — 59-
Corr. donerent?
84 MANUSCRIT DE L^ARSENAL.
Li reis de tôt lo monde est au palais monté
_ j Par un degrez d'argent de grant antiquité.
Au piler s'aresta qui fu d'or treschité
E vit par lo palais la granda richeté
De l'or, des margeries, qui fu al mur listé.
Un faudestal aportent quatra rei coroné
70 Qui fu d'un grantbericle,cuvert d'un blanc cendé(f. 91 )
Li reis s'i est asis par grant nobilité ;
Pois li hunt soz ses pez un eschamel posé
De rubin qui reluist come fos alumé.
Alix, li reis ot la fere vigor,
I j Qui unques nen ama félon ne trahitor,
Coart ne trop engrés ni fol losengeor,
Or [est] en Babiloine cum hom de grant valor.
Je ne cuit qu'en cest mont oust unques melor,
Si corteis ne si sage, si bon guerrieor.
80 Des chivalers de Grèce ot devers lui la flor
Qui hunt sofert por lui manc freit e manc ardor,
Tanta faim, tanta sei e tanta aspre dolor,
En terre de Persie e en Inde major,
En Caspeis e en Baustre 0 orent grant tristor,
85 E pois en Etyope, 0 est tés la chalor
Qu'es maisons desoz terre dorment trestuit lo jor
E la nuit eisent fors e si funt lor labor.
En Inde la salvage firent il manc estor,
Entor la roge mer se sirent il un jor
90 E prirent par grant force la terre Arabior ;
Lo flun Jordan passèrent tuit li Macedonor.
Cil de Jerusalen, li Jueu ancessor,
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. gj
Vindrent contra Alix, ot lermes e ot plor,
Revestu come prestre de cisclatons am flor,
95 En granz lanternes d'or qui funt grant resplandor;
E portent le haut nom de Deu lo creator
Enmé lor fronz escrip, par creime de paor.
Quant les vit Alix, si'n ot molt grant tendror,
De tût les clama quites por Deu e por s'amor.
100 Quant dedenz ot esté lo mangne empereor,
En la sancte citté ne fist autra demor;
Des Ebreus prist congé, torna s'en à baudor,
■ E vint à la mer roge e trestuit se contor.
Les granz monz des areines am chaut e am suor
105 Passèrent li Greceis par force e par vigor; (v^)
Soz Monte Sinay lai firent lor sojor
E tendirent lor tentes de diverse color.
Quant sojorné se furent la genz de grant valor
En Egipte s'en vindrent senz dotte e sens cremor,
1 10 Le flum de Paradis passèrent sens destor.
b;
,abiloine fu prisa si cum vos ai conté.
Li reis a vit sa gent, si l'em prist grant pitez;
Par un sen mareschal sun barnage [a] mandé;
Si lor a dit à toz par bone volenté :
1 1 j « Ami, bon chivaler qui tant m'avez amé,
« La vostre grant merci de ce qu'ai ci trové.
« Esgardez quel aveir e com grant richeté !
« Par vos l'ai ge conquis, vos m'avez tôt doné.
« Or em pregne chascuns tant cum li vint à gré,
9j. Corr. Ot g. ? — 107. diverses.
86 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
120 « Quar toz jors m'avez faite tota ma volunté.
« De tant con ge porrai vos ert gueherdoné ;
(( Longues emprès ma mort vol qu'il en seit parlé. »
Li reis sist au palais de grant antiquité,
m ot molt fer lo vis e ben encoloré,
1 2 5 Regart fer cum lions qui est enchaené,
E tint lo brant d'atcer au pom d'or afmé.
Sovent muot color e rendeit grant clarté.
Un' hore esteit toz verz cum est erba de pré,
E poiz trestoz vermeux corne fos enbrassé.
1 30 Blanchor aveit après, n'en dirai fauseté,
Epsament cum li lirs; oez quel dignité!
Li reis leva le brant, si l'a un poi branlé,
Li oz en retentist, tant par a cler soné !
Dos cenz serchanz apela, si lor a commandé
1 3 $ Qu'il s'en augent es chans 0 l'estors fu josté,
E querrent l'amirant lai 0 il fu tué.
E li vasal s'en tornent quant il l'ot comandé,
Il sunt venu au champ, si l'unt iloc trové
0 Clins li filz Carduit li ot le chef colpé; (f. 92)
140 Pois l'unt levé em bera, el palais l'unt porté.
Quant lo vit Alix., si l'a molt regreté
E de chivalerie molt prisé e loé.
Ovrir le fist li reis devant tôt son barné,
E l'entralla del cors, vehentlui, fors geté;
145 De vin e d'aiqua rose si l'unt après lavé,
E pois l'unt come rei e oint e enbasmé.
E quant il l'unt trestot en ordre conreé
Amon[t] Tygris lo flum, vers Alphat, l'unt porté.
Iloc hurit un sépulcre basti e manovré;
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 87
I $0 E quant il l'orent fait, lo cors unt enz posé,
Lo cuvercle desus i unt ensaelé ;
E li baron l'unt planct e li serchant ploré,
Quar il lor aveit molt e promis e doné.
Alix, li reis i fist une citté,
1 5 5 De son grant n^ot si bêle en trestot lo régné.
Alix, l'apelent, cest nom li ont doné,
E set desur Tygris lo flum de grant beuté.
La citez est asise sur lo flum sagement;
Molt ot bêle rivere si cum aval décent;
1 60 La gravele de l'aiqua reluist cum fait argent.
Lai greiffent esmeraudes, prenent norrisement,
E autres bones pères de riche chasement.
Tostens i trova hom aiglenters e piment,
E flor qui renovela e eist tant docement
165 Que tôt replenist home qui la doçor en sent.
Li fluns est molt vallanz qui tel aver porprent;
E la cité marbrine fu faite maistrement
0 Tamiranz fu mis quant ot defmement.
Quant li home Alix, l'ont servi richement
170 Retornent s'en arere trestuit hastivement.
A'
lix. ot fait l'amirant conreer;
Des barons qu'ot perduz se prent à dementer,
Li cors li atendroie, si prent à sospirer, (v°)
Il ne se pot tenir, anz se prent au plorer.
1 7 $ Dan Clinz li filz Carduit lo prent à conforter :
172. A partir d'ici l'accord reprend^ sauf de nombreuses variantes
d'expression^ entre Ars. et M. (411,12). Cette laisse manque dans
789. — 175. M. l'est aies c.
88 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
« Sire, )) dist li vasaus, « laisez cest dol ester,
« Quar en grant dolor faire ne pot hom recovrer,
« Ne en plor mantenir nulla ren gahagner.
« Ice sagez vos ben, n'es pas à deviner,
i8o « Car il nos covent toz parmé la mort passer.
« Ja n'enn i aura un qui s'en poscha eschaper,
« Ne cha uns ne porra sun terme trespasser,
« Ne cha nus ne porra sun péril destorber.
« Faites querre vos morz, sis ferons enterrer;
18$ « E les vis faites prendre, si les ferons saner.
« Sos cel nen a tel chousa cum leauté mener.
— Par fei, » dist Alix., « molt savez ben parler :
« Por nient i vendreit nus clercs por sermoner.
« De ço que vos me dites nos covent à penser. »
190 .XXXV. chivalers en a fait apeler;
De devant Alix, en sont venu ester.
« Oiez, franc chivaler, que je vos vol conter :
« Alez mes barons querre^ sis porriez trover,
« Licanor e Pilote, Perdicas, Tholomer,
19$ (( Listeu e Licomas e Festivon le ber,
« Aristé mon parent que je sol tant amer,
« Eminedum d'Aufage qui fu filz Josuer,
« Anthiocum lo fort, celui ot lo vis cler,
« E pois Antigonum de Galipe sur mer;
200 » Les vis ferons garir e les morz enterrer. »
177. M. Onques en g. duel f. ne vi riens conquester, — 178-83.
Ces vers, qui sont un pur remplissage, manquent dans M. — 184. M.
les m. — 185. M. Et les navrés ferés à vos mires s. — iS6. Au lieu
de ce vers M. : A prendre Babilone poés bien recouvrer. — 188, Manque
dans M. — 189. nos, ms. uos. Après ce vers M.: Jou ferai votre
los, n'i voel plus demorer. — 190-200. Manquent dans M.
s;
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 89
ire, » ce dist dan Clins, « ce est molt grant conforz
« Que Aristés est vis, Philotee Licanorz. [(f. 9^)
« Cil qui les irunt querre portent aiqua en lor corz,
« Qu'il ne sient esteint del chaut qui est si forz,
20 ç « E querrent Tholomé grant pecce lune des morz.
« Oi main lo vi gehir soz Tescu de Niorz;
« De ceus de Babiloine il laisa tant de morz
« Que sis chivausesteit ensanc entrosqu'ausgorz. »
Li reis i enveia e fist les rens cerger,
Les morz e les nafrez trovent par lo verger.
Grant pecce lune des autres, lo trait à un arger,
Troverent Tholomé desoz un aiglenter
Cuvert de son escu, ne se poeit aider.
Il li donent à beivre por la chalor laiser.
2 1 5 Le chaaleit lo rei unt fait appareller ;
A l'auberge l'emportent li gentil soldaer.
Quant le vit Alix., rens nel pot corrocer;
Molt docement lo baisa, qu'il lo teneit molt ger.
A un sen mire dist : « Pensez de l'espleiter ;
220 « Plus vos donrai or fin que ne voldrez baller,
« Mas cez me rendez sains, qu'il en ont grant mester.
— Sire, )) ce dist li mires, « ja n'enn estut plaider,
« Tût sain le vos rendrai jusqu'à un meis enter. »
206. M. Envers estoit ccûs sor l'escu de marmors. — 207. des
m. — 208. M. dusc'as argors. — 209. M. 411,31. — 212. M.
sous l'ombre d'un lorier; 789 d. .1. olivier. — 214-23. Nous avons
déjà vu ces vers f. 88 V {ci-dessus p. 78). — 21 j. M. (d'après 37 j)
A .11. chevaux li font .1. lit aparillier; 789 Le plus cier lit le roi ont
fait a. — 216. M. droit au tref Al. portent le chevalier. — 217. M.
n'i et que c. — 218. Manque dans M. et 789. — 220. Manque dans
789. — 221. Manque dans M. et 789. — 223. Ars. Toz sains les.
90 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
En un leit de fin or funt Tholomé colger,
22 j Cuvert d'um blanc diaspre qui molt fait à preiser.
En l'ost i funt grant joie serchant e chivaler.
L
a bataille fu faite e prise la citez.
Les deux textes sont d'accord jusqu'à M. 4^, 7, point où
le ms. de l'Ars. contient en plus la laisse ci-après qui se trouve
dans plusieurs mss. En note sont données, à titre de spécimen,
les variantes de 789 :
Sire, )) dist li vaslez, « mervelle dirai grant: (f. 99)
a Ce sunt does puceles qui lai venent chantant;
(( Chascune devant sei fait traire un auferrant
« Cuverz tros qu'enz aus pez d'un paile flambeiant;
5 « E chivaucha chascune un palefrei ambiant,
« Ne cuit qu'il ait mellors en trestot Oriant.
« Sur l'arçon de derere e sur celui devant
« Lor pendent li chevel bel e blois e lusant.
« Unques si bêles fennes ne vi, mon esciant;
224-26. Manquent dans M. — 226. i semble gratté, cependant une
syllabe est nécessaire pour le vers; on pourrait proposer en. Entre ce
vers et le suivant, il y a dans M. un long récit de la lutte de l'amiral
et d'Alexandre, lutte qui se termine par la prise de Babylone. Mais
cet événement ayant été raconté plus haut d'une façon beaucoup plus
brève par Ars. (/. 90, ci-dessus p. 81), le récit de M. devait nécessai-
rement être supprimé. 789 est d'accord avec M., sauf qu'il n'a pas'
les laisses, assez insignifiantes, oii Alexandre donne l'Egypte à
Ptolémée, et se prépare à marcher sur Babylone (M. 412,8 à 414,27).
— 227. M. 446,23. — 1. 789 (/. 78 c) li garçons ce est m. g. —
2. .ij. damoiseles. — 3. d. lui. — 3-6. L'ordre des vers dans 789
est 3, 6, 5; /e V. 4 manque. — 7. de la sele et derier et d. — 8. Lor
gisent lor c. comfin or reluisant. Ars. bels e b. — 9. Ains mais tant
b, dames ne vi en mon vivant.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 9,|
10 « E unt espées cenctes dunt riche sunt li brant,
« E font porter lor armes par mervellos semblant,
K Escuz à bocles d'or, li heume sunt lusant;
« Lor lances sunt agûes, li gonfanon pendant,
« E les chauces de fer, li hauberc jacerant,
1 5 « Plus bêles damiseles ne vit home vivant.
« Un présent aconduient molt riche e molt vallant:
« La dame de Mazoine Alix, al persant
« Le tramet e enveie por aver pais avant ; (y°)
« Ne vol que sis reaimes seit gastez tant ne quant,
20 « E dit que chascun an l'en donra autretant.
« Par mei vos a mandé, gel vos di à itant,
« Que les alez conduire par vostra bon talant. »
Quant dan Clins l'entendi, si respont en riant,
E dist à Aristé : « Car jalons pognant. »
2 5 Lor chivaus demandèrent que meinent dui enfant.
D
es palefireis desendent, si montent aus destrers.
Après cette laisse, Ars. a, de même que d'autres mss.,
celle-ci qui manque à M.
D
an Clins vint à Florete, par la renne la prent;
El ne fu pas vilaine, volenters le consent.
lo-j. Manquent. — i6. et merveillex et grant. — 17. La dame
d'Amassone au gent cors avenat; Ars. La reine de Macédoine; la forme
Mazoine, reçue dans le texte, se trouve au fol. 9j r (= M 449, 4).
— 18. L'envoie à Al. le frot [sic) roi conquérant. — 18, Ars.
por par un p barré. — 18. Entre ce vers et le suivant, 789 :
Por ce que li ajut de cest jor en avant. — 19. voit li rois degastant.
— 20. Manque. — 21. Si vos mandent par moi, je le vous di atant.
— 22. que nus faus ne s'en vant. Entre ce vers et le suivant, 789:
Qu'en ne lor facent {sic) honte ne anui tant ne quant. — 2j. Si
a dit en. — 25. Que tinrent li serjant. — 26. M. 454,8.
93 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
Aristés prist Beuté par la renne d'argent ;
Celé fu proz e saive qui pas ne li defent.
5 Li uns parla à Tautra d'amors e de jovent :
(( Pucele,» dist dan Clins, «faites me un convenent,
« Que me dites vostra estre, dunt estes, de quel gent?
« Coment avez vos nom ? ne m'en celez nient ;
« E ge vos redirai de mon estra epsament. (f. loo)
10 — Sire, « dist la pucele,. « au Deu comandament;
« Je dirai volentera tôt lo vostra talant;
« Je soi molt gentil feme e trestuit mi parent,
« E si ai nom Florete. » E quant dan Clins l'entent
Dunques li respondi e dist molt gentement :
1 $ « Bêle, la vostra amor m'otriez leaument,
<c E vos aurez la meie sens nul deveement.
— Sire, » dist la pucele, « je l'otrei bonement
« Que vos aiez la meie sens nul destorbement. »
Quant dan Clins l'entendi^, molt grant merci l'en rent;
20 Quatra feiz la baisa par amor docement,
Lor amistez aferment amdui molt leaument ;
Pois l'ot il à moller, si l'estoire ne ment.
A
ristés e Beutez parolent en requei
De l'entrevue d'Alexandre avec la reine des Amazones *, le
ms. de l'Arsenal passe immédiatement à son retour dans Baby-
7. Ars. dum e. — 9. 789 le mien tout vraiment. — i. M. 454» '7-
— 2. Amabel dans M. 456,31; dans Ars., à l'endroit correspondant
on lit :
Panthasilée ot nom, e volenters guerroie, (f. 102)
Amie fu Ector, por lui ala à Troie.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 9J
lone, omettant la lutte contre le duc Melchis, la prise de
Defur, et les incidents qui marquent le retour d'Alexandre
(M. 459 à J20, 22). Le texte reprend ainsi ' :
Quant la reine fu au palefrei montée, (f. 105)
Congé a pris del rei, si s'en est retornée;
Jusque Meothodie n'i ot renne tirée.
Quant ot lo flum passé, si fu en sa contrée.
E li reis Alix, a sa veie astée; ^
En Babiloine en vint à Puitisme jornée.
Or sera de fin or sa teste coronnée.
A la page suivante un nouveau désaccord se manifeste.
Dans M. une même laisse ( 501, 9 à 502, 20) contient l'ana-
lyse de la lettre écrite par Olympias à Alexandre afin de le
mettre en garde contre Antipater et Divinus pater, et la men-
tion des lettres d'Alexandre à ces deux personnages. Ce second
point commence dans Ars. une nouvelle tirade et y est traité
plus explicitement que dans M '.
I . Naturellement les quatre premiers vers manquent dans M. Ils ne
sont possibles dans Ars. que parce qu'il vient d'être question de la
reine des Amazones. — 2. M. îoo,2}. — 3. Voici dans M. (501,34
ss.) le passage correspondant :
Li bons rois Alixandres oui proecce tenoit
Et ounor et largesce sor toute riens amoit ,
Pense en son corage et de çou s'avisoit
Que il les traîtors per lettres manderoit,
P. Î02 Et que cescuns venist à sa cort orendroit,
Si cier qu'il a sa vie et soi de rien amoit,
E la tiere autresi que douné lor avoit.
Et scuissent de fi icil ki n'i venroit
j Que tous jors de sa vie deserités seroit,
Et puis à .1. gibet cescun balanceroit.
Li rois manda .1. clerc qui escrire savoit;
Teus lettres li devise li rois que il voloit.
O
94 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
Quant la chartra fu lite, li reis s'est porpensez f. 104)
Que il un' autra feiz les aveit cha mandez;
Il ne volent venir^ si s'en est aïrez.
Un bref lor trametra qui ben ert saelez;
Et li clers fu soutius : qui mult bien l'enditoit,
10 Li clers el parcemin de son encre escrisoit,
Et quant les ot escrites li clers, si les clooit,
Et li rois Alixandres apriès les saieloit.
Puis huça .1. mesage que durement amoit,
Les lettres li douna, et cil les recevoit;
15 Dist lui que il ces lettres Antipater donroit,
Et Divinuspater qui à Tir demoroit.
Et li mesages dist que il bien le feroit
Et que il le mesage, molt bien lor conteroit.
Et li mes est monté, que riens ne detrioit;
20 Entra en son cemin et erra à esploit.
Enfresi que à Tyr n'est li mes arestés.
Le fel Antipater a ilueques trouvé.
De par roi Alixandre li fu li bries dounés.
Et li fel l'a saisi qui en fu adolés.
25 A .1. clerc le bailla qui bien estoit lettrés.
Et li clers les saisi, si fu dessaielés;
Si les lut en oant, ne s'i est arestés.
Tout si corn Alixandres li rois les a mandés.
Li traïtor l'oïrent, es les vous aïrés;
30 A poi que il ne crievent, si fu cescuns enflés;
E dist li .1. à l'autre : « Or somes mal menés;
« Est donques Alixandres issi desmesurés
« Qui cuide de nos faire isi ses volentés ? »
Li traïtor félon, cui Dex doinst enconbrier!
3 5 Ont oies les lettres et dire et retraitier
Que li rois Alixandres lor a fait envoler.
Quant oent la parole n'i ot que courecier,
Quar il oent la lettre et dire et tesmoigner,
P. 503 U il voilent u non lor estuet cevaucier.
Monté sunt li félon, n'i osent detrier;
En Babilone en vont por lor droit desrainier
Al bon roi Alixandre que de rien n'orent chier.
j Si com il cevauçoient andoi le jor premier
Li .1. des traïtors vet à l'autre acointier.
Ce dist Antipater : « Moult nos puet anoier
« De faire mauves plest tant c'on se puist aidier. »
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. ^
5 II ne lor manda mie ne saluz ne bontez,
N'amisté ne servise qui seit en bref nommez,
Anz i a fait escrire : « Oez e entendez :
« Sachez vostra servises vos ert gueherdonez.
« Je vos mant e comant que vos n'i arestez
10 « Que ne vengez à mei quant icest bref verrez,
« Quar ge vos vol veer ainz que mais seit passez.
« Aceusquilesbrésportenttozvozchasteus livrez.»
E cil li respondirent : « Si cum vos commandez. »
Les brés unt pris del rei, li conseus est fmez,
1 5 Montent es palefreis, ec les vos desevrez.
Entreci que à Tyr ne fu li freins tirez ;
Antipater i fu de Sidoine apelez (y°)
Que lai esteit venuz à uns plaiz devisez.
De part rei Alix, fu li brés présentez,
20 A un clerc l'unt fait lire; quant il fu esgardez
E il l'oent espeudre, ec les vos si desvez
Par un poi qu'il ne crèvent, si fu chascuns enflez.
Quant li dui serf l'entendent n'i ot que corrocer ;
0 il voilent o non les estut chivauger
2 5 En Babiloine au rei por lor dreit desraisner,
E, se il sunt colpable, por la merci crier.
Dist Divinuspater : « Bien vos sai consillier :
10 « En une autre manière nos en estuet vengier.
« Par force nel poriés grever ne enpirier,
« Qu'il est sires del mont, ce poons aficier.
« Maint gentil chevalier a il fait encombrier,
« Et tolue sa tiere et vif fait exillier.
15 « Et ocis à dolor et à grant enconbrier.
« S'engiens ne nos aïde, force n'i a mestier. »
Fait Divinus pater : « Antipater, amis.
96 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
Si cum il chivaujoent il e lor escuer,
Ce dist Antipater : « Molt nos pot enuier,
« Ciz reis nos tent si vis corn si fusons bergers;
30 « Quant noz chasteus rendons poi faisons à preiser;
« .VII. anz l'en poùsons richement guerrier,
« S'oûsons asez quis à heure et à menger;
« Dementres li poùst venir tés destorber
« Que ben oùsons pais senz nulla ren doner.
3 $ « Por malvais est tenuz li hom e por laner
« Qui fait nul malvais plait tant cum se put aider. »
Divinuspater dist : « Molt vos vei esmaier,
« Si vos ousasa dire, ce vos vol acongter
« Que ben nos en porrons del tôt en tôt venger.
40 « Ren n'i feront par force, ne vos oquer celer;
(( S'engins ne nos ahie, force n'i a mester.
i( Fortune qui l'a fait sur la roe monter
« L'en reface par tens cheïr e trébucher.
« Nen a il tôt lo monde par force à justiser, (f. 105)
45 « De tôt fait quant qu'il volt, Deuslidoinst destorber!»
Oez^ segnor que dient del bon rei dreiturer
Qui les a mis sur l'or e sis trait del femer;
Por son gentil servise li donront mal loier.
Molt lo vont menaçant li dui serf pautoner,
50 Le règne que il tent ne li volent laiser
Ne la corone d'or ne lo ceptre d'ormer;
De lor segnor se volent senz achaison venger.
C
e dist Antipater : « Grant folie fesis
38. acongter, p.-ê. le g est-il pointé. — H- ^- )^hn-
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 97
Un peu plus loin, juste avant le morceau que divers mss.
intitulent La signification de la mort d'Alexandre (B. I. 791 f. 98)
ou encore la seconde signification, etc. (B. I. 792 f. 139), Ars.
contient ces vers qui ne paraissent pas se retrouver ailleurs :
Or aprosme li tens d'acomplir lor talent; (f. io6)
Là defors la cité, en un riu bel e gent,
Décent Antipater, sis companz epsament,
Por chancher vesteûres, quar il sunt tuit sollent.
5 En un ruisel se bagnenl qui de beuté resplent,
E quant se sunt bagnez prenent lor vestiment.
Veslu sunt e chaucé de polpra richement
E unt pigné lor crins o un pigne d'argent.
Pois montent aus chivaus, si s'en vont bêlement.
10 Molt sunt fel 11 viellart e plen de mantalent :
Au bon rei Alix, aportent tel présent
Dunt trestuit cil qui l'aiment serunt grain e dolent.
A l'esua de Mai, tôt dreit en cel termine •
La scène du commencement est racontée en deux laisses qui
manquent à M. Après la laisse
L'
i termes est venuz que 11 arbre orent dit »
il y a dans Ars. :
2. riu, corr. Hu. — 4. Por par un p barri; de même aux vers 30
et ^S du morceau suivant. — 5 . ruisel sel se b.
1. M. 506,1. — 2. M. 507,29.
7
98 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
Li reis par manctes feiz a ses barons mandez ,
Duxe princes e contes e ses autres fevez;[(f. 107 v)
Cel jor tint aute cort, que il fu coronez.
Plus richement de lui n'ert mais reis atornez :
5 Sa corone fu d'or, pères i ot assez,
Jargonces, estopaices e safirs nielez.
Sa mollers Rosenés, qui tant aveit beutez,
Fu iloc coronée e sis cors honorez;
Cors de si bêle fenne ne fu anc mais trovez.
1 0 Qui veïst son viaire cum il ert colorez !
De blanc e de vermel esteit antremeslez.
Sos cel n'a si dur home, tant seit vilains provez,
Si esgardast la dame ne fust d'amors nafrez,
Tant ert de bones deges sis cors enluminez !
1 5 Quant fu faiz li servises, en versaeus chantez,
Li reis issit del temple hautement coronez.
Tolomez e dan Clins vont devant lez à lez ;
Cel jor fu li vasaus de manc home esgardez :
m ot larges espalles e ben faiz les costez
20 E grant enforgeûre, s'ert d'or esperonez, (f. 1 08)
Chaucez fu d'um blanc paile à oiselez ovrez,
De blanc ermine ert li bliauz forez.
Molt esteit genz li reis e de cors acesmez,
La corone sostindrent dan Clins e Tolomez.
25 D'autra part Perdicas, qui molt ert sis privez,
Qui pois fu reis del règne Alix, clamez,
Eminedus d'Aufage, li proz e li senez,
'■ Teneit une gisarme dunt li fers esteit lez
22. Il y avait d'abord esteit, leçon qui a été exponctuée.
MANUSCRIT DE lVrSENAL. 99
E li atcers tranchanz e li manges dorez ,
30 Por ço qu'à icel' ore ert li reis terminez
E cel jor deveit estre morz e enpoisonez.
Grant place li faiseient environ de toz lez ;
Par ces rues à voûtes orent tapiz getez
E desus Alix, portent pailes roez
3 5 Por l'ardor del solleil, que li chauz est levez.
Tros qu'au mestre palais en fu ensi menez ;
Au templa ancianor fu li reis desarmez
De la corone d'or dunt il ert coronez.
Les tables furent mises, s'est li mengers criez ;
40 Tés s'i asist à joie qui en leva troblez :
Ce fu li reis meïsmes qui fu enpoisonez.
A grant joie amenèrent le rei macedoneis. (v°)
Qui donques reveïst sa moller Rosenés
Ensi cum li baron la menoent après !
45 Ne fu plus bêle fenne dès lo tens Moysés.
Sa corone sostindrent Lioine e Filistés ;
Desus tindrent un paile Caulus e Aristés
Que li chauz ne li arde lo vis ne lo paies.
En la chambra l'enmeinent à grant joie e à pés,
50 Sa corone receivent li dui fil Aminés,
Ses dras li unt ostez quar li chauz est engrés,
A joie sunt asis al menger el paies,
Mas ainz serunt iré qu'il en relèvent mes.
^^er tota Babiloine a fait li reis crier
)i. Corr. En c? — 52. el m. al p. — $4. M. 508,3. Per en toutes
lettres.
100 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
Après la laisse
Q
uam li reis ot beu si li freidist li cors •
qui termine le v* du fol. 109, l'écriture change et paraît iden-
tique à celle qui dans la partie qui précède ajoute de temps en
temps en marge un mot ou un vers oublié*. L'orthographe de
ce nouveau copiste est bizarre et ses leçons fréquemment
corrompues. Il reprend le récit ainsi qu'il suit :
Quant li reis se senti de la mort langoser, (f. 1 1 0)
Enn une cambre au vote s'esteit alez coscher
Li Greiu tent les tables, si lèvent de lunger,
E plurent et regretent lor signor driturer :
5 <( Ahi ! reis, sor tos ohmes faisez e à priser
« Ne vos penez mie de voz genz abaiser,
(c Mais à vostro poer lever e essaucher ;
« E si les fesiez en rigece baigner
« E donez Paver, la richece e l'ormer
10 « Lo vair el gris els corranz destrier
« Jamais ne serai prences que sache giordener.
« Que poront hor[e] faire cil povre sodaer ?
(( L'uns vendre son aubère e li autre son distrer.
« Cil serai plus amez qui menz saura plaider. »
I. M. 509,20. — 2. Notamment au bas des ff. 85 et 86 v; voy.
ci-dessus pp. 74 et 76.
I. M. j 10, 5. — 2. En nune; de même v. 17 en nû. — 3. M. Li
Griu estent 1. 1. si laisent le mangier. — 5. Il faut faisiez à l'imparfait
et supprimer e ; de même, au vers suivant, le sens et la mesure exigent
peniez, et au v. 9 déniez. — le. Vers ajouté en marge par le copiste
et en partie usé. Il manque à M. — 1 1. Af. J. ne venons prince qui
sage guerroier. — 14. M. Cil sera plus amés qui plus sara proisier.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 101
1 5 Li reis entent lo cris que funt cil chivaller,
Tels dol ad de sa gent que vis cuida rager.
Parmei Pus de la çanbre entra en un verger,
El flum d'Eufrates se volt aler cholier,
Mais la mort l'engossé quil fist engenoller.
20 Qant ne pot plus aler si se prist à crier;
Sa muler Rosenés lo curut à enbracer
Que les olz e la boce li commence à baiser.
« Sire, dreit enperere, vous me tu donc laiser
« E gerpir en ces segle tant chaitive moller ?
25 « Je soi grosse e encinte, si ne me pois aider,
« Reis, tu (?) ors me deùses amer e conseller. »
En un leit lo'n portai celé qui molt Tôt cher.
Gré e Macedoniés commencent à uger
Qe, si test ne lor rent lor signor driturer, (v^)
50 Ja ferunt toz lis us de la canbre briser.
Voici, à partir de cet endroit jusqu'à la fin du volume, la
suite des laisses. Elle ne s'accorde pas avec M.
Li reis ohi les criz e sa gent doloser ' ,
Li reis ot grant angosse quar de la morz fu prés *;
[(f-Hl)
Quant Al. vit que la mort le jostise J,
Toi., dist lo reis, ge vos donrai Egipte^; (v*>)
I j. M. si ch. — 18. M. Ens el floc de Deufrate se vot aler bagnier.
I. M. 510, 34. — 2. M. 511, 2j. — 3. M. J09, 26. — 4. M.
102 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.
Toi., dist li reis, je vos am de courage ',
Signors,distAl.,moltsoiaengranttorment2, (f. 1 12)
Li reis par grant amor en apela Clinçon J : (v^)
Za venez, dist li reis, Emenedus^ d'Arcage J; (f. 1 1 3)
Al. apele Licanor 0 se fie ^, (v^)
Les deux derniers tiers du fol. 1 14 r" et la moitié supérieure
du V" sont grattés. On voit par les initiales coloriées qui sub-
sistent, qu'il y avait deux laisses. Comme le V est imparfai-
tement gratté, on distingue aisément que la seconde laisse était
en i. Les mots isolés qu'on en peut déchiffrer ne donnent
point un sens suivi; elle ne paraît point se trouver dans M.
Aristez, dist li reis, ge vos ai donné terre 7;
Za venez, dist li reis, beus sire Antigonus 8;
Aprosmez vos de mei, beus sire Pilotas 9; (f. 1 1 $)
Festivons, dist li reis, aprosmez vos de mei '";
Signors, dist Alix., ne vos chaut à plurer ". (v^)
i. M. 512, 20. — 2. Cette laisse manque dans le ms. 786, et par
conséquent dans M., mais elle se trouve dans d'autres mss., placée
avant la laisse Toi., dist lo reis, ge vos donrai Egipte {par ex. 789
/. 90 b). — 3. Af. 512, }2. — 4. Emenedenus. — j. M. ji3. 25.
— 6. M. JI4, 37. —7. M. 514. 9- — 8. M. 514, IJ. — 9- W.
514, 23, — 10. M. JIJ, 30. — II. Af. J16, 9.
MANUSCRIT DE l'aRSENAL. IOJ
Aristez, dist li reis, ge vos donrai Cartage ' ; (f. 1 1 6)
Caluz de Macédoine a li rois apelé * :
Quant Al. ot les .xii. pers chassez ? (v^)
Ce fiiron samadis que le sers les aprese 4, (f. 1 17)
Qui lors oïst son dol démener à ClinçonJ,
Après Clinçon lo conte li granz dois renovelle ^
Qi^ lor oïst lo dol que fait Emenedus ?! (f. 1 1 8)
Licanors fait grant dol, por lo rei crie e plure S; (v^)
Pilotes fait grant dol antra lui e son freire 9,
Aristez fait grant dol, por lo rei fait sa plante 'o:(f. 119)
Per Al. plore Caulus lu fiz Saberte ",
Qui dune oïst lu dol que mené Perdicas ", (v^)
I. M. 517, II. — z. M. 517,28. — 3. M. 518, I. Entre cette
laisse et la suivante, le ms. laisse un espace vide de onze ou douze
vers [partie au bas du fol. 1 16, v», partie au haut du fol. suivant).
Cependant il ne manque rien à cet endroit, du moins d'après M. Une
main qui paraît du XIV siècle a utilisé ce vide en y copiant la laisse
Amis Antiocus, dist li reis, cha venés, M. ji6, }2. — 4. M. 518,
14. — j. M. 518, 26. — 6. M. H'» 18. — 7. M. 519, 10. —
8. M. J19, 2j. — 9. A^. $19, 3J. — 10. Af. J20,9. — II. M. 520, 19.
Per en toutes lettres; dans les deux ex. qui précèdent, p barré. —
12. M. 520, J2.
!04 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.
Morz fu li reis en mai quant passe la calenda '.
Aristé fait tel dol que nuls hom nel conorta 2, (f. 1 20)
Antigonios fait tel dol que toz s'en es[f]roie ?
Antigonius fait dol, de plurer se saole 4 (yo)
Aus spez le rei de Grèce, devant les autres Gris J,
Il aveit ja grant peça que li reis est feniz 6; (f. 1 2 2)
Nel tenge pas à mervelle se cil hont grant paor 1
[(f.i23v°)
Tels dol n'ert pas mervelle que li baron unt fait s.
[(f-i24v«)
DevantloreisdeGreceplurotunemarchese9, (f. 12 Ç)
Toz jors devant lo reis plorent li .xii. per '<»; (v°)
Tôt dreit au tenple Jovins si com l'estoire crie ",
[(f-'26)
Segnors, co dist don Clins, conment lo mènerons ^2?
[(v°)
Une littire firent molt tost appariller 'J,
I. M. 521, 9. — 2. M. 521, 26. — 3. M. 521, 38. - 4. M.
522, 18. — j. M. 5}6, 20. — 6. M. 524, 31. — 7. M. 528, I. —
8. M. 523, 20. — 9. M. 522, 32. — 10. M. 543, 16. — II. M.
Î44, 23. — 12. M. 544, 3J. — 13. m. 545, 12.
MANUSCRIT DE L'aRSENAL. IO5
Unques n*i ot quarel ne père ne ciment «, (f. 1 27)
La piramide au rei fu molt granz e beulée ^ (y°)
C'est l'image del rei qu'eloc em sunt polistJ; (f. 1 28)
Morz fti reis Alix, e à la fin alez 4.
E après en refist autra que sur un mont forma J , (v^)
Oi ! bons rex Alix, quant gentilment ovras ^ !
Per quel les fist escrivre très ben lo vos sai dire 7.
[(f-'29)
Ci fenisent li vers de .8 (v°)
Del bons reis Alix, que tant ama droiture.
Sur la tonbe de lui ot fait mante penture
E de mer e de terre, de tute créature;
El mont n'a chose vive dunt il n'i ait figure
Li Gré s'en sunt torné la petita anbleùre,
Alix, remés dedenz sa sépulture.
Deus li face merchi qui fist lo mont osure
S'il unques à cel tens ot de nul orne cure.
Ce fenisent li vers; l'estorie plus ne dure.
Ce reconte Al. de Bernai
Qui unques nen ot jor longement adventure
S'un jor la trova blanche ....'...
Ci fenisent li vers d'Alisandre
I. M. 54J,}4- — 2. M. 546,19- — i-M. 546,57. — 4- M. 547,
8. — j. Af. 547, 26. — 6. M. 547, 37. — 7. M. 548, 15. Per «
toutes lettres. — 8. La dernière page du ms. est très-usée; certains mots
n'ont pu Itre déchiffrés.
MANUSCRIT
DE LA BIBL. IMP. N° 789
SOMMAIRE'.
I. Qui veut entendre les vers d'une bonne histoire, écoute celle
du meilleur roi que Dieu ait laissé mourir. Je vous veux rafraîchir
l'histoire d'Alexandre à qui Dieu mit au cœur fierté et ressentiment;
qui envahit ses ennemis par mer et par terre et fit venir le monde
entier à son commandement. Ceux qui le servirent bien n'eurent
pas à s'en repentir; ceux qui s'y refusèrent, ni tour ni défilé
ne sut les garantir. A l'heure oh l'enfant naquit, Dieu montra
par des signes éclatants qu'il le ferait craindre. — II, Je veux
vous traiter l'histoire d'Alexandre en vers, pour qu'il profite à la
gent laie. Mais tel ne sait finir qui sait bien commencer, et res-
semble à l'dnon, qui est beau quand il naît, et enlaidit à mesure
qu'il grandit. Ces jongleurs bâtards gâtent les contes : quand ils
1 . Les parties en italiques sont celles qui se retrouvent dans la
version ordinaire publiée par M. Michelant.
I08 MS. BIBL. IMP. 789.
ont tout dit, il faut rattacher les morceaux de leur œuvre. Mais
contre ces vers doit dresser la tête quiconque veut assouplir son
cœur aux bonnes mœurs, savoir ce qu'il doit faire et ce qu'il doit
laisser, comment il doit se comporter envers ses amis et ses enne-
mis. Je ne vous commence point de Landri ni d'Auchier, mais
d'Alexandre d'Alier qui eut Sens et Prouesse pour gonfaloniers.
— III. Qui veut entendre les vers d'une bonne chanson
m'écoute et reste tranquille. Je dirai d'Alexandre le fils de
Philippe, de sa naissance, de son éducation, puis de ses
enfances quand il fut devenu un jeune homme. Je conterai
comment il se fit porter vers le ciel, comment il descendit au
fond de la mer, comment il tua un lion, comment il occit son
maître, comment il dompta Bucéphale, comment il occit Nico-
las, un roi félon, et conquit son royaume, comment il eut
ensuite Sidon, le royaume de Darius, Tyr, l'Egypte, comment
il occit Porus et pendit le duc de Palatine, comment enfin il
conquit Babylone et mourut empoisonné dans le palais cons-
truit par les gloutons qui croyaient monter au ciel, quand
Dieu diversifia les langages. — IV. Quand le roi Salomon fit
son premier livre, il parla de la vanité du monde dont il
recherchait l'histoire; il prophétisa l'avènement du Christ; et
toutefois il écrivit aussi l'histoire d'Alexandre. — V. Signes
qui se manifestèrent lors de la naissance d'Alexandre en pré-
sage de sa gloire future. On prétendit alors qu'Alexandre avait
été engendré par un maître enchanteur ayant revêtu la forme
d'un dragon, mais c'est mensonge: il était bien fils de Philippe
et d'Olympias. — VI. Joie de Philippe et d'Olympias à la nais-
sance de cet enfant. On lui donne des nourrices, puis des maîtres.
— VII. Arrivée de Natanabus. Il enseigne à Alexandre le cours
des étoiles. C'était un memilleux enchanteur : il eût mis dans
sa bourse les tours de dix cités! — VIII. Le roi donna à son
fils cinq maîtres : Aristote, Clichon, Ptolémée, Homère et Na-
tanabus. Ils lui apprennent le latin, les sept arts, la chasse, les
MS. BIBL. IMP. 789. 109
tables et les échecs, rescrime, la musique. — IX. Portrait
d'Alexandre. — X. i4 l'âge de dix ans il eut un songe. Il lui
sembla qu'il mangeait un œuf lorsqu'un serpent hideux en sortait
qui environna par trois fois son lit, puis se retira dans l'œuf et y
mourut. — XI. // s'éveilla effrayé et conta le songe qu'il venait
d'avoir à son père. — XII. Philippe mande les devins de partout
son royaume; il leur expose le songe et chacun s'efforce de l'expli-
quer. — XIII. Selon l'un, le serpent figure un homme orgueilleux
qui voudra mettre sous lui rois et empereurs, mais qui, obligé de
revenir en arrière, succombera enfin. — XIV. « C'est, » dit un
autre, « un homme orgueilleux qui voudra conquérir les terres, mais
« // ne réussira pas, car ceux qui lui doivent secours lui manqueront,
« et force lui sera de revenir sur ses pas comme fit le serpent. »
— XV. « L'œuf signifie le monde, » dit Aristote d'Athïnes, « le
m milieu est la terre; le serpent est Alexandre qui sera seigneur du
« monde et reviendra mourir en Macédoine. » — XVI. Philippe
accepte avec joie cette explication. Education d'Alexandre. Ses
maîtres lui apprennent le grec, l'hébreu, le chaldéen, le latin, le
cours des étoiles, la vie du monde, l'art de raisonner. Ils lui
enseignent aussi à tenir à distance les félons. — XVII. Je vous
ai dit comment Alexandre naquit et comment il fut élevé; vous
entendrez désormais de ses enfances et des conquêtes qu'il fit.
— XVIII. Un jour, Alexandre annonce à Aristote qu'il a
l'intention de se faire porter dans les airs par deux griffons
que possédait son père, afin de voir la terre sur laquelle il est
• appelé à régner. Aristote essaie en vain de l'en détourner. —
XIX. Il persiste ; après avoir fait jeûner les griffons pendant trois
jours, il les attache à un siège solidement ouvré et, s'y étant
placé, il montre aux griffons deux chapons liés chacun au bout
d'une perche. Ceux-ci s'enlèvent pour atteindre la viande. Effroi
général lorsqu'on aperçoit Alexandre dans les airs. Philippe
fait jeter en prison les maîtres de son fils ; s'ils ne le lui rendent
avant la'nuit, il les fera pendre. — XX. Douleur d'Olympias;
I 10 MS. BIBL. IMP. 789.
Alexandre monte toujours. — XXI. La chaleur du soleil
l'empêche d'atteindre le ciel. Contraint de revenir, il abaisse
les perches et dirige ainsi les griffons vers une prairie où il
descend. Le roi le traite durement; la reine, qui pensait ne plus
le revoir, l'embrasse tendrement. — XXII. Une autre fois il fut
encore plus hardi. Il se fit faire une caisse en verre consolidée
par des bandes de fer; il y mit des vivres et un coq. — XXIII.
II fit préparer une chaîne de cent toises de long, à l'un des
bouts de laquelle on fixa un gros bâton carré, qui, en flottant
à la surface de la mer, devait marquer le lieu de la descente.
Puis, un jour qu'avec ses maîtres il s'était allé promener
vers le port, il les quitta et, accompagné d'un maître nauto-
nier qui était dans le secret, il s'embarqua en une nef. Arrivé
en pleine mer, il entra dans son vaisseau de verre et se fit
couler au fond de la mer. Il était convenu que le soir on devait
le remonter. Mais une tempête survint qui brisa le navire et
fit périr tous ceux qui le montaient, sauf le maître nautonier
qui se sauva sur une planche. — XXIV. Angoisse d'Alexandre;
effroi de ses maîtres lorsqu'ils s'aperçurent de sa disparition.
— XXV. Ils le font en vain chercher de tous côtés. Alexandre
se rappelle avoir entendu dire que la mer ne peut souffrir le
sang nouvellement répandu. Il coupe la tête à son coq : la
boîte de verre s'enlève aussitôt. Le nautonier, ayant été poussé
par la mer vers le port, est recueilli par un vieux pêcheur,
— XXVI. Il lui raconte son malheur; le pêcheur donne un
morceau de pain au marin qui se mourait de faim, et tous
deux se mettent à la recherche d'Alexandre. — XXVII. Ils
arrivent au lieu du naufrage. Le nautonier ne trouve plus le
bois qui devait flotter au dessus de la cage de verre. Il en
conclut qu'Alexandre est perdu sans ressource. A ce moment
ils aperçoivent contre un rocher l'objet qu'ils cherchaient et
entendent Alexandre qui les appelait. Ils vont à lui et le tirent
dehors. — XXVIII, Ils voguent vers le rivage et abordent
MS. BIBL. IMP. 789. III
avant le coucher du soleil au port Saint-Daniel. Alexandre se
loge chez le vieux pêcheur. — XXIX. Cependant Philippe
était à Aliers, ville où Alexandre était né et d'où il prit son
surnom. Accompagné du pêcheur et du marin, le jeune prince
s'y rend par mer. — XXX. Il va trouver un hôte qu'il aimait
particulièrement et, apprenant de lui que ses maîtres devaient
être jugés le lendemain, il lui demande de garder jusque là le secret
de son arrivée. — XXXI. Le roi Philippe rassemble sa cour et
fait comparaître les maîtres de son fils. — XXXII. L'un des
barons, Amatides rejette la faute sur l'imprudence d'Alexandre.
li demande qu'un terme de quarante jours soit accordé aux
maîtres pour retrouver leur pupille. — XXXIII. Un autre, un
traître nommé Cemelan, est d'avis qu'on procède immédiate-
ment au jugement. — XXXIV. Ptolémée, l'un des sept maîtres
d'Alexandre, répond en accusant Cemelan de trahison. Ce der-
nier présentait déjà son gage quand survient l'hôte qui apporte
la nouvelle du retour d'Alexandre. — XXXV. Le roi n'est
cependant pas décidé à pardonner aux maîtres dont la négli-
gence a failli amener la perte de son fils. Il y consent toute-
fois à la prière générale. L'hôte va trouver Alexandre qui
dormait encore et lui raconte ce qui vient de se passer à la
cour. Le jeune homme se promet de ne pas oublier Cemelan
et sa déloyauté. Puis il se revêt d'habits magnifiques que lui
présente son hôte. Le roi accueille son fils par des paroles
ironiques. Celui-ci promet de ne plus recommencer telle folie.
— XXXVI. Prouesse d'Alexandre lorsqu'il eut dépassé l'âge
de onze ans. Il faisait venir les fils des gentilshommes de par
tout le royaume, et les comblait de présents. — XXXVII. Il
se comportait sagement, s'abstenant de toute folie qui eût pu
faire parler. Chaque année le roi tenait cour au jour de sa nais-
sance. A l'occasion d'une de ces fêtes, le duc d'Antigonie, qui
tenait de lui son fief, lui envoya un lion magnifique qui, dans
ses bons moments, se laissait conduire et chevaucher librement.
112 MS. BIBL. IMP. 789.
Un gardien qui n'était pas au fait des habitudes de l'animal
fut saisi et déchiré par lui. Alexandre, qui n'avait que douze
ans, prit un bâton et, du premier coup, l'abattit mort.
— XXXVIII. Un jour, il s'était allé promener dans un jardin
avec Natanabus. Celui-ci enseignait son élève : « Beau fils, »
lui disait-il, « j'ai peur que vous mouriez trop tôt, et j'y aurais
« dommage, car par vous j'espère recouvrer ma terre, la belle
« Egypte dont j'ai été seigneur. » Le valet changea de couleur
en entendant Natanabus l'appeler son fils. — XXXIX.
« Maître, » dit-il, a suis-je donc votre fils.? s'il en est ainsi, je
« ne suis pas digne de tenir l'héritage du roi Philippe. Et
« pourtant vous êtes d'assez riche parenté pour que je ne
« doive pas être honni en cour. — Par dieu, bel ami,
« vous dites vrai : j'ai été roi d'Egypte; mes grands princes
« voulurent m'emprisonner; je vins auprès de ce roi que j'ai
« bien servi, et j'ai trouvé en un sort que je serais tué par un
« jeune enfant. Je ne sais si c'est vrai. » Alexandre, sans dire
un mot de plus, le saisit par les jambes et le précipita dans le
fossé où il se brisa tous les membres. — XL. Un neveu de
Natanabus, voyant pleurer Alexandre, s'approcha et trouva
son oncle mort. — XLI. Il le fait relever et porter à un temple
de leurs dieux, puis il se présenta au roi et lui demanda justice.
Philippe ordonne à ses barons de faire justice de son fils. —
XLII. En ce temps, la coutume était que les homicides ne
fussent pas épargnés pour leur riche parenté. Les barons se
sentirent très embarrassés, car Alexandre s'était fait aimer de
tous et on le regardait comme l'héritier de la terre. L'un
d'eux, Avarides, propose de demander au roi un délai de huit
jours. Alors, la colère du roi sera passée et on pourra sollici-
ter le pardon de son fils. — XLIII. Les barons le députent,
lui quatrième, auprès du roi. Celui-ci accorde à contre cœur
le répit demandé. Sur ces entrefaites, on présente au roi un
cheval engendré en une jument par un laiton et qui était d'une
MS. BIBL. IMP. 789. 11^
extrême férocité. — XLIV. Les barons décident que le châti-
ment d'Alexandre sera d'aller dompter ce cheval. Ils espèrent
que le roi n'y consentira pas et pardonnera à son fils. — XLV.
Ils font part de leur décision au roi, qui l'approuve.
XLVI. Ce cheval était si féroce qu'on lui livrait les meurtriers-
il les dévorait en un instant. Il n'y avait pas d'autre exécuteur
des hautes œuvres dans le royaume. — XLVII. Alexandre
est informé de la peine qui lui est imposée. Il se dirige sans
crainte vers le celier où on tenait le cheval enfermé ; il enfonce
les portes à coups de mail. Bucifal s'agenouille devant lui.
Depuis il ne mangea plus de chair humaine. — XLVIII.
Alexandre lui ôte ses chaînes et le monte. Le bruit s'en répand
par la cité. De toutes parts on s'écrie qu'Alexandre doit être
empereur. Le roi, accompagné de maints riches barons, la
reine, suivie de ses dames, viennent au devant de lui. « Faites-
« le chevalier sans retard, » crie-t-on au roi. Il y consent.
La reine offrira les vêtements et le roi fournira le reste. —
XLIX. Philippe et Alexandre s'embrassent. Les compagnons
du jeune prince seront armés en même temps que lui. Ils courent
se baigner dans la mer. Description de l'armement d'Alexandre.
MANUSCRIT
DE LA BIBL. IMP. N" 789
ui vers de boine estore veut entendre et
oir,
Pour prendre boin' essample de proueche
acuellir,
De connoistre raison, d'amer et de haïr,
Des anemis grever et abatre et matir,
5 Et vers ses amis povres bien se sache eslargir,
Des laidures vengier et des biens fais merir,
De chanter quant lius est et à terme soufrir,
Si escout ches biaus vers boinement par loisir;
Nés orra gaires hom cui ne doie plaisir :
10 Chou est du meillor roi que Dix laisast morir.
D'Alixandre vous voel l'estore rafrescir
i-j8. Ces deux laisses comme dans M. sauf les variantes. —
j. Af. De ses amis garder et cierement tenir.
Il6 MS. BIBL. IMP. 789.
Cui Dix dona au cuer fierté et grant air,
Ki osa par mer gens et par terre envaïr
Et fist à son kemant tout le pueple venir
1 5 Et tans rois orgeilleus à l'esperon servir.
Ki serviche li fist ne s'en dut repentir,
Car tous fu ses corages à lor bons acomplir;
Et il i parut bien as durs estours souffrir,
Car es destrois besoins ne le volrent guerpir.
20 Qui servir ne le vaut nel pot tours garandir
Ne destrois ne maus pas, tant seûst loin fuïr.
A Peure ke li enfes deut de sa mère issir
Demoustra Dix par signes k'il le feroit cremir,
Car l'air convint muer, le firmament croissir,
25 Et le tere crauUer, le mer par lius rougir,
Et les bestes trambler et les homes frémir.
Ce fu senefianche ke Dix fist esclarcir
Pour monstrer de l'enfant k'en devoit avenir
Et com grant signourie il aroit à baillir.
30 ¥ 'estore d'Alixandre vous voel par vers traitier
i—^En romans, c'a gent laie doie aukes porfitier.
Mais tels ne set fmer ki bien set commenchier,
Ne moustrer bêle fin por s'ovregne essauchier,
Ains resamble l'asnon en son aé premier
3 5 Ki biaus est quant il naist, et maintes gent l'ont chier;
Com plus croist plus laidist et plus semble aversier.
50-48. Manquent dans 786 et par conséquent dans M., mais se trou-
vent dans les autres mss. — 33. p. son règne. — 34. 375, 790, Oxf.,
etc. en son versefier.
MS. BIBL. IMP. 789. I 17
Cil conteour bastart font contes avillier ;
Si se voelent en cort sur les mellors prisier,
Et quant il ont tout dit si ne vaut .1. denier,
40 Ainçois convient par pans lor œvres atachier.
Mais encontre ces vers doit le teste drecier
Qui veut as bones mors son cuer assoploier,
Et savoir k'il doit faire et quel cose laissier, (b)
Com il doit ses amis et blandir et priier,
4 $ Ceus k'il a fait tenir, et autres porcachier,
Ses anemis grever et si estoutier [fier ;
C'uns tous seus envers lui n'ost mostrer samblant
Plus Tes tiengne dotans c'aloete esprevier ;
Mais ne soit mie avers sil sevent essauchier,
$0 Car ains par avarisse ne vi preu gaaingner.
Ki trop croit en trésor, trop a le cuer lanier :
Ne puet conkerre honour ne tere justicier.
Je ne vous commens mie de Landri ne d'Anchier,
Ains vous dirai les vers d'Alixandre d'Alier
5 5 De qui sens et proece firent confanonier.
A mes dis prenge garde ki se veut essauchier
Et de boines coustumes estruire et ensegnier,
Si m'oe boinement et sans contralier.
III.
Ki veut oïr les vers d'une bone canchon [chon ;
Si m'escout et soit cois, sans noise et sans ten-
j8. Ki s. V. encore. — 4J, Après ce vers divers mss. (790, Oxf.
etc.) ajoutent : Et ceuls qu'il ne cognoist par ^œuvres assaier (790
essauchier!). — 48. Oxf., 790, qu'aloete en gibier I Quant el voit ae la
main départir esprevier. — j8. C« vers manque dans 786 et dans M.
De mime pour toutes les laisses qui suivent, sauf indication contraire.
I l8 MS. BIBL. IMP. 789.
Si orra tele estoire dont grans iert le raison,
Car canchons sans estoire ne vaut pas .k bouton.
D'Alixandre dirai ki fu fix Phelippon
Ensi corn il fu nés, par quel demoustrison,
65 Et corn il fu nourris en petite fachon,
Et puis de ses enfances quant il fu valeton ;
Corn il se fist porter vers le ciel au gripon,
Et puis ala en mer au fons 0 le poisson,
Et si com il tua en s'enfanche .1. lion;
70 Com il ocit son maistre et par quele acoison ;
Com il prist Bucifal le destrier arragon
Ki plus mengoit char d'ome ke d'autre venison,
Et cascune semaine en avoit livrison ;
Com ocist Nicolas, .1. rois ki fu félon,
7 5 Si conquist son roiaume, s'en ot d'avoir foison ;
Com ot puis de Sidone le tour et le dongon
Où il jut moult malades de fièvre et de friçon.
Après conquist il Daire, s'en ot le région
Et si pechoia Tyr par mer, en .1. dromon ;
80 Là ot il de sa gent grant persécution ;
Et puis conquist Egipte, le règne Pharaon ;
Puis li vint li vermine et li escorpion,
E[t] parla as .11. arbreso grant dévotion
Qui de se mort li dirent le fiere traïson ;
85 Puis ocist Porus d'Inde, le rice roi baron.
Le duc de Palatine pendi sans raenchon
Por la dame robée dont il fist mesproison ;
Puis conquist Babilone où fu mors par poison
El grant palais marbrin que firent li gloton
90 Qui cuiderent monter el ciel par mesproison
MS. BIBL. IMP. 789. 119
Quant Dix de tous langages lor fist devision :
Quant Tuns parloit englois et li autres gascon,
Li tiers parloit irois et li quars bourgegnon,
Et li quins alemant et li sistes breton,
9 5 Li septimes galois, li octimes frison ; (c)
L'uns ne savoit de Pautre ke disoit ne ke non ;
Cil ki demandoit pierre si avoit du sablon.
Por chou laisierent Pœvre k'il se virent bricon.
IV.
Quant li rois Salemons son premier livre fist
Du vain siècle parla dont il l'estoire quist.
Pourle premier fourfait, de coi li sachans rist,
Quant Dix Adan et Eve de Paradis fors mist,
De le boine eùrté où premiers les assist.
Par l'engien del diable ki maint home traïst.
105 Salemons si vit Diu anchois qu'el mont venist;
Pour chou prophétisa l'avènement de Crist :
.1. prophète naistroit en cest monde, ce dist,
Qui sauveroit son pueple, ke nus n'en peresist,
Et geteroit d'enfer cheus que puis en eslist.
1 1 0 E[t] non porquant l'estore d'Alixandre rescrist
Por le bonté de lui que tans règnes conquist.
Ce fu cil ki la tour de Babilone prist
Et qui la grant vermine es desers desconfist,
De roi naquist de Gresse et Porrus d'Inde ocist;
1 1 5 Onkes puis ne fu rois ki tel fais enpresist
98. l. l'cure. — 10}. en p. — m. tant. — 114. Le premier
hémistiche est manifestement corrompu; corr. Gis rois n., ou Roi
Nicolas de Tyr, oa Le roi conquist de Perse?
120 MS. BIBL. IMP. 789.
Dont il si bien à chief toutes œvres traïst.
Il vaut de tout savoir et durement aprist,
Et le plus rendi il de chou ke il pramist.
Quant Alixandre fu, li fix Phelippe, nés,
Par moult grans signes fu icel jor demostrés
Car li dus en mua toutes ses qualités;
Li solaus et la lune perdirent lor clartés,
Et li jours si en fu durement oscurés.
Forment croissi la tere environ de tous lés,
1 2 5 En mer parfonde fu moult grans la tempestés ;
Li rois ses père en fu forment espoentés.
For l'enfant ki fu nés s'iert li signes mostrés :
Ce fu senefianche k'il seroit moult sénés
Et que il en sa vie conkerroit mains régnés.
130 Et il en conquist maint, chou est la vérités.
Contre son naissement fu moult grans li orés,
Tona, foudres caïrent et li airs fu troublés
Et plut plueve vermelle si comme sans mellés;
/ Itel tormente fu ke fondoient cités.
1 3 5 A icel tans en furent les gens espoentés.
Et dirent d'Alixandre ke dut estre engenrés
D'un maistre encantaour en dragon figurés.
Mais iche fu mençoingne, ne fu pas vérités,
Car asés fu par lui l'afaires esprovés,
140 Car ne fu nus tés ber ne de tés qualités.
Fix fu au roi Phelippe ki moult fu honerés,
129. maint. — 13J. tians, cf. v. 5^6.
MS. BIBL. IMP. 789. 121
Et fu sires de Gresse et riches rois clamés,
Et tint de Macidone castiax et fremetés;
Fix fu Olimpias la dame de biautés :
145 Onkes plus bêle dame ne fu, c'est vérités;
De li li mut nature dont il ot les bontés (if)
Par qu'il fu dous et humles et plains de largetés
Si c'au mont escomurent ses ruistes poestés.
VI.
Quant cist enfes fu nés, li rois s'en fist joiant.
Moult par s'en firent lié chevalier et sergant,
De par toute le tere li petit et li grant.
La roine en ot joie ki Paloit désirant.
Qui en souffri les paines et le travail pesant.
Li orage cessèrent sempres de maintenant
1 5 5 Et les grans tempestés qui furent par devant;
Adont misent norrices à garder cel enfant.
Dames et gentix femes, le plus povre iert manant.
Nen i ot nule ancele, meschine ne soingnant;
Moult le nourrirent bien tant com fu alaitant.
160 A poi de terme ala, si fu sempres parlant,
Et quant il fu raisnables et aukes entendant,
Se li donent tels maistres ki moult furent vaillant
Selonc les elemens de la loi mescreant.
Sachiés ke ce fu cil dont on parole tant,
165 Ki conquist puis les teres desi en Oriant
Et ocist Porrus d'Inde le riche roi poissant.
122 MS. BIBL. IMP. 789.
VU.
U
ne grant pieche après c'Alixandre fu nés,
Vint uns hom en le tere de grant sens esprovés,
Natanabus ot non, d'engien estoit parés;
170 Cil fu à Alixandre et maistres et privés.
Il li moustra de l'air toutes les oscurtés,
Et par con faite guise li solaus ert posés,
Con faitement la lune remue ses clartés,
Et li cours des estoiles quant li cius est troblés.
175 Tant savoit d'ingremance et tant en fu usés
Ke si bons enchanterres ne fu de mère nés.
S'il eùst devant vous .v^. homes armés
Si samblast k'il fesist de tous arbres rames,
Et d'une aiguë courant .xini. arpens de prés.
180 Si mesist en sa bourse les tours de .x. cités.
Por chou ke de sa mère et de lui fu privés
Fu de lui Alixandre mescreùs et blasmés;
Dient k'il fu ses fix et de lui engenrés ;
Puis l'ocist Alixandre ansi com vous orrés.
vni.
185 ^hînc maistres mist li rois à cel enfant garder
V--<Des plus sages k'il pot en son règne trover.
S'oïr volés les nons, je les sai bien nomer :
Aristote, Clichon, Tholomer et Homer,
Li quins Natanabus qui si sot enchanter.
190 Icii le sorent bien aprendre et doctriner.
167-84. M. 9, }-2I.
MS. BIBL. IMP. 789. 12^
Primes l'ont mis à letres, si sot latin parler.
Et por mix entroduire le firent desputer.
Tous les .VII. ars li firent aprendre et recorder;
Et il aprist si bien k'ainc ne trouva son per.
195 Le bos et le rivière li refisent hanter,
Tant ke de cest mestier ne li estut douter
Maistre ne veneor ki l'en peùst gaber [gler. (f. 2).
Pour bien prendre se beste, son chierf ou son san-
Des oisiax sot maistrie de paistre et de garder,
200 Et de tenir bien sains et de faire muer,
Et as boines rivières savoir faire voler
Faucons et espreviers et ses ostoirs geter,
Casés prendoit oisiax quant s'aloit déporter;
Et che est uns déduis ke on doit moult amer.
205 As esches et as tables l'aprisent à jouer
Tant c'assés sot d^un gu son compaingnon mater.
A escremir l'aprisent, car moult s'en vaut pener.
Bien sot son chief couvrir et maintenant jeter,
Son compaingnon ferir, blechier et encontrer.
210 Après li ensaingnerent ses armes à porter
E[t] ses chevaus à courre et bien esperonner
Et à ferir d'espée, de lanche behourder,
F Et preudome à connoistre et chierir et amer
Et le félon haïr et destruire et grever.
2 1 5 Bien sot félon tolir et preudome doner.
Et selonc lor manière sot cascun honerer;
D'estrumens li aprisent, tymbre et harpe à soner,
De rote et de viele et de gige canter,
Et sons et lais et notes connoistre et atemprer,
220 Et par le sien engien en tous tans cans trover.
124 WS. BIBL. IMP. 789.
Natanabus ses maistres dont chi m'oés conter
Cil li aprist par art son engien à doubler
Et en pluiseurs manières d'engien à tresgeter.
IX.
Les teches vous ai dit aukes de cest baron,
__ , Et après de s'enfanche quant il fu valeton,
)r vous revoel moustrer aukes de se fachon :
ne fu mie grans, mais de bêle estachon,
^Gros fu par les espaulles, espés sous le menton,
Bien fais, gros et quarrés, et les poins gros en son
250 Et grailles par les flans et espés le crépon
Et le pié bien tourné et bien fait le talon ;
Ains jour ne pot trouver si très fort compaingnon
Se il à lui se prist k'il n'en fesist son bon.
Les chevix ot moult biax, crespes comme toison ;
235 L'un des iex ot vermel comme fu de carbon,
Et l'autre ot ausi vair com d'un mué faucon.
Molt ot fier le visage et regart de lion ;
N'esgardast par mal home ke n'en eùst frichon.
Moult sot de jugement, de plait et de raison,
240 Ne meùst à preudome por nule raenchon,
Ne plus larges de lui ne manga de poisson.
En l'aé de .x. ans, che conte l'escriture.
Se dormoit Alixandre en .1. lit à painture.
222. adouber. — 223. engien doit être fautif ici ou au v. précédent.
— 228. sour 1. — 240. Ou Ne mecist; on pourrait corriger neûst.
— 242, Ici l'accord avec M. reprend et persiste pendant six laisses
consécutives [M. 6, 18-9, 2).
MS. BIBL. IMP. 789. 125
D'un chier paile orferré estoit sa couvreture,
245 De martrines dedens estoit la fourreùre.
La nuit li vint .1. songe, une avison oscure,
Que il mangoit .1. oef dont autres n'avoit cure.
A ses mains le roiloit parmi la tere dure
Si ke li oes brisoit desor la paveûre ;
250 Uns serpens en issoit d'orguelleuse nature; (b)
Ains mais hom ne vit nul de si laide figure.
Son lit avironnoit .111. fois tout à droiture,
Puis repairoit ariere droit à sa sepoulure.
A l'entrer cai mors, che fu grans aventure.
XI.
255 i^e le freour du songe Alixandre s'esvelle;
i-^Il fu si esbahis ne set s'il dort ou velle.
Li cambrelens li done ses dras, si l'aparelle ;
Et quant il fu vestus, à son père conselle
Alixandre sen songe bêlement en l'orelle.
260 Quant li rois l'entendi, durement s'esmervelle.
Là où il sot sage home dusc' à la mer vermelle.
Pour despondre le songe ses messages travelle.
XII.
Phelippes a mandé le sage gent lointaine,
Les bons devineours fait kerre par le raine,
26 j Devins et sages clers communaument amaine.
Premiers i est venus Aristote d'Ataine;
244. Af. orfressé. — 259. Manque dans M. — 260. drumcnt s'en
esmervcUe. — 26}. les sage hom 1., corrigé d'après M. — 266.
daraine.
126 MS. BIBL. IMP. 789.
Quant furent assamblé une cambre en ot plaine.
Le songe dist li rois, et cascuns d'iax se paine
De respondre par sens boine raison certaine.
XIII.
270 T^remiers parla .1. grius ki cuidoit estre flors
r De maintes sapienches et des sortisseours,
De l'art de l'ingremanche et des devineours,
Des estoiles du ciel et del sens des auctours.
« Or entendes, » fait il as grans et as menors,
27 5 « De cestui songe espondre serai maistres doctors :
« Li ces est vaine cose, petite est sa vigors;
« Li serpens k'en issoit, fel et de maies mors,
« C'est .1. hom orgelleus ki movra mains estors
« E[t] vaurra sormonter rois et empereours,
280 « Et mètre desous lui et prinches et contors
« E[t] conquerre par forche les cités et les tors
« Et prendre et retenir et teres et honors,
« Mais ne porra preu faire, petis iert ses labors ;
« Lors revenra arrière, si charra sa valors. »
285 Quant Phelippes l'entent, d'ire mua colors;
Si cuida d'Alixandre mauvais fust à tous jours.
XIV.
Après cestui parla Salios de Namier,
Sages hom fu de lois, assés sot du mestier :
« Oies, » fait-il, « seignor, ke vous voel aquoin-
[tier :
270. .1. mes. — 275. espiaurre. — 276. Loes ent une c, corrigé
d'après M. — 287. M. de Monmier, 375 Turmier.
MS. BIBL. IMP. 789. 127
290 « De cose ke on songe pechoie de legier ;
u Ce m'est vis ke nus hom puisse peu esploitier.
« Li oes est une cose ki brise de legier ;
« Li serpens k'en issoit, ki fu félon et fier,
« C'est .1. hom orguelleus ki vaurra gerroier
295 « Et les pais conkerre et par forche regnier,
« Et les sauvages teres desos lui abaissier;
« Mais ja de riens ke voelle ne porra esploitier,
« Car tout cil li faurront ki li doivent aidier
« Et moult mauvaisement l'estevra repairier,
}oo « Si corn fist li serpens ki retorna arrier. »
Cil respons fist Phelippe durement esmaier.
XV.
Après ches deus parla Aristotes d'Athaine ; (c)
En pies s'en est levés, de bien parler se paine :
« Oies, » fait il, « seigneur, une raison certaine :
305 « Li oes dont on parole n'est mie cose vaine :
« Le monde senefie et le mer et l'araine,
« Et li moieus dedens est tere de gent plaine.
a Du serpent k'en issoit vous di à bouche plaine
« Que chou est Alixandre ki soufFerra grant paine,
^10 « Et sires du mont iert trestout en son demaine,
« Et si home après lui si tenront le sien raine ;
« Puis rétro vera mors en tere Macidaine
« Si com fist li serpens ki vint à sa cavaine. »
Quant Phelippe l'ententmoultgrantjoieendemaine.
290-1. Af. De c. qui en s. p. d. I. H Ne croi jou q. n. h. peùst
bien e. — 296. dcsor I. — 307. grant p. — 312. Af. retournera.
— } I j-4. Manquent dans M.
128 MS. BIBL. IMP. 789.
XVI.
3 1 5 Qhelippes ot grant joie del songe ki bien prent;
1 Moult ama Aristote et le tint gentilment :
Tout li abandona son or et son argent.
Alixandre fu preus et de grant ensient;
Ce conte l'escriture, se la letre ne ment,
po Que plus sot en .xx. jours ke uns autres en cent.
La nouvele est alée desi qu'en Occident;
De ne sai quantes terres i sont venu la gent,
Li maistre des escoles, li boin clerc sapient
Qui voloient connoistre son cuer et son talent.
325 Si maistre si l'aprisent bel et courtoisement,
Escritures li moustrent, li variés i entent,
Griu^ ebriu et caldiu et latin ensement,
Et toute la nature de la mer et du vent,
Et le cours des estoiles et le compassement
350 Ensi corn li planète hurtent au firmament,
Et le vie del monde et cank' il i apent.
Et connoistre raison et savoir jugement
Si comme rectorique en fait demoustrement .
Et en après li moustrent .1. bon castiement :
3 3 5 Que ja félon cuivert n'ait entour lui souvent,
Que maint home en sont mort et livré à tourment
Par losenge et par murdre, par enpoisonement.
Li maistre li ensaingnent, Alixandre l'entent :
Il en jure le ciel et can c'a lui apent
340 Que ja nus sers par lui n'aura essaucement.
316. l'ama Aristotes. — 319. M. se l'estore. — 320. M. en. x.
— 325. M. Aristotes d'Ataines l'aprist onestement. — 333. il/, f.
devisement. — 339-40. Manquent dans M.
d;
MS. BIBL. IMP. 789. 129
XVII.
it vous ai d'Alixandre .1. poi de men avis,
Com fu nés et nourris, doctrines et apris,
Sa fachon et ses teches et chou k'en ai enquis.
Phelippes fu ses pères, uns rois poesteïs,
345 Olimpias sa mère, roïne de grant pris;
Or poés bien savoir k'il fu riches d'amis.
Maistres ot il moult bons dont parlé iert tous dis
Et à lor ensientre des mellors du pais,
Conques puis par nul home ne pot estre entrepris.
3 50 II sot de tous lor sens, par qu'il vint en grant pris.
Par moi l'orrés avant, quant m'en sui entremis.
Des enfanches k'il fist dont j'ai esté pensis ;
Car à moult d'autres homes fuissent sifaitescis. (d)
Après porrés oïr des Grix et des marchis,
5 5 5 Des teres et des fiés et des lontains pais
Que il conquist à force desour ses anemis ;
Ains ne gerroia home ne demourast kaitis.
d:
XVIII.
it vous ai d'Alixandre comment fu entendant,
Doctrines et apris quant il estoit enfant.
' 960 Moult i ot courtois roi et large despendant
Et hardi en estour et vassal conbatant;
Ne fu pas grant mervelle se il fu conquérant.
Il aloit,che m'est vis, .1. jouresperonnant [entrant.
En .1. bos jouste .1. camp, dedens septembre
Î4I. i4 partir d'ici, l'accord cesse entre 789 et M. — 3 j8 ^r suiv.
Cf. M. 386-9, où la même aventure est contée tout autrement.
130 MS. BIBL. IMP. 789.
365 Et si maistre avoec lui ki[l] vont entroduisant.
Lors apele Aristote : « Maistres, venés avant :
« Une riens vous dirai ke j'ai en mon talant,
« Si vous pri et rekier ne m'en sciés celant.
<f Li rois a .11. gripons ki ont de force tant
370 « Li menres porteroit .11. homes .1. arpant,
« .1. buef et une vake ne seroit si pesant;
« Glouton sont de viande, de mangier desirrant;
i( Pour raiembre .1. sien frère les dona .1. Persant,
<( Qui el ni les embla petis gripons courant ;
375 « Icil me porteront vers le ciel en volant
« Et si verrai la tere ki m'iert toute apendant
(' Et saurai des oisiax com lor est convenant
« Quant il volent là sus en l'air ki est ardant. »
Et respont Aristotes : (( Or oi plait bien séant !
380 « De tel folie faire ne vous sui pas garant;
« Se nous vous perdions n'en serions joiant :
« Tout serions pendu, par le mien essiant;
« Par le mien essiente, ains le soleil couchant. yT
M
XIX.
[siés ester
aistres, )) dist Alixandres, « tout chou lais-
^85 iVl (( N'ameroie ja home quil vausist trestorner,
« Ne vous, biaus sire maistre, ne m'en devés blas-
« Laissiés moi ceste fois faire sens ou foler, [mer.
a Car ne laroie pas ne m'i face porter [doner. »
« Pour trestout l'or du mont, quil me volroit
390 .1. varlet commanda, k'ilvit lés lui ester,
Qu'il face en .1. celier les gripons enfremer.
MS. BIBL. IMP. 789. 1^1
Bien les gart de viande, k'il n'en puissent goster,
Car de si à tierch jour les veut faire juner.
<f Après vaurrai veoir corn sevent oiseler. »
395 Li variés n'osa mie son commant refuser,
Ains vint poingnant à cheus ki[l] dévoient mener;
Le celier fait ouvrir, ses fist ens enfremer.
Alixandres s'en vint, k'il ne vaut demourer;
Une kaiere fist delivrement ouvrer,
400 Les ais en quémanda soutiument aprester;
Moult par le fist bien faire et cointement celer.
Faite est si k'il ne puisse trebucHier et verser
Quant il iert ens assis por le mont esgarder.
.11. cuirs de cerf fist prendre, k'il ot fait conréer;
405 Moult l'en fist bien couvrir et desor aombrer,
Que l'ardour du soleil ne li peùst grever, (f. 3)
Puis fist le tierch cuir prendre, sel fist par mi coper ;
S'en fist faire coroies pour cendre et redoubler.
Les .11. gripons demande, ses a fait amener,
4 1 0 Parmi les cors les fait loiier et atourner,
Et par desous les eles^ nés vaut pas encombrer.
Puis prent .11. Ions espois, ses commande à doler,
.11. capons i fist mètre ke il ot fait plumer.
El chief de le coroie fist les espois bouter ;
41 5 Aparellier les fist k'il les peùst tourner.
Quel part ke il vausist ou baissier ou lever;
Mist soi en la kaiere, si se fist bien serrer ;
Le car moustre as gripons qui les faisoit haster;
Por le viande ataindre commencent à voler.
399. U. kaine.
ip MS. BIBL. IMP. 789.
420 Ains cil ki Pesgarderent ne seurent deviner
Qu^il voloit de che faire, ains l'en virent aler;
De le paour de lui commenchent à plourer.
Li rois oï la noise et celé gent crier,
Demanda ke c'estoit, et on li va conter ;
42 5 Contremont vers le ciel vit son enfant tirer.
Il ne se pot tenir ne Pesteûst pasmer.
Les pers et les barons quil virent haut monter
I veïssiés pour lui .1. grant duel démener,
Auquans lor puins détordre et lor chevex tirer.
430 La roïne ne pot nus hom reconforter.
Li rois a fait ses maistres tantost enprisonner,
Demain les fera pendre ou les testes coper
Se Penfant ne li rendent ains k'il soit avesprer.
XX.
Le roïne s'estut as estres del donjon,
-f, , Esgarda vers son fil qu^enportent li gripon.
Ele pleure et reclaime et escrie à haut ton,
Mais il ne Tentent mie, et si n'a de ce son.
Quant nel voit retomer, n'i a mais souspechon
Que jamais le revoie, n'en set nule acoison.
440 Moult demenoit grant doel quant le prist. i. frans
Qui le ti[e]nt et conforte souef de se raison, [hom
Li rois a fait ses maistres tantost mètre en prison;
II n'en istront jamais pour nule raenchon
Se n'en pensent li diu de lor delivrison. fl
421. P.-i. faut-il corriger ains en quant, et commencer une nouvelle
phrase à ce mot. — 437. si ua.
MS. BIBL. IMP. 789. IJJ
445 S'Alixandre ne vient ja n'aront raenchon
Qu'il ne soient pendu ou tout ars en carbon.
Mais il s'en va plus tost ke nui alerion
Contremont vers ie ciel à guise de bricon ;
Assés en a grant doel par toute le meson.
XXI
4J0 A lixandre est si haut nel pueent mais coisir;
/Vau ciel cuidoit ataindre, mais n'i pot avenir,
Car trop bée Alixandre che pot il moult haïr.
Moult li resambla longe la voie au revenir.
Plus ne pot haut monter car ne pot plus sofrir,
455 Car l'ardeur du soleil l'ot fait moult engramir,
Et des oisiax les pennes commenchent à bruïr ;
Et li gripon se laissent de grand vol jus venir.
Voelle ou non Alixandre jus l'estuet revertir ; (b)
Rabaisse les espois où le car dut tenir;
460 Bêlement, en tornant, si près lor fait sentir
Que li oisel le cuident tousjours entransglotir,
Sor une praerie fist les oisiax flatir.
Là les fist asseoir bêlement à loisir.
A toute paine pot de la kaiere issir,
46 $ Car Tardor du soleil ot fait les cuirs crampir.
Puis laissa des espois as oisiax couvenir :
La car ont devourée, puis prendent à glatir
Que les vaus et les mons en font cler retentir;
4J0. Alixandre est constamment abrégé (Al. ou Alix.); ici et ail-
leurs {p. ex. V. ils) la mesure indique qu'il faut Alixandre sans s,
mais les vers 504, 889, 946, etc., fournissent un argument contraire.
— 4J2. trop bt a al'. P.-ê. trop bée à aler ? — 4Jj- ^<"'''- ÇO" ^-^
— 45 8. just. — 466. P.-t les e.?
154 WS. BIBL. IMP. 789.
Et il en va au roi por ses maistres plevir.
470 Mais^ quant le vit li rois, sel commenche à laidir,
De dit et de parole gaber et escarnir :
Dit ke d'enfantement set fox gus retenir.
La roïne l'acole, sel commence à joïr ;
Ne le cuida jamais entre ses bras tenir.
47 5 Mais à petit de terme les fera plus marir,
Qu'il n'en porront assens ne nouveles oïr,
Car en tel liu ala où fu près de morir.
Bien ot .xi. ans passés quant il fist cel aïr;~
Ce fu senefianche, quant au ciel vaut ravir,
480 Qu'il vaurroit tout le monde avoir et segnorir,
Ne nus n'osa enprendre chou ke il vaut sofrir,
XXII.
Puis refist Alixandre .1. hardement majour,
Si com dient li livre et descrivent [l'Jactour.
Oïr poés comment il servi par un jour
485 En le grant mer parfonde, dont li siècle a paor,
En .1. petit vaissel ke ot fait à labor
D'.i. voirre tresgeté à .1. engingneor.
Tant soltiument l'ot fait de fer loier entor
Qu'il n'atouche au vaissel de près de demi dor
490 De deus bendes le çaint, de plain doi le gregnor,
Que roche n'en despiet, n'il n'en soit en errour,
Quant sera mis en mer en le grant parfondor.
Quant li vaissiax fu fais, .vu. pies ot de hautor
484. Corr. c. descend! ? — 487. d'ivoire. — 49i- Corr. neu
ne le)?
MS. BIBL. IMP. 789. 1^5
Et de groisse en ot .iiii., ne fu mie greignor.
495 L'entrée en fii si jointe k'ains n'en issi licors,
N'i enirast d'iaue goûte se fust .11. ans entors.
Mètre i fist pain et vin et char et vert savor,
Et touaile et hennap et .1. cok canteor.
Je deïsse d'un autre ke ce samblast folor,
500 Mais il le fist moult bien et moustra sa valor,
Que il vaurroit conquerre par force et par vigor.
Dusk' en la tere d'Inde conquist supérieur,
Et par trestout le monde iert tenus à seignor.
XXIII.
Quant Alixandres ot son vaissel apresté,
P'ist faire une kaine dont il fust dévalé.
.C. toises ot de lonc, ensi l'ot quémandé;
N'ot que plain doi de groisse quant li fers fu soldé,
Mais n'en depeçast maille, tant par fu dur tempré,
Por les fais de .c. homes soffrir .1. grant aé.
5 10 El chief de le kaïne fist mètre .1. fust quarré (c)
Qui .v. pies ot de lonc et autretant de lé.
Plaine paume ot d'espesse et autretant de lé.
S'il avenoit ensi ke il fust escapé
Quant sera mis en mer el vaissel effondré,
5 1 5 Que li fust le soustiengne, par ce soit retrové,
Que pour aidier ses maistres eûst trop demoré ;
Secourre les voloit s'il en ierent reté.
joj. kaicre; cf. la faute inverse v. 399. — J09. Corr. Pot? —
j 11-12. Le second hémistiche est fautif dans l'un de ces deux vers;
plus probablement au premier. — ji6. Corr. Se p.?
}6 MS. BIBL. IMP. 789.
<c Seignor, » dist Alixandre, « moult avons ci esté;
« Car nous alons déduire fors de ceste cité,
520 « Sor mer, à cel rivage, pour veoir le plenté
« De la marcheandise ke chi ont amené
« Ces nés d'estrange terre et ces dromons ferré. »
Et cil ont respondu : « A vostre volenté; [mé. »
« Gardés ne fachiés cose dont nous soions blas-
J25 Alixandre et si maistre lues se sont arouté;
Son vaissel fist porter coiement, à celé,
Si c'onkes nel sot hom de tout son parenté ;
Ne n'avoit à nului son corage moustré
Ne de chou k'il vaut faire n'ot à nului parlé
j 30 Fors à .1. notonier qu'il sot sage et séné.
Cil li ot sor sa loi et plevi et juré
Nel gehiroit à home nesun de mère né
Tant ke par Alixandre en sachent vérité.
Atant sont li baron sor les chevaus monté ;
5 3 5 Moult durent cel déduit avoir chier comperé.
La calors fu moult grande si corn el tans d'esté ;
Cil sont venu au port, si ont moult esgardé
Les nés et les rikeces que moult i ont trouvé.
Alixandre les laisse, si a avant passé ;
540 A pies est descendu, si est entre iax entré.
Son notonier a quis tant ke il l'a trové ;
En se nef s'en entra coiement a celé.
Et cil l'a maintenant d'une cape affublé ;
Lors avoit trait son ancre, en mer est esquipé.
545 Au vent ont trait le voile, et tant par ont siglé
H'' pluvi. — J36. tians; cf. v. 135.
MS. BIBL. IMP. 789. 157
Qu'il sont en haute mer venu et assené.
Iluec est Alixandre en son vaissel entré;
Après l'ont bien reclos et joint et seelé.
Tant l'i doivent laissier ke tout soit avespré,
5 50 Adont le traira fors, si ara son bon gré.
Mais en tant dementiers leva .1. grant oré
Et une grant tourmente et une tempesté;
Le caable rompirent, si est par mi coupé,
Et perdirent lor ancre dont furent aancré.
5 5 5 Toute lor nés dequasse, où fu lor seûrté.
Lors gouvernent .1. poi tant qu'il furent lassé,
Mais cil travax n'i vaut .1. denier monneé :
Tout cil noent en mer, n'en est pies escapé.
Ne mais que seul li maistres ki a .1. fust trové;
560 Aine puis nel vaut laissier ke il l'ot acolé ;
Por chou l'a li tormente vers le tere mené, (d)
Alixandre remest ki pot estre esgaré ;
Mais n'est mie péris, ains est tous en santé;
Bien puet avoir aide se Dix l'a destiné.
XXIV.
565 rjin mer fu Alixandre, n'ot mie bon déduit,
I-i Et ne cuidiés or mie ke moult ne li anuit.
Car il sent le torment et ot la mer ki bruit.
Si ne set de se nef s'est perie ou s'en fuit,
Mais bien voit ke il l'ont guerpi et laissié tuit ;
570 Lor[s] n'i vausist il estre pour .m. lib. d'or cuit.
Si a grande paour, ne quit mais k'il s'apuit,
J50. Corr. trairont?
138 MS. BIBL. IMP. 789.
Car ceste li dura et le jour et le nuit.
Si maistre s'aperchurent, si levèrent le bruit;
Quant lor seignour ne troevent, si sont esbahi
575 N'i a si asseùr ke li sans tous ne fuit. [tuit;
Or ne sevent ke faire se cascuns ne s'en fuit,
Partout le vont querant, mais n'en dient réduit.
XXV.
Li bon maistre Alixandre n'ont cure de gaber,
Lor seignor ont fait querre et partout demander.
5 80 Moult demainent grant doel quant nel porent trover,
Lor dras lor veissiés desrompre et descirer,
Et détordre lor puins et lor barbes tirer.
Et Alixandre jut ens el fons de la mer
Et le jour et le nuit li convint endurer
585 Desi à lendemain ke li jours parut cler.
Iluec puet Alixandre les poissons esgarder
Dont moult vit entour lui et venir et aler,
As fors prendre les foibles, mangier et estrangler.
Bien' veoit lor cembiax fuir et trestorner,
5 90 Et par derier les roches et fuir et ester.
Bon fust à Alixandre s'il s'en cuidast râler,
Mais le paour k'il ot le fist désespérer.
En celé souspeçon se prist à porpenser
J7J. ke, corr. cui? — $77. Corr. n'en oient nul bruit? ou rien
tuit? — 587. Cf. M. iG-^, 25, 28-9 :
Les poisçons vit aler et aval et amont
Li grant, li plus hardit, cil vont el plus parfont ;
Quant prenclent les petis sempres englouti sont.
MS. BIBL. IMP. 789. IJ9
Que il a oi dire, sel vaurra esprover,
595 Que mers ne puet souffrir ne longement celer
Sanc novel espandu, ains li convient geter.
Je quit k'il l'estevra à son cok comperer :
D'un coutel ke il tint li fist le chief voler.
Ce ne vous di je mie, ne ne voel affremer
600 Que ce fust occoisons du vaissel souslever.
Mais ke l'onde le fist sempres d'iluec torner ;
Et le nage l'enpaint, si commenche à bouter,
Et li fus où il tint le prist à traîner.
Dès huimais devons bien del notonier parler,
605 Comment il vint au port por se vie sauver.
L'endemain de l'orage fist moult bel et moult cler;
.1. viellars pesceriax vit .1. home floter,
Ki au fust se tenoit, prest fu de l'escaper.
Pensa ke poissons fust qu'il peùst encombrer,
6 1 G Volentiers en fesist ses enfans sooler ;
Et quant vint auques près, si connut au noer
Que chou estoit .1. hom, mais ne pooit parler;
Et tant com il plus pot le prist à acener. [(f. 4.)
Cil li tourna le bac, sel laissa ens entrer,
6 1 5 De trestoute se robe le fait desvoleper ;
Por l'ome mètre en vie s'en voloit retorner,
Quant vit le perillié en son séant ester
Et vit qu'il garroit bien s'il avoit à disner.
XXVI.
Li pescierres s'en tourne, vai[t] s'ent vers se
Celui vit respassé, si l'a mis à raison: [maison;
618. Et dit.
140 MS. BIBL. IMP. 789.
« Amis, ki estes vous, et comment avés non ?
« Dites moi vérité, car savoir le volon. »
Li perilliés respont : « Assés le vos diron :
« Marcéans sui de Gresce, d'avoir ai grant fuison;
625 (( .xiiii. homes avoie, par le mer siglion;
ce Ensamble 0 nous menasmes .1. jouvencel baron,
« Alixandre le sage, fil le roi Phelippon.
« En la mer l'avalasmes, au fons, 0 le poisson.
« Sachiés, s'il nos leûst, tout sain l'en trasion ;
630 (( Mais, en tant dementieres ke nos l'atendion,
« Nous leva uns orés et uns tempes félon
« Qui torna nostre nef a tel confusion
(( Ne me remest avoirs ne nef ne aviron.
« Tout mi home sont mort, n'i a atendison ;
635 « Noies est Alixandre, ja nel retroveron. »
Ce respont li pescierres : « Se Diu plaist, si feron.
« Sarés me vous mener celé part? sel quer[r]on.
« Ja me fist bien ses pères, jel servi enfançon,
« 0 un sien boutellier à qui je fui garçon.
640 « Moult volentiers kerroie à l'enfant garison. »
Li notoniers respont : « Ce seroit en pardon,
« Car il m'est pris de faim si grant destrution
« Que je n'iroie .1. pas, si ai de mort friçon. »
Li peschierres avoit pain en son caperon,
645 II li a rouvé prendre sans autre livrison;
Cil l'a plus tost mangié c'ostoirs n'eùst pinchon.
626. joulencel.
MS. BIBL. IMP. 789. 141
XXVII.
Celui revint li cuers auques por le mangier,
Et pour le souef tans se prist à rehaitier ;
Et dist au pesceor c'or 11 vaurra aidier.
650 Dontprent .1. aviron, si commenche à nagier;
Bien reconnut le mer à l'assens del gravier
Et au ruiste damage ke il i reçut ier
Où cuida Alixandre en son batel laissier.
Quant il ne vit le fust où ot fait atachier
655 Le caable desus por le vaissel gaitier,
Dont cuida k'en sa vie n*eûst nul recovrier
Puis dist au pesceor : (c Ne nos avés mestier :
« Icil ke nous queron ja n'en estuet plaidier ; (b)
« Ci endroit rechiu jou le mortel encombrier
660 « Que vi périr me nef et mes homes noier;
i( Chi remest Alixandre comme fol et legier.
« Sachiés de vérité ne sai aillors cerkier.
« Alons nous ent ariere ; nos n'avons ke targier,
« Quant nous venrons au port près ert de l'anui-
665 Lor regardent ariere par delés .1. rocier [tier. »
Et virent devant aus le vaissel touellier.
Lors dist li pesceriaus ki l'aperçut premier :
« Ne sai ke je voi là par celé mer nagier;
« Bien samble estre poison ki se voelle envoisier,
670 (c Ou c'est, ce croi, le nés ke la mer veut cachier. »
Respont li notoniers : « Bien aiés_, amis chier;
« Ja est che li vaissiax ke vos doi enseignier
« Où remest Alixandre comme fol et legier.
6ji. Corr. B. r. le liu? — 654. ne v. ne f.
142 MS. BIBL. IMP. 789.
« Se il est sains et vis moult fait à mervellier
675 (( Et non por quant alons prover etensaier.
« Mort ou vif, sel trovons, ne l'i devons laissier. »
Alixandre les ot environ lui plaidier,
Ensi corn il plus pot les commence à huchier :
<( Diva ! ki estes vous ? ne me laissiés noier.
680 « De moi aidier vaurra .c. mars vostre loier. »
Cil orent moult grant joie quant il l'orent proier,
Traient fors Alixandre sans plus de delaier ;
Çou ke l'ont sain trové les fait tos rehaitier.
XXVIII.
Il misent Alixandre de la mer el batel;
j L'estrumans le regarde, moult li fu bon et bel;
Son damage conta et dist au damoisel
Com il vit affondrer le nef en .1. moncel,
Si k'il n'en estort home, ne avoir ne drapel.
Moult pesa Alixandre quant entent le maisel.
690 Adont traient et nagent li batelier isnel ;
Au soleil couchant vienent au port S. Daniel.
Lors arrive Alixandre 0 petit tropeel ;
Ne pot venir par jor à bore ne à castel ;
Au port a pris ostel chiés le viel pescerel
69$ Qui l'ot gari de mort, moult lor plot son bordel.
xxix.
Au port vint Alixandre 0 son viel pesceor
Qui Posta de le mer où il ot le paour.
690. le b. — 694. chief 1.
MS. BIBL. IMP. 789. l4)
Ne kier del mangier estre de Postel fableor,
Mais che prisent k'il orent à joie et à baudor.
700 Qui de péril escape ne doit mener tristor.
Dont fu H rois Phelippes à Aliers icel jor,
Une cité molt noble ki fu son ancissor;
Por chou l'avoit il chiere et tenoit en honor
Que moult fu delitable, gaires n'avoit mellor, (c)
705 Fors Rome et Babilone, dusk'en Inde major.
Là fu nés Alixandre quant fist le tenebror
Dont le gent de le tere orent moult grant paor.
Por chou ot le sumon ki l'en dura maint jour.
De cel ostel avoit à l'ost l'empereour
710 .III. jomées plenieres à .1. mul ambleor,
Mais en le mer se misent por mains sentir calor,
Siglerent et nagèrent, cel jor fist grant ardor,
El batelet petit, k'il n'orent nef gregnor.
Quant asera le nuit, vin[r]ent à le froidor
7 1 5 Au port de le cité oii estoit lor seignor.
M
XXX.
ouït fu liés Alixandre quant il fu arivés
Et connut le cité dont il estoit tournés,
Car il fil là norris et iluec fu il nés.
.1. oste ot en la vile qui moult faisoit ses grés;
720 Moult fu riches d'avoirs, manans et asasés;
Moult amoit Alixandre, si fu de lui privés.
Tant fu li rois de lui proies et sermonés '
Des maistres Alixandre k'il ot enprisonés
698. kieit. — 708. kil l'endura. — 714. Q^. lasera.
144 MS. BIBL. IMP. 789.
Que par le sien porcas sont encore sauvés ;
725 Mais l'endemain dévoient estre enfin tormentés,
Et fait li jugement k'il seroient dampnés.
En le maison son oste est Alixandre aies
Et si doi compaingnon qu'il n'ot pas oubliés ;
Cil dévoient couchier, tout estoit asserés.
730 Dolans fu d'Alixandre dont estoit esgarés,
Ne savoit vis ou mort quel part estoit tomes.
Atant vint Alixandre ki lor a dit : « Ouvrés. »
Quant Postes l'entendi, si est encontre aies;
Saciés quant il le vit, moult fu asseûrés,
735 De joie et de pitié li sunt li oel lermés,
Plus de .VII. fois le baise ains ke fust soelés.
Après li demanda : « Damoisiax, dont venés ?
« Moult avons tout esté pour vous espoentés.
<( Li rois cuidoit très bien ke li fuissiés emblés
740 « Por vendre en Babiloine, ou en Troie portés.
« Paor ont grant vo maistre d'estre deshonerés.
« Saciés grant mestier ont ke vos les secorés,
« Car à demain les a li rois aterminés [nés. »
« De faire d'iax venganche, ja n'en fust trestor-
745 Alixandre respont : « Biax ostes, ne doutés.
« Li rois a tort vers iaus, bien seront délivrés;
« Mais or pensés de nous, à mangier nos donés.
« Par ces .11. compaingnons ke vos ichi veés
« Sui je garis de mort, forment les'honerés. »
750 Puis dist : « Dusc' à demain, s'il vos plaist, me gar-
» Que je vaurrai veoir du roi les cruautés. )•» [dés (d)
Et li hostes respont : « Si com vous quémandés. »
En se cambre demaine les a l'ostes menés.
I
MS. BIBL. IMP. 789. 14c
Iluec fil li mengiers et li fus aprestés,
7 $ 5 Estaveus et candoiles et tortins embrasés,
Que par toute la cambre fu si grans le clartés
Com de soleil luisant quant il est fins estes.
L'ostes demande l'iaue, li mangiers fu hastés ;
De bien faire servir fu bien entalentés.
760 Mais en tant dementiers furent li baing temprés
Où se baingne Alixandre, pour chou k'il fu penés,
Qui lors a à son oste ses afaires moustrés :
Com il fil en le mer el vaissel aflfondrés,
Et com il fu perdus et après retrovés,
765 Et tout si compaingnon péri et tormentés,
« Fors ke cil doi, sire ostes, ke vos ichi veés.
« Par coi sui de la mort et de péril sauvés. »
Quant li ostes l'entent, ses en a merciés.
Si dist ke cis services iert bien gerredonnés.
XXXI.
770 Ti yr oult fu bien Alixandre celé nuit herbegiés
iVl El maison son bon oste ki fu joians et liés.
Asés orent le nuit venaison et daintiés,
Et pastés et oisiax et claré et vin vies.
Après le mangier fu li bains aparelliés
775 Où entra Alixandre ki tant fu travelliés.
Et si doi compaingnon furent bien aaisiés ;
L'ostes les fist baingner ains k'il^fussent cochiés.
Tant lor fist boin vin boire ke tout furent haitiés.
7JJ. Corr. tortius? — 771. Corr. En la m. s. 0.? — 772. venuison.
10
146 MS. BIBL. IMP. 789.
Lis orent bons et biax quant il furent baingniés,
780 De coûtes souavetes, de bons dras deliiés;
Mais H lis Alixandre si fu li plus prisiés.
Là dormirent à aise, nus n^en fu esvelliés
De si à Tendemain ke jours fu esclairiés,
Que li rois s'est levés et vestus et cauchiés
785 Et est aies au temple; si a ses dius proiiés
Que li face[nt] pardon de trestous ses pechiés,
Et puis pour Alixandre dont fu desconseilliés,
Ne set s'il fu ocis ou en le mer noies,
Ou menés en Auffrike ou en Troie envoies,
790 Mais ke ses sors li dist k'il estoit perilliés.
Li rois est à ses homes el palais repairiés,
Se cours fu assamblée, ses barnage efforciés;
Errant seront li maistre Alixandre jugiés.
Li rois les fist venir, moult fu vers iaus iriés.
795 Desor le chief d'un dois s'enbroncha sor ses pies.
Et a dit à ses homes : « Seignor baron, oies, (f. 5)
« De par nos dix m'estoit uns enffes envoies,
« E[t] jou l'amoie moult, ja iert bien avoiés;
« Se longuement vekist encor fuisse vengiés
800 « De Nicolas le fel dont tant sui gerroiés,
(( Et d'autres anemis de lui fuisse efforchiés ;
« Tele eure sejournaisse ke il fust travelliés.
« A ches vassaus estoit par boine foi bailliés
« Por garder et aprendre, qu'il fust mix enseigniés;
805 « Que sain le me rendissent lor avoie proies,
(c Mais rendre nel me voelent, ne sai o\i estmuchiés;
« Ne sai k'il en ont fait, moult en sont esmaiés.
« Quant bien ne l'ont gardé, del droit nés espar-
[gniés. »
p
MS. BIBL. IMP. 789. 147
XXXII.
Amatides respont au roi premièrement,
.1. ber fu de grant pris et de grant tenement
E chevaliers moult bons, s'ot le cuer vrai et gent :
« Sire, )) dist il au roi, « se toi plaist, or m'entent.
« Tu nous as commandé à faire .1. jugement
« Des maistres ton enfant ki chi sont en présent;
8 1 5 « Ton fil lor quémandas à garder sauvement
« Por norrir et aprendre sens et afaitement ;
« Or nel te pueent rendre n'il n'en sevent noient,
« Et, ensi com il dient, s'en sont il tout dolent.
« En reprovier le dist li païsans souvent
820 « Que maus est à garder ki de son gré se pent,
<c Et li cevaus ki s'emble ou se done ou se vent.
« Rois, por ton fil le di ki trop legierement
(( Fait tout chou ke il pense et lui vient à talent :
« Au chiel vaut il monter par son encantement
82 5 « Quant il se fist porter as griffons hautement ;
« Ce fist il par enfance et par fol hardement.
« Si va il de le feme ki kie[r]t donoiement :
« Quant on plus le li proie ele plus i entent ;
« Lors fait ele tel cose ki à folie apent ;
830 « Si tourne à deshonour à son prochain parent.
« Alixandre demande s'enfance et son jovent,
« Qu'il n'en laist riens à faire pour nul castiement.
« Che k'en talent li vient faus est ki l'en deffent.
« Ce est assés coustume c'a pluisors gens apent:
8}). faus, corr. fous?
148 MS. BIBL. IMP. 789.
835 « Onpuettelcoseenprendredontonpuisserepent,
« C'on n'e[n] puet pas venir à chief legierement.
« Donés à ciaus .1. terme assés avenanment
« Dusc' à .XL. jors, s'il vos plaist, bonement.
« Se il dedens nel troevent, nés espargniés noient
840 <( Que n'en fachiés justiche, tels est mon loement.
« Mai[s] s'or les destruisiés ensi hastivement,
« Ce sera grant domage et vostre avillement, (b)
« Se il i sont destruit à tort et por noient.
« Se par mon conseil faites, le terme donrés grant;
845 « S'en serés plus prisiés, par le mien ensient,
« Se cist baron l'otroient trestout communément. »
J
XXXIII.
ou croi bien ke li rois creïst ceste raison,
Et donast le conseil au los de son baron.
Quant Cemelan l'entent^, .1. encrieme félon ;
850 Onkes n'ama le roi se par boisdie non,
Et se pena tous jours de se confusion.
Il tint de le couronne le tor et le donjon,
Une cité moult noble et de bêle fachon ;
En .1. port siet de mer, là on prent maint poisson;
85 5 Là vienent les grans nés, galies et dromon
0 le marcheandise des teres environ ;
Et de loins et de près amainent à foison
Les nés ki là arivent avoir et garison.
Cemelan fu moult rices et plains de traïson ;
837. avenaument. — 842. sera, corr. seroit, ou destruisés au v.
précédent. — 852. le couronne, mots évidemment corrompus.
MS. BIBL. IMP. 789. 149
860 En son avoir se fie ; c'est coustume à bricon.
Il cuide c'on le croie, si a dit mesprison.
Le jour dist tel parole en le maistre maison
Dont puis pendi as fourches à guise de laron
De ces meïsmes dis et par autre acoison ;
865 Ce 11 fist Alixandre ki cuer ot de baron.
« Sire, » dist Cemelans, « tele est m'entention :
« Puis ke tu as tes homes fait mètre en te prison;
« Il n'en doivent issir se par jugement non.
« Ja de chou ne dois croire jugement de félon,
870 « Tu en avilleroies et seroies bricon
« Et ton quemandement mains en priseroit on,
« Car par droit jugement n'aroient raenchon
« De mort et de torment et de destrution,
« Selonc le tesmoingnage des lois ke nos tenon.
87 $ « Quant ton enfant avoies mis en lor norreçon
« Grant honor lor faisoies, s'en as mal gerredon.
« Can[t] bien ne l'ont gardé, ne sai quel celison,
« Tu lor pues moult bien faire de ce mefFait pardon,
« Mais une rien te di ki voirs est et sermon :
880 « Qui le larron rachate, quant a le caaingnon,
« Ja n'en aura de lui ne gré ne guerredon. »
XXXIV.
Tholomés se drecha ki le corage ot fier ;
Il n'avoit en la tere nul meillor chevalier :
Sages estoit et preus por ses armes baillier;
86 j. Se. — 876. sens as.
1 JO MS. BIBL. IMP. 789.
885 Home de son parage n'estevoit tant prisier.
Por chou l'avoit li rois eslut à maistroier,
Son enfant à garder por lui mix enseignier.
Il en avoit le blasme, quil devoit castoier. (c)
Uns des .vu. maistres fu c'Alixandres ot chier.
890 Quant oï Cemelan faire le reprovier
De ses pers et de lui ke d'un larron foier,
Ne se pot plus tenir, cui ke doie anuier,
Qu'il ne die tel cose dont il le fait irier :
« Par Diu! dant Cemelan, moult me puis mervellier
895 « Le vostre felenie dont ne poés targier.
« Se li rois le voloit gréer et otriier
« Se seroie je près vers vous à desrainier
« Que ne devés en court moi ne autrui jugier.
« Si dirai bien pour coi or en voi le mestier :
900 <( Quant Daires, cil de Perse, dut no roi gerroier
« Et cachier hors du règne et du tout escillier,
« Vous fustes en s'aiie et du tout conseillier
« Que donissiés treù merveilleus et plenier.
« Par le vostre conseil en sont Griu coustumier
905 « Et rendant treûage comme vilain censier.
« S'estes hom nostre roi ; ce ne poés noier
« Que vous n'aies esté del treù parchonnier ;
« Vo part avés eue por le roi Daire aidier
« Et recelés ses homes, por no gent damagier,
910 (( Qui nous ont fait le tere et le règne empirier.
a Et se vous che volés en ceste court noier
« Jel vous ferai connoistre au branc forbi d'acier.
891. ke, corr. corn? — 892. qui ke. — 893. fait, corr. face? —
903. Corr. donissions? — 911. voliés.
MS. BIBL. IMP. 789. 151
« Preudom ne doit traître en gfant cort espargnier.
« Se vous me peùssiés desconfire et cachier
915 « As autres esteùst ceste tere widier;
« Mais ke il n'i souffrissent nul autre destorbier,
<c Ne li rois n'en creist conseil de losengier,
« Et de mon cor fesist trestout son desirier. »
Quant Cemelan l'oï, n'i ot ke corechier;
920 Volentiers se mellast s'il s'en peùst vengier
Mais autrement se cuide, se il puet, aaisier.
Por quant, por soi deflfendre, prist son gage à ploier,
Quant li ostes monta contremont le plancier;
Ja dira tel parole ki lor aura mestier.
925 Quant oi les barons ens el palais noisier,
L'un d'eus contre les autres ranprosner et tenchier,
Du roi ki che souffroit prist soi à mervellier.
Sor Tholomé tornoit li rois tôt l'encombrier
Et queroit occoison de son cors empirier ;
930 Mais cil dist ses nouveles ki ne se vaut targier.
Tout droit as pies le roi se va agenollier :
« Sire, faites le noise, s'il vos plaist, [ajcoisier,
« Si orrés mes nouveles ke je vos voel nonchier :
« Je sai bien Alixandre sain et sauf et entier ; (d)
93 5 « Il vint à mon ostel ersoir au herbergier;
« Nuis fu et soirs bien tart, tans fu d'à 1er cochier.
« Il n'estoit ke soi tierch, d'aie avoit mestier;
« Escapés iert de mer où il cuidoit nier.
« Il vit ses compaingnons et sa nef trebuchier;
940 « Le nef vit effondrer et toute depechier;
91 j. esparng'. — 924. tels paroles. — 938. Corr. n[o]ier?
I $2 MS. BIBL. IMP. 789.
« Il i cuida aler por lui esbanoier,
« Mais moult s'en repenti, ersoir, au herbregier.
<f Cil doi l'en traisent fors ki 0 lui vinrent ier,
« Jes laissai or gisant tous trois en mon solier. »
XXXV.
945 x^uant li rois l'entendi, si fu ses chiés crollés,
V^C'Alixandres estoit de péril escapés.
Menbra li de son sort qui li dist vérités.
Puis a dit à ses homes : « Seignor, n'est pas sénés
<( Qui d'enfant se mervelle se il fait foletés ;
9$o « Mais cil en a le coupe cui il est quémandés.
« Cil ki à garder l'a en doit estre blasmés
« S'il suefFre enfant à faire toutes ses volentés.
(c Je croi ke n'i ait coupes dans Clins ne Tholomés,
(( Ne dans Nathanabus ne Orner li barbés,
9$ $ ^^ Qys P^'* son conseil ait si folement ovrés
<c Por quant si dut il estre pendus et traînés;
(c Par le malvaise garde a esté adirés.
« Car par lor bons amis n'est il mie sauvés,
« Ne lor en doit pas estre li meffais pardonés
960 « Que il ne s'en repentent, et si soit comparés.
— Merci ! » font li baron, « gentils rois coronés,
« Par le vostre merci, sire, lor pardonés,
« Car dès ore en avant en sera mix gardés ;
« Quant il est par les dix garandis et tensés
96$ « Plus le garderont mais limaistre en grant chertés,
950. qui il. — 955. dant. — 957. adités. —958. lor, corr. ses?
MS. BIBL. IMP. 789. I 53
« Et VOS en serés plus cremus et redotés. »
Envis le fait li rois, mais cis dis est loés
De ceus ki le consellent et de lui sont privés.
Por Alixandre envoie k'il li soit amenés.
970 Si orrés les noveles et comment est erres :
Li ostes ne s'areste, ains est por lui aies ;
Dormant le troeve encore, car forment fu lassés.
Bêlement l'esvella, si k'il n'est effreés;
Les grans plais de le cort ne li a pas celés,
975 Com Tholomés ses maistres fu por lui encombrés
Et li baron ensanlle l'uns vers l'autre mellés.
« De Camelan fu moult Tholomés ramprosnés ;
« Se ses consaus i fust ois ne escoutés
« Nus ne fust de vos maistres de le mort respités.
980 « D'aus jugier à ocire avoit grans volentés. (f. 6)
— Maistres, » dist Alixandre, « or sui trop repo-
« Se j'avoie nues dras ja seroie levés. [ses.
« Chemelan est traîtres, piecha en est provés;
« Encor le comperra se je vieng en aés.
985 — Sire, » che dist li ostes, « dras ares vos assés;
« Mais laissiés Chemelan et ses grans cruautés,
« Car li rois est vers vos corechiés et iriés.
« Assés sera encore lius del vengier trovés.
— Bien avés dit, sire ostes, il n'ert pas obliés
990 « Chemelan li traîtres ne ses desloiautés. [merés,
— Fix de roi, biaus dous sire, » dist l'ostes es-
« Je vos pri et requier que soies porpensés
« De riches dras vestir, de bien estre atomes
970. est, cort. ont? — 983. traittes. — 988. liés d.
I 54 MS. BIBL. IMP. 789.
« Anchois que vos soies chevaliers adoubés.
99$ « Vos le poés bien faire, ja n'en serés blasmés,
« Car encor serés vos rices rois courounés. »
.1. siglaton li done l'ostes qui fu sénés
De blans hermines frès menuement ovrés,
Bien tailliés et cousus et par pans lonc et lés.
1000 II eut chemise et braies d'un cainse bien lavés
Et cauchés soliers nues c'on li ot aportés.
Gauchies fu et vestus et moult bien conreés ;
Ne si doi compaignon n'i sunt mie obliés :
Peliçons ont de martres et d'ermins engoulés
looj Et mantiaus vairs et gris a lor cous afublés.
Li peschierres fu si vestus et atornés
Des dras qui li traînent estoit tous encombrés.
De çou rit Alixandre et si s'en est joués.
Il avalent ensamble contreval les degrés ;
loio Si orent palefrois corans et sejornés;
Il nen i a .1. seul ne soit bien enselés.
A le cour en alerent quant il furent montés.
Quant Alixandre vint, si fu du roi gabés :
« Avant, dant Alixandre, estes vos retornés ?
ICI $ (( Vos alastes peschier, li fais m'en fu contés,
« Dusc'au fons de la mer où fustes afïondrés,
« Mais vos ne m'avés gaires des poisons aportés.
« Que li vostres peschiers ait hui cest jor dehés,
« Quant cascuns est çaiens por vos si esgarés
1020 « Por escar et por honte que ne fuissiés emblés!
« Mais à faire ités giés estes trop aûsés;
1000. cainsu. — 1014. Avant, corr. Avoi? — 1020. escar, corr.
esgart? — 1021. ttegies.
MS. BIBL. IMP. 789. I 55
« Se jamais sans congié issés de le cités
« Ja n'en tenrés plain pié de mes grans iretés.
— « Sire, dist li vallés, n'iere mais si osés. »
1 02 5 Par tant s'est Alixandre 0 le roi acordés,
Car cist daerrains mos li vient forment à grés.
M
XXXVI.
ouït fu preus Alixandre quant ot passé .xi . ans :
De par toutes les terres fist mander les enfans,
Les fieus as gentieus hommes trestous les mieus
[vaillans.
1050 En assés pou de terme en fu tant assa[m]blans (b)
Com s'il eùst de terre à .xiiii. amirans.
Largement lor donoit, et fa[i]soit lor talans,
Cevaus [et] palefrois et muls d'Espaingne amblans,
Cendaus et dras de soie et pailes aufricans.
1035 Son ostés resambloit feste de marcheans,
Tant avoit entor lui de petis et de grans.
Ne prendoit pas consel as malvais recreans,
Mais à ces gentieus hommes, à tos les plus vallans,
A ceus que il savoit hardis et combatans.
1040 Geste parole est voire, il i est connoissans,
Que li bons fait le bon et li est conseillans ;
Ja de maie rachine n'iert arbre bien portans.
1022. issiés. — 1027-42. Cette laisse se trouve dans M. 9, 22-
33. — io}3-}4. Manquent à M. — 1035. ostes corrigé en ostel. //
faudrait ses ostés. — 1038. as c. — 1039 et 1041. Manquent à M.
IJÔ MS. BIBL. IMP. 789.
XXXVII.
Puis fu moult li vallés en le cort lo[n]gement
Corn cil qui pooit faire de tout à son talent,
1045 Qu'il ne fust nul fol gieu dont on parlast noient
Dont li rois eùst ire ne autres mariment,
Ains se faisoit amer à tous communaument.
Volentiers lor donoit et parloit doucement,
Croissoit et amendoit, moult ot grant essient.
1050 Une feste tenoit li rois moult hautement
Cascun an une fois par acoustumement.
De se nativité faisoit essaucement,
Encor le font assés de le poissante gent,
Roi et empereour de fier conquerement.
10$ 5 Au jor de celé feste li fist faire .1. présent
Li dus d'Antigonie qui à s'onor apent,
Qui tint del roi Phelipe trestout son tenement,
D'un mervelleus lion qui ot ruiste carpent,
De cendaus et de porpres ovrés moult richement.
1060 Moult fu grans li Hons et plains de hardement;
Ains mais nus ne fu teus, par le mien essient,
Quant il estoit en bones, qu'il n'avait maltalent,
Et mener sans caïne et chevaucier sovent.
Le lion fist li rois rechoivre bonement
1065 Et dona as messages de l'or et de l'argent.
.1. enfes le pooit Hier moult simplement
Quant ne fu coreciés et iert en bon talent.
.1. lioniers le prist qu'en avint malement,
1045. corr. fist. — 1047. commulnaument. — io6j. P.-ê. Por
m.? On peut encore supposer qu'il manque un -vers ayant celui-ci.
MS. BIBL. IMP. 789. 157
Car il ne connuit mie de son maistriement,
1070 Si torna à desdaingn le sien norrissement :
Esrant li corut sus, sel prist si laidement
Que le dos li froissa et le cors esranment.
Le foie et le coraille en traist premièrement
Voiant tote la cort ; maint en furent dolent ;
1075 Ains n'i ot si hardi qui de fuir fust lent.
Adont fist Alixandre un estot hardement
Dont bien fait à parler orne de son jovent,
Qu'il n'avoit que .xii. ans acomplis seulement :
.1. fust trove en la court, à ses .11. mains le prent,
1080 Au lion corut sus, sel fiert si durement
Par dedesus le hure que le teste li fent,
Et li oil li volèrent à le tere ensement ; '
Voiant toute la cort l'abati mort sanglent. (c)
De cel cop furent lié chevalier et serjent
108$ Li rois [en fu] joians et trestout si parent;
Et dient d'Alixandre trestout communément
Qu'il conquerra tout siècle se il vit longement.
Bien demostre à ses oevres qu'il a fier hardement.
XXXVIII.
Tout aiment Alixandre et tienent à signour,
.^-^^ Et dient qu'il sera, s'il vit, empereour
De trestoute le tere jusqu'en Inde majour,
Car tant est preus et sages et larges doneor
Qu'il conquerra le siècle par force et par vigor.
1070. trova. — 1074. V. tos la coia. — 107J. Ain. — 1087.
tout ripiti. — 1089. Tout Alix, aiment.
158 MS. BIBL. IMP. 789.
Li rois l'aime forment por ce c'ot tant valor;
1095 Mais il fist puis tel chose dont ot se maPamor.
Il et Natanabus furent aie un jor
Déduire en un vergier desos .1. grant tor,
Dalés coroit .1. aiguë qui menoit grant rador
Et l[i] vergiers fu clos de haut mur tôt entor.
1 100 Cil aprist Alixandre qui estoit son doctor,
Car [il] n'avoit en tere plus mal enchanteor.
De ses engiens li velt mostrer tos les mellors;
Volentiers li enseigne, doucement, par amor;
Et li enfes i entre, qu'en velt avoir le flor;
1 105 Puis montèrent le mont qui iert ancienor
Por esgarder aval le flos et le rador
Et les poissons sor l'iaue qui sunt por le calor.
Natanabus li conte de mer le parfondor,
Des poissons dont il vit l'agait et le trestor,
1 1 10 Au fort mengier le foible, le petit au grignor,
Cembiaus, agais et fuites prendre l'encaucheour.
« Biaus fix, )) ce dist li maistres, « d'une rien ai
« Que tu muires trop tost par itel deshonor [peor:
« Car ne laissiés à faire, soit savoir ou folor,
1115 « Cose qui te délit por nul enseingneor.
« Se por cou moriés ce seroit grant dolor,
« Car se vos vives longes vos serés le mellor
« Qui onkes tenist terre, se aine soi riens d'auctor.
« Ci aroie dammage, por c'en sui en error,
1 1 20 « Car par vos cuit encore bien reçoivre m'onor :
« C'est Egypte le bêle dont je fui ja seingnor. »
1107. sor, corr. soz? — 1108. Alix, li c. — 11 17. viviés.
MS. BIBL. IMP. 789. 159
Li vallés l'entendi, si mua le colour;
De ce que fil le claime ot vergoingne et iror,
Aine mais jor de sa vie nen ot honte grignor.
XXXIX.
1125 A lixandre l'entent que cil l'a fil clamé ;
-^Un poi se trait arrière, s'a .1. petit pensé
Dit à Natanabus : « Maistre, por amor Dé,
« Sui je dont vostre fix? dites moi vérité.
« Dont ne sui je pas dignes de tenir l'irité
1 1 jo « Au riche roi Phelipe qui m'a fil apelé,
« Ains m'estuet porcachier en estraingne régné.
« Plus dout qu'il ne me soit en grant cort reprové
« Qu'en bastardie soie folement engendré.
« Ne por cant assés estes de riche parenté ; (d)
1135 « Ne doi estre por vous en grant cort avilé. »
Natanabus respont .111. mos de foleté :
« Par Dieu, biaus dous amis, or avés bien parlé,
« Se engenré vos ai, n'i a point de vieuté:
(f Je fui ja rois de Egypte, si en ting l'irité,
1 140 « Et se jou le perdi, ce fu par foleté.
« Mi grant prince me vaurent avoir enprisouné;
« A cest roi m'en ving ça qui m'a du sien doné,
i< Et jou l'ai bien servi et le sien bien gardé.
a Si trovai en .1. sort, quant ci fui aresté,
1 145 <c Que par .1. jone enfant i seroie tué.
« Mais longement m'i mist, ne sai s'est vérité. »
Il a j . Corr. Alixandrcs e. ? — 1 1 3 1 . en, corr. un ? — 1132. P. dont.
l6o MS. BIBL. IMP. 789.
L'enfes se traist en sus, quant çou ot escouté,
Ne Ta à celé fois de plus araisoné ;
Et cil regarde en l'iaue qui tost l'ot oublié.
1 1 50 Dont s'aproche Alixandre qui le cuer ot enflé,
Pris l'a par les .11. jambes, si Pa aval tumé;
Del mur qui haus estoit le trébuche el fossé.
Ne li remest os sain, tôt l'a escervelé;
Et quant il le vit mort, si a des ex ploré
1 1 $ $ Et sospira forment, car moult l'en a pesé.
A castier le prist, si l'a forment blasmé :
« Maistre, trop peu avés le vostre cuer celé
« D'itel folie dire, si l'avés comperé.
« Se vos l'eûssiés fait, li dis fust foletés.
1 160 « Apertement vos estes vilainement vantés, [rés.
« Qui son seingnor fait honte ne doit estre houno-
« Or m'en repentiroie, se il m'estoit loé,
« Que vos ai ensi mort, car trop m'en ai hasté ;
« Si dout moult que li rois ne m'en sache mau gré
1 165 « De ce que vos ai mort, car moult vosotamé.»
Ensi dist Alixandre qui le cuer ot iré.
U
XL.
ns niés Natanabus fu entrés el jardin,
De l'oncle et d'Alixandre ot suï le train.
Là fu aies déduire desos l'umbre d'un pin
1 170 Que cil ne le seussent por l'orgiex d'Apollin ;
Regarde vers le mur, vit plorer le meschin,
1162. Ore. — 1170. li s.
MS. BIBL. IMP. 789. 161
Moult regraite son maistre, si tint le chief enclin,
D'estre lais omecides li est son cuer devin.
Cil ne vit pas son oncle, si se claime frarin;
1 1 7 5 1res et esbahis sailli fors el chemin ;
Vint corant desor l'iaue lés .1. piler marbrin.
Illuec trova son oncle qui gisoit mort sovin ;
Les ex 11 vit tomes, c'alés fii à se fin.
Il le plaint et regrete, si se claime orfenin :
1 180 « Oncles, qui vos a mort trop vint de félon lin;
« Se ne [vos] puis vengier, ne vail .1. angevin. »
Mais ains sara le droit quele en sera le fin.
XLI.
•^uant cil vit mort son oncle durement Ten pesa;
VyLor[s] demanda aïe, del fossé le jeta; (f. 7)
1 185 Ricement à lor loy le cors en conrea
Et puis à un chier temple de lor dex le porta ;
Là fist sa sépulture et forment l'onora.
Il en fist moult grant duel, le novele espoisa.
Puis vint devant le roi et si s'agenoilla,
1 190 Enbraça li le jambe et le pié li baisa.
Se li dist en plorant et fort merci cria :
a Sire, mors est mes oncles qui tant servi vos a,
« Si l'a mort Alixandre, que il forment ama,
« A tort et sans raison, que je ne querrai ja
119^ « Que il li desist ce por c'a mort dampné l'a. »
Quant Phelipes Tentent forment se coreça ;
1179. si le. — Ii8j. en conreer; et avant ce mot une main du
XVI* siècle a ajouté fist. ^
l62 MS. BIBL. IMP. 789.
Les dex que il aoure par maltalent jura
« S'Alixandre l'a fait moult chier le comper[r]a
« Selonc le jugement que mes cors en fera,
1200 « Que ja mot de raison espargniés n'i sera.
« Por coi Ta mort, diable ! et que li demanda ?
« De ce que tu en ses ne me celer tu jà. »
Li vallés li respont que moult se merveilla
Quant le vit trebuchier del mur dont le jeta;
1205 Nule autre riens n'en set, que ja n'en mentira.
Li rois por Alixandre maintenant envoia ;
Savoir le veit par lui, mais il se trestorna.
Ne vint pas dont au roi, que forment le douta;
Et li rois ses barons et ses hommes manda
1 2 10 Le mesfait Alixandre et à tous lor mostra
Que jugement en facent, que faire le vaura
Selonc le loy qu'il ont; qui jamais le laira
A son talent ovrer, le venjance en fera ;
Droit jugement en velt, car ja n'en fausera.
XLII.
1 2 1 5 A cel tans iert coustume entre paiene gent
-t^Qui faisoit omecide, dient se loi offent,
Car pechié faisoit trop desraisonéement,
Ja n'en fust espargniés por son rice parent
Ne refust par meïsmes jugiés tôt ensement.
1 220 Li baron furent fors issu au jugement,
El parleoir s'asirent sor le plain pavement
1209. P.-ê. manque-t-il ici un vers. — 121 3. veiniance. — 12 16.
Vers probablement corrompu; p.-ê. au lieu de dient faut-il ou qui?
MS. BIBL. IMP. 789. 165
Dont le vaute reluist et tote à or resplent.
L'uns d'aus regarda l'autre, n'osa premièrement
Parler sor Alixandre de son destruisement,
1225 Car moult fu preus et sages, si donoit largement
Selonc cou qu'il pot faire com hom de son jovent;
Moult se faisoit amer à tous communément,
Sel lenoient à oir, selonc lor ensient.
De le tere le roi puis son defmement;
1 230 Et se por çou doutoient ne me merveil noient.
Avarides parla qui ot grant essient :
« Seignor, en moie foi, je me merveil forment
« De roi qui nos a fait [i]tel commandement
« De jugier son enfant de mort et de torment,
1255 « Car il set bien le loi et quant qu'il i apent,
« De cose conneûe oh n'a raisonement. (b)
« Cist iert oir de se tere, se il vit longement;
« Et se nos le jugons ensi faitierement,
« Puis remansist ensi sans autre doutement,
1240 « Jamais nis[un] de nos n'ameroit clerement.
« Querons au roi .1. terme d'uit jorstant seulement;
« Si arons de nos pers plus efîorciemenl,
« Car ne devons jugier issi hastivement.
« Atant iert trespassés au roi son mautalent,
1245 « Puis en porrons mieus querre pais et acorde-
Tout l'otroient ensi et ioent bonement; [ment.
Quatre d'eus en envoient au roi qui les atent.
I24Î. hastievemcnt.
164 MS. BIBL. IMP. 789.
XLIII.
Assés aveis oi comment cist a parlé,
Avarides le rice qui le cuer ot séné ;
1250 Tout l'otroient et loent le consel c'a doné.
Il meïsmes, soi qart, en est au roi aie,
Des barons plus raisnables de toute le cité,
Por querre le respit, mais envis l'a douné,
Et moût s'en fist proiier; s'a vers eus esprové
1 2 5 j Qu'il ont laisié à faire et que il ont douté
Tel jugement à dire, si en sont esgaré.
Mais en tant dementiers que il ont là esté
Si a on .1. cheval au fort roi présenté;
Onques nul tel, fors cil, n'ot on mais esgardé,
1260 Car mieus vivoit de car c'autres cevaus de blé;
Homme et feme manjoit s^on li avoit douné.
En .1. haras le roi fu poulenés trové
Uluec fu d'un luiton en .1. iue engenré,
Ja hom ne l'atendist s'il fust descaïné.
1265 Lais et hideus estoit, se vos di par verte;
Moult bien se gardoit d'arme, ja n'en fust adesé
Se il ne fust de loing de sajetes bersé.
En un haras le roi Pot on poulain trové
Car il i fu norris et s'i fu faouné,
1270 Et nus hom ne vit onques si bel ne mieus formé,
Mais que le cief ot court, .1. petit remusé.
A lion resambloit d'orgueil et de fierté.
Li baron le regardent, si l'ont forment loé,
1249. En Arides. — 1263. luiton E .1. — 1268. mi torvé; ms. tué
avec un signe d'abréviation.
MS. BIBL. IMP. 789. 165
Et dient que mar fu le soie grant biauté
1275 S'on ne le puet avoir si bien amesuré
Que on en puisse faire auques se volenté,
Mais ains hom né[s] de mère ne vit si forsené.
Li quatre vont au roi, lor message ont conté;
Del respit que li quierent dont il ne lor sot gré
1280 A grant anui lor done, et cil s'en sunt torné;
Mais ançois ont vers lui tençié et estrivé,
Que de cel jugement se font si esgaré
Por quant se lor a il ottroié et graé;
E^ li baron s'en tornent, que n'i ont plus parlé.
XLIV.
1285 A u jugeor repairent li .1111. mesagier;
-tt^ Moult parloient du roi qui tant se fist proiet
De doner le respit d'Alixandre jugier;
Et si l'avoit doné à paine et à dangier, (c)
Puis dient du cheval qui velt le gent mengier
I 290 Qu'il virent el palais et tenir et lier,
Qui tant fu biax et gens, et faisoit à prisier
S'on le peùst garder corn .1. autre destrier
Et faire se besoigne com d'un autre mains chier,
Mais nus hom ne s'i ose habiter ne couchier,
1295 Por tant qu'il soit délivres nus n'i puet aprochier,
Com d'un lion salvage s'en convient bien gaitier.
Lors dient li baron : « C'est .1. ars d'aversier,
1279. Corr. el? — 129J. que d'un aut' maint ch. Le signe
d'abréviation placé au-dessus d'àut est celui qui signifie d'ordinaire
or ou our.
l66 MS. BIBL. IMP. 789.
« Ains mais n'oit nus hom de tel cheval plaidier.
« S'or voloient li dieu Alixandre avanchier,
1 300 « K'après le roi eùst le règne à justichier,
« Dont ira le ceval et fremer et lier.
« Si soit son jugement, s'il i a encombrier,
« Qu'il se puisse par tant vers le roi amaisnier. »
Respondent li baron : « Bien fait à otroier ;
I joj « Ne quidons que li rois li suefFre à ensaier,
« Si ne le poons faire quiter plus de legier. »
XLV.
Ce ne vos di je mie ke cil por jugement
Fecissent tel esgart, par le mien essient,
Mais espargnier le voelent de droit avenanment.
1310 Devant le roi s'en vienent trestot communalment.
Atalains de Hongrie parla premièrement :
« Sire, » dist il au roi, « se toi plaist, or entent :
« Tu nos as commandé à faire jugement
« [Dejsor un enfant jone qui a peu d'essient
1 3 1 5 « D'un homme qu'il a mort par son foloiement,
« Mais ne savons del tort pas le commencement.
« Fors est hom à jugier dont on né set noient
« Ne il ne connoist mie le fait apertement.
« .1. respit demandomes qui est seable et grant :
1 320 « S'i fuissent ti baron qui ci sunt en présent
« Et ta cours efforcie au jor plenierement,
« Que [nos] ne volons pas jugier si hautement
1298. n'oï. — 13 16. par le c.
MS. BIBL. IMP. 789. ^67
« Ton enfant et ton oir à duel et à torment,
« Qu*il sera nostres sires se il vit longement ;
1325 « Mais respit nos donas par moult grant mauialent,
« Et le contredesis, s'en fus iriés forment.
« Si n'est ce pas mesure, par le mien essient.
V Sans jugier en dirai le miex que jou entent :
« Je voi ci .1. ceval qui de tel rage esprent
1 550 (f Que il tue et ocist et mengùe le gent;
« Nus n'en puet escaper se bien ne se deffent.
« S'Alixandres le puet enfremer sauvement,
« Deslier et mener sans nul encombrement,
u Que li cevaus nel tut ne face marement,
1^35 « Qu'il s'en puisse escaper sans nul perillement,
« Pardonés li vostre ire, si soit siens li présent;
« Et se il le refuse, qu'il n'ait tant hardement,
(( Fuisse s'ent de le tere, fel soit qui le consent! »
Li rois dist : « Je l'otroi, ja n'iert mais autrement.
1 340 « Assés l'avés jugié, ce m'est vis, hautement ; {d)
(( S'il de cestui escape, c'ertpar enchantement. »
Le ceval esgarderent qui tant valoit d'argent
S'on s'en peùst aidier amesuréement,
Mais com lions sauvages ot fier contenement.
XLVI.
1 345 I i baron ont assés le cheval esgardé,
iSi ont assés de lui et de l'enfant parlé.
l;
Si dient que mar fu le soie grant biauté
i})2. Il faudrait desfremer. — 1338. Fuissent de. — 1341. c'est.
l68 MS. BIBL. IMP. 789.
S'on ne le puet avoir si bien [a]mesuré
Que on en puisse faire tote se volenté.
1 350 A .iiii. de ses sers a li rois commandé
Sor vies et sor menbres que on l'ait bien gardé,
Que forment l'ameroit se il estoit donté.
Et li sergant l'ont pris, d'iluec l'en ont mené.
En .1. celier sous terre là l'ont cil enfremé,
1 3 $ 5 Sel donent à mengier quant il l'ont apresté.
Quant on a homme ou feme d'aucun murdre reté,
Ou de grant larrecin ou de desloiauté,
Droit au cheval l'enmainent, s'on li avoit jeté
Tantost l'avoit ocis, mengié et dévoré.
1 560 N'avoit autre justice en trestot le régné,
Que li rois le voloit et l'avoit estoré.
Li païsant du règne l'ont Bucifal clamé ;
Si povre nom li donent por se desloiauté.
Por Alixandre querre s'en est .1. mes torné;
136$ En .1. vergie[r] le trove où il s'iert destorné;
0 lui avoit vallés del mieus de le cité
Et les .11. de ses maistres, Cliton et Tolomé.
Cil ne li osa pas dire se volenté :
Que li baron avoient jugié et esgardé
1 370 Qu'il devoit de lui estre por l'ome to[s]t tué.
Tholomé apela, se li a tôt conté,
Souavet en l'oreille l'en dist le vérité.
IJ5}. d'ilueke. — 13J6. jeté. — 1365. trovent. — 1J67. diton.
• 1572. Son navet.
MS. BIBL. IMP. 789. 169
XLVII.
Li chevaus est enclos, si commenche à henir
Clerement et tant haut et par si grant air
1 375 Que le tere entor lui en fait tote fermir;
D'une grant lieue longe puet on se vois oïr.
Alixandre demande dont puet teus noise issir :
« Se c'estoit or lions moult feroit à haïr,
« Qu'il ne face damage por gent faire morir,
1380 « Ou cevaus si sauvages c'on ne[l] puisse tenir;
« Grant force a qui s'alaine puet faire si bruïr. »
Et Tholomés respont : « Ne vos en quier mentir :
« Sachiés c'est .1. cevaus que devés asalir
« Se vos volés du roi et de s'amor joir;
1 385 « Mais nul home ne puet entor lui consentir
« Que ne voille mengier et ocire et mordrir.
« Nus n'en puet escaper que il puisse tenir,
« Que ne li face l'ame del cors à duel partir.
i( Par vos tout seul l'estuet deslier et saisir.
I ^90 « C'a on fait esgarder por vo vie fenir.
« Del mesfait dont porrés ensi [vo cors] garir
« Ne velt li rois sofTrir autre loi aramir. (f. 8)
« S'ensi nel volés faire si pensés del fuir,
« Car li rois vos fera et prendre et retenir,
1395 « Par son grant mautalent vos fera tost laidir.
« Vés en ci le message qui vos en vient garnir. »
Al. respont : « Ce fait à deservir ;
« Le cheval verrai jou, que qu'en doie avenir.
I J96. V. ensi.
IJO MS. BIBL. IMP. 789.
« Se par itel roncin doit me vie fenir
1400 « Ja ne vive je longes por nule onor tenir. »
Tholomés li respont : « N'est pas bons li gencir;
« Qui vos desloeroit si vos vauroit honir.
<( A vostre jour morrés, ja n'i porrés falir,
« Ne ja ains n'i morrés, bien le poés plevir.
1 40 5 — Maistres, » dist Alixandre, « je ne veil plus souf-
Adont s'en commencha del vergier à issir; [frir. »
Mais je vos puis bien dire por voir et sans mentir
N'ot si fier compaingnon qui ost 0 lui venir,
A l'issir du vergier, là lor estuet gerpir.
1410 Et Alixandre va le grant pas par air;
Vint à Puis del celier, que il le vaut ovrir;
Quant le virent les gardes, si prendent à fuir,
Qui du ceval garder doivent le roi servir.
N'osèrent pas atendre le destrier à l'issir.
141 5 Quant Alixandres voit c'alé se sunt tapir
Por peor del ceval que nés face morir.
Ne vaut longement querre por faire à lui venir :
.1. mail prist à .11. mains, moult fu de grant air,
Si fiert encontre l'uis les ais en fait croissir ;
1420 II peçoie les barres que[l] dévoient tenir;
Ensi le fait par force peçoier et ovrir.
Dès que Bucifaus vit Alixandre venir,
Encontre lui s'abaisse, prist soi à efflecier,
Mist ses jenous à terre, samblant fist de frémir
1425 Com s'il fust bons rainnables qui deùst obeïr.
Onques puis de car d'ome mengier n'ot nul désir.
1401. gentir. — 140J. Corr. ne m'en v. p. s. ? — 1409, Corr. le
lor e.? — 142}. Corr. efflecir {fléchir)}
d;
MS. BIBL. IMP. 789. 171
XLVIll.
ès que li bons cevaus vit venir son seingnor,
Encontre lui s'abaisse, fist li signe d'amor.
Alixandre le prent sans doute et sans peor;
14^0 Les caïnes li oste quel tienent en esror.
Tout deslié le trait del celier sous la tor,
Sans frain et sans cevestre monta el missaudor ;
Cil qui sunt as fenestres le coserent pluissor.
Par la cité leva li cris et le rumeur ;
1435 N'i a cel qui le voie n'en demenast baiscor,
Et dient tout ensamble li grant et li menour
K'Alixandre doit estre par droit empereour;
Le ceval doit avoir qui est de tel fieror
Vers lui n'eùst pooir nus fix de vavasor
1 440 Qu'il ne vausist manger ou destruire à dolor.
Li rois en a oi del palais le tabour ;
Les degrés en avale de la sale major,
Maint haut rice baron avoit 0 soi pluisor;
Contre Alixandre vinrent, moult li firent honor; (b)
1445 Et la roïne i vint, c'ainc n'ot joie grignor,
0 mainte bêle dame qui demainent baudor ;
Jovenciaus et puceles, chevalier poingneor
Et tout li citoian i aceurent d'entor.
Qui tout dient au roi : « Cist ert de grant valor ;
1450 « Cist maintenra le tere jusqu'en Inde major.
« Faites ent chevalier, qu'il n'i ait nul demor. »
Et li rois respondi : « Venus en est li jor
1433. Corr. Cuisirent? — 1434. rimour.
172 MS. BIBL. IMP. 789.
<c Que jou li donrai armes par bien et par douçor.
« Onques nus fix de roi n'en ot nulles mellor.
14 j 5 « Pus que li dieu le veulent nel tieng pas à folor. »
Et le roïne en prie bonement son seingnor
Qu'el lor donra les dras s'il donc l'autre ator.
XLIX.
uant li rois voit son fil monté sor le destrier
^i tant estoit félon et oribles.et fier
1460 Que nus hom nés vivans n'i osoit aprochier
Qu'il ne vausist destruire et ocire et mengier,
Corn de lion sauvage s'en convenoit gaitier,
Car mengoit toute crue corn fecist .1. lévrier,
Plus beùst à un trait de vin .1. grant sestier,
146J Tant estoit fiers et fel qu'il sambloit aversier;
Dont set bien ke li dieu le veulent avanchier
Et qu'il vaura le règne après lui justichier.
Encontre l'enfant va le pas trestot plenier ;
Por pardoner l'afaire si va humelier.
1470 Alixandre descent quant le vit aprochier;
A Tholomé a pris le ceval à baillier,
Car onques puis cel jor ne vaut ome tochier,
Ne ne menga car crue por avaine laisier.
Li vallés va encontre; li rois le cort baisier.
1475 « Sire, » dient li home, « faites le chevalier,
« Bien est de tel aage armes puet bien baillier.
« Il vos aidera bien fol orguel à baissier. «
1457. Qui 1.; cf. Ars. Y. 196-7, M. ij, 28-9.
MS. BIBL. IMP. 789. 173
Et li rois leur respont : w Ne le quier atargier,
« Mais encor est trop jones ne s'en porra aidier. »
1480 Quant l'entent Alixandre n'i ot que correchier.
« Sire, » dist il au roi, « j^oi .xv. ans dès l'autrier,
« Jamais por nul fais d'armes ne me quier espar-
« Sire, donés les moi, je vous en voil proier, [gnier.
« Par itel convenant com m'orrés desraisnier :
1 48 5 « Se truis vos anemis en nul estor plenier
« Qui vos voillent mal faire, grever ne guerroier,
« Se ne puis vostre honte et vostre anui vengier
« Vostre honor vos claim quite, mie ne vos en quier.
— Biaus fiex, » ce dist li rois, « laissiés le mane-
1490 « Car armes ares vos, qui que doie anoier, [chier,
« Et vostre compaingnon en seront tout plus chier
« Qui d'armes se vauront pener et travellier. »
Par toute le cité font crier et nonchier
Que cil qui vauront armes voisent errant baignier,
1495 Et puis viennent por dras au maistre cambreier,
Car li rois le commande qui leur fera baillier; (c)
Puis viengnent par matin el grant palais plenier,
Illuec recevront armes qui en aront loier.
Dieu en jure Alixandre, qui tout puet justichier,
1 500 Que ja n'i aura baing fors le sause el gravier.
Le soir d'une grant feste s'i sont aie plongier
Et lor cors eslaver cil bacelier legier;
En le mer veïssiés tant bacelier legier
Joer, noer, treper et salir et dansier.
1 50$ Moult ot le nuit grant joie par le cité d'Alier.
148J. voes a. — I499-IJ1Î- Ces vers sont l'équivalent, sauf la
rime qui est différente, de M. i^, ^i à 14, 4. — 1499. uiure A.
174 ^ÏS. BIBL. IMP. 789.
Dement[r]es k'Alixandre estoit sor le gravier
La roïne de Grèce fist .x. somiers cargier
De rices vestimens qui moult sont bon et chier ;
Droitement à le rive les a fait envoiier
1 510 Au novel roi de Grèce qui le corage ot fier.
Cil qui onkes n'ama traïtor losengier
A fait ses compaingnons avant aparellier ;
Et dist que li plus povre soient vestu premier ;
S'ait cascuns bones armes et bon corant destrier.
1 5 1 5 Les conrois Alixandre ne puet nus esprisier;
Toutes ses armeûres ne vos sai desrainier :
Ses aubers fu ovreis en l'isle de Durier,
Li pan sont à argent, la ventaille à ormier.
Onques de sa bonté ne vit on plus legier.
I $20 Le maile ne crient lance ne trait d'arbalestier,
Le cercle de son elme ne peùst eslegier
Li rois de Mateline por or ne por denier.
.XII. pierres i ot que fols ne doit baillier;
Devant le nasel ot .1. escarboncle chier.
1525 Ses escus à sinople et ses brans fu d'achier;
Quatre mois et demi mist Biles au forgier ;
Les renges sunt de paile faites à escekier.
Devant lui amenèrent Bucifal le corsier,
Alixandre monta par son estrier d'ormier.
1550 Là veïssiés grant joie à l'issir del perrier.
Et furent bien .ccc. tôt novel chevalier.
1506. C'est ici que jS*) rejoint la version ordinaire (M. 14, 6.).
— 1511. n'ama onkes.— 1514. corans, — 1520. criement....
arbast'. — IJ20-4. Ces vers manquent à M. mais se trouvent dans
tous les autres mss. -— 1522. M. ne p. — î 527. eskecier. — ijîo-
M. à. grevier.
MS. BIBL. IMP. 789. 175
Cascuns point le ceval qui le vait eslaissier.
Rois Phelipes commande le quintaine à drecier;
A cel jor fu costume, si ne le vaut laissier.
15^5 Durement i ferirent li novel saudoier :
Li auquant se déduisent au traire et au lancier.
Alixandre le voit, ne s'i vaut aprochier,
Ja, ce dist, sor quintaine, ne s'ira essaier,
Ne s'essaiera ja à fossé n'a terrier,
1 540 Ains ferra, se Dieu plaist, sor armé chevalier.
Quant il ont behordé si sunt aie mengier.
Là peûssiés veoir tant prince et tant guerrier ;
De la terre de Gresse i furent li princhier.
Cel jor i ot doné qui va[l]ut maint denier.
1 54$ N'i ot bon ménestrel ne fesist son mestier;
Et li rois si les fist à lor talent paiier,
D*or et d'argent, de robes, les veïssiés cargier.
Ains qu'il lievent des tables es lor .1. messagier; (d)
Cil conte le mesage sans dit de mençongier
I j 50 Ti if ouït fu riche la cors el palais à lambrus.
M
I j }4. Manque dans M. — i n?- "lais n. s. — i j ^7-40. Manquent
dans M. — iJjS- sire. — n40- fera. — 1541. bohordé. — 1544-
47. Manquent dans M. — 1547. si lors.
THOMAS DE KENT
TABLE DES RUBRIQUES
D*APRÈS LE MS. DE DURHAM.
Ceo sont les chapeteres d'Alixandre le Grant*.
A. Le proloug. (Fol. 7, — i a)*.
•ij. La descripcion del mond.
.iij. De Nectanebus roy de Libie. ( — i b).
.iiij. Cornent Nectanabus s'enfuy e vint en Macedoigne.
(Fol. 8, — I c).
.V. De la royne de Macédoine,
•vj. Cornent Alixandre fut engendré, e com Nectanabus
se déguisa. (Fol. 10 V, — 2 c).
.vij. De l'ostur tramins au roy Ph. e de Tavision au
roy Ph. (F'ol. 11 v*, — 2 d).
I . CttU tabUy ainsi numérotée, occupe les cinq premiers feuillets du
ms. de Durham. Elle n'existe pas dans celui de Paris oii les rubriques
ne sont pas numérotées. La concordance avec D., à une colonne par
page, est indiquée par recto et verso, et avec P., par colonnes {a, b,
c, d). Le chiffre précédé d'un — correspond toujours au ms. de Paris.
— 2. P. Ci comence le prologe en la geste de Alisandre.
12
lyS THOMAS DE KENT.
.viij. Cornent Nectanabus se mua en dragon et corne
la royne ly plaigna la teste (Fol. 12, — 3 a).
.ix. Cornent Nectanabus se mua en egle, et de la fesant
que pont l'oef en le giron le roy, singnifiant la
mort Alix. ( — 3 b).
.X. Coment Alix, nasqui e des merveilles qu'avindrent
quant il nasquist. (Fol. 13).
.xj. De Bucifal le cheval Alixandre cum il manga la
gent. (Fol. 14, — 3^).
.xij. Coment Alix, occist son pier*.
.xiij. Coment Alix, fu fet chevalier. (Fol. 1 5 v% — 4 a).
.xiiij, Coment Alix, assegea Elim, e com le roys Alix,
occist le ro {sic) Nicholas. (Fol, 16,-4 b).
.XV. Coment le roy Ph. enchacea Olimpias e esposa
Cleopatram. (Fol. 17, — ^ d).
.xvj. Coment Alix, présenta au roy la corone Nicholas
et coment Alix, tua Lisye et enchacea Cleopa-
tram. (Fol. 18 v% — 5 b).
.xvij. Coment Alix, reconseilla sa mère au roy. (Fol. 19
V, — 5 c).
.xviij. Des messagers de la cité de Mathona. (Fol. 20,
-Sd).
.xix. Des messagers Dayre roy de Perse. (Fol. 21 v%
-Gb)\
.XX. Cum Pausanias ravi la royne et cum Ph. l'occist.
(Fol. 22 v% — 6 c).
.xxj. De la mort al roy Ph. e del coronement Alix.
(Fol. 23,-6 d).
.xxij. Coment Alix, conquist Lombardie. (Fol. 24, —
lb)\
I. p. ajoute : e coment Nectanabus reprist Alixandre. — 2. P.
ajoute : et coment Alixandre escuta les messagers. — 3 . P. ajoute :
et coment le Romains honnorerent Alisandre.
THOMAS DE KENT. 1 79
.xxiij. Cornent Alisandre aora Tymage Nectanabus e se
fist coroner en Tripolim. ( — 7 c).
.xxiiij. Cornent Alisandre fonda Alixandrie en Egipte e
Alixandrie en Surie. (Fol. 25 v% — 7 d).
.XXV. Cornent le roys Alix, assegea la cité de Tyre.
(Fol. 26)*.
.xxvj. Cornent ceaux de Tyr pendirent les messagers
Alix. (Fol. 27).
.xxvij. De les aventures qui avindrent al assege de Tyre
(Fol. 28, — 8 a).
.xxviij. Cornent la gent Alix, alerent forejer, et de la proy
del val Josaphat e del péril ( — 8 b).
.xxix. Cornent J'ost de Cadres survint à la gent Alix.
(Fol. 30, — Se)*.
.XXX. Cornent les forers Alix, quistrent aïe. (Fol. 51,-
16^).
.xxxj. Cornent Alix, fist soeurs as Gregeis, et cornent il
fut abatu de Bucifal. (Fol. 52, — \6 d).
.xxxij. Cornent le duc Betiz fu rescus. (Fol. 53, — 17
b)\
.xxxiij. Cornent le duc Betiz se mist en fuite, et cornent
Alisandre le pursuy. (Fol. 57, — 20 a).
.xxxiiij. Cornent Alix, pursui Gadifer de Larriz, e cornent
Gadifer abaty Alisandre. (Fol. 59 V, — 21 a).
.XXXV. Cornent Emenidus occist Gadifer de Larriz. (Fol.
62, — 22 a).
.xxxvj. Cornent le duc de Naaman survint as forers, e
I . Cette rubrique et la suivante manquent dans P. par suite de l'enlè-
vement d'un feuillet entre les feuillets 7 et S. — 2. Cette rubrique est
dans P. suivie de celle-ci : Cornent la gent Alisandre se combatirent as
Gadreins. — 3. P. Cornent le duc Betiz e Tholomeu s'entrejusterent.
Cornent le d. B. f. r.; rubrique qui est répétée à la colonne sui-
vante.
l80 THOMAS DE KENT.
cornent Eumenidus envoia pur soeurs au roy
Alix. (Fol. 64, — 22 d),
.xxxvij. Cornent Alix, socurust Emenidus et cornent Eme-
nidus abaty l'amirail de Sarcieis (Fol. 66,-24 ^)-
.xxxviij. Cornent Alix, tua le duc de Naaman.
.xxxix. Cornent le duc de Cadres s'en fuy (Fol. 68).
.xl. Cornent le duc de Tir destruit la tour Alix. ( —
26d)\
•xlj. Cornent Alix, sul [ajsailly la cité de Tire e occist
le duc de Tyre (Fol. 71, — 27 t/).
.xlij. Cornent Alix, assege la cité d'Arayn et la dona à
un chevalier. (Fol. 72 v% — 28 b).
.xliij. Cornent Alix, assist la cité de Cadres. (Fol. 74,
— 29 a).
.xliiij. La juste entre Alix, e le duc Ponton, e cornent
Alisandre fu naffré. (Fol. 75, — 29 ^).
.xlv. Cornent Alix, occist le duc Ponton, e cum Betiz
s'enfuy. (Fol. 76, — 30 <2).
.xlvj. Cornent Alix, occist le duc Betiz e cornent la cité
de Cadres fu prise. (Fol. 77, — 30 d).
•xlvij. Des messagers le roy Dayre od le respons Alix.,
et cornent Dayre se conseilla ové ses amis. (Fol.
78,-31^)-
.xlviij. Des juaus-que Dayre envoia à Alix, par gabois.
(Fol. 79, — 3 1 c).
.xlix. Cornent les messagers Dayre returnerent od le
mandement Alixandre. (Fol. 80).
.1. Le mandement Dayre à Alix., et cornent Alix.
l'aprocha (Fol. 81 v% — 32 b).
.Ij. Cornent Dayre se conseilla à sa gent. (Fol. 82, —
— 32 c).
I. Le fol. 69 de D., qui correspond à cette rubrique, est déchiré.
THOMAS DE KENT. l8l
.lij. Cy comence la bataille entre Alix, et Dayre. (Fol.
84 V,- 33 c).
.liij. Cornent Alix, conforta sa gent.
.liiij. Cornent Alisandre vint à i'eschele Daire et occist
le roy de Thessaille. (Fol. 86, — 34 a).
• Iv. Cornent Tholomeu occist Cirrin le cosin Daire.
(- 34 ^)-
.Ivj. Cornent Dayre s'enfuy de la bataille, e cornent
Alixandre le pursuy. (Fol. 88, — 3 5 a) '.
•Ivij. Cornent la cité de Thebes fu destruite. (Fol. 9
V, — 36 b).
•Iviij. Cornent Alix, envoia ses messagers à Athènes.
(Fol. 92 V', — 36 c).
•lix. Cornent Demostenes fist l'acord as Athéniens e
présenta Alix. un[e] corone. (Fol. 96, — 37 </).
.Ix. Cornent Alix, prist la cité deLacedemoyne. (Fol.
97 V, — 38 b).
.Ixj. Cornent le roy Dayre restera sa bataille. (Fol. 98,
- 38 c).
.Ixij. Cornent Alix, se mist armé en l'ewe de Tygre
(Fol. 100, — 39 b).
.Ixiij. Cornent Alix, fist prendre Parmenion Tacusor son
mire (Fol. 101, — 39 c)*.
.Ixiiij. La seconde bataille contre Dayre roy de Perse
(Fol. 104, V, — 41 a).
.Ixv. Cornent Dayre promist guerdon pur occire Alix.
(Fol. 105, V, — 41 b).
I. Le ms. de Paris a quelques rubriques de plus : Cornent le rei
Alisandre les morz prea ; — Cornent prist la mère Darie e sa femme
(fol. 35 b); — Cornent Alix, asega la cité de Thebe; — Cornent les
citeins de Thebe se deffendirent (fol. 35 c); — Cornent Alisandre
oscist le athénien (fol. 36 a). — 2. Rubrique de plus dans P. : La
chevalerie le duc Tholomeu de Saloine le duc e Archelaû frère Darie
(fol. 40 a).
l82 THOMAS DE KENT.
.Ixvj. Cornent Alix, se mist en la curt le roy Dayre.
(Fol. 109, — 42 c)\
.Ixvij. Cornent Alix, occist le persant et s'enfuy de la
curt Daire. (Fol. 1 10 V, — 42 d).
.Ixviij. Cornent Dayre ordina sa tierce bataille contre
Alixandre. (Fol. m v*, — 43 a)^.
.Ixix. Le mandement que Daire envoia à Alixandre.
(Fol. 113, — 43 cj'.
.Ixx. Coment les deus serganz tuèrent Dayre le roy.
(Fol. 114 V, — 44 a).
.Ixxj. Coment Alixandre fit enbasmer e enterrer le roy
Daire. (Fol. 115 V, — 44 b).
.Ixxij. Coment Alixandre vint à Jérusalem et la cause
del desport qu'il fist à le Jewes (Fol. 116 v") \
.Ixxiij. La conclusion del livere Alix. (Fol. 119, —
44 d) ^
.Ixxiiij. Des messagers le roy Porre de Inde majur, et
cornent le roys Alix, conseilla sa gent. ( — 4^ a).
.Ixxv. Comment Alix, entra primes en Inde majur. (Fol.
123, - 46c)«.
I . En plus dans P. : Coment un chevaler Darie s'arma des armes
un griu e déguise (/. déguisa?). — Coment le chevaler au dos
feri Alisandre (fol. 41 b). — Coment le traître persant fut pris. —
Coment le reis Alisandre delivera son traître (fol. 41 d). — 2. En
plus dans P. : Coment le rei Darie s'en fui & coment les Persanz
furent desconfiz (fol. 43 c). — 3. P. ajoute : Coment le rei Alisandre
s'enorguillist contre Darie. — 4. Cette rubrique manque dans P. En
revanche on y trouve celle-ci : Coment les murdrissors Darie se mos-
tre[re]nt à Alisandre, et coment les fist prendre. A comparer les
numéros des feuillets dans l'un et l'autre ms. il paraît qu'il y a quel-
que chose de plus dans D.; et en effet, il n'est nullement question
des Juifs à cet endroit dans P (/. 44 c). — 5. Dans D. le feuillet
119 et les deux suivants sont arrachés. — 6. En plus dans P. :
Coment Alisandre lougga son ost près de Fascen (fol. 46 c). — De
l'armure le rei Alisandre (fol. 46 d). — Coment le deus ostz ferirent
ensemble (ibid.).
THOMAS DE KENT. l8j
•Ixxvj. Cornent Alix, ensevely BucifaI et fonda une cité
BucifaI Alix. (Fol. 125, V, — 47 b).
.Ixxvij. Des levreres présentez au roy Alix. (Fol. 126,—
47 0-
.Ixxviij. La seconde bataille entre Alix . et Porre. (Fol.
127, — 48 a).
• Ixxix. Cornent Alix, prist Faacen la cité e del nobley*.
. Ixxx. Des . m . vileins qui encontrerent Alix . , et cornent
Alix, entra en les desers de Inde. (Fol. 129
V, — 49^).
.Ixxxj. Cornent Alix, passa les portes deChaspe en Inde
(Fol. 130, V, — 49 c).
.Ixxxij. Cornent Alix, fist armer sa gent en désert. (Fol.
131 V, — 49^).
.Ixxxiij. L'estorie de Jérôme et de Solin. (Fol. 132 v", —
.Ixxxiiij. De genz de grant âge en Inde. (Fol. 133, — jo
b).
.Ixxxv. De Gangarides l'idle e de son poeple. (— 50 c).
.Ixxxvj. De Polibatre e de son poeple.
.Ixxxvij. Del mont Malens le plus haut del mond. (Fol.
(«34, - Sod).
.Ixxxviij. Candea où femmes sulement régnent. (Fol. 134).
.Ixxxix. Des genz qe vivent de veneison et de pesson. (—
.Ixxxx. De la gent porcine qe vit de glan.
.Ixxxxj. De ceaux qui tuent lur parenz en âge.
.Ixxxxij. De ceaux qui morent en sauvagine ( — 51 b).
.Ixxxxiij. De la gent moite chiens et moite homes.
.Ixxxxiiij. Des genz à un pié qui se coverent de tuit.
.Ixxxxv. Des genz qe vivent de l'odur d'un pome.
1. P. La noblei del palais au rei Porre en Faacen.
184 THOMAS DE KENT.
. Ixxxxvj. Des genz qe noblement se vestent e passent. (— 5 1
c).
Jxxxxvij. Des genz que saillent sur les olifanz. (Fol. 135).
.Ixxxxviij. Des femmes qe enfantent à cinc anz.
.Ixxxxix. Des genz astronomiens estanz sur un pié. ( — 51
d).
.c. Des femmes que n'enfantent fors un foiz.
.cj. Des genz chanuz en juvente e noirs en viellesce.
.cij. Des genz arblasters od un oil entre les espaules.
• ciij. De l'ewe apporté à Alix, e qu'il reversa. ( — 52 a).
.ciiij. De l'ewe amere que Alix, defendy as chevaliers.
(Fol. 136, — 52 b).
.cv. Del chastel qe Alix, trova sur le rocher. (Fol.
137 V, — 52 ^).
.cvj. Coment les ypotamis dévorèrent les chevaliers
Alix. (Fol. 138, — 53 a).
.cvij. Coment le pecherus demostrerent l'ewe duce à
Alix. (- 53 b).
.cviij. Coment Alix, tendy ses pavillons entour l'ewe.
(Fol. 139, - 53 c).
. cix. Coment les chevaliers se combatirent as serpentz.
(- 53 d).
.ex. Coment le levrer estrangla le lion.
.cxj. Coment le levrer estrangla l'olifant. (— 54 a).
.cxij. Des dragons qui [asjsaillent l'ost.
.cxiij. Des serpenz as deus chefs. (Fol. 140,— 54 b).
.cxiiij. Des canceres à deus piez.
.cxv. De la bataille as blans lions. (— 54 c).
.cxvj. De la bataille as tygres. (Fol. 141).
.cxvij. De la bataille as chausoriz. (— 54 ^).
. cxviij. Del monstre qe est apellé dentirant * .
I . P. dent tyrant.
THOMAS DE KENT. 185
.cxix. Des granz soriz corn gopils.
.cxx. Des sercées* qui dévorent les soriz. (— 5^ a).
.cxxj. Cornent Alix, fist prendre les guiors.
.cxxij. Cornent Alix, forma chastel sur Baudor. (Fol.
142, — 55 b).
.cxxiij. Cornent la gent Alix, et Porre sovent justerent.
(- no*,
.cxxiiij. Cornent Alix, se feint message à Porre. (Fol. 143,
- S^)-
.cxxv. ComentAlix. et Porrus s'entrecombatirent. (Fol .
144 V, — 56 ^).
.cxxvj. Cornent Porrus se rendi à Alix. ( — ^6 c).
.cxxvij. Coment Alix, rendi Porrus tote sa terre,
.cxxviij. Des ymages Hercules et son pier'. (Fol. 145 v*,
.cxxix. Del veillard qui aresona Alix. (Fol. 146, — S^)-
.cxxx. Des genz de l'idle de Trabotane. (— 57 b).
.cxxxj. Des trésors gardez par dragons,
.cxxxij. Del port que l'en apele Ypirus où Liberie ariva.
(— S7 û).
.cxxxiij. ComentAlix. ariva en Tabrotane. (Fol. 147).
.cxxxiiij. Des griffons qui gardent les trésors. ( — 58 a).
.cxxxv. De paradis terrestre, où est assis. (Fol. 148).
.cxxxvj. Coment Alisandre resceut treuage de paradis ter-
restre*.
.cxxxvij. Coment Alixandresconquist les Indiens. (Fol. 149
v% - s8 è).
.cxxxviij. Coment l'angle demostra par avision une herbe.
(Fol. 150, — 58 c).
.cxxxix. Des bestes qui sunt apellé centaures. (— 58 d).
1. p. fersees. — 2. P. se entrejustcrent. — j. P. père.
Manque dans P.
l86 THOMAS DE KENT.
.cxl. De la beste hidus à deus testes. (Fol. k^i).
.cxli. Cornent Alix, conquist e occist les olifanz. (— 59
.cxlij. Des homes et des femmes qui vivent de pesson.
.cxliij. Des longes anguilles de Ganges le flume. ( — 59 c).
.cxliiij. De la tempeste qui survint à Alix. (Fol. 152;.
.cxlv. Cornent Alix, sailly sul en la cité. (Fol. 153, —
60 a).
.cxlvj. Des genz à un pié dont ils se covrent. (Fol. 1 ^,
— 60 b).
.cxlvij. Del messager à un pié qui vint à Alix. ( — 60 d).
• cxiviij. De Gog et Magog qui mangèrent la gent. (Fol.
.cxlix. Des genz que toz jors vivent en la mère. ( — 61 a).
.cl. Des genz que mangent taupes et soriz.
.clj. Des bons feveres et bons guerreors.
• clij. Des Turcs que mangent genz et chiens. ( — 61 b).
.cliij. Des mustres qui coutivent Saturne. (Fol. 156).
.cliiij. Des genz que mangent suz la mère*. ( — 61 c).
• clv. Des genz forgeors d'armes que sunt apellez Nains.
(— 61 d).
.clvj. Des Rifaires e de lur nobley. (Fol. 1 57).
.clvj bis. Coment Alix, meust son ost. ( — 62 a).
.clvij. Coment Alix, entra en Taragonce*. {62 b).
.civiij. Coment la royne de Sichie vint à Alix,
.dix. De deus roynes de Amazoine. (Fol. 158, — 62
c).
.clx. Coment ceaux de Tragonce ' se défendirent. (Fol.
159, — 62 d).
I. Corr. d'après P. : ke nagent sus la mer. — 2. P. e. en terre
Ouverte. — 3. P. de terra coverte.
THOMAS DE KENT. I 87
• clxj. Des destratz de Margas et l'assaut. (— 65 a).
.cixij. Cornent Alix, se combatien mère. (Fol. 160, —
63 b).
.cixiij. Cornent Alix, enchacea Goget Magog. ( — 63 c).
.cixiiij. Cornent Alix, assegea Gog et Magog.
.clxv. Cornent Alix, vesqui suz les ewes. (Fol. 161 v°,
— 64 û).
.clxvj. Des nefs qui sunt apellez coliphas. ( — 64 b).
.dxvij. Cornent Alix, encerchea la nature des pessons.
(64 c).
.dxviij. Cornent Alix, aresona son host. (Fol. 163, —
64^).
.cixix. Cornent Alix, sacrifia contre Gog et Magog.
.clxx. Cornent Dieu aprist enclore Gog et Magog. {6^ a).
.clxxj. Des columpnes que Alix, fist en la mer(e). (Fol.
164, — 65 b).
.clxxij. Des batailles Alix, as portes Caspias. (—65 c).
.clxxiij. Cornent Alix, s'en ala de Griffeines. (Fol. 165).
•clxxiiij. Des quatre monz les plus haus du mond. ( — 65 d).
.clxxv. Des monz d'Arménie et l'arche Noée. ( — 66 a).
.clxxvj. Cornent Alix, entra en Ethiope. (Fol. 166, —
66 b).
.clxxvij. De la fontaine chaude de nuit et freide de jur.
(- 66 c).
.clxxviij. Des mastiens qui conussent lur mères.
.clxxix. Des serboles od longe forchure (Fol. 167, —
66 d).
.clxxx. Des genz que font d'un chien lur roy.
.dxxxj. Des genz à quatre oilz, bons archers maritimos.
.clxxxij. Des agriofagos qui vivent des lions et des panteres
(- 67 a).
.clxxxiij. De arcabatistes od quatre pez.
.clxxxiiij. De cinomologrins come mastins.
l88 THOMAS PC KENT.
•clxxxv. Des genz qui vivent d'olifant qui sunt azachey.
.clxxxvj. Cornent les Macrobins se contenent. (^ 67 b).
.clxxxvij. Des mostres en Ethiope sanz nées,
.clxxxviij. Des mostres sans bouche et sanz niées tôt veluz.
.clxxxix. De deserz vers Arabie plein de mustres. (Fol. 168,
- 67 c).
.clxxxx. De Saba la cité dont Sibile fu royne.
.clxxxxj. Des .iij. rois qui offrirent dons alfizseint Marie.
.clxxxxij. Del mont ke toz jors art. ( — 67 d).
• clxxxxiij. Des bestes del règne que sunt apellez dragons,
.clxxxxiiij. De la beste qu'est apellé Zephus. ( — 68 a).
.clxxxxv. De la beste qu'est apellé Rinoceros.
.clxxxxvj. De la beste que est apellé Monoceros.
.clxxxxvij. De la beste que est apellé Catoplepa. (Fol. 169,
— 68 b).
.clxxxxviij. Des formies que portent le pères preciouses.
.clxxxxix. Des genz que vivent toz jors en ewe*.
.ce. Des delphins e cocatriz qui portent la gent. ( — 68
c.)
.ccj. Del cocatriz e de sa nature,
.ccij. De la bataille entre les delphins et les cocatriz.
(— 68 d)\
.cciij. Des respons que Alix, oye al mont ardant (Fol.
170, — 69 û).
.cciiij. Coment Alix, e Porrus repeirrerent en Inde. ( —
69^).
.ccv. Des messagers la royne Candace e de ses
juels'.
.ccvj. Des messagers que Candace envoia à Alix. (Fol.
171, — 69 c).
I. p. en ewe od lur parente. — 2. P. ajoute : Del mont ardant
ke donc respons de prophète. — 3. P. ajoute: De Candace la reine
de E[t]hiopie.
THOMAS DE KENT. 1 89
.ccvij. Cornent le peintur contrefet l'y mage Alix. (Fol.
172, — 69 d).
.ccviij. Des deus viieins que Alix, aresona. (— 70 a).
.ccix. Cornent les viieins destristrent les arbres. (Fol.
173,-706).
.ccx. Cornent Alix, comanda à batre les viieins.
.ccxj. Cornent Alix, erra vers les arbres. ( — 70 c).
.ccxij. De la beauté [del liu] où les arbres furent. ( — 70
d).
.ccxiij. De l'ecervesque qui garda les arbres,
.ccxiiij. Cornent Alix, s'aparilla vers les arbres. (— 71 a).
.ccxv. De la cloisture entur les abres seintez. (Fol. 174).
.ccxvj. Cornent l'ercevesqe mena Alix, as arbres. (— 71
b).
.ccxvij. Cornent Alix, aora l'arbre du soleil,
.ccxviij. Cornent la clarté du soleil descendy sur l'arbre,
.ccxix. Coment Alir. forma sa peticion. (Fol. 5,-71
c).
.ccxx. Coment l'arbre divina la mort Alix.
Hic incipiunt lamentûtiones et tristicic * .
.ccxxj. Coment la gent Alix, furent en plurs. ( — 71 d).
.ccxxij. Coment Alix, coveri sa dolur.
.ccxxiij. Coment Alix, vint à l'arbre de la lune. (—yia).
.ccxxiiij. Coment l'arbre de la lune respondy à Alix.
.ccxxv. Coment le prestre mena Alix *. (— 72 b).
.ccxxvj. Coment Alix, conforta sa gent.
.ccxxvij. Coment Alix, defendy sa gent. (—72 c).
.ccxxviij. Coment Alix, repaira à Phaacen.
•ccxxix. De la bataille des dragons. (— 72 d).
.ccxxx. Des genz touz nuz que sunt apellez Serres.
I. Cette rubrique latine manque dans P. Dans D., plusieurs feuil-
lets ont èti enlevés à partir de cet endroit. — 2. P. le esveske reme-
nad Alisandre.
190 THOMAS DE KENT.
.ccxxxj. Des bons overors de draps de soie. ( — 75 a).
.ccxxxij. Del pople qu'est apellés Serres et de lur dreiture.
(- 73 b)'
.ccxxxiij. Cornent les Serres guierent Alix. (Fol. 175).
.ccxxxiiij. Des porcs sauvages e autres mostres. (— 73 c).
.ccxxxv. Cornent les bestes occistrent la gent Alix.
.ccxxxvj. Cornent Alix, ferma un chastel. ( — 75 d).
.ccxxxvij. Cornent Alix, manda son host.
.ccxxxviij. Cornent l'ost Alix, se mist vers lui. (Fol. 176, —
74^)-
.ccxxxix. Cornent Alix, vint contre son host.
.ccxl. Cornent roy Porre aresona ses conseillers. ( — 74
b).
.ccxlj. Cornent les messagers Porre défièrent Alix.
.ccxlij. Cornent Alix, resceut le defiement Porre. (Fol.
'77, — 74 c) •
.ccxliij. Coment Alix, conseilla sa gent sur le defiement.
^-74^)-
.ccxliiij. Coment Porrus dota la bataille singuler.
•ccxlv. Coment la bataille fu grant entre les deus roys.
(Fol. I78)^
.ccxlvj. Coment Alix, purprist la praierie,
.ccxlvij. Coment Alix, s'a aparaille (sic) à la bataille,
.ccxlviij. De la bataille entre les deus roys. ( — 75 c).
.ccxlix. Coment Alix, occist le roy Porre. (Fol. 179).
.ccl. Coment les Indiens firent homage à Alix . ( — T^d).
.cclj. De! fiz la royne Candace, coment vint querre aïe.
(— 76 a).
.cclij. Coment Tholomeus porta le message Candeule.
(Fol. 180).
I. Cette rubrique et les deux suivantes n'ont pas été écrites dans
P., bien que les miniatures qu'elles doivent accompagner aient été
faites.
THOMAS DE KENT. I9I
.ccliij. Cornent Alix, se déguisa. ( — 76 b).
.ccliiij. Cornent Alix, se fist apeller Antigonon. ( — 76 c).
.cclv. Cornent Alix, ala en la compaignie Candeule.
(Fol. 181).
.cdvj. Cornent Alix, conquist la femme Candeule. (— 76
d).
.ccivij. Cornent Candeule conduist Alix, à sa mère. (— 77
a).
.cciviij. Cornent Alix, torna son nom cum messager,
.cclix. De ceo qe amant est avougle en sey. (Fol. 182,
- 77 ^).
.cdx. Coment Alix, salue la royne Candace. ( — 77 c).
.cclxj. Coment Candeules aresona sa mère.
.cclxij. Coment Candace mostra à Alix, ses trésors. (Fol.
•83,-77^'.
.ccixiij. Coment Candace mostra à Alix, sa ymage.
.cclxiiij. La desputeison entre Alix, et Candace. (— 78 a).
.cclxv. Coment Alix, purjust (sic) la royne Candace. (Fol.
184, -78^).
.cclxvj. Cornent Caregarus le fiz Candace volt occire Alix.
et venger la mort Porre. ( — 78 c).
.cclxvij. Coment dame Candace defendy Alix. (Fol. 185,
-78^)-
.cclxviij. Coment Candace conforta Alix.
.ccixix. Coment Candace honora Alix, al départir. ( —
79 j).
.clxx. De Babiloine la grant e de la tour Babel.
.cdxxj. Coment Babiloyne est assisfe] entre deus ewes.
(-79^)*-
.cclxxij. Coment Alix, vint à Babiloyne. (Fol. 187).
I. Le fol. 186 de D., qui commençait au 6* vers après cette rubri-
que, est arraché.
192
.cclxxiij.
.cclxxiiij.
.cclxxv.
.cclxxvj.
.cclxxvij.
.cclxxviij.
.cclxxix,
.cclxxx.
.cclxxxj.
.cdxxxij.
.cclxxxiij.
.cclxxxiiij.
.cclxxxv.
.cclxxxvj.
.cclxxxvij,
.cclxxxviij.
.cclxxxix.
.cclxxxx.
.cclxxxxj.
.cclxxxxij.
.cclxxxxiij.
THOMAS DE KENT.
Cornent Alix, fu garni de sa mort par sa mère.
(-79C).
Cornent Antipater appareilla la poyson.
Cy comencent les regrez Alix. (Fol. 188) *.
Coment les Macedonie[n]s élurent Perdicas à sen-
gnur. (Fol. 189 v% — 80 c).
Coment Alix, dona sa feme à Perdicas. (Fol.
191, — 80 d).
Coment Alix, dona Egypte à Tholomé ové Cleo-
patra. (— 81 a).
Coment Alix, dona Perse à Cliton. (—81 b).
Coment Alix, dona Nubie à Emenidus. (Fol. 192,
— 81 c).
Coment Alix, dona Inde à Ariste. (81 d).
Coment Alix, dona Surie à Antioche.
dona Cesarie à Philote. (82 a).
dona Esclavonie à Licanor.
dona Melite à Caulus. (Fol. 193,
Coment Alix
Coment Alix
Coment Alix
- 82 b).
Coment Alix
Coment Alix
Coment Alix
— 82 d).
Coment Alix, dona Hermine à Paul.
Coment Alix, corona les doze pères, ( — 83 a).
La compleint Alisandre.
Coment Alix, se lessa morir. (Fol. 195).
Coment les poples sortirent pur le corps Alix.
(-86 c)'.
dona Aufriqueà Liome*. ( — 82 c).
dona Grèce à Antigonon.
dona Cartageà Arides, (Fol. 194,
I. Au lieu de cette rubrique, P. (80 b) : De la feste ke [dona] rei
Alisandre e de la poison. — 2. P. Lionne. — }. Après cette rubrique
P. ajoute celle-ci : Si estriva le poeples pur le cors Alix.
THOMAS DE KENT. I9)
.cclxxxxiiij. Cornent les deus ordinerent la sépulture Alix.
i-SOd).
.cclxxxxv. Cornent les philosophes parlèrent du roy Alix.
(Fol. 196)*.
.cclxxxxvj. Del doel desur la tombe Alix. (— 87 a)*.
.cclxxxxvij. Cornent Aristolie regreta la mort Alix. (— 84
d)\
1 . Cette rubrique manque dans P. — 2. Les fol. 198-201 de D.,
qui contenaient cette rubrique et la suivante, sont presque entièrement
détruits. — J. Manque dans P.
$
Ȕ
THOMAS DE KENT
EXTRAITS,
d'après le ms. de paris.
Ci comence le prologe en la geste de Alisandre.
lult par est icest(e) siècle dolenz e
perilleus,
^Fors à icels qui servent le hault rei
glofius
Qui por nus délivra le seon sanc precius ;
Si cum mestier nus est eiet mercit de nus !
5 Car vie de homme est brève & icest(e) mund(e) la-
Decevables à tuz e à mulz enuius. [borus,
Nequident n'ad el siècle si bosoingnus
Qe alcun délit n'i ait itant meseùrus.
Remarque. Lu leçons qui ne sont pas précédées de la lettre D.
appartiennent au ms. de Paris. — Les mots ou lettres ajoutés pour le
sens ou la mesure sont entre []; ce cjui est à supprimer est entre ( ).
5. D. e le mond labrus; corr. e cist mond laborus? — 7. D. nul
si b.; corr. [home] si b.? — 8. D. si trop n'est m.
196 THOMAS DE KENT.
Mult (par) poet estre dolent al jugement irus,
1 0 Al jur que tant avéra tristes e poûr[u]s
Q[ pur sa char norir est en (i)cest mund penus;
A ceo que homme entent est sis quo[r]s desirus.
Un déduit ai choisi qi mult est delitus,
As tristes [D. est] confort e joie as dolerus
1 5 E assuagement as mais des amerus.
Déliter s'i poent homme ben chevalerus
E tuit ceo qi de romanz sunt coveitus.
A Fenviouse gent sunt li bon vers custus,
Car joie e enveisure est doel as envious.
20 Le mal le tient al quor, dunt vient le dit custus;
Altrement creveroit car tut est venimus.
Si nul d'els me reprent, seigneurs, tant di à vous
L'urne mesprent sovent en outre mal grevus.
Mult par serreit li homme en ses fez eûrus
25 Si à la fiée n'est repris des envious.
Ore poet qui voelt oïr un vers merveillus
D'Alixandre le rei, de Darie l'orguillus,
Qi Babiloine prist e sis uncles Cyrrus.
Alixandre conquist itanz isles hidus,
^o Ynde & Ethiope, les règnes plentivus,
Par force de bataille en maint estur dotus,
Cum l'estorie dirrat, fort fu et vig[o]rous,
Hardi e conquérant [D. sages] e enginnus.
15. £). al m. as a. — 16. D. D. se put ben home ch. — 17. £>.
E. t. cil q. de r. s.; corr. E. t. [i]cil q. s. — 18. D. b. fet c. —
22. seignerus t. — 23. D. en ovre meins g. — 26. D. Ore put q. v.
0. V. m.; corr. Ore p. q. [ceo] v. 0. v. m.? — 28, Manque dans D.
— 29. D. Cil qui c. t. règnes e. t. i. h. — }2. Manque dans D.
THOMAS DE KENT. I97
Li sage homme a[n]cien mesurèrent le mounde, (/?)
, , Cum le firmament turne e [D. cum] la terre
[est rounde;
En treis la départirent sanz compas, sanz espounde .
L'une partie est Asye, Affrike la secunde ;
Europe est la tierz, de toz biens est fecunde.
Doze signes ad el ciel dont clarté nus habunde,
40 [D. Le curs des esteilles, cum la mer est parfonde;
Des doze mois parlèrent e del vent que rebonde,]
E de marz e d'avril e de mai le plus munde.
De jung e de jungnet où Virgo se vergonde.
De aoust e de septembre [D. que sa veigne féconde,
45 De octobre e de novembre,] décembre od la fonde,
De Genver e de Fevrer, de quareme od l'onde.
Qi^de cest plus querra querge que l'en responde.
De Nectanabus le rei de Lydie. [Val. 1-3]
D,
'iceste chose esprover furent plusor baron.
Le plus sage de tuz Nectanabus od noun,
^o Q[ le curs as planètes esprova par raison.
Tut li quarte élément lui furent à bandon,
Quant altre rei conquist à force d'esperon
Dunt se combateit cist par estellacion ;
Ne voulet guerreier se par artimage non.
J9. D. omet ad. — 45 . Bien que le second hémistiche de ce vers soit
semblable dans P. et D. il faut sans doute rétablir [de] avant Décembre.
— 46. D. de aquarie od l'o. — Rubrique. D. Libye. — 48. D. Del
mond e. surent; corr. d'icest mond e.? — jo, planetet. — 51.
quarte, sic P. D. — $4. P. Qe v.; D. sanz artimage n.
198 THOMAS DE KENT.
5 5 S'alcons reis se presist [D. en]verssa région,
Lores s'alast cocher segur en sa maison,
Ewe en un bacin presist ou en pocion,
E de sire feïst une conjunccion
Et en semblant de ceus, par machinacion ;
60 L'une sembla[s]t à lui, l'autre à son compaignon;
En checun escrivoit dune son propre non,
Combatre les fesoit par simulacion ;
Ja tant ne venissent en chalam n'en dromun
Par engin nés tornast touz en destruccion.
65 Issiouttut dis pes dès qu'ai tens Phelippon.
Avint que .xxx. reis,. tut en un[e] saison,
Se pristrent contre [lui] por iceste acheison ;
Sa mort eurent juré par mult grant traïson ;
Out aveient mandé par meinte nation.
70 Quant (il) sout par les esteilles la lour entencion (c)
Un ris gitat de joie e dist une oreisun;
Une charme en chaldeu, ne sai pas le jargoun;
Cil le fist dune mettre en un bacin de latun ;
Ses ymages moilla, (&) destempra sa puison,
75 Fist [lores] e dist charmes en estrange sermon.
Quant il out fest ceo q'il volt par sa conjureison
Idunc vit de son règne tote la confundeison ;
S'il ne fuit n'i entent nule defension,
57. D. prist ou en un poton. — 59. D. En semblance d'ornes par
ymaginacioun. ~ 61. Sic P. D., corr. dunques? — 63. D. Tant ne
venissent nefs, eskarnard ne d.; on peut corriger: Ja ne v. tant... —
69. D. Ost a. m. de. — 70. D. est également fautif : Q^ cil s. — 72.
ne chaldeu, D. Ch. fust (/. fist) en chaldeu. — 73. D. Ewe f. d. m.
al b. — 74. Manque dans D. — 7$. D. Fist lors. — 76. Corr. avec
D. Qi fet ot c. — 77. D. omet tote. — Ibid. D. confusioun.
THOMAS DE KENT. I99
De la gent del reaime nule gareison,
80 Tuz sunt pris e occis e mené en prison;
Bien veit, s'il i atent, jà n'aurat r[a]ançon.
D'atendre ou de Taler ert en grant suspecion.
Quant il out tut pensé si s'en fut à larron,
Le chiez reis e tondu (e) vait en chaitiveison.
Cornent Nectanabus s'en fui e vint en Macédoine.
85 "jy T ectanabus se out rés e déguisé s'esteit,
A >l Fuit s'en de son régné que conneû ne seit.
Par peine, par travail eire mult par espleit;
A Macédoine en vient à la cité tut dreit;
En mult divers pensers est sis quors en destreit ;
90 Ne soit q[ue] il poet faire, ne quel mester fereit,
S'alconshom(me) li demande, que respondre por-
Al derain s'en est porpensé e dit q'il se tendreit [reit.
A l'art d'astronomie qe il [le] plus saveit.
Un astralabe d'or od lui porté aveit,
95 La haltur en comprent des esteilles qu'il veit.
De la reine de Macédoine. [Val. 4]
Or est Nectanabus à dreit port arrivé,
Ke li reis Phelippun n'ert pas en la cité,
Einz ert aie en ost où mult a demoré ;
Reine Olimpias governoit le régnée.
79. Egalement faux dans D.; corr. ncsune g. — 9a. Corr. se por-
pensé? — 97. Ici et ailleurs Phelippû; il y a Phelippun au v. }8i.
200 THOMAS DE KENT.
100 Ceo fu en avril en l'entrant d'esté
Cum cil bois sunt foillu, flori e borguné,
E chantent cil oisel ke l'iver ont passé ;
Tote rien s'esjoïst fors cil desnaturé.
Grant feste tint la dame de sa nativité.
10$ Quant il orent mangé les tables sunt levé.
Seignurs vous savez bien^ sovent est [re]conté,
Dame coveite mult aveir los de belté,
Gel désire el q'aveir los de honesteté.
Geste se porpensa que sis corps est mostré,
1 10 Ja [dans] cent mile jur[s] poet bien estre loé;
Escria mareschals, chevalersad mandé;
En poi d'ore [en] i out plus de mil assemblé.
Un blanc mulet d'Affrike si li ont amené ;
Mult ert bels e bien fet, un poi ert pomelé ; (d)
1 1 5 Gurteise aveit l'eschine, tendre est par le costé,
E les jambes ot plates & le pié bien culpé.
Riche sele i aveit e arçoun bien peeré,
Saphirs e esmeragdes à compas ordené ;
Govert fu d'un samit vermail, memiré ;
120 Suscele i out de meisme à orfreis endenté.
Li estré furent d'or, [li] peitral tulpiné,
E sonez plus de mil [de] fm or esmeré.
Li frains fu de fm or entaillé e veillé
E les resnes de seie à gros botons doré.
1 2 5 La dame munte sus, li altre sunt monté,
100. Corr. el meis d'à. en l'e. de Te.? — 102. q. liuren. — loj.
Corr. des t. — 109. Corr. p. se ses c? — iij. Ici et en plusieurs
autres endroits {cf. v. 25) // semble que est devrait être corrigé ert. —
119. Corr. menu ovré.-' — 121. estré, telle paraît avoir été la leçon
du ms.; une main moderne a corrigé estrie. — Ibid. tulpiné ou culpiné.
THOMAS DE KENT. JOI
E tint sur son poing [destre] un esperver mué
Quatre comur maïstre ount sun eire torné.
Li baron de la vile ont les chemins parré,
Estendu ont lor pailes suz les piez tapiné,
1 30 E tymbres e tabours ont e leur corns corné.
N'en i ad nul si riche n'ait la dame encline,
Agenulez à (la) terre trestuz desafublé ;
E puis l'en sivient tut [par] defors la cité.
De tanz maneres gens unt dune alevé,
135 Ces leons et ces urs e ces vealtres hué,
Itant (tant) bel juvencel se sunt el champ mellé :
Li un sunt escherni li altre boûrdé;
Maint bliaut de samit fut le jur deciré,
Maint dansel abatu, meint cheval reversé;
140 Plus de mil damoisels ount le jur karolé;
Li bobanz fu(s)t pur els mult greigneur démené.
Reine Olimpias out sun mantel osté,
Mult fut gente de corps, le vis out coluré;
Bloi peil out e bien long, laschement galoné,
145 Un cercel d'or out sur sun chief posé.
Le vis aveit tartiz, le bras dreiz e quarré,
Blanche char corne neif, le sanc i ot mellé.
En un poupre blialt fut sis corps freselé.
Plus gent corps ne mielz fait ne fut de mère né.
1 50 Nectanabus la veit, tut en est respensee;
En la bealté de li sunt si oil aresté.
Olimpias le veit, si l'ad mult avisé,
Estrange li sembla pur ceo qu'il est cusé,
127. Corr. corné? — 1)4. Corr. d. le cri levé? — 1^6. javcncel.
— i}9. M. damoiscle. — 14$. tercel, mais cf. v. 194. — Ibid. corr.
d[e fin] or ?
J02 THOMAS DE KENT.
As garnemenz q'il ad bien semble home desvé.
1 5 5 Du[n]t il seit e quels oem lui a puis demandé.
Quant il o[ï]t la dame de respondre ad doté;
Pensse, s[e] il demore, à mal lui ert tome, (f. 2)
Et dit : « Venu vus sui dire une vérité. »
La dame out brief respons à coe qu'il eut parlé ;
160 Pour out del vassal, ne sot sa volenté,
E volt que s'il siet de li rien, qu'il seit celé ;
Ne [li] volt avant querre si ne seit en privé,
Kar desvé home ad tost à un ver asené.
Dune montât la reine el mul bien atorné,
165 E (si) s'en vint el palais quant assez out jué.
La dame est en son lit, n'ad le dit oblié ;
Par un son chamberleint ad le vassal mandé.
d;
e la belté de li fut li mestres suspris;
De devant la reine est en son siège asis.
1 70 Olimpias li dist : « De vus ai tant enquis
« Q^astronomiens estes & des ars poestis ;
« Or(e) me di[tes], bel mestre,oiia[vé]s tant apris?
— Ohi, » fait il, « reine, une rien vus devis :
« Plus savez vous sul de l'art ke hom(e) ke une
175 « L'aventure sai dire ehascune del pais, [fu vis;
« Espundre tuz sunges, tuz genz, tuz ris
« Ne de sort ne de eharme nen est mi quers eschis;
« Del tur del firmament avons e los e pris,
« Par le eurs des planètes ai meint avoir eunquis,
1 80 i( Jee n[en] ai altre charme kar par ce me garis,
161. Corr. q. s'il s. rien de li. — 174. Corr. P. savons nous de
l'a.?— 176. Corr. t. [les] s., tuz [les] geus, t, [les] r.?— 180. charne.
THOMAS DE KENT. lO^
a E si est [i]coe Part dont joe ai plus apris. »
Olimpias li dit : « Or(e) me di, bels amis.
« A quei m'esgardas tu tut en [cest] jor el vis ?
— Beie dame, » fet il, « ne vus est unke (de) pis;
185 « Joe record le veir [dist] dunt joe ainz vous dis:
a En Egypte, ù ère qant joe de cest art lis,
« El temple à tuz les deus un sacrefice fis;
« Un respons i oi por quei sui ça tramis :
« Vérité vus dei dire si cum joe vous pramis ;
1 90 « Vous me conseillerez solung le vostre avis.
« Gré me devez savir qant joe vus [enj garnis. »
l;
a dame s*est acutée à Tesponde del lit,
iSengle en sa chemise, en un mantel samit.
Un cercel d'or el chief à ovre bon eslit ;
1 9 5 Veit vestu le vassal en mult estrange abit
De ses diz pensive iest e mult forment s'en rit.
Il resgarda(s)t el vis, ne l'aime pas petit ;
Danger fait de parler kar il volt que l'en prit ;
El demorer illoec ad il mult grant délit.
200 En unes tables d'or une leçon li lit,
Les curs as .vu. planètes li at monstre e dit, (b)
De quel colur eles sunt li prof escrit.
Pensive est mult la dame quant ces merveilles vit.
Les planètes del ciel es tables li enseigna,
_- , Chascune en sa colur mult bien li devisa;
184. Corr. ne v. seit? — 185. Pour la restimion [dist] cf. 227
et 424. — Ibid. ainz, corr. anceis? — 190. nostre a.; Valerius 4 :
« Quare consule super his qu£ cupis. » — 191. garmis, cf. la note sur
180 et 41 }. — 192. Corr. Celle. — Ibid. seit a. — 197- ï^a esgar-
dast. — 202. Corr. a prof H a descrit? — 204. Corr. L. p. es t. d. c?
204 THOMAS DE KENT.
La colur del solail al crestal compara
La lune à l'adamant, Mariem vermeil nota,
Mercure à verdor, Venerem assigna
A colur de saphir; raison de ceo mostra.
2 1 o Kant la dame le sot mult par s'esmerveilla, [serra?
« Beau maistre, » fait la dame, » e de mei que
« Ja me fait l'en saveir ke quant li reis vendra
« Qu[e] il me deit guerpir, (e) altre moiller pren-
« Kant l'oit Nectanabus le conseil esgarda, [dra.»
215 « La lune e les planètes es signes que trova ,
« Par lur equacium largement assuma,
« Totes les aventures qu[e] il volt esprova,
« E rent li jugement de coe qu'el(e) demanda;
« E dit : « Ke coe vus dit de riens ne vus gaba :
220 « Li rois guerpira vos, (e) altre moiller prendra,
« Mais un enfant anceis, dame, de vous naistra.
« Dieu de terre ert nomé, voz hontes vengera,
« Les règnes d'environ trestuz guvernera,
« Jusqu'au chief d'Oriant la terre conquerra,
225 « Si hardi ne si pruz onc arme ne porta.
« Amos, li diex de Libie, en vus l'engendera ;
« E por icest veir dist à vus m'envei[é] a.
« Or(e) vous appareillez (anuit) e à vus aparra
« Pa[r] soigne tut iceo ke faire con vendra. »
230 La dame entent ses diz, mult [fort] li en pesa,
E tint le pur desvé de coe qu[e] il conta.
Dit li dune ke ses diz à nul foer ne crerra
De ci là qu'ele veie coment (coe) estre purra.
208. Merture. — 210. soit, — 227. Corr. enveié m'a?
THOMAS DE KENT. 205
Li maistre prent congié, à son ostel en va ; [Val. 5 ]
25$ Canque mestier li fu à cel art purchaça,
Les herbes acceptables [con]coilli & tribla,
Puis en après les jucs par son sen si média,
E puis de virgine cire une ymage molla ;
Le non de la reine par lettre figura,
240 En un lit qu[e] ot fait celé ymage cocha.
Environ icel lit chandeles aluma,
Del jus qu'il ot des herbes ceP ymage arusa,
Par charmes qu'il saveit souvent la conjura.
Qanque Nectanabus à l'ymage parla
245 La reine en son lit par avision songa: (c)
Vis li fut que uns dragons enz en la chambre entra,
Puis vint jusq'à son lit, en home se mua,
Après li se cocha e estreit l'enbraça,
E qu[e] il l'acolout & sovent la baissa,
2J0 E q[ue] al départir, encente la laissa.
La dame suspira e del songe esveilla. [Val. 6]
Nectanabus idunc ses karectes fma ;
Tost e ignelement pur le vassal manda.
E quanqu'ele out veù priveement conta ;
2 5 5 II dist que tut est veirs icee qu'ele songa.
Un lit après le seon faire li comanda,
Pur estre près de li, e dit qu'il i girra,
Contre celé aventure si la confortera,
De mal e de pour par tut la deffendra.
260 Ele fist faire le lit si cum il le loa.
254. p. agié. — 242. Corr. qu[e] il ot [fait]? — 251. suspire. //
faudrait peut-être intervertir l'ordre des vers 2ji et 252.
206 THOMAS DE KENT.
Cornent Misandre fut engendré. [Val. j\
T
lUt par le los le maistre le lit faire [li] fist,
Richeises & honnors idunc li pramist.
Qant tut fu(s)t apresté Nectanabus li dist
265 Que la chambre mundast contre coe quMl venist,
En guise de dragun le dieu venir veïst,
Sanz noise e sanz freûr en son lit le meïst,
Bêlement e soef illoec l^atendist
E que mot ne sona[s]t quel qu[e] ele une oïst.
270 Une pel de moton ouvec les cornes prist,
Une corôune d'or sur les cornes assist,
En semblant de dragon Pautre part i fist
De virgine cire jointe, e puis dedens se mist,
Puis le lit à l[a] dame par tel semblant requist.
275 Qar artimage fist tele conjunction :
* Tresqu'al lit est venuz rampant comme dragon.
[E] la dame Pesgarde, devant le veit multon,
Ne quidout que ce fust se Amos le dieu non.
Le vassal vient al lit e ist de la tuison ;
280 Ovec li se cocha en guise de baron.
Tut altretiel le sent com en la vision
L'aveit devant veû en la conjureison.
Al départir l'a dit par mult brieve raison :
« En tei ai engendré le seigneur Phelippun,
285 « Reis ert poest[e]is de mainte nation,
26J, Corr. idunques? — 265. Semble répondre à Val.-j : nQaoilla
viso cuncîos egredi jussit. » Cf. ibid. 6 : « Tu vero, eo viso, omnes
qui aderunt egredi jubeto. » — 268. Corr. illoeques? — 272. Corr.
l'a. partie? — 284. En tel.
THOMAS DE KENT. 20J
« Par force conquerra meint[e] grant région,
« De tu[s] reis terriens avérât subjection. »
Priveement s'en veit après icel sermon ;
En son lit se couchât qu'el(e) n'eùst suspecion.
290 La dame lieve sus; vient à Nestanabon, (d)
De quanque oi & vit [ii] dit s'entention,
Tut si cum il ne sust celé subduccion ;
Ele n*[ent]endeit mie en la traïson.
La dame l'araisone e dist li : « Maistre cher, [rer ?
-^, Quidez [vous] qu'il ne voille à mei plus repei-
« Mielz valt l'amur de dieu que de nul chevalier.
« Je l'aim si faitement ne m'en sai conseiller.
« Il n'est pas dieu de Libie s[e] il me fait danger,
« Kar icest[e] raison qui seit dreiturer.
500 « Qant en peinne m'ad mise dune me deit aleger,
« Venir mei conforter, ma peinne assuager. »
Nectanabus li dit : « Joe [en] sui messager;
« Ensemble od vus serrai tut privé chamb[elrer
« Qant le voudreiz aveir joe li [sar]ai nuncier ;
^05 « Dites à mei le ma(t in, si l'auras al coucher,
« Si pensez del celer car (coe) vous avérât mester;
« Si haut hom|e| corn dieu ne deit hom corroucer. »
(N)e les clefs de sa chambre li fait [i]dunc bailler,
Q^entrer puisse e issir se (li) lui volt enveier ;
] 1 0 Mult souvent fu prié de cee dunt dust prier.
La reine engroissa, cl vis fut tote teinte;
Dist à Nectanabus : « De mal sui trop ateinte;
2$}. E. uendeit. — 299. Corr. K. de dieu est r. que il s.? —
j 1 1 . engroisse.
208 THOMAS DE KENT.
(c Li reis me fet occire s[e] il me troeve enceinte. »
Nectanabus [l]i dist : « Lassiez iceste pleinte,
5 1 5 « Mar en aiez (ja) poour kar ne serrez ateinte ;
« Si naist à l'enfant par naturel empeinte
« La semence de vous par le peire est seinte ;
« Li reis le doutera, pour en aura meinte. »
Del ostur tramis au rei Phelippe en sa avision. [Val. 8-9]
Par art ad enchanté li maistre[s] un ostur
^__ E tramet le en l'ost Phelippun son seignur,
La noit li fet veer en songe la verrur,
Pois si l'ad esveillé, li reis en out pour;
Ses devins et ses sages manda(s)t devant [le] jour,
Le songe q'ad veû tut [par] ordre dist lur,
325 Cornent li dragons vint e vint ovec s^oisur;
Dit lur q'enceinte estoit d'un riche empereour
(( Que ma mort vengera, ma peinne, ma dolur ;
« Desur son umblil pris jou de verte colur.
« La meitié d'un leon forma enz en la flur^
^30 a Orguillus chief avoit, onques ne vi greignur ;
« La forme del soleil i fut od sa lusur.
« Le leons le feri d'un suen espié en l'ur,
(c E là i!i joe esteie en issi fait errur
« Un ostur m'esveilla, multenoigrantpour. (f.3)
555-- Veirs est q'avez veù, » dient si divinur,
« La reine est enceinte, n'en aiez pas dolur,
(c Grius est qui l'engendra, coe note la verdur,
317. Corr. est p. le p. s. — 322. ad esutille. — 323. teuins.
— 32J. Corr. e jut 0. — 334. ai.
THOMAS DE KENT. 209
o La mei[tié] del leun signefie Penur
« E l'orgoil que li emfes avéra en la primur;
^40 « Bon[s]reisertehardiz, oncemnevitmeillur,
« Orient conquerra par force e par vigur,
« Tant loinz cum c'em purra aler pur[la]chalur,
« Cee note le soleil où Tespié gist [de]sur ;
« A ce que (vous) dites sûmes verrai expositur. »
345 Puis guerreiat li reis par force e par vigur,
Abati la cité, escra[van]ta la lur,
Repaire à Macédoine dreit al chief de s'onur; [dur.
Sa femme troeve enceinte, si'n ad [trop] grant his-
Ele dist que Amos (le dieu) l'ad mis en cel labur;
3^0 Plus n'en parlât li reis, mes semblant fist d'irrur.
Cornent Nectanabus se mua en dragon. IVal. lo]
M
ult est li reis irez, ne siet cui est l'emfant.
Nectanabus veit bien qu'il li fait mal semblant;
Atome ses engins cum home décevant,
Contre le rei volt estre à la dame guarant.
? $ 5 Avint (que li) rei Phelippun tint une feste grant ;
Tuit i furent si prince e si conte vaillant,
Kant il orent mangié & erent en séant,
En guise de dragon le mestre vint avant.
Parmi cel haut paleis mult fièrement rampant;
360 Quinze teises fut bien la coe traînant,
Citât feu des narilles, hidusement siblant;
Semblant d'abatre fait les murs qui sunt estant.
34 j. notez. — 347. Rcpaira. — 351. r. uez, — 362. S, f. d'à.
210 THOMAS DE KENT.
Li conte e li baron de pour vont fuiant,
Si hardi bacheler od les coarz musçant,
365 Lur armes demandèrent de pour li alquant;
Olimpias l'entent, il vint à li corant ;
Sun chief mist en ses curs, (e) ses piez en son de-
La reine le maine tut entur en estant, [vant,
Quida (que) coe fut Amos, le dieu qu'ele amat tant ;
370 Corent i chevaliefr] e corent i serjant;
Entour [i]cel dragon, de loinz env[i]ronnant,
Tuit se tindrent en pais, n[en] i out nul parlant,
E pur la grant merveille où il sont attendant;
James n'orrez parle[r] d'un si fait truiant :
375 Là où [tresjtout li peoples fut à lui entendant
En egle se mua, si s'en ala volant;
Ore est Phelippe cert dont einz esteit doutant.
De kjeisanîe ke pont le oef al giron. [Val. i i]
A vint puis qu[e] il fu en une région, (b)
Et mult i aveit bestes, oissels à grant foison.
380 Une feisant[e] vint volant (tres)tut à bandon:
Un oef laissât chair sur les curs Phelippun.
L'oes chait, si depeça(s)t; si'n eissi un dragun;
Mult esteit petitet, si rampât environ.
Le test dunt ert eissu, pur aveir guareison
385 II n'i poeit entrer ne [de] desuz n'en sum,
Ne contre le soleil trouver deffension;
Mort fu li dragonsels par itel achaisun.
364. Cor. Li h.? — }70. e ch. — 373. Cor. Tut p.?
THOMAS DE KENT. 21 I
Li reis manda(s)t un sages [qui] Antifon ot non,
Nul ne sot plus de li de la stellacion,
?90 Priet li qu'il li die de cee s'entencion.
[E] cil fait test ces sorz e sa conjunccion ;
Puis, si l'espont al rei par mult chère raison :
<c Del fiz vostre reine coe est la vision :
« Que rendra tut le monde en sa subjeccion,
?95 « La reondesce de Poef est Fentrepretaciun.
« Ceo que li dragons morust de fors sa maison,
« E jeovenes e petit, sanz consolation,
« Est, reis, à cel enfant signification,
« Joevenes e petiz conquérant morra par traïson
400 (( E fors de son pais; coe est Pexposicion. »
Cornent Alisandre nasquist & des merveilles k'avindrent
quant il nasquist. [Val. 12]
Li ventres a la dame à son terme est pris ;
Necta[na]bus la lune par Pastralabe enquis
Et [si] dist à la dame : « Une rien vous devis,
« Se li emfes ore neist, povres ert & mendis,
405 « Coarz e recreanz, de bataille fuistis,
« Prison à moites genz, pain querant e chaitis;
<( Pur ceo vous tenez ore, si'n aurez los épris.
La dame s'est tenue, tant i ont engin mis;
Revenent li assauz; ele regette cris.
410 Necta[na]bus li dist : « Par fei, ore est mult pis,
392. chère, corr. clere? — 394. q. t. l. m. r. — 595 . Larcon-
desce. — 399. Corr. [Que] j. c? — 402. 1. lure.
212 THOMAS DE KENT.
« Kar s[e] il ore naist dune ert cochez demis,
« L'autre meité ert home de la chère, del vis ;
« Tenez vous ore bien kar dès ainz vous garnis. »
Par engin se rastient, si cum anceis vous dis;
41 ^ E les assauz [rejvenent de l'enfant qui fut vis,
Sa nature le volt e il fut volentis ;
Grant dolur ot la dame, sis quers [en] fu pertis,
Nectafna]bus (en fu) dolent e fièrement pensis;
Regarda as planètes, à l'ore fut bais,
420 E dist à la reine : « Ore est tut bien assis,
(( Laissez le tost venir, car reis ert poe[s]tis,
« Gouvernera grant terre, sire de maint pais, (c)
« Hardiz e conquérant contre ses ennemis;
« Iceo est le veirs dist (e) que peiça vus pramis. »
42 5 Atant nasqui li emfes, joie en ont ses amis.
A!
1 na[i]stre de l'emfant avint grant aventure :
•Toute terre crolla, mer mua sa figure,
Li soleil sa clarté, la lune sa nature ;
Fist escliz e toneire e vent à desmesure ;
4^0 Tenercle fut le jor com(e) coe fu[s]t nuit obscure,
Mult s'en espo[e]nta chascune créature,
Li peisson en la mer, bestes en lur pasture ;
Hardiz fut e vaillanz qui de vivre en eust cure.
Li reis Phelippe dit e [par?] sa mère jure [Val. i 3]
45 j Que aucune merveille ert de celé créature ;
Pur lui est l'oscur(e)té, la pluie e la freidure,
411. coder; Val. 12: « Quia, si nunc editu vicia sis, gallus et
semivir erit qui nascetur. » — 41 j. garmis. — 41 5. que f.
THOMAS DE KENT. 21 ^
E folie li semble qu[e] il tant vit & dure;
S'il vit il en ferunt mult maie noreture.
Li maistres tient ses diz trestuz à démesure
440 E dit à la reine ke tuit en seit seùre.
Li tenz [s'en] est tournez e parti la leidure.
Li emfes out norice [ej sage ebien maure
Qui le norist e aprent saveir e parleùre
Desi là que mis l'unt à grieve portreiture.
445 1- a mère fist l'emfant mult doucement norir;
1— ' Itant crut en . viii. ans que bien poet rei servir,
Dis maistres le comandet, qu'il i deit obéir;
Ke li uns li aprent sei chaucer e vestir,
E li altres (à) parler cum se deit contenir,
450 E le tierz chevalcher amer e eschermir,
E à porter ses armes e en cheval saillir,
E poindre et ateindre e traire e ferir.
E li .vil. li apernent les .vu. arz (à) retenir,
[Si] cum opposer deit e argument faillir
455 [E] chanter par musique, set de herbes por garir,
Cum deit parler en court e à trestuz plaisir,
E longur e haltur mesurer par aaimer,
E garder as esteilles, lor nons à retenir.
Assez aprent li emfes si à chief poet venir.
460 E quant li uns le lesse, l'altre le veit saisir;
D'estre oisdif ou jolif n'avoit il [nul] leisir :
A peine poet manger ou beivre ou dormir.
Que or(e) voldra bons vers oimès les poet oïr,
44J. Pron. Quil. — 4J0. E le t. a. cli. — 4J4. apposer. —
457- '^'f-
214 THOMAS DE KENT.
De veire estoire estraiz, coe oez bien garantir.
465 Alixandre est de ce qu'il se volt esbaldir
E torner à barnage e d'enfance eissir, (^
Pener sei de bien faire e los volt acoillir.
U
nques plus bel de li ne fut emfes terestre :
Bloi peil avoit e crep, gros oil e vair le destre,
470 E corne léonine aveit neir l'oil senestre ;
E cresseit en barnage, à tuz plaiseit sun estre.
Bien saveit de cheval, eschermer de palestre,
De chiens e de forez, oisels jeter e pestre;
D'engin e de lettrure & de labour champestre;
47 5 Kar li bons (reis) Aristotles il fu sur tuz son mestre ,
Icil fu le plus sage, coe sevent clerc e prestre,
[Qu]e onkes fu el mund, sanz Jesu le celestre.
De Bucefal le cheval Alixandre, e cornent Biicefal ma[n']ga
la gent. IVal. 13,17]
A vint si q'a un jor li forein mareschal
Présentèrent al rei un merveillus cheval,
480 A force d'establie si fut pris en .1. val;
Nul n'i out si hardi qui li donast estai.
Par chaenes de fer l'amènent li vassal ;
Mult fu bel e bien fait, si semble emperial,
Mes d'une cruelté fut il trop bestial :
485 II ne voUeit suffrir frein ne sele à peitral,
Homes volleit manger plus q'estraim fr[u]mental.
464. oez, corr. puis? — Rubrique, m, la geur.
THOMAS DE KENT. 21 ^
L'om li dona icels qui el reigne font mal,
Qui jugé sont à mort par jugement real.
E por ceo fu nomé le cheval Bucifal
490 Une corroune ot el front com(e) ceo fut de roal,
E teste aveit de tor e jubé bestial,
Fors li rois Misandre n'i monta hom(e) mortal,
Si cum dans Sulins dit, que tant par fu leal.
En un celer le ferment desuz la tur aval
49^ Qu'il ne face à le gent mais pecchié criminal.
Cornent Alisandre oscist son perc, e cornent Nectanabus
reprist Alixandre. [Val. 14J
[ Qar] defors la cité, encoste d'une creille,
1 Desur l'ur d'un fossé, en travers d'une reille,
F[es]eit Nectanabus chascune nuit sa veille,
Alixandre ovec li; il l'aprent sanz chandeille
500 Del soleil, de la lune, conoistre meinte esteilîe,
D[esj engins e des sorz, de charmes la merveille.
Quant assez sout de l'art li vallet s'apareille,
Qu'il le voudra ocirre \k \i k lui conseille :
El fossé le trébuche com(e) li maistre someille,
50$ Mortel cop li dona amont par son l'orreille,
La char ries jusq'à l'os et les chevolz en peille,
Dehet [ait] tel clerjoun qui si sun mestre esveille!
49}. SoLiN, éd. Mommsen, 193, 10 : « Akxandn Magni equus
Bucephalus dictas, sive de aspectus torvitate seu ab insigni, quod tau-
rinum caput armo inustum habebat, seu quod de fronte ejus quaedam
comiculorum minae protuberabant, cum ab equario suo alias molliter
sederetur, accepta regio stratu, neminem unquam aliun praeter dominum
vehere dignatus est. n — 498, Fait N.
2l6 THOMAS DE KENT.
Nectanabus ad dit : « A quei m'as ceo fait,
sire ? ))
Alixandre respont : « Tut le mond seus descrire,
j 1 0 « E juger (de) bien e mal de chascune matire, (f. 4)
« E ne seus deviner qui tei deveit ocire ;
« Des altres devinoes, de tei ne sous nient dire.
« Or(e) gis illec envers, tu n'as mestier de mire;
« Par les esteilles poet ces aventures lire,
515 « M'est avis endreit (de) tei q'astronomie empire.
« Ouan mes ne f[e]ras nul volt de virgine cire,
« Ne charme ne nul sort, ne herbes boillir ne quire.
« L'um deit l'astronomie e blasmer e despire
<( Qui ne veit s'aventure & tuz les altres mire. »
520 De icest dit ad li mestres grant deol e ire.
Ceo dist Nectanabus el fossé oà. giseit :
« Jeo Savoie bien que mon fiz m'(en) ocirreit.
— Qui est dune vostre [fiz] ? » Alixandre diseit.
Dune li ad conté ordre cum il son fiz esteit,
52$ L'assembler & l'engin com engendré l'aveit.
Alixandre out petié de ceo qu'il oit & veit,
Prent son père en son col (e) s'en vait à l'ostel dreit.
Si le couche el paleis, veant sa gent, tut freit ;
A sa mère le conte à un conseill estreit;
530 (&) ele mult s'esmerveille de ceo qu'il li conteit.
Ensevelir le fait (meintenant) al mielz qu'el[e] saveit.
514. Corr. poestes? — 520. Corr. [e] g. doel [e grant] i.? -
J22. Corr. Iço s. — 527. Corr. vait s'en à l'o. — 53°- s'esmerveilla.
— J31. qu'il saveit.
THOMAS DE KENT. 217
Acel jor fut li reis en mult suspecions [Val. i jJ
Qui en après [ses] jourz tendret ses régions ;
A Dieu fait sacrefice de corps & de multons,
5 5 5 De fin or & d'argent riches presens & dons.
E puis s'est acoté el temple à genoillons,
E si fait ses preieres & dist ses oreisons.
De la dotance q*ad à Dieu fait questions ;
Par une voiz d'ymage ad oi le respons :
540 Qui primer montera de tuz ses compaingnons
Sur le dos Bucifal, sanz estrier, sanz arçons,
Cil avéra le roialme que tint [reis] Phelippons.
d:
une aveit Alixandre quatorze ans e plus, [Val. 17]
Oit le cheval henir desuz la tor là jus.
545 Quida que fut leons, de l'oïr n'ert à us,
E est venu corant, sil vit par un pertus :
(f Iceo est Bucifal, » ceo dit Tholomeus ;
« Pur sa grant cruelté Pad enclos Phelippus. »
Qant ceo oit Alixandre, mult fai(s)tovrir bas [Pus],
5 50 E dès qu[e] il le vit tut joinz piez sailli sus;
Veant tuz le gualope, fait le mat e confus.
Cil alat dire au rei qui gardast el reclus.
Dune set que ceo est cil dunt li dist dan Phebus ;
Salue le com(e) rei, cum seignur, cum[e] dus. (b)
Cornent Alixandre fu fest chevaler.
5 5 5 /^ant Pemfes Alixandre par out .xv. anz enters,
Bel bacheler esloit, pruz, hardiz e legiers
J4i. neit à. — • jjo. joint.
2l8 THOMAS DE KENT.
E mult armes portant, [e] orguillus e fiers,
Chevaler le f[e]ra Phelipes li guerriers.
Ses barons fait mander, vavasors & terriers,
560 E les lointeins marchis & riches soldeiers,
Trestut fut apresté qanque i fut mestiers :
Chalces out de samit, taillez & [à] quartiers,
Un blialt mi parti, ovré a eschekers.
Espérons d'or li chalcent li bon gonfan[o]niers,
565 Tholomeu, qui puis fu sis mestre conseillers.
Phelippe tint l'espée, qui fu reis dreiturers;
L'entretor fu d'un jaspe, le helt de fin or miers,
E li pomels d'argent e tut bon li acers.
Bucifal li dona qui fu fort e cursiers.
570 Cent valiez fist li rois por s'amor chevaliers
Qui tuit ont bones armes & bien coranz destriers;
Cist servirent l'enfant par dons et par luers,
Sufïerent en bataille les granz esters pleners ;
Mult par fu grant la feste & riche li mangers.
575 Qant napes furent traites, s'en partent esquiers ;
Li reis fait aporter chargié d'or cent somers;
Alixandre les done, par mules, par destre[r]s.
As bachelers novels, as mestres boteilliers,
Mareschaus à ceus & à ces despensers,
580 [E] à ces jugleors e à fols platoners;
N'i out nul k'en volsist n'en donast volentiers.
Par ceo se fist a(r)mer e loer tut premers,
Kar em poet los conquerre par doner ses deners,
557. E. m. p. a.—- $58. guerreiers. — 564. gonfâniers. — 574.
& li r. — 579. Corr. [A] m. [à] queus? — J82. a. el cer t.
THOMAS DE KENT. 219
Surketut se li hom est larges vianders.
585 Ore apreste ses armes & chars e charecters,
Fait charger ses chameilz, olifanz bateillers,
Kar en ost (en) volt aler venger ses desirers.
Cornent Alixandre asega la cité de Elym, e cornent Alixandre
oscit le rei Nicholas. [Val. i 8]
A s porz est Alixandre, si a mult bel orage.
Quant Alix, a de ces fait la justice, (f. 44 d)
Des granz trésors (le rei) as seens rent lur ser-
Donélur ad richesces, terrejs] & manantise, [vise.
Asseùré les règnes, ferme pès i ad mise ;
5 Les chastels, les citez, la terre tote assise [prise;
& fait [e] dux & comtes de cels qu[e] il mielz
Aspareinz lu rei [Darie] mostre si grant franchise :
Il lur done richesses, aime les sanz feintise
& des félons culverz destruist la culvertise.
10 Tuz sormonte d'engin, de sen & de cointise;
Ki le volt saveir, covient qu[e] avant lise
L'estoire de Porro qui de ci n'est esquise,
[Ej les merveilles d'Ynde, des arbres la devise,
Et cum Ethyope Braimande fut conquise,
I s Tharatonte & Albaine, les illes de terre bise,
II. Corr. Ki V. iço s.? — 12. L'estoiro que. — ij. vermeilles.
220 THOMAS DE KENT.
Corne reine Candace fut de s'amur esprise
& cornent Alix, por s'amur se déguise,
Cum Porres fu(s)t occist e Faecen [fut] prise.
De Darie et d'Alix, ai dit cee que fjoe] sent
Si cum joe vus premis [tut] el comencement.
Sa enfance, sa jovente, son sen, son hardement,
Sa grant chevalerie [e] son eshalcement.
Il od trieu de Rome, de Akaye ensement;
Tote Egypte & Grèce fu[ren]t à sun talent
25 E Turquie & Persie & Arrabie gent;
& cornent del rei Darie enprist le vengement
Ki lui quer(r)eit sa mort, (&) son desheritement.
& tut icoe ai dist quei i fu et cornent ;
La ver(i)té ai estrait, si l'estorie [ne] ment,
^0 N'ai sez faiz acreû, coe vus di v(er)reiement.
Mes bêles paroles e ai mis nequedent;
N'ai acreù l'estorie ne jo n'i ost neent,
Pur plaisir as oianz est un atiffement.
Home ne deit lang[ag]e traslater autrement
3 5 Qui deï[s]t mot por mot trop irreit leidement.
D'un bon livre en latin fis cest traslatement,
A cee qui l'em veit & siet n'estoet desrainement.
Mais, qui que s'en corust, joe di m'entendement;
Mi voleirs me constreinst od lur entichesment :
40 Qui [de] mun non demande,THOMAS ai non de Kent;
21. sa en jovente. — 31. baroles. Corr. Maintes b. p. i ai? — jj.
Ni ai... most nent. — 37. P.-ê. faut-il corriger : A ceus qui l'ont
veut n'estoet d.; c. à d. : Ceux qui ont vu le texte latin n'ont pas
besoin d'explication.
THOMAS DE KENT. 221
& pur çoe me nom fjoe] en cest enbrievement
Ne voil qu'atre ait blasme de coe k'à moi apent.
Si clerc ou chevaler de rime me reprent [(f. 45)
Contre toz envios par cest mot me defent :
45 Cil qui plus seit de moi en meno[r] fait mesprent.
Or(e) porrez vers oir, par le mein escient,
Qui sunt à escoter à celi ki à c'entent :
Del rei d'Ynde major, de son fier mandement,
De son riche palais, de son herbergement,
ço De citez, de chastels, (&) d'altre comandement,
De ses riches trésors dont le mains est d'argent
& des merveilles de Inde que Alix, aprent
Anceis qufe] il as arbres tenist son parlement
Ki lui distrent sa mort & son defmement,
5 5 La traisun e Tengin & l'enpoisonement
Dont li bon reis après fut irié & dolent ;
Tut iço vus dirrai, se Deu le me consent,
Corn il meisme l'escrit & mist en testament.
Sa mère l'enveia à son procein parent,
60 Al gentlil] Aristothe qui l'aprist longuement,
Issi cum[el le livre vus dist premerement.
47. Corr. q. funt à c. celi k'à ce e. ? — ji. Corr. d. li raeindre?
J2. les m. — jy. Tut joe.
222 THOMAS DE KENT.
Des messagers le rei Porre (VYnde majur, & cornent Alix,
conseila sa genî.
5oekerentroeveenescritdeitPenavan|t|
traire.
iSoIunc coe ke trovum en l'estoire de
[Palmaire.
En romanz oi Pepistre d'Alisandre retraire
65 Qu'il tramist Aristotle, son bon mestre gramaire,
Quant il [s'en] fut en Ynde où vist la bestiaire.
De Perse vers Mede priveement repaire
Alix, après la mort le [bon] rei Daire.
S[e] il ad eu guerre, desore li surt maire,
70 Car messagers li surdent de [part] son adversaire
Porres, uns reis d'Ynde major de [mult] mal'aire
Kar [en] Perse lui volt , s'il poet , moveir contraire . (b)
Chescuns des messagerschevalche un drom [ad]aire,
E portent, com Pem soit, ovels pur peis faire.
7 5 Entré est Alix, einz [en] la lande vaire,
Mult (i) ad bestes el pais, d'ornes est solitaire,
Li soleil i luist cler, tote la terre esclaire;
L'odor des espèces dolcement e soef flaire.
Conoissent li message(r) le rei al fier viaire.
62. Corr. G. k'en t. en e. d. l'en [en] a. — 63. ne l'e. — 71.
Corr. Porres d'Y. m., u. r, de ? — 74. ovels, corr. olives.
THOMAS DE KENT. 22^
De Babiloine la grant (f. 79 a).
Solun coe ke trovum as plus anciens diz,
Moïses e Josephus le dient en lur escriz,
La prof le deluive aveit Noé treis filz :
A eus treis fut li mondes entr'eus départis,
5 E les noms des parties aprof les lur sortiz.
Asez avez, seignurs, les oiz :
Dan Nembroth li einnez fut .1. hom mult requiz,
En tote félonie [e] apris e norriz ;
Dota ke li mondes deûs[t] estre honiz, (b)
10 Ou par ewe naiez, ou par feu maubfajilliz;
En Assirie la grant ad un bel liu choissiz,
E fait i doubles turs, k'encontre soit garniz.
De tel manere fut li morter endurciz
Par feu nen ert il ars ne par ewe honiz.
1 5 Pur le voleir k'il out fut il mult escharniz,
Son lignage afolé e il meime asotiz,
Devis[él par les terres e forment amatiz.
Cornent Babiloine est assise entre deux ewes.
Quant Semiramis out conquis Ynde (le) majur
E^tute Ethiopie puis la mort son seignur
20 Sur quinze reaumes régna par grant baudur;
Babilonie parfist la riche e la greignur
2. Cf. Gen. IX, 18 ss.; X, 8, 9; Ant. Jad. I, 4. - 4. Corr. en
treis pars d.î* — 6. les deeus 0.; faut-il corriger les Deu œvres?
2 24 THOMAS DE KENT.
Là OÙ comencé Fout Nembroth le traïtur.
Entre Eufraten e Tygre, coe dien[t] li plusur;
Coe sont deus riches ewes de [mult] noble savur.
2 5 Mult la compassa bien, de mur la clost entur,
De cinquante cutés fut li mur de laùr,
E deus cenz piez de haut, estrange fut la longur;
Ceissante mil[e] pas fut ronz solum la tur,
Cent portes d'araim i out en la premur
50 Ki ne creiment asaut ne de feu nul' ardur.
De quatre mil[e] pas fut haut[ej la grant tur,
Tut de marbre entaillé de diverse colur ;
Tele cité ne fut mes fête à nul jur.
Comanda ke illoec fu[s]t le chief de son honur,
5 5 Mist i noveles leis, ses genz tint en amur,
Feseit i ses comanz en liu d'empereur.
M
Cornent Alisandre vint à Bablloine.
ult fut riche cité Babiloine la grant, (c)
Li fluvies Eufrates [en] vet par mi corant;
Cent portes i aveit de cler métal lusant ;
40 Mult fu li chastel beaus e li mur avenant.
Là vient Alix., le riche rei poissant.
Pur le riche trésor Darie dont ad oi tant.
A
Babiloine vient atut son fier barnage,
De universe (de) monde i furent li message ;
36. en lui; p.-ê. faut-il à lei. — 40. ch. leaus. — 41. Corr. Alix
là V.?
THOMAS DE KENT. 22$
45 Aportent lui trésors e dounent lur irevage.
Il doutent sa fierté e crement son corage,
Ke si coe n'i feïssent il lur f[e]reit damage.
Par universe monde en fet novel taillage
E prent les grans trésors, asiet i escuage.
50 Tut i vengent d'un an od owele estage,
Kar en Aufrike irront al cressant de Perbage ;
Conquerre veut les règnes deske en la mer savage.
Cornent Alix, fut garni de la mort par sa mère.
En (la cité de) Babiloine fut Alix, li fiers,
Par universe monde tramist ses messagers,
5 5 Pur hommes, pur trésors, pur armes, [pur] deners;
Mande princes e reis e ses fiez chevalers,
Les ducs e les contes e les bons soudeers ;
Aler vout en Aufrike [tres]tut as blez premers
Confondre tuz iceus ke ne li sont triuwers.
60 Sa mère li manda par privez messagers [V. III, 31]
Quel respons ou[t] oï par les deus dreiturers,
K*i[l] par Antipatrem avéra granz encombrers,
E ke il s'en gard de lui. Alisandre dit : c< Volen-
Antipater esteit de Grèce justisers, [tiers. »
65 Un fel, un orguillus^ un juggeres parlers,
Enginneres e de mal fere custumers;
Li tramist pur li od les altres justisers,
E fist altre justise de un de ses conseillers.
49. grant. — 57. Corr. les c. et les d. — 60. prieiez m, — 61.
Q. r. on... dreiturens. — 6}. Corr. E il dit? — 67. Li [rois] et suppr.
'S
226 THOMAS DE KENT.
Cornent Antipater apparilla la poison.
Li duc Antipater veit k'il est déposez, (cf)
, ^ Altre mis en son liu e il à curt mandez ;
Il doute mult le rei(ne) [quant] set ses volentez,
E creit bien ke il seit par plusurs accusez;
Il*out fet le porquei, coe reseit il asez.
[Il] atome son eire, vers la curt est alez.
75 De meinte félonie s'est li quoens purpensez.
Einz k'il venist à curt, destempra uns herbez ;
Li venims fut mult fort, li vins elleborez,
Tramist le à la curt par un de ses privez.
Le reis a[l] manger sist od [tres]tut ses barnez
80 [E] attendent les princes qui de loinz sont mandez.
De par le duc li fut li venims présentez;
Il dist au botiler : « Amis, or(e) m'en donez,
« [E] si dites au conte de ses presens bons grez. »
Li messager prent congé, del paleis est turnez ;
85 E cil verse le vin en un vessel dorrez ;
Li reis ne siet les maus k[e] ovoek sunt medlez.
V
Cornent Alix, huit la poison.
enuz est li termes ke l'arbres eurent dist,
Ke Alisandre de sa mort n'avereit plus respit;
84. Corr. Li mes a pris? — 87. Les laisses qui suivent, jusqu'à la
hihrique : Cornent les poeples sortirent pur le corps Alisandre (/, 86
c) sont empruntées à la version d'Alexandre de Bernay et de Lambert
le Tort; les trois premières sont données ici in extenso^ et sans aucune
correction, avec les variantes de M. — 87. (507,29) L. t. est v. que li
arbre. — 88. Mj despit, avec un r écrit au dessus du d par une main
contemporaine. Qu'A, li rois n'aroit p. de r.
THOMAS DE KENT. 22J
Li an e li oit meis sont entré e acompliz.
90 Coe fut au jur trezzime, cum il est escrit, [(f. 80)
Alisandre fut en tel crime tut le cors lui defist,
E ad mandé sa gent, talent ad kes convit;
E vodra tenir curt, onc si grant ne vit.
llloec serront donez pailles e samit,
95 Vessele d'or e d'argent de la terre d'Egypt.
Par tute Babilonie ad li reis fet crier
E tuz les chevaler de la terre mander
K^il viengent à lui pur sa curt honurer.
On n'en vint nuls k'il ne féist doner
100 Vessele d'or ou d'argent ou paille d'outremer.
A plus meistre deis sist le reis au manger,
E furent entur li cel jur li duzze per.
Si li reis out pour n'en fist mie à blâmer,
Car venuz est li termes k'il deveit fmer,
1 0 j Ke l'arbre lui distrent, ob. il ala parler,
Ke cel jur de sa mort ne purreit trespasser.
A tuz ceus qui servirent fist li reis comander
K'il facent tuz les manches de lur cotes oster.
Si viengent as bras nuz le manger porter,
1 10 Car durement se crient li rois d'enpoisoner.
Mult en avéra grant si cel jur poet passer,
89. vii. m. passé et a. — 90. Si c. conte l'escrit {Var. de }7î si
c. il est escrit). — 91. Li rois f li frémit. —92. g. par lettres,
par escrit. — 95. Que... ains homs s. — 94. pale et drap et s. — 95.
Vassiel. — 97. tous ses ch. — 98. p. sen cors, — 99. il n'i v. on-
3 lies nus qui (37$ cui). — 100. Vassiel. — ici. En son p... au
isner. — 104. li jors que. — 10 j. li a. — 106. ne pooit respasser
(}7J escaper).— 107. taitlir. — 109. Etv... aporter. — m. M.
averoit g. joie.
228 THOMAS DE KENT.
Mes li serfs de put'eire ke ne le poent amer
E ke Alix, pensout hautement honorer
Ont aporté le fusche pur lui envenimer.
1 1 $ Allas ! por quoi le firent, com l'osèrent penser !
James si bon seignur ne poront recoverer;
De Darie le Persant lur pust remenbrer;
Ja nus hom ne deit serfs eshaucer ne lever.
Mult par fut grant la curt ke li reis ot assemblée,
Meinte bêle richesces i fust le jour mostrée.
Li reis sist au manger en la sale pavée,
Mult par out grant pour, e sa gent est efïréée
Pur coe ke à cel jur fu sa mort destinée,
Issint com li arbre Furent devisée.
1 2 5 Li dui serf ke sa mort urent apretestée
Li uns sist à manger, à la table honurée,
E li altres serveit en propro roée ;
Devant le rei meïme tint la coupe dorrée
Ke ert des riches pères porpris'e aûrnée.
1 30 Mult ert la traison cointement purparlée :
Pur coe k'il ont des braz lur manches ostée,
As ongles de ses poues ad l'encousche butée.
Quant li rois vout le vin sa coupe ad demandée ;
112. qui... pot.— iij. Et q.li rois p. forment à h.— 114. l'en-
toske. — 1 16-7. Manquent dans M. — 119. k'ot li r. — 120. i ot le
j. donnée, — 122. p. sa gent fut esfreé[el — '24. li doi a. li orent.
— 125. qui sa m. avoieni a. — 126. m. de la t. dorée (37$ honorée).
— 127. en le porpre. — 128. Par d. Alixandre. — 129. Qui de
p. estoit ricement a. — 130. Manque dans M. — 131, P. coi ont
il lor m. à cescun d'aus 0. — 132. En l'ongle de ses dois (375 lor
pois) ot l'entoske adesée (375 botée); après ce y ers trois autres en
plus dans M. — 133. r. voit.
THOMAS DE KENT. 229
E cil fiert einz ses poues, si li ad liverée.
1 3 j Tantost corn il ad beu si li art la couréc, (b)
Li qoers li moert al ventre, si ad la pectrine emflée,
Puis saille de la table, e la coupe ad jus getée ;
Pur coe ke morir pensse une plume ad demandée.
Antipater li fels li ad une prestée
140 K'il out tut prestement souz sa chape donée,
Esteit de venim e li tuschée e luée.
Alix, la prist, ne Tad pas esgardée ;
Si l'ad ignelement en sa bouche butuée.
Li derains venims l'ad à la mort donée :
145 Tut li membre li faillent, si ad la colur muée.
« Aï ! )) fet-il « meinne, com dure deseverée!
« Pur veir, tut sanz doutance, est ma vie outrée;
« Des arbres e del nombre ore est la chose verrée. »
i^uant li reis out beû si fremist tut si cors '
Alisandre apele Licanor le filz Fale *,
Quant Alix, se senti de la mort anguisser J, (c)
134. s. mains si l'a envenimée. — 135. Sitos com l'a beù. —
l}6. Manque dans M. — 138. vomir vot... rouvée. — 139. la li a
aportée. — 140. Si l'otsous son mantiel si coiement botée. — 141.
entoskiée et lavée. — 142. En sa b. le met sans plus de demorée.
— 144. li a la m. d. — 145. le poitrine a enflée {cf. ci-dessus v. 136).
— 146. E Dex dist Alixandres c; dans P. au lieu de meinne, /. men-
nie; — 147, or est me vie alée. — 148. et des monstres... avérée.
I. M. 509, 20. A partir d'ici je donne le premier vers de chaque
tirade et la concordance avec M. — 2. M. J24, 3. — }. Af. 510,5.
230 THOMAS DE KENT.
Misandre oi les criz e sa gent doluser ',
Misandre out grant anguisse car [de] la mort fut
[près2;(^
Quant Misandre veit ke la mort le justise ?, (f. 8 1 )
Tholomeu, dist Alix., joe te dorrai Egypte 4;
Tholomeu, dit Alix., joe vous aim de corage 5, (b)
Seignurs, dit Alix., mult sui en grant turment^,
Alisandre par cherté en apela Clyton 7 : (c)
Ça venez, dist li rois, Eumenidus de Cartage 8;(ii)
Ariste, dist Alisandre, joe vous doins une terre 9 ;
Ça venez, dist Alisandre^ sire Antiochus 'o (f. 82)
Aprosmiez à moi vus, beau sire Philotas " ;
Alisandre apele Lycanor oh se fie '2,
Caunus, cil de Mulete, aprosmez vus à moy ' ? ; (b)
I. M. 510,34. — 2. M. 5II,2J. j. A/. 509, 26. —4. M.
512, 4. — ■ ^. M. 512, 20. — 6. Manque dans M., mais se trouve dans
les autres mss.; cf. ci-dessus, p. 102, note 2. — 7. M. 512, 32, —
8. M. 513, 2j. — 9. M. 514, 9.— 10. M. 514, 15. — II. M. j 14,
23. — 12. M. 514, 37. — 13. M. n5, 30.
THOMAS DE KENT. 2^1
Seignurs, dist Misandre, ne vous chaud de plorer ' ,
[(0
Amis Antigonus, dist Alisandre, sa venez ^ (jT)
Arides, dist Alisandre, joe vus dorrai Cartage ? ;
Paulus de Macédoine li [reis] ad apelee 4 : (f. 83)
Quant Alisandre en out les dozze pers casez J ,
Çoe fut un samadi quant le jur lur aproesce ^ (h)
Ki lors veït son doel démener à Cloion 7,
Ki lores oïst le doel que fet Eumenidus ^ !
Licanor fet grant dolur, pur li crie e plore 9, (c)
As piez li reis de Grèce entre les altres Grius 'o,
Pilotas fet grant doel entre li e son frère ' ' (d)
Aristes fet grant doel e fet grève pleinte '^ : (f. 84)
Pur Alisandre plore Caunus le filz Saberte «3,
Qui lors veïst le doel qui meine Perdicas '4,
I. U. 516, 9. — 2. M. 516, )I.-— }. M. 517, II. — 4. M. 517,
28. — J. M. JI8, I. — 6. Af. 518, 14. — 7. M. jiB, 26. — "è.
M. J19, «0. — 9. Af. JI9, 25. — 10. Af. n6, 20. — II. Af. JI9.
JJ. — 12. Af. J20, 9. — 13. Af. J20, 19. — 14. Af. Î20, }2.
2^2 THOMAS DE KENT.
Mult (/. Mors) fut Misandre en mai kant passe la
[kalende ' .
Arides fet tel doel ke nuls hom n'en conforte 2, (b)
Antiochus fet tel doel ke tut li poeples loe 3 :
Antigonus fet tel doel ke del tut s'afole 4,
Del doel en est mervaille ke li baron ont fet 5 . (c)
Alisandre se pasme pur la mort kel destreint ^,
Mult par fut grant li doel quant Alix, est fmiz 7
Joël tint pas à merveille se cil ont grant pour 8,
[(f. 85 b)
Del bon rei Alisandre dont la terre est orphenine9,
[(0
Après danz Clins grant doel renovele 'o (d)
Après Eumenidus ke fut reis de Nubie ", (f. 86)
I. M. 521, 9. — 2. M. J2I, 26. — 3. M. 521, j8. — 4. M.
J22, 18. — 5, M. 523, 20. — 6. M. 524, 19. — 7. M. J24, 31.
— 8. M. J28, I. — 9. M. J29, 23. — 10. M. J31, 18. — II. M.
532, 21.
THOMAS DE KENT. 253
Cornent les poeples sortirent pur le corps Alisandre.(i.S6c)
Veanz tuz ses barons fet li reis son devis
E donc ses trésors, reaumes epaïs
A ses bons compaignons e à ses chers amis.
Chescun [en] out sa part solum coe ke ont pris.
5 Morut donc Alix., li granz, li poestifs.
Puis ke fut chevaler ne fut ke dozze ans vifs,
E vint en out devant [ke] il out adubs pris;
Entre tut trente deus, sunt dozze e deus feiz dis.
Au rei ensevelir eurent tençons e estrifs,
10 Car cil de Macédoine ont pur le cors tramis;
Cil de Perse volent k'en lur terre seit mis,
Babilonien dient ainz erent mil oscis,
Cent chasteaus abatuz e mil paleis maumis.
M.ult i out grant estrif pur le cors enfuir,
. , Car li Babilonien le volent ensevelir,
Cil de Macédoine ne volent coe soffrir
E Persien s'aforcent cum le pussent tolir.
Quant del cors ensevelir ne lur pout covenir,
i-j — Val. III, 31 ; « Ordinatis itaqut rébus dispositisque princi-
pibus ac ducibus suis^ prout sibi libuit, spiritum emisit. » — 6-8 =
Val. III, 3 5 : « Vixit autem annis triginta duobus, imperio potitus
annis duodecim. » — 9-30 = Val. III, 31 ; « Cumque de sepultura
illius iurgia orirentur, quippe Macedonibus in sua eum transferre cu-
pientibus et Persis e contra resistentibus^ tandem lovis oraculum con-
sulenteSy responsum acceperunt apud Mgyptum eum sepeliri oportere,
non in Memphis, verum in illa quam ipse sibi adificaverat urbe. Ergo
honorificentissime ibi ei erecta est sepultura. — 18. Corr. de l'ense-
velir ?
2 34 THOMAS DE KENT.
Si se mistrent en coe k'il en deussent sortir
20 E le voler as deus volent entr'eus oïr.
Si se sunt en oreisuns mis par lur commun plaisir.
Si estriva le poeples pur le cors Alix '.
Cornent le (1. //) deus ordinereni la sépulture Alisandre.
Une voiz donc lur dit ke [il] pas n'estrivassent,
Mes le voleir as deus fere tost lessassent
[E] le cors Alix, en Egypte portassent;
25' A la cité ke il fist honurablement l'enterrassent.
Quant seurent le responsonkes puis n'estriverent,
Mes [tut] dreit en Egypte à feste l'emportèrent,
En la grant Alisandre à honur Fentererent
En sarku de fm or, mes primes Penbasmerent,
30 Dolent furent li soen, plorent e waimenterent.
Sur la tumbe Alix, grant doel li soen menèrent,
[E] bâtirent lur paumes, lur cheveuz detirerent,
Lur riche garnemenz d'anguisse decirerent.
Aproef l'ensevelir li ducs se desev(e)rerenl ;
3 5 En lur propres terres e en lur citez alerent,
E les [lur] chivalers par les règnes mandèrent.
Icil qui poent e puis s'en assemblèrent,
Efforcèrent lur murs e lur citez fermèrent,
2 1 . Corr. En 0. se mettent ? — i . Cette rubrique se rapporte aux
vers qui précèdent, en marge desquels elle est placée. Une miniature
la sépare de la rubrique qui suit. — 26. onc p. — 31. Pur,
THOMAS DE KENT. 235
E garnirent lur turs, de guerre s'aturnerent ;
40 Comunementpartutlemond[e]semedlerent. (f.87)
- Li povere e li cheitif cest estrif comparere[nt],
E la mort Misandre mult cher achaterent.
E icil des régnés ke plus la désirèrent
Premer se repentirent pur le mal ke troverent,
45 (E) en servage cheïrent, en peur ke nen erent.
[tirent,
Grant mervelle est de gent qui encontre reison
Changent en curages e en lur quoer désirent
Novehez e changez dont sei meimes empirent.
Tant com Alisandre vesqui li baron l'en haïrent,
50 Detraistrent par paroles e plusurs mais bastirent,
E felonessement par poison le traïrent.
Où sist à son manger granz mais e règnes firent;
Cil ki au conseil furent onkes [mes] n'en joirent :
En tel aventure e en tel peine cheïrent
5 j Dont il e tut lur eir puis en repentirent;
Plus de quinze reaumes tiel dolur en suffrirent
[Que] eissillee en furent, la soe mort mar virent.
La gent en fut destruite e des terres fuirent,
Povere e cheitif lur hérité guerpirent
60 Li reis e li princes lur vies em perdirent,
I^ur la mort Alisandre k'il a [grant] tort murdirent.
Ici finist la romanz de Me chevalerie.
J9. Corr. li reis v.
MANUSCRIT
DE VENISE
Incipit liber magni régis Alexandri.
jonte voil dire par rime e par leoine
iDel fil Felipe le roi de Macédoine,
'e d'Alexandre que conquist Babiloine,
Perse et Africe, Baudaç e Sydoine,
Remarque. — Les chiffres placés à droite marquent la correspon-
dance de ce fragment avec le début du ms. de l'Arsenal, publié ci-
dessus, p. 1^ et suiv. Je n'ai fait au texte aucune correction, à part
quelques additions entre f ] de lettres évidemment oubliées, la compa-
raison avec Ars. suffisant, dans la plupart des cas, à indiquer la
bonne leçon. Les cas qui soulèvent une difficulté sont discutés en note.
. I. Quelques mots ou lettres sont d'une lecture difficile, l'écriture
étant très-usée aux w. i, j, 8, 9, 44, 46-9, etc. — Ibid. et w. 42,
60, 181, 182, 324, rtc. par est abrégé (p barré); auxw. ij, 38, 77,
194, (?fc. en toutes lettres ;per, en toutes lettres, w. 37, 78, 114, 142,
154, 180, 183, 199, 202, 264, 330, etc. — 3. Corr. C'est d'Al.?
Ce vers manque dans Ars. — 4. Ici, et constamment dans l'intérieur
du vers, et est représenté par une ligature, mais au commencement
du vers il est toujours écrit e devant une consonne (w. 3, 6, 61, 68,
89, 24J, 2J0, etc) et et devant une voyelle [w. 130, 203, 238, 249,
298, 501, 311, etc.). — Ibid. Baudaç, la cédille est dans le ms. De
même partout. — Ibid. En combinant les deux leçons on pourrait
rétablir le second hémistiche ainsi : Baudas, Tir e S.
2^8 MANUSCRIT DE VENISE.
$ Jérusalem e la terre d'Escaloinne,
E tôt le mond mist en si grant engoinne
Qui nel voloit servir de trestot son espoine
Nel defendi escuç ne iaume ne la broine,
Morir l'estut, ainz n'e[n] fu prise(?) essoine,
1 0 Geste ystoire n'est mie d'Auberin li canoine.
t;
iraite est de geste tote ceste chançon;
L^ystoire fu trovée droit en un dromon,
De la terre d'Egypte Paporterent Noon.
Un clers la fist c'om apelle Symon;
1 5 Contrescrist la par tel entention
Que ice sacent tuit civaler e baron
Ja nus n'ert ja esprovez enz en sa maison.
Honors conoistre n'est se proece non;
Ja des recreanz n'orrez bone chançon.
20 ^uand Alx. li filz Felipes fu nez
V^Par mont grand signes fu li rois demostrez:
Li ciels mua totes ses qualitez,
Li soleil e la lune perdirent ses clartez
Li jors meesmes torna en escurtez,
25 Croloit la terre, si trembloit de toz lez,
5. engoine est la lecture de M. Bartsch; toutefois la leçon du ms.,
à en juger par le fac-similé, est obscure et n'exclut pas aigoine donné
par Ars. — 10. Vers qui manque dans Ars. et, selon toute apparence,
interpolé; on peut en dire aurant des vv. 31, 42, 52, qui terminent
également des laisses. — 1 1-9. Cette laisse, qui manque dans Ars. et où
plus de la moitié des vers sont faux, semble interpolée. — 14. Simon,
il y avait d'abord Sanson, que le scribe a exponctué. — 20. Felipes,
en toutes lettres.
MANUSCRIT DE VENISE. 239
En mer profunde fu grans la tempestez ; 1 5
Li rois Felipes fu mont espoantez
De cel enfant que si fu demostrez.
Ce senefie que il ert moût senez
30 E que li enfes conquerra maint régnez,
Les amirauz e totes les citez.
Quand Alx. nasqui en icel jor 20
0 lui nasquirent .xxx. fil de contor
De Macédoine, de filz de vavasor;
3 5 Cil enfanz furent de l'ahé lor seignor.
E[n] mantes terres li conquistrent honor;
Tuit li servirent de gré e per amor; 25
Par lui sofrirent faim e soi e dolor
En Babiloine et en Ynde major,
40 En l'aspra terre et en la superior
Où li serpent li firent la paor ;
Mainz maus retraistrent de sei par la chalor.
L^
i rois Felipes ot cel enfant moût chier; 30
D'un de ses druz li a fait nurricier.
4$ Olimpias en pria, sa mulier,
Malvaise feme qu'ele nel lait bailer.
Li petiz enfes avoit le cuer si fier
Que lait de feme ne degnoit alatier 3 5
Ne la viande desor son doi mangier.
2 1 . rois (= iors) sic! — 3 1 . E« face de cette laisse une miniature
accompagnée de cette rubrique : Li jor qu'Alx. nasqui furent li signes
en ciel. — 42. Miniature: De .xxx. fil de contor que nasquirent en
icel jor que nasqui Alx. — 44. nurricier est incertain^ M. Bartsch lit
nutroier. — 49. mangier est la correction proposée à Ars.
^40 MANUSCRIT DE VENISE.
$0 Une pulcelle, file d'un chivaleer, (y»)
L'estovoit paistre à un orine cuiller;
Trastoz li mondes s'en peùst merveiller.
j i enfes crut de cors e d'esciant
^Plusen .VIII. anz qu'autres enfes en cant; 40
$ 5 Quant que il voit e quant que il ot aprent^
Losengeors ne prise il niant
Ne sa parole plus quetrespas de vant;
Chivaler aime et honore formant,
Quant que il a tôt lor met en presant. 45
60 Tant par est larges ne prise or ni argant;
E quant que il a tôt done à sa gant,
As chivalers quil servent à talant.
T i rois Felipes quist à Penfant dotors :
^De tote Grèce eslut li .vu. meillors.
65 Cil li apristrent des estoiles les cors, 50
Del firmament les sovrans raisons,
Les set planètes e les signes ancors,
E les .VII. ars e toz les set auctors,
De nigromance e d'enchanter les flors,
70 D'escas, de tables, d'esparviers et d'astors,
Parler à dames cortoisement d'amors, $ 5
De jugemant sormonter jugeors,
Bastir arguait por prendre robeors.
Sh de sciant; de même de scas... de sparviers 70 etc — (6 Les
même'"Z',rï'''''^'"^ ^ ''"'P^'' ^^"^ '^ '"""^^ ^'^fi^^l' ^^ P"«. De
^él^^^l^: '°^- - ^'- '^ -- original (Ars' 47) est
MANUSCRIT DE VENISE. 24I
Quant li .VII. maistre l'orent apris forment,
Un en i ot de greignor escient :
Sor toz les autres sot cil d'enchantement, 60
Neptenabus ot nom par escient.
Per le reiaume lo disoient la gent
Que Alx. ert ses filz voirement;
80 Plusors lo distrent, mai je n'en croi nient, 64
Car pois l'ocist moût engososement :
De sor un mur Tenpeint el fondement,
Pois l'en pesa, si'n ot le cuer dolent.
Tant crut li enfes que il ot .xii. anz passez. 69
^ , Un jor s'aloit desduiant par un prez 83
Soz lo palais de sa reiaul citez.
0 lui istoient .v. cent doncel jostez.
Dans Pestions i ère e Tolomez,
E cil dui erent ses druz e ses privez.
90 Honir oirent un chival encartrez.
Guida oir lions enchaenez;
Ses druz apelle, si lor a demandez 90
Que ce poit estre, ne li soit pas celez.
Dans Tolomez parla primeiremcnt :
^ , « Sire, » dist il, « nel vos cèlerai nient.
75. Miniature : De li .vu. maistre que aprendoit (?) Alx.
— 8). Le vers (68) qu'ajoute Ars. est probablement interpolé. —
84-93. Pour cette laisse, Ars. en contient deux. La première se
compose du v. 84 de Ven. et de treize vers certainement interpolés; la
seconde correspond aux w. 85-93 de Ven. Toute la tirade devrait
être, dans Ven. comme dans Ars, en é et non en ez. La grammaire
ne s'y oppose qu'au v. 88, pour lequel Ars. fournit la bonne leçon. —
90. Henir?
16
242 MANUSCRIT DE VENISE.
« Fols soie je si or je vos en ment :
« C'est un chivals que manjue la gent, 9$
« Des marescale a mangié plus de cent,
« E cort plus tost que aleine de vent.
100 « Ni a soing d'avoine, d'orge ne déforment, (f. 2)
« Pan coit manjue e boit vin e piment. »
Ot l'Alx., desrenge e desent; 100
Iluec demonstra son primier ardiment.
Dist Tolomeu : « Sire, oiez ma raison :
. _ ^ « D'un buen chival poez oïr le nom
« Que plus est fiers que tygre ni lyon :
« Grand a la gole, des dens semble dragon. 105
« Li rois Felipes, quand puet prendre larron,
(( Il ne li fait autre destrucion,
1 10 « Mais au chival li done à livrason;
« Il l'a plus tost lancié en son goitron.
« Que doçe loups n'auroient un mouton. 1 10
(( Quil do[n]tera reis ert sens contençon.
Per ma foi, sire, moût est fiers li chivals,
. . , (( Ane en cest siegle non fu mais un aitals.
« En une cartre lo tient ton père enclaus,
« Vers lui non osse habiter senescals : 115
« Toz les ocit e les bons e les mais.
« Se çinc cent homes i avoit 0 tinals
120 u Ne si doteroit il plus que il faroit un gais. »
120. si, M. Bartsch a lu li, ce qui paraît préférable, ce ms.
mettant fréquemment li pour les ou le, cf. vv. 64, 110, 197. Le
copiste a probablement voulu dire « ne les douteroienty), et levers resti-
tué serait : Nés doteroit plus q. f. uns g.
MANUSCRIT DE VENISE. 243
Ot PAlx., desrenge corn un fais,
Demonstrer volt corn il sera vasals. 1 20
^<^uant à la cartre anceis pot parvenir, 127
V^n ne trova qui li us ossast ovrir;
1 2 5 Fiert à un mail, les coins en fait saillir.
Les piez devant començe à fletir
Basse lo chief, signe fait de servir.
^uant Bucifale vit venir son segnor,
V^Baisse lo chief, signe li fait d'amor.
I ?o Et aIx. la (sic) saisist par vigor.
Un frein li mist que fu de gran valor ; 1 40
Saut sor son dos e si eist de la tor,
Dreit al palais en vient à Paumancor,
Desfublez fu et ot gente color;
1 3 5 Contre lui eissent e dux e vavasor.
Nen i ot un qui n'eûst grant paor.
De Bucifale lor vint si grant'freor 145
Li plus ardiz vousist estre en un sor.
e desor lui est sailiz li vassals,
140 i^Sor les degrez est montez Bucifals.
d;
122. Les six vers qu'ajoute Ars. ( 1 2 1-6), et qui allongent inutilement
la laisse, sont interpolés. — 125. Ici le ms. omet un vers nécessaire {Ars.
i }o), —1 27. Les quatre vers qui suivent dans Ars. (1 J 3-6) sont inutiles
au sens, mais ils complètent la tirade. Il est donc plutôt à croire qu'ils
ont été retranchés par Ven. qu'ajoutés par Ars. — 138. Miniature :
D*a1x. que vint à Bucifale en la cartre. — 139-40. Leçon qui peut
se soutenir, mais qui semble plutôt une correction à Ars. Il n'est
pas nécessaire de dire qu'Alexandre monte sur Bucéfal, cela ayant déjà
été dit au V. 132.
244 MANUSCRIT DE VENISE.
Fiers est li sires e plus fiers li chivals, 1 50
Per mei la sale tresvola corn un fais,
Peçoie tables e deromp caminals.
Cil chivaliers déguerpirent lor estais,
145 Tuit li plusor fuient à lor ostals,
Ce lor est vis cent anz durast li mais.
Li reis Felipe cria ses senescals 1 5 5
Qu'i lo défendent 0 fust et 0 tinals.
Quant Alx. vit le roi Felipon
En tel paor et en tel sospecion, (v°)
Que de la sale fuirent li baron,
Ne ne sot un remandre en la maison, 160
Del fier chival descent sor un peron ;
Per un frein d'or lo rent à Festion,
1 5 5 Quel reis Felis si Pot de Salamon.
Cil lo crement plus que tygre ni lion ;
N'est pas merveille, car il sembla dragon.
Lo fil lo père en vait mètre à rason, 165
Ne lasera ne li demant un don.
160 ^uant Alx. vint à son père al deis,
V^Primiers li dist : « Saus siez, sire reis;
« Assez sui fors e jovenz e freis,
« Volez que soie canoines 0 borgeis? 170
« Adobez moi à guise de greçeis,
165 u Vestre reiaume métrai tôt en defeis ;
144. Corr. guerpirent. Vers omis dans Ars. — 155. Parait inter-
polé. — 163. canoines est plutôt la leçon originale que chivalers,
Ars. 170. — 165. Leçon préférable à celle d'Ars. qui satisfait diffici-
lement à la mesure.
MANUSCRIT DE VENISE. 245
<( O cel emprès conquerrai trente treis. «
Respont lo père : « Dit avez que corteis,
« De mon empire serez ancore reis. n
Quant la -novele vint à la reine 1 7 $
Que se seoit devant sa cortine,
Ense"mble lui une noble meschine
Que d'un fil d'or le ganolot (^sic) sa crine,
Ela afubla un mantelet hermine.
Moût tost s'en ist de la sale perine; 180
1 7 5 Quant vit son fil cortoisement l'encline,
Après li fu moût procaine vecine,
De lui baiser en la boce ne fine.
Quant Tôt baisié et acollé assez : 18$
« Bels fils, )> dist ele, « bon'ore fustes vos nez.
180 « Per vos sera li bons chivals do[n]tez;
« Vostre doit estre par droit, se vos volez.
« Ce senefie par vos fait il assez.
« Per vos ert bien le règne governez ;
« Quinçe ainz avez e quatre mois passez, 190
185 « Bien est e droiz que soiez adobez.
« Des ores deivent parir vostre bontez. »
Respont li enfes : « Dama, merci e grez. »
Li reis Felip qui ne fu mie lent
A la raine parla primerement : 195
171. Le fac-similé donne mescWne. — 176. // paraît y avoir plutôt
mont, mais ailleurs il y a bien clairement moût.
246 MANUSCRIT DE VENISE.
190 (( De VOS, » dist il, « viegnent le vestimenl,
« Da moi vendront li autre garniment,
« Vestre fil faites bagner astivement,
« E ses donsels se baignent ausiment;
« Par soe amor en adoberai cent. » 200
195 Quant Pot li enfes moût grant merci l'en rent;
Après l'encline del chief parfondement.
vJc
uant la raine oï li roi parler,
^ort à sa chambre, les dras fait aporter.
PerTa cité fait as doncels mander 205
200 Que bagnier s'ailent là jus au port de mer. (f. 3)
Li reis lor a les chivals fait mener,
Per tôt l'arneis lor a fait aprester.
Et ele fait les meschines mander.
Les vestiment lor a fait aporter. 2 1 0
205 Li donçel saillent qui erent en la mer,
N'i a celui que atendist son per.
Se la fussiez el pré sor la marine,
Près del degré de la sale marbrine,
La veïssiez tant peliçon hermine,
210 Tant bel bliaut e tante pel martirine, 21 $
Tant jovençel e tante bêle meschine!
Olimpias i estoit la reine
D'un vert samit vestu en escarpine.
Environ lei tendue une cortine
20J-4. Leçon préférable à celle d'Ars. Le premier lor dans Ars.
210 est fautif. — 206. Vers omis dans Ars. — 208. mâbrine. —
21 j. Rime meilleure que dans Ars ; le sens est aussi plus satisfaisant.
MANUSCRIT DE VENISE. 247
21 5 Que plus est clere que cristal ne verine. 220
Ce esteit fait por oster la câline.
Se la fussiez soz la marine el pré,
Desoz la sale, très al pié del degré,
La veïssiez tant destrer enselé,
220 Tant frein à or e tant elme gemé,
Tant bon auberg e tant escu borclé, 22^
Tant bon espié e tant brant açeré,
Tant esperon d'or roge nielé,
Tant bon petral e tant estref doré !
225 Tuit cil estruit (sic) ierent asemblé
As çovençels qui erent adobé, 230
Les plus esliz de la cristinité.
yr-v uant li donçel sunt issu de la mer
V^Lor dras lor fait la raine aporter,
230 As chivalers les comande à doner;
Cil les saisissent senz negun demorer.
Caschuns en prent por son cors correer. 2 3 5
Ela meesme vait son fil atorner ;
Li reis lor a les chivals fait mener ;
235 De bones armes les a fait adober.
As banier lor fait après crier
Que la quintaine ne volt pas oblier,
Et Alx. i ferra come ber. 240
227. Miniature : D'Alx. com ses compaignons que s'ala baigner
en la mer por estre chevalier. — 232. por abrégé (p barré). — 234.
Vers omis dans Ars. — 2J5. adober est la bonne leçon; afaiter (■=■
afaitier) d'Ars. ne convient pas à la rime.
248 MANUSCRIT DE VENISE.
Quant Alx. fu bagniez 0 ses druz,
A une part s'en est tornez toz nuz.
Uns cambarlens lor vient li saut menuz -,
Brages lor porte e causons bien corsuz,
Cauces de paile e solers bien aguz. 24$
Dans Tolomeu li est devant venuz,
245 E Festions qui s'en est irascuz,
« Sire, » dist il, « por quoi n'estes vestuz ?
« De la quintaine sunt ja li peus feruz ;
« Mien escient ja ferront es escuz. » 250
E
t Alx. demande sa chamise 264
250 i-^ E la raine la li a el dos mise. (V)
Ele ne fu cosie ne reprise ;
Ovrée fu sor l'aive de Tamise,
Por aute mer fu portée en Frise
Al rei Felipe cui ele fu tramise. 269
2 5 j Or l'a li enfes cui ele fu promise,
Ne peiist estre en nul leuz mielz asise.
Qui l'a vestue ja sa char n'ert malmise,
Ne ne luxure ne sera trop esprise.
Sor la chamise ot vestu un bliaut ;
Qui vout voire dire plus de cent livras vaut, 27 $
Car quatre fées lo firent en un gaut
Soz Babiloine, el poi de Mont Rigaut;
Un encantere c'om apelle Rambaut
Por grant engin fist avoir cist bliaut 280
246. por par un p barré; por quoi en toutes lettres v._30 5 et ail-
leurs, mais per quoi v. 535. — 249. demande, ms. demadz.
MANUSCRIT DE VENISE. 249
265 Per un oisel c'om apelle girfaut.
Qui l'a vestu ni a trop freit ni trop caut.
d;
esus vesti un peliçon hermine ;
El dos li mist meesme la reine :
Les gules furent d'une beste marine
270 Que fu trovée el lac Sainte Crestine; 285
Pantere a nom, e luist plus que verine,
Ni que jagonçe ni que peire sardine ;
La gole ot roge e tote la peitrine ;
Das (sic) corn la voit tote voie l'encline.
275 Qui l'a sor soi si a tel medicine
Ja ni aura pel canu dedenz sa crine. 290
Pois li afibla un mantel marterin
Que fu covert d'un paile costantin;
C'est un chiers dras, brosdés fu à or fm.
280 Li rois Felip l'ot d'un viel sarraçin
Que il ocist al poi de Mont Taurin ;
Bien vaut cent livres de fm or arabin. 295
E la roïne lo traist de son escrin ;
Son fil la (sic) done, al nob[i]le meschin ;
28$ Hom qui la porte ja ni aura mal de vin,
Tant n'en soit boire al soir ne al maitin.
O
lympias li a cent un baldrei. 500
Ja chivalers qui l'ait environ sei
268 et 272. Vers omis dans Ars. — 279. Vers omis dans Ars. —
282. arabin, la leçon d'Ars., peitevin, sera préférée, si on attribue
à cette version une origine poitevine.
250 MANUSCRIT DE VENISE.
N'ert abatuz ni honiz entornei.
290 Pois li a mis un tel anel en dei,
Si corn reconte cil cui je bien crei,
Cil qui lo porta ja ni aura trop grant sei. 305
Monta li enfes sor un blanc palafrei,
E la reine le conduist jusqu'al rei.
295 x->. uant ei palais est li enfes venuz
V^Del palefroi est à pié descenduz.
Toz li barnages contra lui est venuz ; 310
Plus de cinc cent en i ot des chenuz
Et autretant de jovençel[s] crenuz :
500 N'i a celui ne li die saluz. (f. 4)
(.( -Reial ! » s'escrient, « nostre sire est venuz. »
Et Alx. s'en est moût irascuz; 3 1 5
Damedeu jure e les so[e]s vertuz
« Qui reis m'apelle ja ni ert mais mes druz.
905 çeignor, » dist il, « por quoi m'apellez rei
^ « Car anc de terre ne ai neis plein dei ?
(( Mais je'n aurai, se vif, si com je crei, 320
{( Se Deus garist cist donçels que ci vei.
« Il me seront, ce cuit, de bone fei,
310 <( Je lor serai ce que estre lor dei. »
Quant ot ce dit si s'aproça dei rei.
Et il lo baise et assist joste sei. 325
Rement... vorra la noissa e l'esfrei.
290. en, sic; il y avait p.-ê. dans l'original eu. — 307. je naurai.
— 315. Le fac-similé donne Remcuer.
MANUSCRIT DE VENISE. 2^1
Parla li rois là où erent li baron,
j. , Li rois Felip mist son fil à rason :
« Biaus fil, » dist il, « moût as clere façon;
« Bien te covient cil hermin peliçon. 3 30
« Haï ! quai honte de la subjection
« Que t'estoit faire vers Daires li félon 1 »
320 Dist Alx.: « M'a il en prison?
« Ja ne porte je lance ni confanon
« Se no li trençe lo chief soz lo menton ; 335
« Donc pora l'en dire que no vail un boton. »
Dist li barnage : « Cist a cuer de lion. »
525 ><^uant par la sale se furent tuit teù
v^Et Alx. a à li rei respondu :
« Père, » dist il, « ne parlez del treù;
« Recréant furent tuit cil qui l'ont rendu. 340
« Ja ne porte je ni lance ni escu
330 « Se jamais Daires n'a lo pris d'un festu.
« Per sol ice que il l'a tant tenu
« Li trançerai lo chief desor lo bu. »
Dist li barnages : « Deus t'en doint vertu. » 34$
Fonment s'escrient li petit e li grant :
, , j « Droiz emperer, per quoi demorez tant ?
« Donez à vestre fil armes à son talant ;
« Ne volons mais quel tegniez per enfant.
320. ///tfuf sans doute lire dans Ars. 33? A m'il, pour M'a il. —
323. Vers trop long. Comme d'ailleurs il manque dans Ars. on
peut le supposer interpoli. — 3 37-8. Ces deux vers manquent dans
Ars. Le second, qui introduit une rime en en (astivament) dans une
laisse en ani est sûrement interpolé.
2^2 MANUSCRIT DE VENISE.
(( Adobez il tost et astivamant,
(( Se vos nel fait devenrons sei cornant ;
340 « De lui farons e seignor e garant; 550
« Toi guerpirons corne rei recréant;
« Tes losengers que te vont delaiant
(( Entre en une cartre métrons les cols avant. »
Quant l'ot le rei dreice sei en estant.
545 x-x uant vit li reis sa masnia privée
VyPor Alx. marrie e troblée ? j 5
De sa armaûre qui tant est demorée,
Passa avant, vait li ceindre la spée
Qui fu forgée outre la mer betée.
550 Une reine qu'ot nom Pantesilée (y°)
Que en bataille en soloit estre armée 360
L'a li tramist par une soe fée.
Sot el ciel n'a home, se en reçoit colée,
For negun home que ja meis soit sanée.
3 5 5 T_J ^uberg li done 0 entérine maille ;
Al De l'or d'Arabie fu tote la ventaille; 365
Enprès lui sunt tuit li autre coraille ;
Ane ne fu hom por cui il feïst faille.
Pois li présente [1'] iaume de Cornuaille;
360 Li reis Artus l'ot maint jors en bataille.
Puis qu'il laura lacié sor la ventaille 370
542-3. Leçon bien préférable à celle d'Ars., sauf qu'au second vers
il faut supprimer Entre. — 344. Miniature : Del rei Felip quefistAlx.
son fils che. — 346. Ici et dans Ars. il semble que /'e de marrie
compte dans la mesure.
MANUSCRIT DE VENISE. 255
Ne poit caloir qui fere ne qui faille.
Cuverz estoit d'une sire (sic) toaille;
Li reis Felip à son chier fil le baille.
56^ Tjiscu li done de coste de poisson ;
i-^La guinche en est à orfreis environ. 375
Très en iné leu ot escrit un lion :
Ce senefie la fierté del baron.
Il fu jadis al fortisme Sanson,
370 Si fu tramist al fort rei Felipon. 380
Ane en cest siegle n'en vit nus hom si bon,
Quant arma i fiert resalt corne bolçon.
Espié li done li reis Felip après ;
Un febles hom i eûst tôt son fès ;
375 La haste fu d'un quarter de ciprès, 38$
Li fer en fist un fevre au rei Sersès.
Ja Deus nel voille que il forge jamès
Soz ciel ni a home, s'en est feruz d'eslès,
Sempres ne moire ainz que il soit confès.
380 Li reis Felipes e li Macedonès 390
Cil lo tollirent par force au rei Cersès
En la bataille soz la cité de Roès.
Quant Alx. fu de tôt adobez
Dos espérons a en son piez fermez ;
385 Li reis suen père les li avoit donez; 39^
De fin or furent, à esmaus neelez.
366. Corr. ert; même faute v. 43 j. — 386. esmal d'Ars. est fautif ;
il faut le plur. pour justifier neelez dont la forme est garantie par la
rime.
2 54 MANUSCRIT DE VENISE.
Ane chivaliers ne fu plus bel armez ;
Poez savoir que bien fu conreez.
Devant lui fu Bucifale amenez :
390 Chiefotbien fait, oreilles e costez ; 400
Li estrief furent de fin or neelez,
Crope reonde e fu bien ensellez,
Fors sol les renges tôt li frens fu dorez,
E li petraus fu moût menu cloez,
595 E li panels fu de paile envolsez.
Per grant vertu est li donçel montez ; 40$
Cort par les rues come faus abrivez;
Grant aleùre en est venuz es prez ;
Toz li barnages en est près lui alez.
400 ^^uant de la cité est li enfes issuz (f. 5)
V^De la quintaine sunt ja li pez feruz; 410
Mon escient ja feriront els escuz.
Point Bucifale qui fait les saut menuz.
Quant Pot brocié des espérons aguz,
405 Baisse la lance, fiert par mei les escuz,
Toz très los a peciez e derompuz.
Brise les bordes e les per (?) e les fuz. 41 $
Per grant vertu s'en est outre corruz.
Dist li barnages : « Daires ert bien vencuz.
391. Ici, comme dans lev. correspondant d'Ars. (402), la gram-
maire et la rime sont en contradiction; p.-ê. Li estriés fu? — 399.
Miniature: D'Alx. que aloit au torniement. — 401-2. Ces deux
vers paraissent déjà ci-dessus vv. 247-8. Cette fois, le second, qui
est de trop et manque en effet dans Ars., a été évidemment amené par
le premier. — 404. Leçon préférable à celle d'Ars., qui exige une
autre ponctuation. — 406. Toz très, correction maladroite de Trestoz.
MANUSCRIT DE VENISE. 2^5
410 « Por cestui ert aquitez li treùz. »
Quant Alx. fu outra trespassez,
Bucifale broçe e point par mei les prez ; 420
Fait "un eslais dont sor toz fu loez,
Pois descendi soz la sale es degrez.
41 5 Da maintes dames fu li jor esgardez;
Dist l'une à l'autre : « Veez com est acesmez !
« Se en un lit nos avoit Deus jostez, 42 5
« Mal ait mes cuers se ja li ert veez ! »
Li donçels est descendu al degré,
_,-_ De totes part li sont avironé ;
A Festion a son chival livré, 4?o
De bones armes a son cors desarmé,
Sor ses espales ot un mantel gité,
Por la main prist un suen dru Tolomé,
42 $ Sus en la sale sunt ambidui monté
Li reis lor ot lo manger apresté: 43 5
Poez savoir qu'en i ot à planté ;
Li banier crient aiga por la cité.
Per la cité vont criant li banier
_, , , As chivalers que tuit ailent mangier.
Il i vont tuit, ne s'en font pas prier. 440
Quant sunt lavé, vont lor mains essuier.
Li reis Felipe assist son fil premier
417. C'est la bonne leçon; celle d'Ars. ne satisfait à la rime qu'aux
dépens de la grammaire. — 418. Cette leçon confirme la correction
proposée à Ars. 426.
2 $6 MANUSCRIT DE VENISE.
Outra les deis, très devant sa muiler :
43 5 Ce est sa mère qui sor tôt l'avoit chier;
Tant fort l'avise des oils ne poit ceillier. 445
Li reis manjue et tuit ses chivalier;
Quant ont mangié ec vos un messager.
Quant ont mangié li reis fist napes traire.
Ec vos un mes de la cité de Cesaire,
De Nicholas qui concorda al rei Daire;
E si li mande que guerre li vorra faire.
Quant Alx. a oï le contraire, 4^0
Moût fièrement en regarda son paire,
445 Et en après l'en a dit son viaire :
<c Peire, » dist-il, « donez moi cest afaire;
« Ja Deu ne place que je voie ma maire
« Se no Toci e pendrai come laire. )> 455
Li reis Felip est levez dal mengier,
-^j - Cortoisement a dit al messager :
<c Amis, )) dist-il, « pensez de l'esplciter;
« A Nicholas voudrai par vos noncier
(c Que Alx. li voudrai envoler ; 460
« Ane non reçut plus aspre soudaier.
4$ 5 « Ensemble 0 lui iront mil chivaler ;
(f N'i aura cel n'ait armes e destrier.
« Se il de lui ne mi poent vengier
« Jamais vers moi n'en ost un reparier.
437-8. Vers omis dans Ars. — 438. Miniature: Dou message
Nicholas que vint devant Felipon au disner. — 4j6. Vers omis dans
Ars.
MANUSCRIT DE VENISE. 257
Li reis Felip a oi li message : 46 $
^-, « Biaus fil, » dist il, « as oi cest outrage
« De Nicholas qui tant est plein de rage ?
« Meut petit prise e toi e ton lignage ;
« Tu iras lai, si menras mon barnage
w E mostreras illec ton vassallage. » 470
465 Et Alx. l'en a dit son corage :
« Por icel Deu que me fist à sa ymage,
« Nel défendra li escuz ni la targe
« Que de son cors ne li face domage. )>
Alx. meesme fu de cel ost baniers ; 47 $
^,^ Saut sor la table com hom qui est legiers,
Neguns lions ni fu unques plus fiers;
Cortoisemant semons ses chivaliers :
« Seignor, » dist il, « dites as escuiers
« Que tost vos aillent amener voz destriers. 480
« Dès or parra qui ert bons chivaliers,
475 « En la bataille ferra trastoz primiers. »
Tuit li respondent : « Nos irons volentiers. «
Se la fussiez à l'issif des degrez.
Moût la veissez deneuriez costez :
480 L'uns enpeint l'autre com home forsenez; 48$
Plus en i ot de .xiiii. crevez;
L'uns voloit estre davant l'autre es prez.
462. Tu iras lai vaut mieux pour la mesure que Tu i. à lui d'Ars.
— 475. Corr. ferrai? omis dans Ars. — 479. la veissiez deneuriez,
mots évidemment corrompus, semblent dérivés d'une leçon différente
de celle que 'donne le v. correspondant d'Ars.
258 MANUSCRIT DE VENISE.
A dos cens mille les a li reis esmez ;
A son chier fil le[s] a toz comandez ;
485 Et Alx., quant les vit adunez,
Les grailes sonent qui [s]ont d'or adobez 490
Pois lor a dit : « Franc chivaler, montez. )>
l;
i escuier se metent en l'estrée;
NM a celui qui n'ait lance levée.
490 De bones armes luist tote la contrée;
Des escuiers i ot à grant plantée. 495
Et Alx. vait après la valée,
Environ lui sa masnie privée.
Quant vint la nuit, c'orent fait lor jornée,
495 Sor Mont Taurin albergerent en la prée.
A Festion l'esquargaite a livrée; 500
Il la fist bien jusqu'à la maitinée
Que li soloil abati la rosée.
La nuit se jurent es prez soz Montaurin,
^__ A Pauba clere se mistrent el chemin, (f. 6)
Li jor encontrent un gentil pèlerin; 505
Semblant avoit de nob[i]le meschin :
Moût sembloit proz et home de franc lin,
Bliaut avoit d'un paile costantin,
505 Sor ses espailes gisoient ses blons crin,
En sa main portoitun baston pomerin.
48 j. Vers omis dans Ars. — 486. La grammaire exige adobé que
repousse la rime. La bonne leçon est celle d'Ars. — joj. Vers qui
manque dans Ars.; bien qu'il soit assez inutile, il n'y a pas de raison
décisive pour le rejeter.
MANUSCRIT DE VENISE. 259
Quant Alx. lo vit le chief enclin 5 10
Bien le conut que il ert de franc lin ;
A une part lo trait fors del chemin.
510 j-xist Alx. : « Dont estes vos, amis?
L' — Per ma foi, sire, de la cité de Tis,
Niés le roi Daire, moût fu ja ses amis;
Mesavint moi d'un suen dru que ocis, 5 1 5
Se ne fuisse(s), pas or ne fusse vis.
5 1 5 Querent aloie un de ses enemis
Que face aie à gaster son pais,
Men escientre ce est li reis Felips,
Por un treù qui toz tens li a quis, 520
Sel pois trover mieldres 'n ert li estris.
520 T-\ist Alx. : « Amis, com avez nom?
^ — Per ma foi, sire, l'om m'apelle Sanson;
« Niés le roi Daire, del miels de sa maison ;
« Mesavint moi que ocis un félon $ 2 5
« Que de mon père avoit fait traison.
525 « P'uiant m'en voi droit al rei Felipon.
« Il a un fil qu^Alx. ot nom;
« Plusors me dient que il a cuer de lion.
« Se me pois mètre en sa subjeccion
« Vers le roi Daire movrai grant contençon. » 5 30
508. Vers omis dans Ars. — ji6. Cette leçon rend inutile l'inter-
version proposée aux w. J17-8 d'Ars. Que doit être corrigé en Ciii.
— 527. Vers omis dans Ars. et qui paraît original. — 528. subjec-
cion correspond à succeccion d'Ars. comme déjà au v. 318.
26o MANUSCRIT DE VENISE.
530 r^vist Alx. : « Mont estes pros e vassals,
i^cc Mais en quel leu fu ersoir tes ostals?
— Per ma foi^ sire, en la cite Nicholas ;
« Moi alberja un de ses senescals.
« Quant vint al jor^ que me nuisoit li gais, 53 $
535 « Per la cité oï les merescals
(( Que comandoient enseller lor chivals.
« Tote la gelde s'en vont as chasals ;
« Fors de la cite en vi toz plens li vais;
«Mien escientre vos alez encontr'als. » 540
540 |-\ist Alx. : « Amis, ont il grant gent ?
^ — Per ma foi, sire, grant l'ont il voirement;
« Je ne sai mie li nombre à escient,
« Mais bailez moi un buen chival corrent
« Et unes armes qui soient avinent. $4$
545 « Jels asmerai car je nels aim nient.
« Se leus en est ferrai voirement.
« Aine Nicholas nen garda serament :
« Il est traites, foi mentie(nt) ausciement,
Vers lui voudrai mostrer mon ardiment. )> $ $0
550 T->^ans Alx. li done tel destrier: (y°)
L^Fors Bucifale n'en avoit un plus chier,
534. me nuisoit, sic; la bonne leçon doit se cacher sous cette
forme corrompue; que il chanta d'Ars. est un équivalent introduit par
le copiste. — 537. gelde et chasals sont bien plus probables que genz
e/chasteus d'Ars.; chastens est même inadmissible en ce qu'il rompt la
rime. La leçon originale devait être T. la gelde s'en venoit des cha-
sals. — 54 j. nels aim, la leçon originale devait être nel sai; dans
Ars. n'en pourrait être corrigé en neu. — H^. Suppl. [je] avant fer-
rai; cette leçon semble préférable à celle d'Ars.
MANUSCRIT DE VENISE. 26 1
E totes les armes qui font à chivalier.
Il giete à terre lo baston de pomier,
Si prist les armes e saut sor le destrier. 5 $ 5
^ 5 5 Quant il fu sus bien semble chivalier;
Cent ot le cors e lo viaire fier.
Dist Alx. : « De vos faiz messager,
« Mais ainz vos voil por creence baiser. »
Respont Sanson : « Conoistrai vos premier. » 560
560 -pvist Alx. : « Moût est corteis, Sanson,
L'a Jamais vers toi non cèlerai mon nom :
« C'est Alx. fil le roi Felipon.
« A Nicholas voil rendre gueerdon
« Del rei mon père qu'a guarpi sanz raison. $65
365 « A lui en irez e vos e Festion;
« Dès ores voil que soiez compaignon.
« Ce me diras à Nicholas, Sanson,
<( Que n'est pas bien que morent taint baron.
« Par nos dos cors en seit la contençon, 570
570 « Car je l'apel repris de traison,
« Per foi mentire, perjures e félon.
« Malvaisement s'est partiz del baron,
« Del rei mon père cui ère liges hom. »
Li proz Sanson, quant il l'oï parler,
j, j « Donc ne se pot à tenir de plorer :
« Deus ! reis, » fait il, « tu pois je adorer,
564. Lffo/i évidemment meilleure que celle d'Ars. et confirmée par
le V. J72- — $70-7}- Ces quatre vers, qui allongent la tirade sans
profit pour le sens, doivent être interpolés.
iGl MANUSCRIT DE VENISE.
« De mon seignor que ci m'as fait trover ! )>
Descent à terre del correor destrer, 575
Al pié lo prent e baise li lo solier ;
580 Et Alx. quil vout bien honorer
Descent à pié e fist que gentil ber.
Qui les veïst baser et acoller
De franc vaslez li peùst remembrer. $80
Quant l'ont assez bassié et acollé,
Pois jont ses mains, à lui s'est comandé ;
Et a'Ix. l'en a sus relevé ;
Pois apelle Festion son privé,
Por la main destre l'a à Sanson livré :
« Alez, » fait il, « là où je ai devisé;
$90 « Al criator soiez vos commandé. » $85
Li dui donçel es destriers sont monté,
Tant chivalcerent qu'il virent la cité.
Quant à la cite sont li doncels venu,
L'ost Nicholas virent toz fors eissu,
595 E suen gran tref en mé lo pré tendu. 590
Davant son piz mist çascun son escu,
Les espiez baissent e movent par...
Por mei toz l'ost en sont al rei venu ;
Davant son tref où estoient si dru
600 Li messager sont à pié descendu. (f. 7) 595
579. La rime est en faveur de la leçon d'Ars. — 584. l'ont, /. Tout '
— j86, 588. Vers omis dans Ars. — J92. Miniature : De Sanson t
de Festion que vindrent por messager à Nicholas. — 597. Le dernier
mot est illisible.
MANUSCRIT DE VENISE. 26?
Sanson parla, Festion s'est teù;
Lo senescalc son oste a coneù.
l:
i senescalc conut bien le meschin
E dist al rei sempre en son latin :
60$ « Per ma fei, sire, ci voi un pèlerin 600
(( Qui but ersoir à ma cope d'or fm ;
« E li donai e pan e car e vin ;
« De mon hostal leva hui maitin.
« Jel conois bien al paile cqstantin
610 « Et al bel chief on pendent cil bloi crin. 605
« Il a cangié son baston pomerin,
« Mon escient, por cel espié frasserin.
u Qui quel soit bien semble de franc lin.
« Chivaliers est pros e sages sences fm ;
61 5 (( Mieidres de lui ne but aiga ne vin. »
L
i pro Sanson conut le senescal :
« Sire, » dist il, « Deus te gart de tôt mal.
« Ersoir mangai 0 toi à ton graal, 6 1 1
« E hui maitin eissi de ton hostal,
620 « Outre cel bois, utre l'eve en un val.
« Là encontrai un nobile vassal,
« C'est Alx. qui me dona cest chival ; 61 $
(( Il n'a meillor fors li suen Bucifal.
« Se Nicolas li voit tenir estai
614-5. Mime observation que pour les w. J70-7}. — 618. C'est
probablement la bonne leçon. Ars. ayant remplacé graal, qu'il n'enten-
dait pas, par ostal, a été conduit à modifier les finales des vers sui-
vants.— 622.Corr.quim;f/. sim643, et la note sur Ars. 634. — 624.
Miniature : De li dui messaje que dist sa raison au rei Nicholas deCesairé.
264 MANUSCRIT DE VENISE.
625 u Bataille 'n ert antre il dos por engal. n
Quant Nicholas oï la raison :
« Amis, » dist il, « qui es, 0 cum as nom ?
— Per ma fei, sire, l'en m^apelle Sanson 621
« Niés sui rei Daire, del mielz de sa maison^
630 « Qui m'a chacié por malvaise achaison.
« Or me su pris à un noble baron,
« C'est Alx. fil le rei Felipon; 625
« Per moi te mande e per mon compagnon
« De la bataille soit en ta élection :
635 « Cent contre gent 0 ton corps contrai son. »
Li rei respont : « En toi a bon guiton,
« Pro e corteis e de belle façon.
Por Deu, Sanson, trop par estes janglere: 630
« Per ma cité passas ier come leire ;
640 « Bien te conois, soer Daire fu ta mère ;
« Trenta citez vi tenir à ton père,
« E fu mes oncles e je fil de son frère :
« Miens cosins es, sim deis estre aïdere ;
(c Et Alx. est fils d'un enchantere. 635
645 « Guerpiz l'avoltre, filz est de puta mère;
« Pas ti farai à Daire l'enperere.
<c Tôt ti rendra quant que anc tint tes père
« E t'amera ausiment coma frère. )>
629. D'après le fac-similé, il semble qu'il y ait nief. — 637. Vers
qui paraît interpolé; cf. la note du v. 10. — 638. janglere convient
mieux qu'enmere d'Ars. — 640. Vers omis dans Ars. — 646-8. Vers
qui manquent dans Ars. et dont l'authenticité est douteuse.
MANUSCRIT DE VENISE. 26$
Respont Sanson : « Moût par estes cornere.
650 pvor Deu, danz rei, moût avez dit grant faile,
1 « Vestre conseil ne pris une meaile. 640
« Il n'est pas bien que à mon seignor faile;
V Por dreit nient querroie desevraile.
« Mais faites traire en sus ceste rascaile :
6 ^ 5 « Per vos dos cors seit faite la bataile,
« Il est toz prest que vestre cors assaiie. »
Respont li reis: « N'est pas bien que l'en faile. 64$
({ Se Alx. fiert 0 moi en bataile,
« Nel défendra l'escuz ne la ventaile
660 « Que lot nel fende dusqu'en la coraile.
L'ost Alx. seit d'outra en la prée
« E la mien seit deçà en la valée; 650
(( Sor cel point soit la bataile jostée.
« La mi verrez à ma ensegne fermée,
66^ « Que Alx. mené trop grant pugnée. 652
« Mais trop est jones eissuz de sa contrée 6^6
a Del primier colp se scampa da ma spée 6 $ 5
. « Bien porara (^sic) dire non vail une tostée, 6 $ 5
« Tote ma force une pome porée. »
670 Quant Tôt Sanson, per poi n'en trait sa spée.
6jj. Manque dans Ars. — 663. point, il faut lire ou du moins
entendre pont, cf. v. 716 et la miniature dont la rubrique est transcrite
à la note sur le v. 724. — 664. Vers omis dans Ars. — 666-73.
On peut, contrairement à la leçon d'Ars., laisser 671 à cette place,
mais pour 667-9, l'ordre d'Ars. est évidemment le seul admissible,
comme aussi la leçon du même ms. pour 669.
266 MANUSCRIT DE VENISE.
Fols reis, » fait il, « moût poez menacier,
« Vestre menace ne pris pas un denier ;
« Quant vos verrez Alx. al vis fier 660
« Plus lo crembrez qu'aloe esparvier.
675 « Hui est li jors qu'il se voudra venger,
« E vos toldra la corone d'ormier. »
A cest mot furent prest li destrier,
Per les estrief montent li messager; 665
Per l'ost ariere prenent à reparler.
680 Tant chivalcherent li noble chivaler,
Que à lor gens furent à l'albergier.
Quant li message sont venu à lor gent
Li proz Sanson de son chival descent,
E Festion ses compaing ensiment. 670
685 A une part, auques celeement,
0 Alx. firent lor parlement ;
Que dus, que contes, bien i ot plus de cent;,
Dans Testions parla primerement
Et dist au rei moût afaiteement :
690 « Per ma fei sire, Nicholas vos atent; 67$
(.< De la bataille ne schive il nient,
« Per vos dos cors sera, mon escient. )>
Li pros Sanson reparla en greçeis :
« Oi, Alx., que te manda li reis :
677. Cette leçon annule la correction proposée à Ars. 664, correc-
tion d'ailleurs inadmissible, parce qu'un mot terminé par s ne saurait
prendre place dans cette série de rimes. — 679. Manque dans Ars. —
688. Vers omis dans Ars.
MANUSCRIT DE VENISE. 267
695 « Que trop est jones eissuz de ton paeis, 680
u Que fols as fait, si t'en sera sordeis.
(( Se vos jostez par vos dos el mareis,
« Del premier colp non partiras anceis
« Jusqu'à li jors te semblera un meis. »
700 Dist Alx. : « Or oi vilain corteis. (f. 8) 685
« Por icel Deu de cui je tieng mes leis
« J'en conquerroie de tiel quaranta treis
« Al brant d'acier que plus est blanc que neis. »
Acest mot ont le conseil fmé ;
, _ , La nuit albergerent li baron por le pré
E per la val, qui ert parfont e lé,
Trosqu'al maitin que parut la clarté, 690
Les grailes sonent, el chamin sont entré.
Tant chivalcherent li vassal aduré
710 Que de Cesaire virent la fort cité,
Li reis meesmes sor le pont adobé, 695
Prest de bataille e de sa tost desevré.
Quant Alx. vit Nicholas armé
Fremist e jure à guise de dessvé ;
7 1 5 Descént à pié, si apelle Tolomé,
Astivement ses armes ot crié ;
Tost les aporte don Clin e Tolomé.
70). Vers probablement interpolé. — 706. Vers omis dans Ars.;
corr. lo V. — 710. Ici manque un vers que fournit Ars. (694). —
712. Cette tirade et la suivante sont à tort réunies en une dans Ars.
— 71 5. Ce n'est pas seulement un vers qui manque au passage corres-
pondant d'Ars. (voy. la note sur 698), mais trois. ♦
268 MANUSCRIT DE VENISE.
E Festion, que il ot comandé,
D'un vert samit a son auberg foré,
720 A un oisel menuemeni ovré;
E la ventaule li a ceint ses privé ;
Pois lace l'eume qui vaut une cité ;
Sol les jagonces del cercle d'or listé
Relusent plus d'un chastel embrasé.
725 1 a spée prent, si la ceint à sa guise
i-iSor son auberg e sa pelice grise,
Que qui restreint son mautalent aguise ;
Ele fu jadis al fort Rambalt de Frise ;
Moût a duré, onques ne fu malmise;
730 Cent ans e plus fu en un sarcoil mise.
Reis Nicholas mar vit la chose enprise,
Mors est e pris s'il vient en la devise ;
Nel défendra ni cendals ni chamise,
Escuz ni broine qui sor bu seit asise
735 Que tôt nel fenda tresqu'en la sele bise.
AI col li pendent un fort escu border,
En tôt le siegle nel pot hom tel trover ;
Il est teissuz d'un grant poisson de mer,
Dalfm lo clament cil quil sevent nomer,
740 Grant joie moine quant veit lo vent torber.
721. li a ceint, curieuse faute de lecture [oup.-ê. correction) pour
li lacent. — 724. Miniature : D'Alx. et de Nicholas que vint à joster
sor le pont de Cesaire. — 726. La leçon d'Ars. est la bonne. —
732. La leçon correspondante d'Ars. est corrompue. — 737. Vers
omis dans Ars. — 740. lo vent, mauvaise leçon, il y avait proba-
blement leue dans l'original; cf. Ars. l'aiqua.
MANUSCRIT DE VENISE. 269
Li enginiere que fist les os joster 722
Per nigromance les i fist encobler, 724
A or d'Arabie sariir e tresgiter, 723
E cil lo prent qui cuide sormonter 72 5
745 Totes les genz ont hom puet habiter.
Antigonus li a Bucifale mene_,
Un buen destrer, aine ne manja d'aveine.
Engendrez fu en l'isle de Micene
D'un olifant e d'une dromedene. 750
750 Set ans e plus lo fist norir Hélène. (v°)
Li reis Felipes lo tramist à moût grant peine.
La selle fu d'un os de baaiene,
E cil i monte quil tient à son domene.
Quant il fu sus, un saut fist par l'arène, 735
7 5 $ Plus onist cler que non cante syrene ;
Vers Nicholas fu moût de maie vene,
Hui est li jor qu'il comperra la streine.
uant Nicholas vit adobé le rei
As suens parole, si lor dist en secrei 740
760 Que ja nuls d'els ost aler après sei.
Dreça la lance, met l'escuz devant sei ;
Et Alx. vait vers lui à desrei,
L'aste baissé[e], le confanon desplei, 745
De grant ravine se fier[en]t li dui rei.
76$ i^T icholas l'a premerement féru
q:
N
De sor la borcle très en mei son escu ;
7J6-7, Leçon qui annule la note suf Ars. 7)7-8- — 7C0, Manque
après ce vers le v. 742 d'Ars. — 763. 9fanon; v. 768 gonfanon en
toutes lettres.
270 MANUSCRIT DE VENISE.
Ne Pentrença que vaile un festu,
Sa hasta brise, son gonfanon a perdu; 750
Et Alx. requiert lui por vertu,
770 Son buen corage n'out mie perdu ,
Baisse l'espié, fiert per mé son escu
Que tôt li a e brisié e fendu,
Le blanc hauberg desmaillé e rompu. 755
L'aste fu roide, enpeint lo de vertu,
77 5 Rompent les cengles, li arçon sont fendu,
Petrals ne reine no li ont pro valu^
Plene sa haste l'a el camp abatu ;
Bucifal broçe, sovra li est corru; 760
Se Deus n'en pense ja aura chier lo treu.
780 Del foire sache lo brant qu'ot esmolu,
Li quais que seit i aura ja perdu,
Astivement l'en a un colp féru.
Lo chief 0 l'elme li a sevré dal bu, 765
Une grant teise si. que tuit l'ont veû ;
78$ Prent lo chief, Aristé l'ont rendu,
E Festion, son privé' e son dru;
Al rei Felipe l'envoie por treù ;
Ne l'a pas fait, del tôt en a valu. 770
La cité prent e quant qu'a mantenu,
790 Tôt a doné e tôt a despendu
A son barnage que l'a après seû.
779. La leçon d'Ars. est la substitution inintelligente d'un copiste
qui ne comprenait pas son texte; p.-ê. suffit-il de supprimer chier
dans Ven. — 788. La leçon originale^ corrompue diversement dans les
deux textes, devait être: N'a pas failli del tôt l'en a valu. — 791.
Miniature : D'Alx. que trença la teste à Nicholas et Aristé e Festion
l'enprist.
MANUSCRIT DE VENISE. 27 I
Quant Alx. ot fait son hardiment,
Que Nicholas ot mort si fièrement,
La cÏÏé prent e lo albergement, 77$
795 Sales e tors e quant que i aprent,
Pailes d'Aufrica, lo vin et le piment
Destriers e muls, tôt l'or e tôt l'argent,
A son barnage done tôt e despent.
Cels de la vile a pris por sarament, 780
800 Per dreit homage e per aliament (f. 8)
Que il li feront lot son comandement;
Totes lor terres e toz le suens li rent.
Apres orrez tôt aroieement
De ses prozces e de son conquerrement. 78^
805 •^uant Alx. ot li règne aquité,
v^Que Nicholas ot mort per si grant fierté,
Lo chief tramist son père 0 tôt l'eîme gemé.
Quatre jors sejorna en la bone cité.
Sai de defors la vile [en] un verger planté
810 D'arbres [e] de ciprès e de pomiers d'aé.
Un jor i vait li reis, si amené Tolomé;
Des autres chivalers i ot à grant planté.
Dan Clin e Tolomé ot li rei apellé ;
A une part l'ont trait à un conseil privé.
81 5 Oez que li ont dit quant furent asemblé;
Nos vos le volons dire, ne vos ert mais celé :
« Doçe compagnons faites del mielz de vos régné,
« Qui buen chevalier soient e vassal aduré.
272 MANUSCRIT DE VENISE.
u Cil condur[r]ont vostre ost por estranges contré;
820 « Pois porez chivaucier à moût grant seurté
(c Sor Daire lo persant que vos a desfié. »
Ce respont Alx. : u Moût avez bien parlé ;
« Bonament en farai la vestre volenté ;
« Vos en serez li dui, qu'ensi l'ai devisé. )>
825 Cil li ont respondu : (( Volentiers e de gré. »
Alx. appelle don Clin son conseillier,
Aristote son maistre qu'il tient por latiner
Vos en serez li dui , ja celer nel vos quer,
Tolomeu avec vos armez sor suen destrer,
830 Eumenedus e Sanses qui sont buen chivaler
Licanor e Pilotes, cels i voil outrier
Festion li otesme, ne li voil pas lasser,
E Toras li noesmes, moût l'ai oi nomer,
Antiocus et Antigonus qui sont pros e léger
835 Ardi e corajos per lor armes porter;
Il ne me faudrient mie por les testes trencier ;
Predicas li docesmes qui me voudra aider.
Or les faites venir, nel voil pas delaier.
Quant il furent venu, sis fait acompagnier.
840 Li reis vait en giber e tuit li doçe per,
Une grue abatié au faucon montaner;
Il s'est mis el repaire n'i volt plus atargier;
Aristote son maistre lo prist à chastier,
Dit li qu'il n'ait serjant, chivaler culvert ni pautoner,
845 Ne ja de malvais home ni face conseiller,
819. Ici la rime et la grammaire sont en complète contradiction.
MANUSCRIT DE VENISE. IJ^
Car cil qui gloton creit ni malvais losenger
Ains qu'il moire de mort le compeira mult chier.
o;
ez conte d'istoire, si comme li bref dist,
Que Lucans e Virgilles li conte dont lo fist :
850 Ce est del meillor rei qui anc fié tenist, (v^)
Del plus rie del plus saige, de cel que plus conquist.
D'Alx. commence qui tant règne conquist;
Tante bone cité e tant fort chastel prist.
Porter se fist al ciel tant que li chaut santist :
8^5 Ce fu per dos grifons que norir petiz fist.
Pois entra en la mer, entrosqu'al font se mist ;
Celui ont mielz se fie, en cui s'antente mist,
Que li avoit juré, afié sil tenist
Qu[e] il nel laseroit [au]tant com el vesquist,
860 Si largoit la chaene, dont li reis fu mont trist.
Li reis fu en la mer, ont forment se marrist ;
La vit toz les agaiz, as peissons les aprist;
Tormenta l'en gita, que à dreit port lo mist;
Pois retornent ariere e son senescal prist,
86 5 E si destruist la feme e celui qui la prist ;
Amdos les prist par force et en un feu les mist.
Pois fu sire del mond car trastoz lo conquist.
Or entendez, seignor, que ceste estoire dist :
847. Les faits racontés dans cette laisse et dans la précédente se
retrouvent, autrement exposés et placés avant l'expédition contre Nicolas^
dans M. 16, 34 d 17, 2}. Miniature : D'Alx. que fist li doçe per. —
868-86 Ces vers correspondent à M. 249,24-250,2 {d'après J75; ils
manquent dans 786); cf. Ars., ci-dessus p. J9-60. Dans 789 (/. 47 a)
les vers 868-9, 872, 87 j, 879, 880, 882 manquent, et les autres se
suivent dans cet ordre : 870-1, 877-8, 876, 873-4, 881, 883-6. Entre
iS
274 MANUSCRIT DE VENISE.
De Nicholas le rei que il prist et ocist,
870 De Daire lo persant qu'Alx. conquist
De Porri le rei d'Inde qu'i[l] chaça e destruist,
E de la grant vermine qu'es desers desconfist,
De Gog et de Magog que il enclost e prist;
Que jamais n'en istront jusqu'al tens d'Anticrist;
87 5 De la raine Candace qu'en sa chambre lo mist,
Ensi com Apertin sa ymage contrescrist ;
Del duc de Palatine qu'il pendi e desfist,
E de la vos des arbres qui de sa mort li dist ;
De la val perilose ont intrent e se mist,
880 Dont sofri mante pêne, si com li livre dist,
E de la fort cité Babiloine qu'assist,
E com sailli en Tyr, dont grant ardiment fist;
De ce que Aristotes l'entroduist et aprist.
La verte de Pystoire, si com li livres dist,
885 Un clers de Chasteldon, Lamberz li torz, la fist.
De latin où il ère qui en romanz la mist.
Por ce qu'il ère sages e vit en la lecion,
De l'enfance Alx. comence un sermon.
871 et 877 le même ms. ajoute : Et des bones Artu que cerqua et que
quist. — 869. Omis dans M. — 870. 789 Or vous dirai de Daire
c'Al. — 871 M. et 789 et ocist. — 872. Ven. qu'el d. — Après 872
M. ajoute: Et des autres mervelles qu'il cerka et conquist; 789 Et
des bones Artu. — 873. M. qu'il ensera. — 874. M. jamais n'en
istra j. — 87J. Placé dans M. après Bjj. — 876. M. Apelles; 789
ApoUum. — 877. M. qu'il ocist et conquist ; 789 qu'il mata et ocist.
— 878. M. q. se m. li descrist; 789 ce que de sa m. dist. — 879-
82. Manquent dans M. — 883. M. Issi com A. — 884. M. si com li
rois le fist; 789 si c. Lucas l'escrist. — 88 j. 789 de Castiaus fort;
M. l'escrist. — 886. M. Qui del 1. le traist et en; 789 De latin en
romans où ce estoit. — 887-91. Cf. Albéric 1-4 et 789 v. 99-100 (d-
dessus p. I et 119). — 887. Corr. que il ert s. e lut?
MANUSCRIT DE VENISE. 275
Et tôt primerement parla de Salamon.
890 Per lo segle qu'est vans commence un'action,
Dels signes que il vit per lo fil Felipon.
Lo jors que il fu nez fist aparicion ;
La lune e li soloil firent défection,
E la terre crola d'entor e de viron;
895 Tona et esfoldra per grant confusion.
Ce fu senefiance comme de tel baron
Que pois ot toz les règnes en sa subjection.
Illec ne vou je mie commencier ma rason^
Anceis vos voudrai dire la grant combatison
900 Qu'il fist contra rei Daire de Perse lo félon (f. 9)
d;
aires fu rei de Perse moût dotez e cremuz;
Les autres reis del monde ot conquis e vencuz,
Si que [à] chascun an li rendoient treûz;
E qui ce ne voust faire mors fu e confonduz.
90 s Quant Alx. fu en aage venuz
Que il fu chevalier, moût fu grant sa vertuz;
De sens e de largeçe sor trastoz coneùz.
A UD rei de Cesaire s'est primes combatuz,
Nicholas ot [à] nom, si non sin deceùz
910 Li règnes fu conquis, li reis mors e perduz;
Alx. li rei s'en tome à ses drus.
Quant fu à Macédoine repairez e venuz
Et il fu al peron del palais descenduz,
A son père Felipe rendi maintes saluz ;
892-7. cf. AlbériCy laisse vu, Ars. laisse ii, 789 v. 119-29.-
909. sin, corr. sui.
276 MANUSCRIT DE VENISE.
9 1 5 La corone e li ceptre li fu le jor renduz.
Adonc parla ses père que ne se fist pas mus,
E jure Damedeu e le ses vertuz
Jamais de Macédoine non ert treù renduz ;
E, se Daire le veut, bien i ert défendus;
920 « Se Deus garist mon fil as granz espiez moluz.»
Maint cuer en ert passez e quassez maint escuz.
Alx. fut moût corteis etenrasnez;
De totes les .vij. ars per fu bien enseigniez
E fu pleins de largece, de guerre veciez ;
92 5 Unques ne lo puet veintre malvaise cubitez.
Or est venuz li jor, li termes aprochiez.
Que soloit li treùs en Perse estre envoiez.
Quant li jors est passez, Daires s'est corrodez.
Donc fu li brief escrit et en quarré pleiez,
930 E botez en la cire e de saiel segniez,
E fu à dos messages isnellement carjez.
Mais il n'i mande mie saluz ni amistez.
Mais orgoil e menaces com hom outracuidez
Et s'est de mal à faire durement afichiez :
935 Se dens .xl. jors n'est 0 lui afaitiez
Il destrura trastoz e vignes e vergiez ;
Ne Pen pora garir citez, bors ni palez
Que per force nel pregne ainz qu'ait les blez seiez.
Pendus ert s'il est pris, ja non ert respitiez.
940 T i messaje s'entornent, ne font plus lonc sejor,
1— 'E portèrent li brief au roi Macedonor.
917. Corr. les soies v. — 919. Corr. li ert?
MANUSCRIT DE VENISE. 277
Alx. ses fil non i ert pas cel jor,
Alez s'estoit desduire de sparvier e d'astor.
E quant li brief fu Hz et il ot la rimor
945 Que Daires lo menace, moût en ot grant iror.
De mautalent dessire de son mantel un tor;
Trastoz les Deus en jure e del ciel la luor
Jamais de lui n'aura treù senz grant estor.
« Si Deus garist mon fil, li noble pugneor. «
950 E donc redis après : « Dites vestre seignor (v*)
« Qu'Alx. mon fil qui est de grant valor
« Li rendra li treii, ce cuit al chief del tor. »
Quant li message oïrent que Felipon lo rei
Que il ni prise Daire, ne il ni son bofei,
955 Le ccmgié demandèrent, prest son li palafrei;
Montent isnelement, chivaucent à desrei.
Quant il vindrent en Perse Daires les mande à sei :
Il lor a conjuré per lor Deu, per lor (feu) lei :
« Dites moi se Felipe en mentira sa fei ? »
960 Dist li uns des messages : « Oïl, si com je crei;
« Tu li mandas orgoil, il te mande bofei
« Qu'Alx. ses fils venra parler à tei :
« Ains que siont passé dos mois, non mia trei,
« Tel treù ti rendra qui moût ert à domei.
965 « Moût est proz Alx. por la fei que vos dei :
« N'a si rice vesin que nel face totquei. »
Quant Daires Tentendi, si'n fu en grant esfrei ;
947. Le dernier mot est incertain. — 9^2. hfiniature : De li messaje
Dayrc que vint au rei Fclip por demander lo treù. — 95}. Corr. de
F. — 958. Corr. Il les a conjurés. — 9J9. Corr. mantenra ?
278 MANUSCRIT DE VENISE.
De mautalent desserre de son mantel plein dei
E dist à ses barons : « Or entendez à mei :
970 « Per ma barbe florie, por les oil don vos vei,
« Or sera m'out semonse à trastot mon cartei ;
(( De desoz Macédoine descendrai el perrei.
« Se pois prendre Felipe je l'ocirai, ce crei. »
Alx. li reis est en gibier(s) alez,
y, j Endreit ore de none (est) arieres retornez;
E ses peires Felipes li est encontre alez
Car il voleit saveir cum il ert (a)dotrinez.
Il li dist gentemant : « Biaus dolzfils, dont venez?
— Sire, de la rivere, (e) des plus lui[n]tanes prez ;
980 « Si avons prises arnes, cers e cabrols assez.
« Ja sunt en la cusine ; sire, car commandez,
(( Ne manjai encor hui, que fusse un poi disnez. »
Il respont : « Li manjer sera tost aprestez;
« Tel chose te dirai dont moût sui effreez,
98 5 « Si Deus e ta puissance no me complis mon grez.
Biaus fils, » ce dit li perre, « dir[e] te voil novele ;
« Quant tu l'auras oie no te parra pas bêle :
« Daires li reis de Perse de servise t'apele ;
« Tes peires est sis hom e ta mère s'ancele.
980. Corr. ânes {des canards). — 986-1000. Cette laisse se retrouve
dans M. 252,16-33, non point comme ici à l'origine de la lutte entre
Alexandre et Darius, mais après une première victoire remportée par
Alexandre. Dans M., ce n'est pas Philippe^ mais Aristote qui interpelle
Alexandre, d'où un certain nombre de variantes nécessitées par la
différence de la situation. Ci-après les variantes de M. {ms. 786) et de
789 (/. 47 c). — 986. M. Al. fait il; 789 dire vous sai. — 987. 789
Quant l'averas; M. 789 ne te sera. — 988, M. 789 de servage. —
989. M. U tes p. e. sers u. ta m. est; omis dans 789.
MANUSCRIT DE VENISE. 279
990 u Quant treù ti demande malement si révèle.
« Li brief en sunt ja lit devant celé capele ;
« Tu n'i as que targer, mais fai mètre ta sele. »
Alx. l'escouta, sa main à sa masele :
« Sire, » ce dit li enfes, « je ne sui pas pucele;
995 « Je n*ai soing se fait chaut o si pluit, o si grele.
« O lui mi voil desduire quant malement favele ;
« Sel pois trover en camp la venjance 'n ertbele :
« Ne li vaudra aubère une viele gonele,
« A mon brant d'acier dont trença la [le]mele
1 000 « Li trencerai lo chief, espandrai la cervele.» (f. 1 1 )
01"
uant repaire Alx. del desduit de falcons '
990. M. Q^. le t. d. La leçon de Ven.^ confirmée par 789, n'est guère
admissible si on place, avec Ven.,le discours dans la bouche de Philippe;
il faudrait (^. t. mi d. — 991. M. je vicier les briés lire par devant la
c; 789 L'autrier fu ses briés lus par d. sa c. — 992. 789. Tu n'as que
demorer. — 993. M. A s'aceute; 789 A l'entent. Après 993 M et 789
ajoutent : De mautalent et d'ire rougist com estincele. — 994. M.
Mestres, dist Alx ; 789 II li a dit: Biaus maistre. — 99J. Af. U il p. u
rosele {var. de 375 u il gelé); 789 Ne m'en caut s'il fait (sic) u il p. u il
gelé. — 996. M. Or le voel revisder car forment il reviele; omis dans
789. — 998. M. une tenneue (37J tainte) gonniele; 789 place ce
vers après iooo. Armes ne li vauront u tainte g. — Après ^f)S M et
789 ajoutent : Mon espiel li métrai par desous la mamele (789 très
parmi le forcele). — 999. M. A m. bon b. ; 789 A m. boin b. forbi.
— 1000. Le copiste de Ven. a d'abord écrit, puis exponctuéh buelle au
lieu de la cervele. M. Li t. la tieste, s'espandra ; 789 s'espandrai. —
Après IOOO M. ajoute : Autrefois en ai jou oïe la noviele ; 789 qui n'a
pas ce dernier vers ajoute : Armes, etc., voir 998 et la var. \ Desconfis
a esté ens es vaus de Pinele. | Là conquis jou sor lui la bêle damoi-
sele, I Sa fille la cortoise, Rosenete la bêle, | Voir, jou ne le ren-
droie por tout l'or de Tudele. | Montons sans atargier, ja est mise
ma sele; j S'irons querreroi Daire qui contre nos révèle.
I. M. 2jo,3.
28o MANUSCRIT DE VENISE.
A ristotes se gist adenz sor un tapiz ' .
Or s'en vait Alx. o sa gente compaigne^ ; (vo)
Non a bon chevalier(s) de ci qu'en Alemagne,
Ne de ci qu'en la terre c'om apelle Espaigne,
Ni en la terre de Rome que l'om tient per estraigne,
$ Ne en trastote Grèce qui après lui remaigne.
Li doçe per lo sivent, n'i a cel qui s'en faingne,
Car il lor done tant n'i a cel qui s'en plaingne,
Ni en nulle manière d'avarece lo taigne.
Sor l'aiga de Gangis en la large campaigne
10 La fu ses triés tenduz e ficée s'ansaigne.
L'aiga fu d'une part e d'autra la montaigne.
Quant Daires l'oi dire, moût li vint à engaigne
Mais il ne seit ancores com cil mal li engraigne,
QMl ne trova chastel ne cité qu'il ne fraigne
I $ Ni mur que tant seit auz qu'à terre no l'enpaigne.
Lo maitin vint li reis o la chiere grifaigne ;
Don Clin lo fil Carduit a comandée s'ansaigne
1. M. 2jo,32. Après cette laisse^ il y en a dans M. deux autres
qui comprennent ensemble 30 vers : Li mangiers fu tous près que
li Griu ont hasté, 252,4; et Alixandre, fait il, dire te voel noviele,
252,16. Puis devrait prendre place, comme dans Yen., la laisse
Or s'en vait, etc., mais elle manque dans 786 et par suite dans M.
2. Var. de 789 : 2. dcsi en Morentaigne. — 3. Manque.
— 4. N'en toute Romenie que tienent por e. — 5. Au lieu de ce
vers, 'jSc) De Persiele grant desi que en Espaigne, | Les uns por signo-
rie, les autres por cavaige. — 6. p. i sunt, n'i a nul q. se f. — 7,
De son service faire n'i an. — 8. En nisune manière c'a, — 9.
grande c. — 12. si li torne à desdaigne. — 13. Comme ses max e.
— 14. C'Al. est fiers et le gent est grifaigne. — 15. N'est m. t. s.
espes c'a la t. n'e. — 16-28. Manquent tout naturellement, puisqu'ils
servent d'introduction à la prise de Tyr qui dans 789 comme dans M.
est racontée beaucoup plus haut.
MANUSCRIT DE VENISE. 281
Et a tant chivaucié por la terre estraigne
Que il vint devant Tyr, si descent en la plaigne,
20 Et a mandé al duc que per rien no remaigne
Que nel sieve après o tote sa compaigne.
Quant li dus l'entendi, de mal talent regaigne,
Et a mandé al rei une parole estraigne :
Que lui ne sa manace ne prise une castaigne.
2 5 Et Alx. en jure ses deus e sa entraigne
Que s'il lo prent per force gitez ert en longaigne,
E commande sa gent que neguns ne s'en faigne :
Jamais n'ert departiz que li uns ne s'en plaigne.
avant les murs de Tyr, lai dedens en la mer'.
Li Gré eissent de l'ost por querre la vitaille 2. (f. 1 1)
D^
Androines s'est armez e galope sor frain 3. (f. 1 8)
Pestions sist armez sor un amoravi 4.
Aristes vint poignant per mei l'estor plenier 5.
Eum. d'Arcade vit la gent honorée 6. (v*)
18. por, corr. parmi. — 21, nel, corr. ne lo.
I. Af. 9j,i. A partir d'ici, le premier vers de chaque tirade est
donné pour établir la concordance de Ven. avec M. Il est à noter que
l'ordre suivi par Ven. est, jusqu'au fol. jj v, sauf une exception indi-
quée ci-après {p. 282 n. 13), celui du ms. Bibl. imp. fr. IJ094. — -
2. M. 94,37. La suite, jusqu'au f. i8, commedans M. — }. Af. 114,
17. — 4. M. 121, 13. — j. M. 115,16. — 6. M. 116, IJ.
282 MANUSCRIT DE VENISE.
Là OÙ li Gré recovrent fu li caples mont grans'.
Gré si vendent moût chier, quMl ne trovent menaie^
La masnée lo rei fu moût afobl[e]ée K
Ensi corne li Turc orent place guerpie 4. (v")
Devant ses compaignons vint armé Salartins 5 .
Per lo camp esperone li povre desarmez 6. (f. 20)
Licanor e Pilote vont irié per Pestor7. (v°)
Li Gré orent l'enseigna Alx. crier 8.
Por Pilote rescorre sontli Gré assemblé 9. (f. 21)
Cil de Gadres n'ont mie coneù la lauraigne 'o. (v")
Por secorre Betis i sunt ses gens venues ' ' .
Por secorre Betis sont lor gent asemblées '2.
Gaidifer de Lariz ont creissent li palmier 'î.(f. 22)
I. M. 118,16. — 2. M. 146,9. — 3. M. 146, 21. — 4, M.
119,10. — 5. M. 120,3. ~ ^- M- 148,1, mais il est à remarquer
que dans divers mss., par ex. dans 789 (/. 29 a), cette laisse est à
la même place que dans Yen. — 7. M. 124,17, — 8. M. I2j,i2. —
9. M. 125,28. — 10. M. 126,33. — "• ^' 127, 2j. — 12. M.
128,9. — 13. M. 136,31. Dans 15094 l'ordre est tel :
Por secore Betis sunt ses genz asembléez (f. 74)
MANUSCRIT DE VENISE. iSj
Pirrus fu en l'eslor, ses cols fu pansant '.
Pirrus veit Gaidifer que si mesle as Gregeis».
Del conte Sibilor qui fu mort à dolor. ? (f. 23)
Eum. d'Arcade vit son nevo morir4.
Quant veit li dux Betis des Gris la contenence $.
Gel jor fu li besoing fièrement commenciez. ^ (f. 24)
Quant voit li dus Betis des Grius la contenance, (f. 75)
Gel jor fu li besoinz fièrement commenciez. —
Tholomez et li roiz et dan Clins sont venu. (f. 76)
Gadifer del Laris où croisent li paumier. (V"
Pirrus voit Gadifer cjui se mesle as Grijois (f. 77
Del conte Sabilor qui en morz à dolor. (v»
Eumenidus d'Arquage vit son neveu morir. (f. 78
Li dus Betis de Cadres ne se vot pas refraindre. (v"
Dolanz s'en vait li dus, coreceus et irez. (f. 79
Or s'en vait Gadifer qui les Gadrains enmainne. (f. 80
Bien en alasl sans perte Gadifer ce cuidons. (V)
Ne porent li Gadrain plus l'estor maintenir. (f. 8r
Gadifer fu molt preus, d'un arabi corage. (V
Fier furent li vasal et de grant estoutie. (f. 82
Cil ot féru grant cop qui doné en ot maint. (v")
Sor une coûte pointe de soie d'auqueton. (f. 8}'
Cel jor jurent li Griu el val de la froidor. (v"'
Li rois porsuit le duc qui de sejor n'a cure. —
Après eure de tierce, .1. poi devant midi, (f. 84)
Quant li Grijoiz conurent Alix. d'Aller. —
Quant Alix. vi[njt, grant mestier en ert lors. (v°)
Iluec où li Grijois ont as Gadrains josté. —
I. M. i}3,i6. — 2. M. 137,3 5- — 3- W- 138,16. — 4. M. 139,
II. — 5. M. 130, 30. Cevers est dans 1J09J {fol. 7$, voy. ci-
dessus) comme dans Ven. le premier de la tirade. — 6. Manque dans
M. mais se trouve dans 15094,70/. 75, voir ci-dessus.
284 MANUSCRIT DE VENISE.
Tolomeu e lirois e don Clin sont venu', (f. 25)
Quant li Greceis conurent Alx. d'Alier *.
Quant Alx. vint, grant mestier en ertlors.J (f. 26)
Li dux Betis de Cadres ne s'i puet pas atendre(?).4
Caidifer fu navrez e durement bteciezJ.
Or s'en vait Caidifer corrociez et iriez 6. (f. 27)
Or s'en vait Caidifer que ses Gadrinsenmaine7(f. 2 9)
Bien s'en alast sans perde Caidifer ce cuidons^.
Ne puent li Cadrin l'estor plus mantenir9.
Caidifer fu molt pro, d'un Arabi lignage '°. (f. 26)
Fier furent li vassal e de grant estoltie ' • .
Cil ot féru grant colp qui donéenotmaint'2.(f. 27)
Sor une coûte peinte fronie (?) d'aucoton n.
I. M. 151,14- — 2. M. 153,14- — 3- M. 153,37, mais
le premier vers de la tirade est tout autre. — 4. Manque dans M.^
IJ094, f. 78 V".— 5. M. 149,31. —6. M. 171,23. —7. M. 17J,
23. — %. M. 174,21. — 9. M. 182,6. — 10. M. 182,29, — II-
M. 183,12. — 12. M. 187,34; d'accord avec plusieurs mss.^ entre
autres 789 (/. 35), Ven. omet les trois laisses données par M. entre
celle-ci et la prècédentt. — 13. Af. 188,25.
MANUSCRIT DE VENISE. 285
Cel seir jurent li Gré el val à la fredor '.
Li reis perçut lo dux qui de sojor n^a cure ^
Eum. fu saint e de sa plaie gariz?. (f. 28)
La ont li Greseis sunt as Gadrains ajosté 4.
Quant vit le dux Betis Alx. et s'ansaigne J .
Al chief de la montagne s^ajostent li Gadrin^.
A moût grant seùrtance tome li dux Betis 7. (f. 29)
Moût ot li dux grant ire et li plais fut moût mals^.
Moût si furent malmis li vassal au joster9.
Moût fil grant la bataille per lo plain doriuz «o.
Li dux Betis remontent si home natural ' ' .
Lo duc vit Alx. sor son ci val armé '^.
Moût per fu grant la perte, ce nos reconte Estace. ' ^
I. A/. 190,10. — 2. M. 190,24. — 3. Tirade qui paraît ne se ren-
contrer en aucun autre ms. — 4. M. IJ478. L'ordre suivi par Ven.
pour cette laisse et les trois suivantes se retrouve dans d'autres mss.,
notamment dans -]%<) f. 31.— 5. Af. 162,37. — (>. M- i6j\,iî. Entre
cette laisse et la précédente M. ajoute celle-ci : Gadifiers vit le roi et
les Grius engramir, 163,9, — 7. Af. 164,32. — 8. Af. 167,21. —
9. Af. 169,1. — 10. Af. i6î,i6. — II. 166,4. -^ 12. Manque
dans Af. et dans presque tous les mss.] 1J094, f. 87 v». — 13. Af.
"7», J.
286 MANUSCRIT DE VENISE.
Li dux fu desconfit e sa gent fu perdue ' .
Li dux fu desconfit e sa terre gastée.
A l'auba aparisant,, si corn duit esclarier.
Li reis de Macédoine en est venuz à Tyr* (f. ^ i)
A partir d'ici Ven. est d'accord avec M. pendant onze laisses
qui contiennent le récit de la prise de Tyr, d'Araines ou Arè-
nes (Ven.) et de l'attaque de Cadres (Gaza). Puis il s'en
écarte considérablement : il raconte plus brièvement et sur
d'autres rimes la prise de cette dernière ville, et passe ensuite
au message injurieux de Darius à Alexandre qui dans M. est
placé bien plus près du début. Voici la dernière des tirades
qui s'accordent avec M., puis celles qui sont propres à Ven.:
Quant cil orent la ville Alix, rendue
Li reis la fist garnir et autres gardes mue.
Al quint jor est meûz : del siège si remue ;
Tôt dreitement vers Cadres a sa voie tenue.
5 Or sace bien Betis pe[i]ne li est creùe
Que jamais en sa vie no li sera tollue.
Li dux Betis a bien celé chosse seùe
E mande per toz ceus e secors et aûe,
E tramet en Aufrica per une gent creûe.
I. Cette tirade et les deux suivantes manquent dans M.; IJ094,
f. 88-9. — 2. M. 215,6.
I. M. (222, 12) 0 le tere. — 2. et les gardes. — 3. et son s.
— 4. voie aquellue. — 6. a nul jor ne. — 8. Et m. par sa tiere. —
9. g. crenue.
MANUSCRIT DE VENISE. 287
10 La gent Pensant e neire i est o li venue,
Et envoie en Becaine per une gent becue :
Dens ont granz e piez lez_, gra[n]s est e percreùe,
Chascuns d'els porte hace o tinel o maçue.
Cui un d'els fiert à colp, merveille est si nol tue.
1 j Tant cevaucent à force que la vile ont veûe; (f . 3 3
Qui ot tenta ni tref si l'a au plan tendue, [v*»)
E bien saça à certes moût est corta sa vie :
S'Alx. lo prent ne laira ne Pocie.
Ses engins fait drecier e la peirere que rue.
20 A Ix. fa ses periere lever,
^E manganele contremont drecier.
Da totes part fait la cité exalder,
E li feus greceis contremont lancier;
A dart e [à] sajetes fait cil dedens berser.
2 5 De cil de la cité ne fait mie à plaider
Corn il si défendent al trair' et al giter (?) :
Il gietent palons e grant père corner.
Alx. en jura en qui il se puet fier.
S'il po[t] li dux Betis à ses mains bailer
^o II le fara apendre 0 la teste couper.
Por Sanson qu'il i a mort son maistre gonfanoner.
10. p. et morne e. avoec li. — 1 1. en Bretagne por. — i j. Et p.
cescuns h. trançant et esmoulue. — 18-19. Ces trois vers^ dont les
deux premiers contrarient la rime, manquent dans M. — 19. Miniature:
D'Alx. que asist Cadres. — 20. // est inutile de chercher à corriger
cette tirade et les suivantes qui sont manifestement d'origine italienne.
— 24. dart ou darc (ad arc?). — 31. Cf. M. 2jo, 19-20 :
Quar il set qu'Alixandre est tant ses anemis
Por le mort de Sanson qui tant ert ses amis.
288 MANUSCRIT DE VENISE.
Agran tens ne fust la cité perdue
Se no fust Alx. qu'a sa broine vestue.
É li doçe per s'arm(er)ent e Paître gent menue.
^ 5 Li reis apelle sa gent, (e) dist parole membrue :
(( Baron, » dist Alx., a bone gent coneùe
<( Quante citez m'avez pris et bataille vencue ;
<c Si cesta cité ne pois aveir ne mi près une lue. »
Quant li Grés l'entendirent, de bataille s'argue :
40 Al premier assaut fu la barre prendue
E la doie (?) del fossé splana et abatue.
Trosquament a la porte n'i a reine tenue :
A pié e à conçie ont la porte rompue ; (f. 34)
Unques por cil de denz n'i pot estre défendue.
45 Grés i entrèrent chascun la spée nue ;
Cil qui rencontrèrent ont le teste perdue^
Don Clin perçut li dux qui fuz per mei la rue :
Li cival esperone qui de correr s'argue ;
De l'espée qu'il porta un tel colp li rue
50 Que li heume 0 tôt la teste li a al brant tolue ;
A cil colp fu la cité perdue.
x-x uant la cité fu prise e li palais listé
v^Li magne reis li entre il e son bamé ;
Tuit cil de la terre pris per feelté,
5 5 Son or et son aver li rent e sa grant riceté.
E il li distrent de servir à bone volunté.
Li roi fi garnir la terre de son rice barné ;
Divinus pater ont de la cité casé,
jj. Corr. sa g. a. — 51. Miniature : D'Alx. que prist Cadres.
MANUSCRIT DE VENISE. 289
La segnorie donée e trastuit l'arité ;
60 Mais de cel servise n'ont maie soldé,
Que por celui traitor fu poi enposoné,
Si corn porez oïr ainz quel libre soit fine.
Sages fu Alx. e granz fu ses barnez :
N'i remant après lui ni prince ni quassez,
65 Si ne vait après lui, ni seit deseritez.
Et Daires fu en Perse cremuz e redotez,
Que trastoz ses vesins aveit issi matez
Que treù li rendoient estre ses voluntez.
Quant il ot d'Alx. qu'ensi est ajostez^
70 Sor l'aigua de Ganguis e trastoz ses barnez,
Mais hom n'i trove pont, ne il n'i avoit guez,
A un conseil apelle ses druz e ses pavez;
Oez que lor a dit quant si fu porpensez :
« Per la fei que vos dei, cist enfes est desvez :
75 « Or lo voil essaier, si vos lo commandez,
« Se il est per enfance aisi desmesurez,
« 0 s'il fait ses grans sens o sa grans poestez,
« Qu'il vout de tôt lo mont estre sire clamez. »
A dos de ses barons a dit : « Avant venez,
80 « Querez moi Abc. tant que vos lo trovez ;
« Cest dons que je vos bail da ma part li donez,
« E la senefiance pas ne li cèlerez.
« Si com vos conterai e vos dire Porez. »
Dairez prist un estuz et un liem de soie,
_ , Al messagiers lo baile e dist qu'ailent lor voie.
72. Sic dans le fac-simîU. Il faut sans doute privez. — 84, 87.
Le ms. donne plutôt, mais à tort, escuz.
290 MANUSCRIT DE VENISE.
De la senifiance dire fortment les proie :
« Li estuz senefie qu'esbanier si doie,
i( Per ce que il est ensas d'ostier si recroie.
« Si li dites après, si mon treù m'envoie
90 (( E s'il crie merci ge li la perdonroie.
« E si ce ne vout faire et de rien s'en deroie
« Après li farai pis se il tient ceste voie. »
Li mes pristrent les dons qui délivré lor sont,(vo)
E la senefiance bien entendue l'ont.
95 Alx. tint s'ost antre l'aiga e lo mont,
Mande les carpentiers e fait lor far un pont.
Cels cui l'ot commandé en quatre jor[s] lo font.
Après passa li reis, quant la presse deront ;
Et quant il furent outra toz les princes somont
100 Que pas facent à lui, e s'il li contrestont
Per force e per poeste les destruit e confont.
Anceis que Alx. venist illec tôt dreit
Se fu il combatuz al rei que Tyr teneit
Et ot la cité prise par force e par destreit ;
105 In (?) monte Libanij un poi qui près esteit,
La sont coupé li arbres dont les engins faseit;
Et ot l'onor saisie, quant que à Tyr pendeit;
Ne un sol non trespasse qui rices princes seit.
Se pas ne fait 0 lui, que per force nel pleit;
88. ensas, corr. enfes? — 92. Le même récit est dans M. (^2-3)
placé après la gueire d'Alexandre et de Nicolas, et raconté en termes
différents.
MANUSCRIT DE VENISE. 291
1 10 Car ses maistres Aristotes cui il aime e creit
De tôt lo sens del mont l'entroduist à espleit ;
So[n] sens e sa proece forment li sormonteit,
Si qu'Alx. jure que ja no fmareit
N[i] inver ni esté, ni per caut ni per freit,
1 1 5 Jusqu'à de tôt lo mont segnor clamez sereit.
l;
i message rei Daire or ont l'ost sormontée ;
I Quant furent en la plaine si l'ont bien esgardée»
Virent tant pavillon_, tant' aucube dorée,
Tant civals e tant muls estaichié per la prée.
120 E dist li uns à l'autre : « Or vei gent desf[a]ée;
« Orgoillos est li sire qui ci l'a amenée.
« La rente del treù, je cuit, est aportée,
« Mais ele ert calungie al trençant de Pespée. »
E virent en un poi, desor une vallée,
1 2 5 Lo tref al rei meïsne, car moût ert granz e lée.
D
e lo tref Alx. vos dirai la faiture.
Cette laisse et les huit qui viennent après correspondent
sans variante notable, mais un peu abrégées, à M. 53,27-57-
$. Puis le texte se poursuit ainsi :
Alx., » dist-il, « tu ti fais rei clamer: (f. 3 5 vo)
« Messaige sui rei Daire, si voil 0 tei parler.
^ « Sis hom deûsses estre e son treù doner ;
« Enfes est trop hardiz qui ce ossas parler.
2Ç}2 MANUSCRIT DE VENISE.
^ « De soe part ti voilcist estui présenter
« E cist liem de soie; ti envoie li ber.
« E saces qu'il lo fa per ton sens esprover.
« Que cest don(s) senefient ce ti voil je mostrer :
« L'estu t^envoie il per rire e per joier ;
10 « Carenfansesencorsnondeisàalspenser. (f. 36)
« Si mon conseil vols creire, tôt ce lairas ester :
(( Toz nuz piez et [en] lang(u)es iras merci rover
i( E rendras lo treù, c'il nol volt pardoner
« Sis hom devendras liges per s'amor acater.
I ^ Alx. l'escouta, nel deigna mot soner.
»
Se tu ce ne vols faire que l'estuis senefie,
« De cest liem de soie dirai la legerie :
« Mes sire lo ti mande, dreiz est que je tel die :
« De ci que en ta terre no gariras tu mie,
20 « Dedenz cest premier an l'auras tote guerpie. »
Quant l'oï Tolomeu, autement si escrie:
« Se ne fussez messages, dit aûssez folie ;
<( Menacier e non faire c'est moût grant vilanie.
« Demain irons avant cinc lieues e demie,
25 (c Li treûz ert rendus 0 l'espée forbie.
« C'il a de nostre terre eu la seignorie,
« Or est venuz avant qui mais ne li otrie. »
ors respont Alx. moût veçieement :
« Vos serez deceùz : tôt ira autrement.
50 c( Geste senefience Daires per quel entent?
l:
6. ti, corr. tes? — ij. mot, ms. moz.
MANUSCRIT DE VENISE. 2^^
«« Li estuis est reons e lo mons ausiment
« Dont je istarai sire, si je vif longement.
« Per cest liem de soie dont il mi fait présent
« Mi revest de sa terre e de son tenement;
) 5 «Or li cornant e pri sens aucun maltalent
u Que il mi voit sa terre tost et isnellement.
« Se dedins a set jors sa terre no mi rent
« E pas no fait o mei per alcun covinent,
« Bien saura d'escremir se vers moi se defent.
40 « Gré sunt bon chevalier, (e) Daireamalvaisegent,
« Sil pois trover el camp je lo farai dolent. »
Li messaige rei Daire si départent per mal ;
Montent es muls amblans, si avalent un val.
Quant ont lo mont monté, si tornent à estai.
45 Unquas pois ne finerent am[b]edui li vassal
Tant qu'il vindrent en Perse dreit al perron reial.
Li reis jut en un lit, onquas hom ne vit tal,
Tuit li quatre quepol, furent fait de coral.
Li reis Daires si dreice quant il vit les messaiges ;
,_ Çoroes vait avant, sa parlé comme sages :
(( Garis soies (tu), rei Daire, e toi e tisbarnages;
« Toz sensti s(er)eit durables e lonc seit tes eages!
« Car se nos ti perdons ce ert dois e domages.
« Alx. est fols e fiers est sis corages;
5 5 « N'est mie de merville, bien lo deit ses aages.
(( Tu li mandas orgoil, il ti mande oltrages,
<( E dit qu'ai brant d'acier ti rendra treùsages.
« Drugomans mené o soi detrastoz les lengages,
294 MANUSCRIT DE VENISE.
« Dels homes de! pais dont a pris les homages.
60 « Et dit que toz li monz sera sis albergages. » (vo)
Quant Daires ot oï la novelle contée,
Que Çoroes u dist que avoit l'ost trovée
Sor Faiga de Gangis largement ostellée
Il vit tans pavillons, tans aucube dorée,
6 j Tant trief e tant' enseigne à fin or neelée,
Tant cival, tante mule estraiheche per la prée ;
De besans de fin or oï tante sonée,
Tantes riches lumières vit la nuit alumée
D'encens e de tubie en lampes aut levée
70 Que ja n'i faudra sens de bone oile rosée,
Desendens per desur chascune est temprée.
Tote nuit ont clarté jusqu'à la maitinée.
Dist Daires as messages : « Est-ce chose provée ? »
Ore dist Çoroes : « Je n'en fai recelée
75 (( Que quatre tans n'en seit qu'en avez en pensée.
— Oi Deus ! » dist Daires, « ma vertuzest passée;
« Cor sui desavanciez e ma terre gastée !
« S'or ne mi puis vengier ne doi mais cendre espée;
(( Lo treû mi rendront, qui qu'en prena collé[e].»
80 r^er briés e per messages que Daires ot apris
1 Sot que Alx. de la guerre s'est entremis,
Per trastotes ses terres manda ses corlis,
E manda toz ses homes que bien seit chascuns fis
62. u, corr. li? — 64. Corr. tant'auc. — 66. estraiheche, corr.
estraier? — 80. Ici Ven. rejoint Ars.-^ cf. ci-dessus, p. 6y, — 82.
corlis, ms. corsis.
MANUSCRIT DE VENISE. 29$
Que qui non ert à lui e[n]tresqu'à .xv. dis
85 Que non perde les membres; ja non sereit plaidis
Li ors ne li argens qui ot Semeramis.
Quant il ot assemblé ses genz devers Tigris
Si ot trente tans homes qu^Alx. n'ot Gris ;
Mais per ce fu vencuz e ses règnes conquis
90 Qu'as filz de ses culverz s'isteit en conseil mis,
Qu'avoit fait de sa terre senescalz e bailis,
Donées gentils femes et es honor[s] assis.
Cil li ont si son règne afollé e malmis,
Les villes confundues e les borgès aquis ;
95 Les povres chevaliers cels ont tenu si vils,
Assez sunt plus dolent que se il fussent pris.
Et hontes et contraires ont tant fait as gentils
Que quant vint al besoing, sor l'aiga de Gangis,
Si dist li uns à l'autre « que ja n'ait paradis
100 « Qui per malvais segnor si lait ferir al vis,
« Ni qu'en receit collée desor son escu bis.
« Conbatent sei soi serf dont il a fait richis
« Qui nos avers nos tollent e tenent per chaitis
« Ja cil n'aura la terre qui nos en face pis. )>
105 Chascun baissa sa lance e fuit vers son pais;
Daires veit qu'il s'en vont, per poi ne rage vis.
Derniers vers ' :
Ci fenissent li livres, dès or est bien mesure,
I. cf. ci-dessus, p. loj.
2C)6 MANUSCRIT DE VENISE.
Del bon rei Alx. qui tant ama dreiture.
Sor la tombe de lui ont fait mainte penture
E de mer et de terre, de tote créature.
Li Gré s'en sont torné la petite ambleùre.
Alx. remest dedens la sépulture.
Dex li face merci qui fait la nuit oscure,
Cil onquas en nul tens ot de nul home cure.
Ci fenissent li livres, l'estoire plus no dure.
FIN DU TOME PREMIER.
VOCABULAIRE
À désigne le fragment d'Albcric, p. 1-9;
B — \t ms. de l'Arsenal, p. 25-105 ;
BB — — de Venise, p. 2)7-272;
C — — de la Bibl. nat. fr. 78?, p. 115-17J.
D — • Thomas de Kent, p. 177-2)5.
Les textes i4 et C sont constamment cités par vers, de même B
jusqu'au vers 785, BB jusqu'au v. looi, D jusqu'au v. 588. Pour
le reste, les renvois mentionnent la page et le vers ; ainsi B 91/16
signifie Arsenal, p. 91, v. 16. — L'y est classé avec 1'/.
a, vo-j. ad.
ab/1 23, 33, 38, i6, 60,61,
66, 82, habuit.
abiter fins, 726, habiter C
1294, se trouver^ vivre avec.
acesmée de vent B 97, ex-
pression douteuse, aieine de
vent BB 99 est plus clair,
mais peut être une correction.
acesmer, préparer ^ disposer.,
vêtir ; acismez B 424.
acobler B -ji^ (encobler BB),
accoupler.
aconduire B 91/16, conduire.
ad A 105, habet.
ad, a {lat. ad), i . Dey. un
subst. ; rapport de direction
ou de temps., ad enperadur
A 43, a fol omen ne ad es-
cueyri478, ilbut a macopa
ô 601, a seyr et a matin
A 92 ; aveCy fcrt a un mal B
129, li Gré les enchaucent
aus chivaus B81/3. Indique
le moyen: il sefist porter...
au (=: par le) gripon C 67.
A, combiné avec l'art, est
souvent employé dans B à la
place d'tn : Li reis sist au
palais 86/ 1 23 , Puis montent
aus chevaus, etc. On trouve
au pour a dans cambre au
20
^o8
VOCABULAIRE.
astivement B -jG^ , astivament
astralabe D 94, 402, astro-
labe.
atenir {plutôt qu'si tenir), ne
pot — B ^72, W ne put s'em-
pêcher. Cf. G. de BernevilU.,
Vie de S. Gilles, v. 2828.
atifFementD 220}^^^ ornement.
Littré n'a pas d'ex, ancien de
ce mot.
atiréement B 784 {arotéement
Bfî), d'afilée.
atorner D 226/74, préparer.
auçors B ^2, ètymologi<]uement
le comparatifs et., pour le
sens, le superlatif de aut.
aùe BB 286/8, aide.
aumaçor B 142 (aumançor
BB 133) semble être ici le sy-
nonyme de roi.
aûsé C 1021, accoutumé.
aver B 80/56, cupides.
avigurad A 72, vigoureux.
avillier C 870, s'avilir.
aviron A 64, aveyron A 36,
en — à l'entour.
avoiés, bien — C 798, qui est
dans la bonne voie.
Baïs D 419, attentif] absorbé
dans la contemplation d'une
chose ; adj. formé sur baer.
Ce stns manque dans Du
Cange^ VII, et dans le dict.
de M. Godefroy.
baiscor C 1435 ?
baldrei B 300, dans une rime
en ei (=:/r. oi), baudrier.
baner B 437, 438, BB 236
(où B a conestable) celui qui
crie le ban et qui est charge
de veiller à son exécution ; voy.
Du Cange banerius 3 (I,
565 a) et banerii (I, 572 c).
B 475, le banier est celui
qui commande le ban, l'armée
hdinn\e.,c'est-à-dircconvoquées
Du Cange in exercitum ban-
nire (I, 570 c).
barnaches ^345 ( barnages
BB), l'ensemble des barons;
barnage D 466, les qualités
d'un baron.
batalle /4 1 3, bataille.
bendé B p. 67, dern. vers, à
bandes de couleur.
berser C 1267, lancer des flè-
ches; Diez W. Il c bercer.
bestiaire D 222/66, les bêtes
sauvages, de même que ver-
mine désigne collectivement
les reptiles.
betée, mer — B^S, mer figée,
coagulée; Di.zW. Ilcbeter,
Cachet, Glossaire, beté.
VOCABULAIRE.
bleve B 6J/67, blé; ident'n]uc
au biava des dialectes sep-
tentrionaux de l'Italie. Man-
que dans le dict. de M. Go-
defroj.
boncs C 1062, estre en — ,
être bien dis posé ^ dans ses
bons jours.
bontaz, pi. reg.^ ^85, bonnes
qualités.
borguné D 101, pourvus de
bourgeons.
boùrder, boùrdé D 137, pour
behourdé, jouter.
bozon B 582, trait qui se lan-
çait à l'aide d'un arc; voyez
Du Cange bolzonus, Diez I a
bolzone.
bricon C 98, 448, 860, 870,
fou. Aux vers 98 et 870, celui
qui se trouve dans une situa-
tion absurde ou ridicule. Voy.
Romania, IX, 626.
broigneB 7, 716, vêtement dé-
jensif recouvert d'écaillés ou
de lamelles de fer, la squa-
mosa vestis ferri d'Albert
d'Aix (III, Lxiv); pour
l'étym. voy. Diez U c.
bniïr C i^Sij bruir^ rendre un
son. Cf. le provenç. brugir.
bu A 70, le buste, le tronc du
corps.
?09
buzat B 79/28, busard^ oiseau
de proie impropre à la chasse
au vol. La leçon correcte se-
rait de buzart faire ostor(c/.
éd. Mich. 549, 4). C'est un
prov. sur lequel voy. Le
Roux de Lincyy .1, 155 et
r76.
Caaingnon C 880, nœud dans
lequel était passé le cou des
pendus; voy. Du Cange VII
chaignon et Diez W. II c.
chignon. Le proverbe contenu
dans cet ex. se trouve dans le
Livre des prov. de Le Roux
de Lincy (II, 492) sous une
forme un peu différente : Qui
le larron tornede pendre | Ja
li lerres ne l'amera.
cabeyl, lo — i4 67, /û che-
velure.
cabir, playt cabir A 98, venir
à bout d'un procès^ le résou-
dre; voy. Diez II c chef.
calitez, voy. qualitaz.
oambreier, le maistre — C
'49Sï /« grand chambner^
fonctionnaire ayant dans ses
attributions la garde -robe
royale^ voy. Du Cange ca-
merarius.
caminals BB 143 ; au v. cor-
310
r es pondant de B (F52) il y
a eschamaus; voy. ce mot.
Carpentier donne caminale^u
sens de chenets.
canteor C ^(^S^épithltedacoq.
carpent C 10^8, charpente,
corps en général^ il s'agit
d'un lion fortement charpenté.
causir A 40, 96 {lis. jausir),
choisir, viser.
cavaine C 3 1 3, trou servant de
retraite. Les dictionnaires ne
donnent que cavain.
cegnerfî44^ (ceillier BB 436),
peut-être faudrait-il clegncr
ou cligner?
ceillier BB 436, remuer les cils.
cembiax C 589 troupe, voy.
sur les divers sens de ce mot
Cachet ^ cembel.
cendé B 77, prov. cendat, taf-
fetas. Du Cange Obs. sur
l'hist.deS.Louis,VlI, 346,
cendalum.
censier C 90 5 , qui paie le cens.
cepdre B 77/65, sceptre.
cercel D 145, 194 {forme an-
glaise), cercle, couronne.
cha z= ja fi 249, 250, 272,
278, 290; chadis B 378,
jadis.
chahaleit B 78/2, 89/215,
probablement litière, comme
VOCABULAIRE.
enital. cataletto; voir Littr
à l'historique de châlit.
chalam D 63 , chalant^ bateau
de transport.
chalin B "j-j/ySy chaleur. Cha-
line est fréquent en ce sens^
mais chalin ne se trouve dans
les dictionnaires qu'au sens
de « brouillard ».
chaline fî 221, chaleur.
chalnîeis B 69, chaumeis B
683, d'abord champ couvert
de chaume, anc. fr. chau-
mois; ici plaine, champ de
bataille.
charecters D 585, charre-
tiers.
charme D -ji, 75, 177, fém.
un charme.
charra, fut. de cheïr, C 284.
chassez B p. 103, casés, pour-
vus d'un fief.
chauçons fî 244; le 'plus anc.
ex. cité par Littré est tiré du
Livre des métiers.
chaumeis, voy. chalmeis.
chaus fî 118, 515, pour ']ius
(gais fîfî), cf. cha, coq.
cheter fî 125, jeter.
choiier fî 101/18? Dans l'éd.
Michelant, bagnier.
cisclatons am flors fî 85/94,
étoffe de soie brochée; voy. le
VOCABULAIRE.
vocabulaire it la Chanson de
la croisade alb. cisclato.
citfîî92,409,588(ciléBfî,au
détriment de la mesure)^ cité.
citoian C 1448, citoyens.
ciar A 66, clair, en parlant du
teint; pris adverbialement et
se rapportant au son^ A \o\.
claritaz A 50, clartés.
clas, mot lo clas A 2, fait en-
tendre le son; de mime mover
la razo, dans Gir. de Rouss. ,
ms. d'Oxford., v. J79.
clerjoun D ^07, jeune clerCy
enfant de chœur.
cloé, escu — B 22s .
cochez D 411, cof.
i^ot D passim, ce; se mirent
en çoe O 234/19, « ils con-
vinrent de ceci. »
coller B 38 (cuiller Bfî)ftt/7/«r.
Ce mot est masc. comme
dans tous les anciens ex.
coltel B -j^yil s'agit des deux
coltels d'un espe nielé,
sans doute Us deux pointes
d'unèpieu à lame fourchue .
coma i4 61, come léonine D
470, mot adopté^ comae leo-
ninae, Valerius, I, 13.
cornant B 349, celui (jui est
dans la commande de qqun^
voy. Du Cange commenda-
tus; // y a mime II, 475 b,
un ex. de commandos en ce
sens.
come, voy. coma.
compasser D 224/25, disposer
régulièrement comme avec un
compas^ en parlant de la
fondation d'une ville; voir
des ex. analogues dans Littré.
conopé fi 77/79, voi/c, tenture,
lat. conopeum. Il y a cono-
pee dans Rabelais ; voir Lit-
tré, sous canapé. ^
conreer i5 2 3 5 , habiller.
conseyl ^4 85 , raison, jugement.
consentir, aider, être d'accord
ou de connivence avec qqun,
C 1338; employé pour la
rime, C 1385, ûu sens de se
trouver auprès, hanter.
contençon B 1 1 1 , débat.
contenement C 1344, asput,
maintien.
contor fî 2 1 , personne noble de
rang intermédiaire entre le vi-
comte et le vavasseur ; titre
principalement usité dans le
Midi; voy. Du Cange comito-
res, baron de Gaujal, Etudes
histor. sur le Rouergue, III
(i8s8), 3ii-3>-
contraire D 222/72, opposi-
tion, action de contrarier.
U2
VOCABULAIRE.
contremont C 923, en haut,
en remontant.
contreval C 1009, en descen-
dant.
convenant, corn lor est — C
377, loc. impers. f comment
il leur advient, comment ils
se comportent. Cf. covenir.
coraille BB 357 (coralle B
366), intestins, partie du gi-
bier qu'on abandonnait aux
chiens; employé ici comme
terme de comparaison dans
un sens méprisant.
corlis B 60/3, courrier .^ ordi-
nairement corWtu ; voir Littré
sous courlicK.
correor, destrier — B 575,
cheval de course.
corsuz BB 242 ; épithete appli-
quée à des chaussons; cosuz
{cousus) B 244, est meilleur.
corteis B 505, courtois, vilain
courtois B 685. Escliine
corteise, en parlant d'un che-
val, D 115.
coser C 1433, reprendre, blâ-
mer.
costantin B 2^2^ 507,604, de
Constantinople, épithete or-
dinaire de bliaut ou de paile.
coster B 36 (mangier BB).,
goûter.
coupes, avoir — C 953, itre
coupable.
coustumier C 904, qui paie
les redevances comprises sous
le nom de coutume ; Du
CangeU, 560, 5ouj consue-
tudo.
coûte C 780, couette.
covenir D 235/18 (même leçon
dans le ms. de Cambridge)
semble employé dans le sens
d' échoir. Même sens, au pro-
pre C 466, cf. convenant.
crampirC ^6^,serecoqueviller.
se ratatiner, Du Cange VII
cranpi, Diez I grampa.
creiile D 49e. Est-ce pour
greille, au sens de grille?
Mais on ne connaît pas d'ex,
ancien de ce mot. C'est plus
probablement une mauvaise
leçon, pour treille.
creime B 85/97, crime D
227-9 i,/?ourcrieme, crainte.
cremir C 23, D 22 5/46, crain-
dre.
crep, voy. cresp.
cresp A 61, crepD ^6(), crépu,
au plur. crespes C 234.
cressant, al — de l'herbage D
225/51, au temps où. croit
l'herbe, au printemps.
crime, voy. creime.
VOCABULAIRE.
Vi
cristinité BB 227 (manque dans
B), forme italienne^ chrétienté.
croissir C 24, 124, 1419, cra-
<juer. Diez I crosciarc.
crollar A 48, s'agiter, trem-
bler.
crosBp. 67 (crues Mich. 289,
1 5 ) creux.
cun (ms. cQ)/î 81, comme si.
cur, pour cuer, B 67, 336
(cuer fi^), cœur.
curs plur. règ. D 367, 381,
évidemment synonyme de gi-
ron ; f/, D 3 8 1 ^f /<! ru/»r/-
*r/^u< de la p. 2\o. Le texte
de J. Valerius porte dans les
deux cas in sinum.
cnrteis, voy. corteis.
cusé D 1 5 3 ?
custus D 18, coûteux^ par suite
pénible, douloureux. Au v. 20,
malgré l'accord des deux mss.
la leçon parait douteuse.
cuté D 22^/26, coudée.
Daintiés C 772, mets délicats.
Diez II c.
damnation B 107, condamna-
tion.
dangier, sans — B 83/62,
sans opposition; a — C
1288, à regret, à contre-
caur. Faire — D 198, 298.
résister ; cf. Littré à l'histo-
rique du mot danger.
dansier C i $04, dans une laisse
en ier, danser.
dauphin B 720, sa peau em-
ployée à couvrir des boucliers.
de après un comparatif, /l 24,
D 468 ; précédant une pré-
position dans la composition
de laquelle il se trouve déjà,
de desoz B 149, de devant
B 176, de deçai B 6$o, de
desus B 1081.
deci que fî 7, 717, C 321 ;
desi (pour deci) a C 393,
783, jusque, jusqu'à.
dedens [un terme fixé] C 839.
defois, mettre en — fi 172,
mettre en interdit, Du Cange
defensa 3.
deges B 98/ 1 4, forme ordinaire
teche, qualité. C'est le cor-
respondant du p'.ov. deçà,
decha, que Diez (II c dec)
rattache à tort a e d i c t u m ;
voir Remania , X , 268 ,
note 2.
degnar, deynar, ind. prés.
deyne A 79, prêt, degnet A
42, daigner, trouver digne,
consentir à.
dehés {pour la rime, au lieu de
dehet, dans une laisse en
314 VOCABULAIRE
C 1018, soitmau
es) ; ait
dit
deis B 167, 476, dois C 7^5,
haute table ^ table principale
placée sur une estrade^ p.-ê.
cette table avec le banc ^ui l'ac-
compagnait. Dans l'ancienne
version des Rois, II, ix, 7,
in mensa mea est rendu par
a mun deis ; dans un ex. de
Mathieu de Paris cité par
Du Cange (sous dagus) dais
est l'équivalent de magna
mensa.
délivrer D 3, livrer^ accorder.
demaneis B 6c}^ 81/5, sur-le-
champ.
dementiers, en tant — C 5 5 1 ,
760, 1257, entre-temps^ pen-
dant ce temps- là.
depeler , depeile B 6^/c) 3 , arra-
cher le poil.
dequasser C 555, se briser.
des i4 104, depuis.
descovenue B 64/94, désap-
pointement.
desdurrCj ré/l. BS^ (s'aloit des-
duiant BB 85), se déduire,
se déporter, s'amuser.
desevralle B 642 (desevraile
BB) séparation.
desi que, voy. deci que.
despiet C 491, corr. despiece diable C \ 20 \, exclamation po
(subj. de despecier)? mettre
en pièces.
desplei, adj., B 745, déployé^
cf. au confenon despiois,
Ch. des Saxons., éd. F. Mi-
chel, I, 229.
desraisonéement C 1217, d'une
façon excessive.
desrei, a — B 744, d'une
façon démesurée , ici avec une
violence extrême. Du Cange
VII.
desrengier B 100, 119, partir,
s'ébranler, originairement sor-
tir du rang.
destorner, réfl. C 1365, se re-
tirer à l'écart,
desvarie B 78/9, ordinaire-
ment desverie, folie, aberra-
tion.
detraire D 23 j/50, déchirer {au
figuré), calomnier.
devis 233/1, répartition de
biens ^ partage fait par testa-
ment. Du Cange divisa i .
devise D 219/13, description .
devise B 'j]^,BB'j}2, endroit
devisé, délimité pour le com-
bat singulier. Du Cange di-
visa 5,4.
devoir, employé comme auxi-
liaire C 900.
VOCABULAIRE.
315
pulaire, cf. Raoul de Cam-
brai, V. ^401, Bat. d'Alise,
éd. Guessard et Montaiglon,
V. 3052, Flamenca, p. 353^
note 2.
diaspre £ 90/225, étoffe de
soie. Diez I diaspro.
dies, pi. rég., A 56, corres-
pond au provenç. d\is Jours.
dignitaz, pi. rég., A 84, mot
adopté du lat.^ V ensemble des
choses dignes.
discernir A 99, mot purement
littéraire dont on ne connaît
pas d'autre exemple , discer-
ner.
does B 90/2, féminin de dui.
dois, voy. deis.
doler C 412, tailler en amin'
cissant {comme avec une do-
loir e). Voy. Liltré.
domeine B 66, domaine, pro-
priété. DaCange dominium.
donbiement C 827, galanterie.
dor C 489, la largeur de la
main ; Du Canine dornus,
Diez II c dour.
doutement C 1239, crainte.
drzgonseh Di^-j Jeune dragon. \
dreyl i4 9.;, opposé à tort.
dromedaine 5 730, dromadaire
femelle ; la finale en aine
parait motivée par la rime.
dromon BB 12, C855,D63,
dromon ferré C 522, navire
rapide. Du Cange dromones.
drugomans BB 293/58, tru-
chements, interprètes
duyre, ind. prés, duyst A 94,
100, prêt, duyslrunt A 84,
enseigner.
dun A 24, 39, 45, dont.
dutus D 31, redoutable^ voir
Littré à l'historique de dou-
teux.
Ebrey i4 91, hébreu, langue
hébraïque.
ec les vos B 95/20, 21, les
voici.
efflecier {corr. efflecir), réfl. C
1423, s'incliner., fléchir les
genoux.
efforchier C 801, défendre par
la force; efForciés C 792,
efforcie C 1321, réuni en
grand nombre.
efforciement, subst., C 1242,
renfort, appui.
eire D 127, 226/74, voyage.
La forme erre [Diez II c) est
tirée du verbe errer, tandis
que eire (/r. oirre) reproduit
iter. C« </^ux mor^ sont
confondus dans le dict. de
M. Godefroy.
3l6 VOCABULAIRE.
■ el =: en la C 77 1 .
elleborez, vins — D 226/77,
vin dans lequel on a fait in-
fuser de r ellébore.
embler, réfl. C82i, se dérober
ou se laisser voler.
emfes A 55, 56, 75, enfant.
empeyr ^4 81, empire.
empenc, voy. enpeindre.
en tant dementiers, voy. de-
mentiers.
enbrievement D 2 2 1 /4 1 , action
d'enregistrer., de noter par
écrit.
enbronchier réfl., C 795, s'in-
cliner; ici s'appuyer.
enchantcres B 279, encanta-
tour A 28, enchanteur.
enclaus B 114, 123, dans une
série de rimes en aus ; enclos
B 12!, dans le corps du
vers.
encliner iB 181, 202, saluer.
encousche D 228/132, faute
de copiste, pour entousche,
poison. Cf. entusche.
encrieme C 849, endurci (?),
épith.
félon.
endreit D 5 1 5, ^ l'égard de.
enfance C 826, 83 i, acte d'un
enfant ou d'un jeune hcmme.,
légèreté ; enianchts , C 352,
actes téméraires.
enfantement C 472, état d'enA
fance. 1
enforcad A yi, fourché^ voy.
la note p. 13, cf. Roland,
éd. Miiller^ v. 31 57.
enforgeùre B 98/20, enfour-
chure.
engarde B 500, grand' garde,
service d'avant-postes. Diez
II c angarde.
engertré B 86 (encartrez BB .
tenu en prison.
engoine, voy. aigoine.
engososement BB 81, d'une
façon pleine d'angoisse.
engoulé, ermin — C 1004,
vêtement de fourrure muni
d'une bordure appelée goule.
engranir C ^^<^.,être contrarié,
affligé. Diez I gramo.
enhaïe B 78/11, part, d'en-
hahir, composé de haïr.
enmé B 82/17, 85/97, en mi.
enoier, réfl.., éprouver de la
peine, de l'ennui [de qq.
chose].
enpeindre, ;?m. empenc 5 48 5
lenpeint BB]., prêt, enpeinst
B 66, pousser .^ renverser.
enperatour ^4 3 1 , enperadur.
.4 43, empereur.
enquis B 61/14, leçon proba-
blement fautive; divers mi
ont aquis {BB 295/94),
voyez ce mot; voyez aussi es-
quis.
ensaier C 1305, essayer.
ensemble B 462 (ensemble 0
BfifCeijui est meilleur)^ avec.
ensientre, a lor — C ^48, à
leur escient ; cf. essiente.
enl C 619, 1451 ; en C 768,
876, 950, 963, etc., latin
inde.
entalentés C 759, désireux.
enterin B 564, entier.
entischement D 220/39 [mieux
entiscement, ms. de Cam-
bridge) exhortation, incita-
tion; voy. dans Du Cange^
sous instigator, des ex. de
ces mots où Carpenticr pro-
pose à tort de corriger enci-
tement.
entransglotir {pour entrenglo-
lir?) C 461, avaler.
entrepris C 349, /?m, surpris.
enlretor d'une èpèe D 567,
peignée^ la partie de la mon-
ture ^ui est entre le pommeau
et la garde.
entro A 105, c/. entrosque,
jusqu'à. Diez II f, Iro.
entroduisant C }6^^ instruisant.
entrosque (plutôt qu'entres
que) Z?6o/5, 64/95, 83/40,
VOCABULAIRE. 31?
89/208, trosque 90/4, /la-
qu*à. Diez II c jusque.
entusche, V—doit itre substitué
à le fusche D 228/1 14, mau-
vaise leçon du ms. de Paris;
poison.
enuiere i? 630 (jangiere BB),
mot dont on n'a pas d'autre
ex. Le sens serait « celui qui
ennuie rt.Enwïtrene serait pas
plus autorisé. De toute façon
la leçon de BB vaut mieux.
enveriné B p. 68, empoisonné.
enviosa (ou enuiosa ? ) 5 83/58,
envieuse.
envolsez B 404, BB 395,
garni, recouvert d'un panel
{voy. ce mol). La bonne leçon
est celle de BB, plusieurs
mots ayant été omis dans B.
epsament B 199, 549, 670,
86/131, 92/9, 97/3, lût.
ipsa mente, mémement,
forme qui n'avait été trouvée
jusqu'ici que dans le poème
de Boéce.
er B 611 (ier BB) hier; erser
{mieux ainsi en un mot) B
601, 61 1 (ersoir BB) ; er-
soir C 935, 942, hier soir,
ermin i4 91, arménien^ langue
arménienne. C .004, four-
rure d'hermine .
^i8
VOCABULAIRE.
erreur C 491, esror C 1430,
estre en — C 491, être in-
quiet^ craindre ; tenir en —
C 1430 tenir en crainte;
dans ce second ex. la locu-
lion est employée en vue de la
rime^ sans signification bien
précise .
ersoir, voy. er.
es -6 722, ais.
esbriver B 80/59, épervier.
escaper C 608, lâcher.
escarpine, en —, BB 213, en
écharpe^ à la façon d'une
écharpe ou d'un baudrier.
eschaniaus, en rimt^ B 152
(caminals BB)^ escabeaux.
escharniz D ii^fx^.^ moqué.
Diez I sclierno.
eschermer {forme auglo-nor-
mande^ pour escremir) D
472. Diez I schermo.
eschevie B 218, //n, élancé,
mais ici cette leçon ne convient
ni au sens, ni à la rime, cf.
BB 21^.
eschis D 177, escis C 3^3,
qui évite, qui se tient en de-
hors de, étranger à. Diez I
schivare.
escient B 59, savoir; men es-
cient, 5 6 1 , par — BB-j-j.
escis, voy, eschis.
esdiz, D ^ic)^ éclair. Us dic-
tionnaires n'enregistrent qu'ts-
clistre, escliste. Diez II c.
escomovoir C \ 48 [corr. si quel
mont escomurent?), ébran-
1er y mettre en mouvement.
escuage D 225/49, service mi-
litaire^ et par suite droit payé
en échange de ce service. Du
Cange scutagium.
esfrei B 3 iG^agitation^ tumulte.
esgarder C 1390, juger. Du
Cange esgardare, sous es-
gardium.
esir B 483, issir BB.
eskarnard, Tant ne venissent
nefs, eskarnard ne dromon,
var. du ms. de Durham^ D
63 , sorte de bateau. Du Cange
canardus.
eslais 5 421, saut, en parlant
d' un cheval ; formé jur[s']es-
laissier ; feruz d'esiés {rime
en es) 5 388, frappé d'un
coup lancé.
esiaissier C «532, sauter, s'é-
lancer.
eslargir, réfl. C 5, se montrer
large.
eslaver C 1 502, laver.
eslegier C 1521, proprement
rendre lige, c.-à-d. indépen-
dant, affranchir de tout droit
d'autruiy par suite acquérir,
par achat ou de quelque autre
manière. Ce mot ne vient
donc pas, comme on l'a pensée
</'ex lit! gare.
eslès, vo). eslais.
eslicion B 627, élection^ choix.
esmaiés C 807, étonné. Diez I
smagare.
esmerés C 991, épuré, choisi.
Se dit ordinairement de l'or
ou de l'argent ; // se peut que
la leçon du ms. soit fautive^
ou est-ce un nom propre ?
espaventez B 16 (espoantez
BB), épouvanté,
esperon, servir àl' — , C 15,
rendre le service militaire.
espesse C <^ \ 2, épaisseur ; cf.
groisse. Du Cangc VII es-
poisse.
espeudre B 95/21, expliquer
exposer .
espez B 592 ^espiez BB).,
épieu. Diez II c espiet.
espleit,a — BB 2()\/\\i^ ac-
tivement.
espoine B 6, effort. A part
cet ex. ce mot ne se rencontre
que comme adj . et toujours
joint à gré ou volenté, la lo-
cution ainsi formée signifiant
» de son plein gré », ce qui
VOCABULAIRE. ^IÇ
paraît être ici le sens «/'es-
poine tout seul. Toutefois la
leçon de BB, de trestot son
espoine semble signifier 1 de
toute sa force », et espoine,
en ce cas, pourrait être rat-
taché au prov. ponha, ef-
fort (Lex. Rom., IV, 598).
Cette leçon n'est pas sûre,
parce quelle se trouve dans
un vers trop long.
espois C 412, 414, broche {de
bois). Diez I spito.
espoisier, espoisa , C 1 1 88, s'ac-
croître, se répandre, en par-
lant d'une nouvelle.
esponde D 192, le bord d'un
Ut (lat. sponda). Aussi bord
ou bordure de quoi que ce soit,
chaussée^ digue., le montant
d'une échelle, etc. {Du Cangc
sponda 5) ; espounde D 36,
probablement règle graduée.
espundre D 176, exposer, cxt
pliquer .
esquipé C 544, mis en mer,
embarqué. Diez I schifo.
esquis, esquise D 219/12 (en-
quise dans le ms. de Cam-
bridge qui, dans le même
vers, omet avec raison n'),
constaté, par enquête, établi.
esror,, vo>. erreur.
320 VOCABULAIRE.
essiente C ^S^^escientf cf. en-
sientre.
essoine B 8 {plus clair dans
BB), excuse, principalement
excuse judiciaire ayant pour
but de justifier un défaut.
estachon C 227, tenue^ dé-
marche. Ce mot n'est pas
relevé dans les dictionnaires
avec la signification qu'il a
ici.
establie D 480, a souvent le
sens de garnison (Du Cange.,
stabilita, stabililas) qui peut
à la rigueur expliquer par
force d' — .
estai BB 144, lieu qu'on oc-
cupe; tenir — BGijy doner
estai D 481, garder son ter-
rain, résister de pied ferme ;
voy. Cachet.
esta veus C 7 5 5 , flambeaux . Du
Gange stadai, et VII esta-
vauls.
estellacion Z) 53, constellation
[Durham constanlacion ?)
estorer C 1561, établir. Diez
II c.
estorn A 87, estor A 42,
combat.
estot C loj G, téméraire, auda-
cieux. Diez II c estout.
estoutier C 46, plus ordinai-
rement estoutoier, traiter du-
rement.
estovoir, estuet C 1389, es-
toveit B38,estevoit C88j,
estut B 8, esieùst, falloir.
estraihece BB 294/66, crM/ifc.
Celte forme, qui peut n'être
qu'un barbarisme dû au co-
piste italien, manque dans les
glossaires.
estre D 471, être, manUre
d'être.
estrée B 492, route., chemin.
estris, cas suj., 5 521, lutte.
Ce peut être le cas suj. a'es-
trit qui suit ou </'estrif.
estrit (ms. estric), cas rég.., A
1 3 , lutte {ail. streit), distinct
étymologiquement ^'estrif,
Diez I estribo.
estrobatour /4 27, controuvcur.
qui invente des histoires.
estrumans C 685, timonier., le
marinier qui manœuvre le
gouvernail. Diez II c.
estuis, BB 292/5, 9, 293/1.
éteuf., pila dans Valerius, I,
36.
estut, voy. estovoir.
exalder BB 287/22, assaillir.
forme barbare créée par un
copiste italien.
exaltât A 22, élevé., mot adopté.
VOCABULAIRE.
Fayllenci i4 97, rz prov. fail-
lensa, man(juement. Pour la
forme, c/. II, 86.
faire; fayr A 79, 87, 90, 92.
Employé comme auxil. avec
un inf. {comme en angl. do)
B 101, C 1055; cj. Diez,
Gram. (trad.), II, 106, et
Tobkr^ Zeitschr. f. rom.
Phil. I, 11-2.
fais; jamais por nul — d'ar-
mes C 1482 ; il faut proba-
blement fait (factum) ou
nuls; faist/c fascis convient
mal au sens.
failieremeni ; ensi ~ C 1238,
de la sorte.
falcun, sing. rég. A 6j ; fau-
cons, SU). B -jx.
faus, smg. SU). B 1 19, 1 51
(fais BB], 406, pi. rég. B
6j/6i, faucon.
fé B 22, fief. ,
feimentie B ^9, celui qui a
menti sa foi, parjure.
eon BB ^shS^ 1^°^* Progé-
niture., petit ; ici s'applique à
un monstre.
fermer, — la bataille 5 6j 1,
s'engager à combattre en duel
en un temps et en un lieu
déterminés; de même condr-
mer la bataille, Du Cange
I
MI
II 950 a; firmare duellum,
ibid. 9^ i a;D^c)^yenfermer.
fers, sing. suj, B ijo, ijo,
sauvage., fier. •
feus, sing. suj. B 194 (fols
BB], félon.
fiez D 22^I\C) [de mime ms,de
Cambr.)^ fidèles? devrait être
de deux syllabes.
figura A 64, met adopté du
latin., forme, l'ensemble de la
personne.
fis B 40/4, sûr (fi dus).
flatir B 131, C 462, mettre à
plat., baisser; Du Cange
VII, Diez II c flatter.
foer D 232, façon , manière,
(forum).
foier C 89 1 , pour fossier .?
foler C 587, agir follement,
opposé à faire sens.
fonde Z) 45, fronde, signe ca-
ractéristique du mois de dé-
cembre ip.-é. à cause du
Sagittaire, signe du Zodia-
que).
forein D 478, étranger {angl.
foreign).
forez D 473 , foréti, par extens.
chasse.
forma A ^^J'orme, au sens de
grandeur, taille.
fort B 147 (sor BB),fort,
21
322 VOCABULAIRE.
bien fortifié. C'est le plus
ancien ex. connu de ce subst.
iouBp. 67, fus B p. 67, fu^
p. 6%, feu.
frarin C 117/4, malheureux^
misérable. Cachet^ sous po-
vres gens, le dérive defnter,
au sens de religieux ayant
fait vœu de pauvreté^ opinion
qut Diez, II c frairia, paraît
accepter.
fraynt A j, brise [de frayndre)
leçon conjecturale (voy. la
note y p. 10).
freselé D 148. Fresel est la gar-
niture froncée d'un vêtement.
Du Cange, III freseilus, et
VII freseaus; freseler signi-
fie généralement plisser, fron-
cer, Diez I fregio. Henschel
{Du Cange, VII) traduit ce
mot par « ondoyer, flotter » ,
mais les ex. auxtjucls il ren-
voie sont douteux. Dans Guill.
Guiart^ aux endroits cités
(vv. 2713 et 2903) // y ^,
non pas freseler, mais fre-
teier; // ne reste, avec ce
sens, qu'un ex. de la Chron.
de Benoit, v. 3940. Ici c'est
la reine Olympias dont le
corps est freselé dans un
bliaut. P.-é. faut-il corriger
fesselé, serrée f<^ëoté^ comme
on dit encore avec un sens dé-
favorable.
fugir A At2., tueient B i 59,
fuir.
fusche, le — D 228/1 14, faute
du ms. de Paris, pour i'en-
tusche.
Gage, ploier son — C 922,
plier le gant qu'on présentait
comme gage de bataille.
Voyez ma traduction de Gi-
rart de Roussillon, p. 64,
note 3 .
gahaine ^258, récolte. Diez I,
guadagnare.
galeis B p. 69, plaisant.^ bon
compagnon. Du Cange, gal-
letus.
galoné D 144, lié {en parlant
des cheveux)., ordmairemenî
avec un fil d'or, non pas seu-
lement tressé, comme traduit
Carpcntier [Du Cange, VII),
voir Littrê à l'ètym . de ga-
lonner. On jf galonnait aussi
la barbe, voir Huon de Bor-
deaux, V. 2932, ce qui ne
veut pas dire qu'on y mît
« de petits glands au bout de
chaque floquet », comme
l'entend M. Godefroy.
VOCABULAIRE.
gais, voy. chaus.
gaut B 276, bois.
gef B 1 40, pour chef.
gcïr, ^ 79/40, gehir, 82/21,
pour cheïr, cheoir.
gemin B 691, ;jour che-
min.
gencir, m/., ;>r/i substantiv:-
mcnty C 1401, i« détourner^
fig. reculer. Diez II c gan-
chir, guenchir.
genuïr >1 4$, engendrer; en-
genuïr «f />/u5 fréquent .
genzor i4 40, comparatif qui
existe en fr. {yoy. G. Paris,
Rôle de l'accent latin, p. 58)
et en prov.
gtr B 30, 373, 489, 83/46,
pour cher, comme gef, geïr,
gemin, etc.
gige C 218, instrument de mu-
sique à archet et ayant ordi-
nairement trois cordes^ D. C.
giga 2 ; Diez I giga ; De
Coussemûker, dans les Ann.
archéol. de Didron, VII,
326; Viollet le Duc, Dict.
du mobilier, II, 273.
girfaut ^281, gerfaut. Diez
I girfalco.
glauc A 62, vert d'eau., mot
emprunte au latin de Val»-
rius qui porte glaucus. // n'y
a pas d*ex. ancien dans Littri
au mot glauque.
goitron B 109, gosier., Du
Gange III gurgustium 2 ;
Diez II c goitre.
goles B 284 (gules BB 269),
bordures.
gopiz B p. 67, pour gorpiz, re-
nards.
gorz B 89/208, correspond à
argors de l'édit. Mich., qui
doit être une forme moiifiée,
en vue de la rime., </'argotz
{la rime est en 0 ouvert), er-
gots d'un cheval.
graai BB ôiS, vase. Du Gange
gradalus, grasala.
grain B 97/12,' affligé. Diez
I gramo.
graisia ^691, sorte de trom-
pette à son aigu. D. G. III,
gracilis ; Diez II c grêle ;
Viollet -le Duc, Dict. du
mobilier, II, 274.
grant -<4 95, grand coup; sur
cet adj. employé comme com-
plément sans substantif, voy.
lobler^ Germania, II, 443,
et Jahrb f. rom. Lit. VIII,
338.
greiffent B Sy/iOi, faute, pour
creissent, de croistre.
grifaine B 256, sauvage.
3 M
gripon C369, 364, 391, 409,
etc., griffons. Diez II c grif
et gripper,
groisse C 494, adj. fém. pris
substantivement, grosseur.
grongdier B 76/38, gronder.
gu C 206, 472, pour ju, jeu.
guige 5 69, 5orfc </« courroie
qui servait à retenir Vécu
suspendu au cou. Diez II c
guiche.
guiton B 629, jeune homme.
Vo-j. Romania, VIII, 619.
gurpir B 351, abandonner.
Diez II c guerpir.
Hanc, vo-j. hunc.
haras C 1268.
herbez, plur. D ^i^l-jG, in-
fusion d'herbes. Manque
dans les glossaires. Pour le
sens., voy. Du Cange III, her-
bas dare, herbaria, sous
herba, i; il y a aussi her-
batum vinum, vin dans le-
quel on a fait infuser des
herbes aromatiques.
hermine 77/8 ii d'hermine;
hermine joint à un subst.
masc, B 178, 283.
honiz D 223/9, '4j ^ridoni-
magé., abîmé.
hunc 5113 (anc BB)^ 367,
VOCABULAIRE.
381, une B 461, $48, J72,
unques B 94, 266, hanc A
42, onques.
Inclaust, B 60, /^ourenclaust,
italianisme.
ingremanchc C 272, nécro-
mancie.
irois C 93, irlandais.
irrur D 3 50, pour irur {cf.
parré 128, corroune 490,
orreille 50$, querreit 220/
27, irreit 220/35, ^^^^^^
221/^7, dorrez 226/85),
affliction, tristesse.
irus D 9, û//?/gf', fr/5/t.
iue (/. ive) C 1263, jument.
yzo ^75/30, yze 78/7, c^/û.
Jargerie 5 78/17, /?/w ^ouvcnf
gargerie, ivraie. Jahrb. f.
rom. u. engl. Literatur,
XI, 145, 152.
jargonce 5 705, plus ordinai-
rement jngonce {leçon de BB) ,
pierre précieuse Du Cange
VII; Littré^ jargon, 2.
jausir, vo)'. causir.
jeter oisel D 473, lar.cer un
faucon .
jovne B 79, jovnes 169 (5^
jovenz), jeune.
jubé D 491, crinière.
VOCABULAIRE.
?2^
jugeor C 1205, tribunal. Du
Cange III: « judicatorium ;
SixaTCïîptov in vett. glos-
sis > .
jugeons, pi. rég. B s^t jugts.
juggeres D 225/6$, juge.
jungnet 0 43, juillet.
junois B p. 66, juillet.
justice C I j6o, lien où s'exé-
cutent les sentences capitales.
Du Cange justitia.
Kaicre C 599, 417, siège,
karectes D 2^2, charmes^ con-
jurations. Voy. Du Cange
caracter 3 c/caragus.
karolerD 140, danser en rond.
Du Cange carola 2 ; Diez
II r.
ke, pour com, C 891.
Laborus {ms. de Durham la-
brus) D 5, laborieux, pé-
nible. Je ne connais pas
d'antre ex. de cette forme.
laidure C 6, injure, tort.
laine 5 7^1, leçon tjui parait
corrompue : SB Hélène,
anci A 96, lance. Pour la
forme, cf. II, 86.
angoser B 100/1, mauvaise
leçon : engoiser dans BB, an-
goscier à l'endroit correspon- [
dant de l'éd. de Stuttgart.
laprof D 223/3, mauvaise le-
çon; ms. de Cambridge :
k'aprof.
laschement D 1 44, d'une façon
lâche {au propre), non serrée.
lascher B 78/1, affaiblir,
amoindrir[la chaleur], laisier
dans ledit, de Stuttgart.
laùr D 224/26, largeur.
laz A 48, côté.
lei B 177 (lui BB), elle, cas
leyra A 101, lyre.
leoine J5fî 1 (lioine B n, B
251, rirn^ ^ui s'étend à la
dernière syllabe d'un mot et
à la voyelle précédente, par ,
ex. Dei-Galilei, venturus-
positurus (T/iuror, Notices
et extraits, etc., p. 452),
c/. Leys d'Amors, I, 160.
léonine D 470, de lion, cf.
come.
lettrure D 474, science.
leu, sing. suj. A 59, lion. —
CA la note p. 13.
levar cant /l 103, entonner un
chant.
WngA 31, lignée.
lioine, voy. leoine.
lioneis, escu — B p. 69, «eu
où ^fâif peint un lion.
p6 VOCABULAIRE.
lionier C 1 068 , gardien de
lions.
lirsB 86/131, lys.
listé B 705, 82/18, bordé.
Cachet; Dicz I lista.
livreison, doner a — B 108,
donner en pâture.
lo BB 78 (0 B 62) cela.
loement C 840, avis^ conseil,
ce qu'on loue à faire.
lof, pL suj. B lie, loups.
loi C 1592, amende.
longes C 1400, longtemps.
losengetour A 29, losengeor
5 42, intrigant j ordi'aire-
ment losengier ; mor d'origine
incertaine; Diez I a lusinga.
lues C 525, aussitôt, sur le
champ. Diez I loco.
luiton C 1263, être fantastique
auquel la croyance populaire
attribuait la propriété de re-
vêtir les formes les plus di-
verses. Dicz II c lutin;
Littré, ibid. ; Cachet luiton.
lujor B 76/58, lueur.
lune B 76/37, selon.
lunger 5 100/3, mauvaise le-
çon, cf. la note; BB del
manger.
Magesteyr A 80, temps d'école
ou d'étude.
magne, voy. mangne.
mail BB 125 (mal B 129),
maillet.
maisel C 689, d'abord boucherie
{voy. Du Gange macellus),
puis massacre.,et ici désastre .
maistroier C 886, être le maî-
tre, le gouverneur d'un en-
fant.
mal, voy. mail.
mal, adj., pris adverbialement,
5 81/8, 9.
manantise D 219/3, richesse
en général ; originairement
demeure , habitation. Du
Cange managium 2.
manges B 99/29, manche.
mangne B 8$/ioo, lat. ma-
gnus ; employé dans cette seule
locution : lo mangne empe-
reur, ou li magne reis BB
288/5 3 , comme dans Rolant,
V. I.
manovrer,manovré5 86/149,
faire, travailler à la main.
marement C 1 5 34 {mieux mar-
rement), affliction, peine.
mareschaus, sing. suj. B \i^,
pi. rég. B 96, palefrenier.
margerie B 78/16, perle.
Cette forme manque à l'his-
torique de marguerite dans
Littré.
mat A 14, abaissé, abattu^ ha-
mille. Cet adj. n'a rien de
commun avec mat, terme du
jeu d'échecs. Mattus se trouve
déjà en latin avec le sens de
tristis.
matir C 4, abaisser, mater;
cf. Rolant 895, 5206; Gir.
de Vienne, 2337, etc.
malire D po (en rime), ma-
titre.
maus, ;;/. rég. B 12^ [manque
dans BB), leçon fautive pro-
duite par la répétition de la
rime précédente. D 226/86,
poison.
mealle B 640, maille ^ petite
monnaie. Du Cange medala
et medalla.
medier, mediez Z> 226/86,
medierent D 235/40 mêler;
rcfl. D 235/40, entrer en
lutte.
membrue BB 288/35, Mm^
barbare pour membrée.
men lo B 376 (mé leu BB)^ mi-
lieu.
menuisier, menuisoit BB 534
en un mot. et suppr. la
note), se di{ du chant du
coq; voy. Ogicr, v. 6289.
micha A ^Z, mie, mot employé
pour renforcer la négation.
VOCABULAIRE. ^IJ
mirer D 519, regarder.
mischin A 88, en'ant. Diez I
mesquino; Cachet meschin.
missaudor C 1432, épithHe
ordinaire des destriers de
prix; ici pris substantive-
ment: equus mille solido-
rum, non pas « mille sous
d'or i, comme l'a cru Cachet.
Diez II c milsoudor.
mollez, rég. pi 5 73 {manque
dans BB), moulés, formés.
mot, adj. motes ^ 201 (moût
grant BB), nombreux.
monde, universe — D 44, le
monde entier.
mul A 19, moult.
N' ou 'n B 67, 230, J20, 388,
464, 543, 61/24, ^i/l^^
75/20, 80/63,85/98, pour
en.
nage C 602, subst. formé de
nager? semble signifier cou-
rant, mouvement de la mer.
naissement C 1 3 1 , naissance.
natiz A 18, natif.
nec un A 30, nec unum ;
neguns B 477, nec unus .
neent D 220/32, néant, nulle
chose; nient d'une syll. D
512.
neguns, voy. nec uns.
?28
VOCABULAIRE.
nequedent D 220/j 1 ; nequi-
dent D 7, toutefois y no-
nobstant, Diez ^ Gramm.
nés 5 514 (niés BB) , ne-
veu.
nesun, sing. ré g. fi 234 (negun
BB), nul, aucun.
nient, voy. neent.
non devant une voy. A 23, no
devant une consonne A "]<).
nonporquant C 675, néan-
moins.
0 A-jG, B 29 (ou BB), ou.
0 B 62 (lo BB), cela.
ci pour 01 D 224/J2 {même
leçon dans le ms. de Cam-
bridge)., oui.
oiseler C 394, ordinairement
chasser à l'oiseau (Du Cange
oiseliare), ici voler?
ordre D 5 24, par ordre (or-
dine?)
orés C 1 3 1 , orage. Diez I aura,
orferré C 244, mauvaise leçon,
pour orfresé, broché d'or.
Diez II c orfroi.
oriflor B 77/65, oriflamme.
Diez II c oriflamme,
orin fi 38, d'or. Raynouard,
Lex. rom. II 144, aurin.
ostelon, maison., demeure.
ostorin B 77/76, sorte de pour-
pre, voy. Du Cange IV, os-
trearius.
ot B 79, 156 (0 BB), 723
(a BB), avec.
ouan D 516, mointenant. Diez
I uguanno.
eut D 69 fc/". la var.}, host,
ovels D 222/74, mauvaise le-
çon; pour olives, conjecture
proposée en note et (jui est la
leçon du ms. de Cambridge.
owel D 225/50, égal.
Paeis B 680, pays.
paire, ^^/îj une rime en aire,
fi 451, père.
palestre D 472, /zzWc, mot de
formation littéraire.
panels BB 395, 5orftf ^(r cou-
verture rembourrée tenant lieu
de selle, ou sur laquelle on
plaçait la selle. Du Cange
panellum 3. C'est p.-ê. en ce
sens qu'il faut entendre le
mot paniaus dans le passage
où Joinville conte comment les
Tartares préparentleur viande:
« Les chars crues il mettent
entre lour selles et lour pa-
niaus » {éd. de Wailly,
^ 489)-
pantcre B 286, hétc marine
pour la(}uelle le lion a beau-
coup de respect. La croyance
ordinaire est que la panthhe
répand une agréable odeur qui
adoucit les animaux féroces.
Cf. Hervieux^ Fabulistes la-
tins, II, 637.
par D 577, employé avec un
sens distributif; construit avec
un infinitif D $83, par poi B
657; par meïsmes C 12 19,
plus ordinairement a par
meïsme, sur-le-champ.
parabla A 10, parole.
pare /l 3?, pire.
parir BB 186 (pareistra B
192) paraître.
parv A 88, petit ., mot dont on
n'a pas d'autre exemple.
pauc -451, peu.
pecunia A 20, mot purement
latin .
peis fi 68 1 ? leçon toute diffé-
rente dans BB 696.
peitevin, or — fi 29$ (arabin
BB).
peitral D 485, pitral fi 227
(petral BB)^ pitraus B 403,
armure couvrant le poitrail du
cheval; voy. Chanson de
la Crois, des Albigeois, II,
2\2, note s ; 324, note ^,et
VOCABULAIRE. ^29
les add. et corr . p, 526-7.
peitrise fi 717, peitrine mo-
difié pour la rime y leçon
douteuse., cf. BB.
peyz [et non pcys) A 69, poi'
trine .
pel, pi. suj. B 249 (peus BB)y
410 (pez BB), les pieux de
la quintaine.
peller, peille D 506, ôter les
poils, les cheveux. Diez I pi-
gliare.
pennil B p. 73, pénil, bas du
ventre. Diez I pettine.
penus Dm, qui se donne de la
peine .
perillié C 617, 623, 790,
naufragé. Du Gange pericli-
tari et periculare.
perrier C 1530, grève ^ endroit
sablonneux.
pescerel C 694, pescereax 607,
pécheur.
pies, n'en est — escapé[s] C
5^8. Cachet pied,
pitraus, voy. peitral.
plaier B 83/59, blesser.
playt A 98, plaidy débat.
platonerD 58o,po«r paltoner,
pautonier^ vagabond. Diez
II a paltone.
plentivus D 30, plantureux,
riche.
HO
VOCABULAIRE.
plevir C 1404, garantir.
podent A 19, puissants.
poi B 2J-J, 590, puy, colline.
poises B 64/76, j/7rh que,
forme poitevine, cf. prov.
poissas.
polplier, polplie B 76/40, pu-
blier ^ répandre.
pomerini?509, GoG^depomier.
porgarder 5 610, garder en-
tièrement.
por quant C 922, 9^6, pour
cela.
porquei^ le -- D 226/73, le
pourquoi., ce qui peut motiver
un actz.
potnée 5 6^2 (pugnée BB)^
hauteur:.^ arrogance .^Du Gange
VII podnée ; Diez II c pos-
née.
poues D 228/132, 229/134,
leçon fautive pour pous,
pouces ? poues ou poes,
pattes, ne peut guère convenir
ici.
poulenès C 1262, jeune pou-
lain.
pouoir, employé comme auxi-
liaire, pot, prêt. B 79/43,
C 562, prés. 96/28.
premeiran B 747 (premere- j
ment BB) d'abord. \
339, 224/29, en premier
lieu.
prendre, réfî. D 55, 67, faire
une entreprise.
prendue BB 288/40 (en rim: .
prise, barbarisme.
présent, mettre en — B 45.
offrir.
primur, voy. premur.
prcdeltaz A 87, promesses, ex-
ploits.
prof, voy. laprof,
pugnée BB 66^, voy. potnée,
Qualitaz A 52, qualitez BB
22. calitez B w, qualités,
propriétés inhérentes à une
chose.
quartiers D 562, le vers doit
être rétabli ainsi : Chalces out
de samit taillé[e]s a quar-
tiers, c'est-à-dire écartelées.
quassez BB' 289/64, barba-
risme pour chasez.
que, pron. rcl. fém. C 1420.
1450; que, de que B p.j],
de quoi, par que C 3 ^o, par
quoi .
quepol BB 293/48, pour pe-
col, les pieds d'un lit.
quintaine B 239, 249, 410.
quire D 517, cuire.
premur, pnmur, en la — D | quise B \ji, pour guise.
VOCABULAIRE.
n'
Rador C 1098, 1 \ 06 ^rapidité,
impétuosité d'un cours d'eau.
raicmbre C 375, racheter.
raropronerC926, 978, railler
d'une façon insultante .
rascaille BB 6^4 (rencalle B
643), racaille. Littré n'a pas
d'ex, de ce mot plus ancien
qu'Eustache Deschamps^ et
M. Farster ne le cite pas
entre les mots en aille qu'il a
groupés dans la note sur le
V. 2089 de son édition de
Richart le bel . En présence
de ces formes il faut renoncer
à l'étymologie proposée par
Diez (II c raca) qui propose
la racine germanique conservée
par le norrois racki , l'an-
glais rach , chien de chasse,
et la rapproche du prov. raca
que Raynouard traduit sans
preuve suffisante (V, 29) par
' rosse ». Il faut abandonner
aussi l'étym. de M. Littré
[le raca de Math., V, 22).
// semble plutôt que ce mot
devrait être rapproché du
prov. rasca , gale , teigne
(Diez I rascar), étymologie
qu'indique^ sans l'adopter dé-
finitivement^ M. Scheler.
rapine B 76/40, symbolisée par
le loupf comme chez Dante
(Inf. I, 49), par la louve.
ravir C ^-jc^f voler^ s'élever
dans les airs ; s'emploie sou-
vent dans le sens de courir
rapidement.
re- particule itérative., r(ise\t{re-
savoir) D 226/73, revoelC
226, etc.
reau B 314 (reial BB 301),
cri de guerre des troupes
royales . Voir Du Cange^ re-
gales (V, 660 b), id. Diss.
VII, p.^cfa; Jahrb. f. engl.
u roman, litcratur^ II. 120;
cf. Girart de Roussillon,
trad.., p. i86, note 3.
recercelad A 67, bouclé ^ en
parlant des cheveux.
receler C 909, recevoir, donner
refuge à quelqu'un.
réduit, dire — C 577, mot
corrompu ?
reial BB 301 , voy. reau. Che-
min — 0615.
reillc D ^<)-j, sillon. Du Cangt
riga.
remplue B 64/77, pour rem-
plie, à cause de la rime.
remusé C 1271.
rencalle, voy. rascaille.
renges C 1527»/^ baudrier de
Pépie. Du Cange VII. BB
H2
VOCABULAIRE.
39 j (rennes B 404). rênes.
reprovier C 819, enseigne-
ment (sous for me de proverbe);
C 890 reproche^ blâme.
requiz D 223/7, "^^^^ ^^(^^
dans le ms. de Cambridge).^
distingue.^ habile?
rés D 85, rase; ries D jo6
ras^ au ras de.
resambler C 453, sembler.
respassés B p.6-j, rétabli. Du
Cange VII.
respensee D 150, corr. tres-
pensé.
reter C 1 3 5 6, accuser en justice.
retor B 76/56, revenu, avan-
tage.
ries, vo)'. rés.
rivière, tenir la — B 62/54,
63/62, occuper la rive.
roez, pailes — 5 76, ornés de
dessins en forme de roue.
Voir le vocab. de Daurel et
Béton, sous rodât,
rotta A 1 0 1 , ro/d, instrument
à cordes. Du Cange rocta;
^. tVb//, Ueberd. Lais, note
78 (;?. 242).
roveisuns B 60, /f5 Rotations.
Saive 5 379, sapi >1 2 1 , 5jg«.
samitB 218, D 1 19, 138, 193,
562, 227/194; semble em-
ployé comme adj. au v. 193
de D. ; étoffe orientale à cou-
leur variée, qui n'est pas le
velours, voy. Pariset, His-
toire de la soie, II, 378-84.
sanz D 477, excepté.
sarcir B -ji-^ (sartir BB),
ajuster, joindre par une cou-
ture.
sarco B 712 (sarcoi! BB),
cercueil.
saudoier C 1535, soudoyers.
saur A 60, blond, anc. fr.
sor; Diez I sauro.
sause C 1500, eau salée, eau
de mer.
sauvement, adv., C 81 5.
savor. voy. vert savor.
secreement B 671 (celeement
BB). secrètement.
segur Z) 56, en sécurité.
semedips A 115, soi-même.
semeùre B 6^/6j, semûre.
senigieyr A 79, seul; on ne
connaît pas d'autre ex. de ce
mot formé de singuiarius
(comme le montrent les rimes
correspondantes), et par con-
séquent distinct du fr. sen-
gler et du prov. senglar.
sen, voy. suen.
sengle, adj. fèm. Z) 1 93 . seule,
isolée.
VOCABULAIRE.
senz i4 97, sans.
sermon A 89, langage (lati-
nisme); C 879, proverbe^
enseignement.
sinople, escus a — C 152J.
sire D 58, fir«.
soigne Z) 229, Jo/ig«.
soingnant C 158, concubine.
Du Cange VI, 279 tf.
sojorncz fî 82, reposés, Jrais.
solerez B 245 (forme douteuse^
solers 55), souliers.
solier C 944, habitation^ lo-
gement ; ordinairemenl l'étage
supérieur d'une maison.
sollent B 97/4, «n sueur; cf.
le prov. suzolen.
solum D 224/28, selon.
somose B 62/40, part, fém.^
pour semonse, convoquée.
son, par — Z) 505, en haut.,
par dessus.
sonc 598 (so\VL),BBsoin^souci.
sor i4 41, 5aur.
sordeis B Gj^. pis, plus hon-
teux; a — B 173, à honte.
sorlisseour C 27 1 , ceux qui
consultent les sorts. Du Cange
sortir!, sortes sanctorura, et
cf. Girart de Roussilion,
trad. p. i8{, note 4.
sovinCi i-jj, renversé sur le dos.
suen BBGi} (sen B), sien.
sur >1 22 (cette leçon est dans le
ms. surchargée et corrigée en
sor, sur).
suscele D 120, housse de che-
val. Du Cange subsellium 2.
Tabour C \^^\, bruit, tumulte.
tal A 38, 59, tel.
talent A 73. caractère^ dispo-
sition d'esprit; tenir a — B
47 (servir a talent BB 62),
/ûiVc ûu gr^' de.
tapiné /) 1 29 ?
tapir C 141 j, réfl., se cacher.
tartiz D 146, />our traitiz,
allongé.
teche C 224, 343, ^uû//r^
bonne ou mauvaise. Cf. deges.
tempestez .4 1 5 , tempête.
temprar yl 102, accorder.
tent 5 163 (crement BB),
craint.
terrier C 1539, mur déterre
qu'on s'exerçait à franchir.
terrier Z) 559, possesseur de
terres. Du Cange terrarius.
tesa 3 766, forme italienne,
pour toise,
thehir. theïr, B 79/38, 47,
conserver .^ sauver; même lac.
Rom.d'Al.edMich. J49/1J;
cf. ibid. 139/13 : et de sen
cors tehir. Diez II a tecchire.
3 34 VOCABULAIRE.
lymbre C 217, sorte de tam-
bour, tympanum.
tinaus B 1 1 7/1 56 (tinals BB),
massue. Du Cangc VII
tinel 3.
toaille BB 363 (toalle B), ser-
viette , morceau d'étoffe.
tolir, loyl A 6, ôter, enlever.
torment C 567, tourmente,
tempête.
torneïz, poncel — Bp. 71, pont
tournant.
tortins C -j^^, flambeau. Du
Ctf/?gc VII tortil. Il est pro-
bable que tortins est une faute
au lien de tortius, cependant
il y a dans Du Cangciorùnus.
testée B 6^^,une rôtie, tranche
de pain grillée; employée
comme terme de comparaison.
Du Cange VI tosta.
toueliier C 666, rouler, être
ballotté en parlant d'un na-
vire. Du Cange VII. Diez,
I. tovaglia, rattache ce mot
aufr. toaille. Cachet n'ad-
met pas ce rapprochement.
trahin, par — B 77/77, traî-
nant à terre.
trahitra B 549 (traites BB),
traître.
trait, a — 83/62, de suite,
d'afilée.
tra veiller C 262^ voyager ou
faire voyager. Des ex. de ce
mot employé en ce sens sont
cités par Cachet {Chev. au
cygne) et par M. Littré
(Froissart et Chastelain).
travelliés C 775, S02, fatigué.
treper C 1^0^, sauter, s'agiter.
Du Cange trepare ; Diez Ile
tresgeter C 387, tresgiter 5/^
743, trcschiter B 723,
fondre, couler [du verre, du
métaf] ; plus particulièrement,
dans l'ex. de B et de BB,
souder avec un corps en fu-
sion. Tel est aussi le sens des
ex. que rapporte Henschel
[D. C. VII) et de plusieurs
de ceux que cite Raynouard
(Lex. rom. III, 471). —
Un autre sens est celui de
faire des tours d: passe- passe,
escamoter, et se trouve en
prov. et en ital., mais non.
que je sache, en français.
Tragetaire est encore em-
ployé au sens de « bateleur »
par d'Aubigné (Avent. du
baron de Faeneste, éd. Mé-
rimée, /?. 83).
trespas de vent B 4 3 , souffle de
vent; employé comme terme
de comparaison dans un sens
VOCABULAIRE.
M)
méprisant; de mime Alis-
ans^ éd. Guessard,\w. 1216
et S7ÎS; Cour. Looïs, éd.
Jonkbloet, v. 8}8, Aubri.
éd. Tabler t 175/29, cic. Sur
d' autres locutions romanes où
vent est employé dans le même
sens, voy, Diez , Gramm.
{trad.) III, 400, note.
irestor B ji, C 1 109. rour
lomplet, évolution.
iresvoler B ï^ï, voler à ira- j
vers^ traverser en volant.
irosquament 8828^/^2, bar-
barisme; même sens que le
suivant.
tros que 8 684 (jusqu'à 88),
p. 60 (où // faut lire tros que
venge),9o/4,99/j6.yu5^u'a
ce que. Voy. entres que.
truiant D 574, mot corrompu}
tubie BB 294/69, gramc odo-
riférante? C'est probablement
la mime chose que la tubiaine
[Romania, XI, 244; XIII,
16).
tuer, tue 0^287/ 14, -î"^/. tut
C 1354, écraser., tuer.
tulpiné, owculpiné? 7) 121.
luraer C 1 1 5 1 , faire tomber.
Uger b 101/28. ;>oiir uchier,
appeler à grands cris.
une, voy. hune.
univers, Uiiy., Z) 224/44,
225/48, 54.
unques, vo^. hune.
MT D 497, iort/. Djm 1 orlo.
us, estre a —, D 545, itre
habitué.
uyl A 62, œ/V.
Vair D 222/75, wr*^*/
vavasor -ô 144, vavasseurs ^
personnes appartenant au plus
bas degré de la noblesse.
vcaltrez £> 135, lévriers.
veillé/) 123, forr. neillé, /)our
niellé, en supposant la syné-
rése de nie? Pourrait à la
rigueur être dérive de veille
ou viille {Du Cange VI, 82 5
by sous vigilia) mais la forme
de ce mot n'est pas sûre, voy.
Littré vrille, et « percé de
trous » convient mal au pas-
sage. Il n'y aurait non plus
aucun sens satisfaisant à ti-
rer de l'étymologie de vrille
proposée par M. Bùgge (Ro-
mania, III, 160 , viticula.
veisine, estre protchana — B
1^2, se tenir pris de quelqu'un.
ventalla^ 365, 370, 647, 703,
ventait le; capuchon de maille
attaché au haubert.
556
veoir, prêt. s. i" et 3» pcrs.
vid i4 9, 34; subj. imp. s.
3« p. vidist A 12.
vergonder, se — -0 43, i«
déshonorer; paraît n'être
employé ici que pour former
une allitération avec virgo.
verine B 220, 286, verrihe, vi-
trail. Du Gange VI verrinae,
VII verrine; de Laborde ,
Gloss. des émaux, soui ver-
rines.
verrur i> 321, vérité.
versaeus B 98/ 1 5 , versets
(versiculi) en — chantez
équivaut à versilliez. Du
Gange versilare.
vert savor G 497, verdure,
légumes verts.
viaire fi 4^2, opinion.
viaire 5 557, visage.
vianders, larges — D 584,
VOCABULAIRE.
qui vit largement. Du Gange
VII.
vianeis B 69, de Vienne {en
Dauphiné) épithete fréquente
des lames d'épée.
vicin A 93, voisin.
vid, voy. veoir.
vit jB 85/112, part, intensil
de veoir?
voientis/) 416, volontaire, qui
a de la volonté.
voloir, employé comme auxi-
liaire fi 459, G 1467.
volt de cire Z) 516, figure ma-
gique. Du Gange vu I tus.
volt fi 719. recouvert,
voûtes, rues a — B 99/33,
rues bordées de galeries.
vult A 66, visage.
Waimenter D 234/30, se la-
menter.
ADDITIONS & CORRECTIONS.
Le tome I du présent ouvrage ayant été imprimé de
1868 à 1870, on comprendra sans peine que sur certains
points accessoires, tels que l'emploi des accents dans les
textes, l'opinion de l'éditeur se scit modifiée. Il est d'ail-
leurs dans la nature des choses qu'en revoyant une édition
achevée depuis plus de quinze ans,- on y trouve considé-
rablement à reprendre. Je ne veux cependant pas introduire
ici une longue série d'additions et de corrections : je me
bornerai à indiquer les modifications les plus nécessaires, et
pour l'un des textes, les variantes d'un ms. que je n'ai trouvé
qu'après l'impression.
Alberic. — Le fragment de Florence a été l'objet de
bien des travaux depuis que je l'ai édité, traduit et commenté
dans les premières pages de cet ouvrage. J'ai moi-même
eu, à plusieurs reprises, l'occasion d'en collationner le
texte sur le ms. de la Laurentienne, qui ne m'était connu,
il y a dix-huit ans, que par !a publication de M. P. Heyse.
La copie de Florence est maintenant accessible à tous, grâce
à la reproduction phototypique que M. Monaci en a pu-
bliée dans sei Facsimili di anùchi manoscntù per uso délie
scuole di Filologia neolatma (Rome, 1881), sous les n*» 12
et 13. Voici quelques corrections à mon texte faites en
I. 12
5^8 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
ayant le ms. sous les yeux et dont chacun peut vérifier
l'exactitude à l'aide du fac-similé précité :
V. 6, il y a, non pas toyl le, comme je l'ai dit p. 1 1 ,
mais toyllc, ce qui du reste n'a pas d'importance. — 12.
dans nuls Vs a été visiblement ajoutée, la copie une fois
faite. — 17, ici et ailleurs (59, 60. 61, 62, 63, 81, 105),
cum est toujours écrit cU. — 22, sur est corrigé en sor, qui
est plus correct. — 31, lisez enperatour et non emp-. —
35, dans la note relative à ce vers, lire Gretia et non Grecia
(au V. 18, toutefois, il y a bien Grecia), — V. 38, le ms.
portait d'abord tenzun qui est corrigé en ienzon. — 40 et
96, causir^ lis. jausir. C'est ce qu'avait lu d'abord M. Heysc-
qui plus tard est arrivé, je ne sais comment, à lire caiisii
Il y a clairement dans le ms. un / et non un c. ~ 43, lisez
enperadur. — 49, tenpestai, ms. tepestaz avec une barre sur
IV. On peut lire n ou m. cf. enperatour 31, enperadur 43, et
empeyr 81. — 52, le ms. porte indubitablement ja-get et
non canget. — 56, il y a réellement dies et non, comme a lu
le premier éditeur, ches. — 58, les éditeurs ont hésité entre
tocares et toca res; il y a dans le ms. ta cares^ qui n'a pas de
sens. — 59, regard^ lis. regart. — 61, 62, 63, cun ou cum.
voy. la note sur le v. 17. — 69, peys^ lis. peyz. — 76, 0
vey ; j'ai dit en note que le ms. portait oirey ; je crois lire
ouey^ Vo était primitivement un u qui a été corrigé. — 80,
Aysis conteny le ms. portait d'abord aysionten; la correction,
comme du reste toutes les autres, paraît contemporaine. —
87, lisez estorn. — 93, j'ai dit en note que le ms. portait
incin^ maison peut aussi bien lire uicin. — 94, duyst; lems.
portait d'abord dust,- Vu a été corrigé en 0 et un y a été
ajouté au-dessus de la ligne. — 95, espaa^ le ms. porte bien
esspaa, comme je l'ai dit en note, mais il faut ajouter que la
première s est pointée. — 96, Yistz jausir^ voy. la remarque
sur le V. 40. — c^j, Wstz fayllenti.
à
ADDITIONS ET CORRECTIONS ;?9
Dans la traduction, il faut lire, p. r, « quand il fait • et
non fit, cjr mot (v. 2) est au présent, comme l'a justement
remarqué M. Suchier, Zeitschr. f. Rom. PhiU, II, 252.
note 2. J'ai traduit le v. 60, saur ab lo peyl cum de peysson
par • il eut le poil blond comme [l'écailled'jun poisson. »
Même en suppléant ['écaille^ ce qui dépasse peut-être les li-
mites d'une prudente interprétation, le sens est médiocre.
J'ai supposé (II, 250) q\ie peysson pourrait être pour r^}iJO/i,
un taisson ou blaireau.
Manuscrit de l'Arsenal. — V. 26, note, ajoutez des
renvois aux vv. 347 et 607. — 28, remplacer le point final
par une virgule. — 313, mettre deux points à la fin du
vers. — 333, remplacer le point final par un point d'inter-
rogation. — 336, /^, lis. Iq. — 542, lis. vallisant. — 387,
lis. cencdrc. — 396, mettre une virgule après furent. —
468, 471, et, lis. e. — ji$, 525, lis. Mesavint. — 705,
lis. latcent. — 764, lis. Astivement. — P. 60, v. 4, tros
venqucge, lis. tros que venge. — Ibid..^ notes 2 et 3, j'aurais
dû laisser subsister la leçon Vescris... la fis^ qui se trouve
en d'autres mss. ; voy. par ex. Romania^ XI, 277. —
F. 62, V. 43, mieux la vesprée. — P. 69, v. 14, i/, lis. //.
— P. 64, il n'est pas tout à fait exact que l'épisode com-
mençant au V. Segnors en Babiloine, manque au texte de
M. Michelant. Il s'y trouve, mais conté autrement, p. 506.
il est à noter que la rédaction même que nous offre l'édi-
tion se retrouve plus loin, à sa vraie place, dans le ms. de
l'Arsenal, fol. 106 (p. 97). — P. 93, ligne 3, lis. $00, au
lieu de 520. — P. 105, v. 10 à partirdu bas (£/ mo/?f. ..).
il faut un point à la fin du vers.
Ms. BiBL. NAT. 789. — P. 1:6, note, au lieu de 30-48,
lis. 54-48, — 49, s*il sevent, lis. s*il se veut. — 148, c'au,
^40 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
|is. eau (pour {juel). — 201, savoir, corr. savoit. — 261
mettre une virgule à la fin de ce vers. — 454, c'est à ce
vers que se réfère la correction rattachée au v. 453.
Thomas (ou plutôt Eustache ') de Kent. — P. 204.
V. 214-9, suppr. les guillemets. — 227. m'envei[é] a (le
ms. porte m'enveia) rétablit la mesure, mais donne une
mauvaise construction. Il faut, ou garder le vers trop court
du ms., ou admettre la correction proposée en note, enveié
m'a. — P. 219, à partir du vers Quant Alix, tout ce qui a
été imprimé du poème d'Eustache de Kent d'après le ms.
de Paris se trouve aussi dans le ms. de Cambridge '. Voici
les principales variantes: V. 5. la terre ad tute assise. —
7, E as parcns rei Darie. — 9-10 manquent. A cette place
on lit dans les deux mss. la rubrique transcrite au t. II,
p. 282. — II, Dis fez AUxandre ki veut saver covient k'a.
— 12, ^/ ci est emprise. — 14, E corn Ethiopie t Bramand.
— 15, Tharaconte. — 18, Faascen purprise. — 22, [e] est
dans Cambr. — 23, e de Athie. — 25, T. e Arabie et Per-
siene g. — 27, e desheritement. — 28, De tut. — 31, / ai.
— 37, A çoe ke em veit (suppr. la note). — 40. Ki mon
mn demande Eustace. — 47, Ke font a e. a celui ki les. —
63, en estoire de croniaire. — 64, En romanz voil l'epistre
le reis A. estraire. — 74, E portent olives com l'en sout. —
76, M. i ad beau p. — P. 225, v. 3, K'aprof. — 6, les nous
de eus. — 17, Devis p., comme le ms. de Paris. — 28,
bien que les deux mss. portent solum (Cambr. soliin] la tur,
!. voy. Il, 281-2.
z. Pour la description de ce ms. fragmentaire que je n'ai connu
qu'après l'impression de mon premier volume, voy. II, 276-7.
J'ajoute ici que les deux mss. ont bien souvent les mêmes fautes,
surtout vers la fin.
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 34 1
jc crois qu'il y a lieu de corriger solun l'autur ou l'atur,
• selon l'auteur ». — 53. En B. fut. — 67 Li reis tramist
por lui od. — j\. Il d. m. le rei ne set.— 84. Li mes prent.
— Après le v. 86 on lit dans le ms. de Cambridge (f. 39 a) :
Cornent Alisandre al mengier but la poison.
Alisandres prent la cupe, si en beit bonement,
Corn grant doel d'un tel hom quant sa mort i prent !
Li beivcres tut agu c si chet tranchantiment (j/c),
Tut li ret le venirail, a poi k'il ne font.
Li reb gette b cupe c dist, oiant sa gent:
M Tut icil ki m'aiment poent estre dolent,
« Ensurkctut ma merc e mi autre parent,
« Kar çoe ke ai beû est ma mort vcrement,
« Ne pus longes vivcre, les anguisses en sent :
« Antipater m'ad mort par son félon présent;
« Gardez ke nul n'en beive, a tuz le defent.
« Oscis m'ad come traitre e tut febnessement ;
« Ne quid ke mes moerge reis par tel entuschement.
n Dont tel mal vienge aprof men escient,
« La dolur en ert grant e foit le vengement;
c Li munde le sentira desk' al chef del Occident. »
Conunt Alisandre se les s a morir
A cestes paroles est del paleis eissuz
E trcskc a son lit est a paine venuz ;
Pus manda ses parenz, ses amis e ses druz,
Ses ducs e ses barons e ses princes creûz,
Les terres, les reaumes lor ad en sus renduz.
De tantes com aveit servises e les treûz,
Ses trésors, ses aveirs furent tost despenduz,
E fist ben Sun devis por tant com a geùz.
Veanz tur $€s barons fet li reis son devis.
^42 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
A ce vers le ms. de Cambridge se raccorde avec celui
de Paris (p. 233) et de là jusqu'à la fin, les deux mss.
offrent un texte à peu près identique, sauf quelques insigni-
fiantes différences de graphie . Les trois seules variantes sont :
7 (p. 233) k'il oat. — 45, {E) du ms. de Paris, manque
dansCambr.— <,2, as règnes. — P. 23s, note, 39J"'S- 49-
— Après le vers qui, dans le ms. de Paris, termine l'ou-
vrage {Pur la mort Alisandre.,.),\e ms. de Cambridge place
les Rcgrez Aiisandre { Venuz est li termes ke li arbres eurent
dit, fol. 39 rf), morceau emprunté au roman français, et qui
est', avec raison, placé dans le ms. de Paris avant le récit
delà mort d'Alexandre (p. 226-32). La suite des tirades est
exactement la même que dans le ms. de Paris. A la suite de
la dernière laisse [Apres Eumenidus ke fut reis de Nubie...
Quant Tholomcn le redresce e soef le chastie, Mich. 334, 8
vient l'explicit : Ci fin ist erjomanz de toute chevalerie.
Manuscrit de Venise. — Les morceaux que j'ai ex-
traits de ce ms. n'ont pas été copiés d'ap.-ès l'original, mais
d'après un calque au crayon qui m'avait été envoyé de Ve-
nise par un érudit qui occupe actuellement en Italie dans
l'enseignement supérieur un rang considérable. Mon texte a
été collationné, plusieurs années après le tirage, d'abord par
M. G. Paris, puis par moi. — P. 238, note du v. $ (lis. 6
la leçon du ms. est sûrement cngoine (non engoinne). — 8.
prise, ms. pris. — 21, mo:it, ici et ailleurs il y a plutôt
moût. — 23, lis. soloil. — 44, nurricier n'est pas douteux.
— 46, laist. — so, chivalcr. — 120, // (et non si). — 171 .
mescline est dans le ms. — 59?. le ^^''^i^'' "^^^ ^^ *'^ ^^'"'^
comme dans le ms. de l'Arsenal. — 629, le ms. porte réel-
lement mef. — 909, sin, lis. sui. — c^ii, passez, coxv. pas-
mez. — P. 282, v. I, La, lis. Lai. — P. 284, dern. v.,
fronie, ms. froirie (Mich. fourêe). — P. 287, note,
ADDITIONS ET CORRECTIONS.
Hî
lis. 17-19. — p. 288, V. 41, dote esi bien la leçon du ms.
— P. 289. V. 72, le ms. porte privez. — P. 292, v. 6, lis.
E cist Hem de soie t'i envoie. — P. 294, v. 64, tant' ûucubc,
proposé en note, esl la leçon du ms.
ift#ir«vi 0bw ■ . OI.I 1 ^
PLEASE DO NOT REMOVE
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET
UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY
63
m
m
m
^"'iWi